HÉMORRHAGIE VULVAIRE ET MENSTRUATION PRÉCOCE
§ I. — Hémorrhagie vulvaire des nouveau-nés.
ï- matrice est peu volumineuse chez les nouveau-nés, son tissu fibreux est pâle, enduH (.( sa cavité remplie de mucus. Le vagin, assez Large, est rempli de mucosités émisses et compactes. Ces organes semblenl peu vasculaires; ils sont quelquefois>ependant, k> siège d'une hémorrhagie qu'on prend à torl pour une menstruationVop précoce.
Billard { trouvé deux fois du sang épanché et pris en caillots dans la cavité de lutéru\chez des petites filles mortes après la naissance. Mallal a observé une enfant qui ^ quelques jours après sa naissance, une hémorrhagie vulvaire suivie de la format*,, (p(lll caii|()t vaginal retiré par la mère, an boni de deux semaines : il existait en tome temps ,m gonflement des dv\\\ glandes mammaires. Tout disparut bientôt : 1 Oralement de sang avait duré dix jours en\ iron. Le docteur Camerer
a vu semblable chose quatre jours après la naissance d'une petite fille née à ternie. Quelques gouttes de sang s'échappèrent par la vulve, et l'écoulement ne se reproduisit pas; cinq jours après, les mamelles se tuméfièrent momentanément, et l'enfant continua de se bien porter. Barrier cite un fait tout semblable. Enfin, (Minier (d'Angers), qui paraît avoir observé assez souvent cette hémorrhagie, a affirmé qu'elle n'est pas très-rare chez les enfants à la mamelle. D'après lui, le sang s'écoule rouge, liquide, pendant une semaine, quinze jours et plus, sans que l'enfant paraisse aucunement affectée. L'écoulement se tarit de lui-même et n'exige que des soins de propreté, et il semble que ce soit un prélude de la fonction qui doit s'établir à la puberté.
J'en demande pardon à Ollivier, mais c'est là une erreur. L'hémorrhagie vulvaire, qui vient après la naissance, ne se montre qu'une fois et ne peut être assimilée a l'hémorrhagie menstruelle. Il faudrait, pour établir ce fait, autre chose qu'une supposition, et l'examen anatomique des ovaires ou la reproduction périodique de l'écoulement pourrait seule lui donner un appui.
Le docteur J. Gullingworth (de Manchester) en a vu deux cas. Chez deux petites filles, l'une de quatre, l'autre de cinq jours, une hémorrhagie de la vulve a duré quatre jours dans le premier cas et deux jours dans le second. Chez l'une d'elles, il y eut un peu de fièvre avec malaise. Un examen attentif démontra que l'hémorrhagie venait bien des organes génitaux internes.
L'auteur a pu réunir 32 observations de ce genre. C'est un accident sans gravité aucune. D'après Carmerer de Langenablau, l'accident résulterait de la pléthore pelvienne ayant pour cause la ligature du cordon pratiquée avant le complet établissement de la circulation pulmonaire (1).
J'ai vu quatre exemples de ces hémorrhagies vulvaires: l'un deux s'est produit en 1859, dans la clientèle du docteur Moynier :
Observation I. — Une petite fille de deux jours, la fille de la duchesse de V..., fut prise d'écoulement sanguin vulvaire assez abondant. On fut très-effrayé dans la familie de cet écoulement, peu abondant d'ailleurs, et l'on fit appeler le docteur Moynier, qui me fit demander ; au bout de deux jours l'hémorrhagie s'arrêta d'elle-même peutêtre, et à l'aide du sirop de quinquina.
Le second a été observé en 1863.
Observation IL Je fus appelé par le docteur Avisard pour voir avec lui dans sa clientèle une petite fille de quatre ans et demi qui, sans aucun signe de puberté et sans cause connue, eut à vingt jours de distance un écoulement de sang par la vulve, la première fois pendant quelques heures et la seconde fois pendant cinq jours. Le sang était rouge, abondant et de très-bonne qualité. Nous prescrivîmes le repos t du sirop d'ergotine. L'hémorrhagie ne revint pas.
Observation III. — A l'hôpital des Enfants malades, dans ma clinique, j'ai vu^ne enfant de cinq ans bien portante, peu colorée, qui a marché à trois ans seulement, (mi a parlé très-tard et qui a le front bas.
Elle est beaucoup plus petite que son âge, a les membres forts et un peu ourbés par un rachitisme actuellement guéri.
Elle est un peu en retard pour le développement intellectuel.
Il y a cinq mois, elle a eu pour la première fois une hémorrhagie vvvaire Veu abondante qui a duré trois jours.
Six semaines après, le même phénomène s'est reproduit et a durtMeux J0lirs> l'écoulement, comme la première fois, n'a pas été abondant.
Trois mois après, même apparition, mais cette fois plus abondante et ms continue, qui a duré sept jours.
1) Liverpool and Manchester met. and surg. Reports, vol. IV, 1876, et jonméd.
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Enfin, une quatrième fois, un mois après jour pour jour, les règles se sont montrées et l'écoulement, qui a duré deux jours, a été assez abondant.
L'enfant n'a pas paru souffrir à aucune de ces époques, elle mangeait bien et n'avait pas de dérangement de "corps. Le système mammaire n'est pas -développé chez cette enfant. Aux parties génitales, le système pileux n'est pas développé non plus.
Observation IV. — En ville, j'ai vu une petite fille de six ans, brune forte, et bien développée, sans aucune apparence de puberté qui m'a offert un écoulement sanguin vulvaire ayant duré trois jours. Elle ne paraissait pas souffrir. Son linge était fortement taché, puis l'écoulement cessa et ne revint plus.
En voici un cinquième que l'on doit à Bouteiller, (de Rouen), sur une petite fille qui avait en même temps deux vices de conformation, un pied-bot varus et un défaut de symétrie entre les moitiés verticales de la tête.
Observation V. — Dans les premiers jours du mois de décembre 18G3, j'ai été appelé aux environs de Rouen pour donner des soins à une petite fille que l'on élevait au petit pot, pour nous servir d'une expression du pays. J'appris que depuis la veille elle avait un écoulement de sang par le vagin. Le fait méritait la peine d'être bien constaté, c'est ce que je fis. Avec une petite éponge je nettoyai la vulve et je m'assurai que ce sang ne venait ni de l'urèthre, ni des parties génitales externes, mais bien du vagin lui-même. La perte totale a été de deux ou trois cuillerées à café environ, et l'hémorrhagie ne s'est pas reproduite (1).
§ II. — Menstruation précoce.
A côté de l'hémorrhagie vulvaire des nouveau-nés, il faut placer les cas rares de menstruation précoce qui paraissent très-réels. Si la forme d'hémorrhagie que je viens de décrire n'est pas comparable à l'hémorrhagie menstruelle, il n'en est pas ainsi de celle dont Geoffroy Saint-Hilaire nous a laissé l'histoire, et qui semble appartenir à la menstruation.
Observation I. — Malhilde H..., née d'une famille blanche et pauvre, naquit à la Louisiane, le 31 décembre 1 827, avec des seins bien formés et le pubis garni de poils, comme celui d'une fille de treize à quatorze ans. A l'âge de trois ans, les règles ont paru et avaient continué de reparaître régulièrement tous les mois jusqu'à l'époque où Lebeau, médecin à la Nouvelle-Orléans , transmettait ce fait à Geoffroy Saint-Hilaire. Les règles étaient chaque fois aussi abondantes qu'elles le sont chez une femme pubère ; la durée de chaque menstruation était de quatre jours (2).
M. Wilson a observé un cas de ce genre à Philadelphie.
Observation IL — Anna G... naquit en 1815. Elle n'offrit rien de remarquable à sa naissance, si ce n'est le développement non habituel des seins qui étaient de la grosseur d'œufs de poule; ils augmentèrent très-rapidement, et au cinquième mois ils étaient aussi développés que ceux d'une jeune fille à l'âge de la puberté.
A celle époque la mère remarqua que les linges de l'enfant étaient tachés de sang qui provenait des parties génitales. Get écoulement dura deux jours chaque mois pendant cinq mois, puis tous les trois mois, jusqu'à l'âge de quatre ans, époque à laquelle il ne se manifesta plus régulièrement.
L'enfant devint maladive et fut sujette aux indispositions qu'éprouvent habituellement les femmes dont la menstruation est supprimée.
Après différents remèdes, les règles reparurent régulièrement tous les sept mois, pendant cinq jours, et cela pendant plusieurs années. La santé était revenue.
(1) Bouteiller, Gazelle deshôpitaux, 1866.
(2) Un l'ail non moins curieux de puberté précoce, chez un polit garçon de trois ans et quatre mois, a été observé par M. Ruelle, médecin à Cambrai [Bulletin <!<■ l'Académie de médecin* Paris, 1818, t. VIII, p. 622).
Lorsque M. Wilson la vit, les règles étaient supprimées depuis plusieurs semaines et la santé s'altérait de nouveau. M. Wilson l'examina durant son sommeil. Elle avait la taille ordinaire d'une enfant de son âge, mais elle était très-grosse ; les seins avaient le volume de ceux d'une fille adulte bien développée. Le pudendum était couvert de poils noirs, épais; elle avait tout à fait l'apparence d'une jeune fille qui a dépassé l'âge de la puberté.
Observation III. — Des paysans des environs de Pise, nommés Larini, constatent avec étonnement et sans cause un écoulement sanguin des parties génitales de leur petite Caterirta, âgée de vingt-neuf mois ! Effrayés, ils appellent aussitôt le docteur Piazza, de Piombino, et, le 18 mai 1862, il constate à son tour, à sa grande surprise, l'intégrité parfaite des organes génitaux, garnis d'un duvet brun naissant, avec la turgescence nubile des grandes lèvres et des seins, et tous les signes du développement précoce de la puberté. C'étaient les règles, que révélaient assez l'odeur et la couleur du sang filtrant à travers l'hymen, si bien qu'elles reparurent régulièrement depuis, trois à quatre jours par mois, en petite quantité.
Turner (de Tennessee) (1) a publié le fait d'une fille de huit ans qui pesait MO livres, ayant le développement d'une fille de seize ans et qui était réglée depuis sa naissance tous les mois pendant vingt- quatre heures.
J'ajouterai un cinquième fait qui m'est personnel, que j'ai observé sur une petite fille de neuf ans qui, sans puberté, avait depuis un an des règles tous les huit jours bornées à une simple apparition formant une ou deux taches rouges.
En voici enfin un dernier qui m'a été communiqué par le docteur de Lostalot, et c'est le pins remarquable de tous :
Observation. — Puberté précoce. — Menstruation chez une fille de vingt-deux mois. — Nelly 0..., née à Londres le 27 janvier 1872, quatrième fille d'une famille de six enfants, présente tous les signes d'une puberté aussi précoce qu'incontestable. Elle est âgée de quatre ans et deux mois seulement, très-forte et très-développée pour son âge. Ce qui frappe au premier abord, c'est le fini, pour ainsi dire, des lignes de sa figure, le développement de ses épaules et de ses hanches, ainsi que la rondeur grassouillette de ses membres ; elle pèse cinquante-cinq livres anglaises et jouit d'une parfaite santé.
Ses parents nous racontent que, lorsqu'elle vint au monde, ils furent frappés du développement de ses seins, qui étaient de la grosseur d'une petite pomme. Elle ne présenta, d'ailleurs, rien de particulier jusqu'à l'âge de vingt-deux mois, époque où parurent ses règles pour la première fois. Depuis lors, elles reparaissent exactement toutes les quatre semaines. L'écoulement en est très-régulier, dure de quatre à six jours, et son abondance égale celle des personnes adultes. Leur apparition est précédée du malaise habituel, et l'enfant s'en rend si parfaitement compte, que lorsqu'elle l'éprouve, elle avertit ses parents que « l'abcès va s'ouvrir ».
Lorsque nous l'avons examinée en avril 1876, les seins étaient gros, complètement formés, et faisaient un contraste étrange avec le peu de développement de la poitrine; de la grosseur du poing d'un homme fortement charpenté, ils étaient légèrement pyriformes avec une aréole rose légèrement gonflée et formant une cupule centrale, dans laquelle se trouvait logé le bout du sein. Une augmentation notable du volume des seins coïncide avec l'apparition des menstrues, et continue depuis, d'une façon très-sensible.
J'ajouterai que le pubis est recouvert d'un duvet bien fourni, et que les parties extérieures des organes de la génération présentent un développement analogue à celui des seins.
Cette petite fille a un caractère plus sérieux que celui des enfants de son âge ; elle ne paraît pas rechercher la fréquentation des petits garçons plutôt que celle des petites filles, et se mêle rarement à leurs jeux ; mais quand l'occasion s'en présente, elle s'adonne plus particulièrement au rôle de petite mère.
En un mot c'est une jeune fille en miniature.
(1) Turner, Gaz. mèd., 1869, p. 166.
GANGRÈNE DE LA VOLVE. Toi
Il y a d'antres faits analogues à celui-ci dans la science; ce sont ceux-là qu'on peut, avec quelque raison, considérer connue des exemples de menstruatian prématurée : la périodicité de lhéniorrliagie, sa nature et sa durée en fournissent la preuve. On ne peut y voir qu'une déviation des règles de la nature, et il n'y a rien à y faire comme médecine.