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CHAPITRE IV

La varicelle est une maladie épidémiqne et contagieuse, caractérisée par la présence sur la peau de vésicules plus ou moins nombreuses, remplies de sérosité in

colore et limpide. On l'appelle aussi petite vérole volante, et en anglais chickenpox. Il ne faut pas confondre celte maladie avec la varioloïde, qui s'en rapproche à certains égards, mais dont le caractère anatomique est essentiellement différent. En effet, la varicelle est une affection vésiculeuse, et la varioloïde, au contraire, une affection pustuleuse bien caractérisée.

La varicelle est précédée d'une fièvre légère qui dure de douze à quarante-huit heures au plus. Souvent l'état fébrile est à peine sensible, et, comme l'indique Rayer, il n'empêche pas les enfants de se livrer à leurs jeux ordinaires. Dans quelques cas rares, l'invasion de la varicelle est précédée de douleurs abdominales, de vomissements, etc. ; mais il faut que ces faits soient bien exceptionnels, car j'ai réuni cinquante-deux exemples de cette maladie sans avoir jamais observé aucun de ces symptômes.

« La varicelle est discrète ou confluente. Elle est caractérisée par de petites » taches rouges un peu saillantes, circulaires lorsqu'elles sont isolées, irrégulières, » au contraire, lorsque plusieurs se trouvent réunies au même endroit. Dès le len- » demain il se forme, au centre de la plupart de ces élevures, une vésicule proé- » minente remplie par une humeur absolument limpide, incolore ou citrine, qui » s'écoule facilement lorsqu'on pique la vésicule. Le deuxième jour, cette vésicule » a environ une ligne et demie de diamètre ; elle s'élève en pointe ou prend la » forme arrondie. Le troisième jour, la couleur de la lymphe est jaunâtre ; mais » c'est le seul changement qu'aient subi les vésicules. Le quatrième jour, celles » qui n'ont pas été accidentellement rompues diminuent de volume et se rident » à leur circonférence. Le cinquième, une petite croûte adhérente à la peau s'est » formée à leur centre, et une petite quantité de lymphe opaque est renfermée » dans leur circonférence, ce qui leur donne quelquefois une apparence ombi- » liquée. Le sixième, de petites croûtes jaunâtres ou brunes occupent la place des » vésicules. Le septième et le huitième, les croûtes tombent, et laissent sur la peau » des taches rouges sans dépression, qui subsistent encore pendant quelques » jours.

» Durant le cours de cette éruption, plusieurs élevures semblent avorter; les » unes restent à l'état de simples taches ou d'élevures papuleuses et s'effacent » graduellement ; les autres ne sont surmontées que d'une très-petite vésicule, qui » se rompt ou s'affaisse très-rapidement (1). »

Les vésicules de la varicelle ne sont pas toujours précédées par une tache rouge de la peau : ce sont alors de véritables bulles qui se développent sans signe local précurseur. Si j'en puis juger d'après les observations que j'ai recueillies, et qui sont assez nombreuses, la vésicule se formerait d'emblée dans la majorité des cas et sans altération préalable du derme. Ainsi, j'ai maintes fois observé, au milieu de l'éruption ordinaire de la varicelle, des vésicules, ou plutôt des bulles assez volumineuses, arrondies, remplies de sérosité transparente et sans aréole inflammatoire. Cette aréole ne s'établissait que deux ou trois jours après, au moment de la dessiccation et de la guérison de la bulle.

La différence n'est pas capitale, je le sais; mais elle peut être intéressante à reconnaître pour ceux qui s'occupent généralement des maladies de la peau et qui ne veulent rien ignorer de leurs caractères anatomiques.

La varicelle discrète est toujours une maladie légère qui trouble à peine la santé des enfants. Lorsqu'elle est confluente, elle est accompagnée de fièvre plus ou

(1) Rayer, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1836, l. XV, p. 556, article Varicelle.

moins vive qui ne tarde pas à se dissiper à mesure que disparaît l'éruption. La varicelle dure de huit à quinze jours au plus, et elle ne laisse que de légères traces à la surface de la peau.

La varicelle se présente sous la forme épidémique, aussi bien dans le cours des épidémies de variole que dans les circonstances contraires. Ainsi j'ai observé à l'hôpital Necker une épidémie de varicelle, alors qu'il n'y avait point d'épidémie de variole. La maladie, restreinte dans les salles d'enfants, se porta successivement sur chacun d'eux, et persista pendant plusieurs mois, car de nouveaux enfants venaient chaque jour dans le foyer d'infection et ne tardaient pas à être affectés au bout de peu de jours.

La varicelle est contagieuse comme la variole ; elle ne préserve pas de cette maladie.

Elle peut être transmise par inoculation de l'humeur séreuse de ses vésicules, et quoique les expériences que j'ai faites soient contraires à cette opinion, elles ne sont pas assez nombreuses pour détruire l'assertion de AVillan, qui déclare avoir réussi dans son inoculation. Le même succès a couronné les nombreuses expériences de Steiner qui, par inoculation, a toujours reproduit la varicelle, et jamais la variole. 11 y a eu huit jours d'incubation, quatre jours de prodromes d'anorexie, de courbature, de fréquence du pouls et de la température dont le maximum a été le jour de l'éruption.

D'après Rayer, la varicelle peut produire la variole, et celle-ci peut donner naissance à la varicelle; cela semblerait établir une identité de nature entre les deux maladies, mais il n'y a rien de catégoriquement démontré à cet égard. Il y a même des faits qui sont en complète opposition avec cette manière de voir. Ceux de Steiner d'abord que je viens de rapporter et celui du docteur Roebbelen (1). Ce médecin a îapporté l'observation d'un garçon d'un an non vacciné qui, après avoir subi une variole intense et confluente, fut pris un mois après la guérison d'une varicelle bien caractérisée. Si les deux maladies étaient de nature identique, elles n'auraient pu se succéder ainsi à une courte distance.

Diagnostic. — Le diagnostic n'est pas difficile. En effet, il n'est pas de maladie cutanée qui présente ce caractère des vésicules éparses et isolées de la varicelle. Elle se rapproche du pemphigus, lorsqu'elle apparaît d'emblée par une petite bulle non entourée d'un cercle inflammatoire; mais les bulles du pemphigus sont toujours plus grosses et moins nombreuses que les bulles de la varicelle. En outre, la varicelle ne présente pas d'une manière générale le caractère d'éruption huileuse dont nous avons parlé; on rencontre chez le même malade des Acsicules bien caractérisées, ce qui n'a pas lieu dans le pemphigus.

Traitement. — Le traitement est fort simple : il faut mettre les enfants à l'abri du froid et leur donner quelques boissons émollienles diaphoniques, sans se préoccuper de la terminaison de la maladie, qui esl constamment heureuse.

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