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CHAPITRE V

IMPÉTIGO

L'impétigo est une variété de gourme caractérisée par la présence de pustules cutanées peu étendues, psydraciées, le plus souvent rapprochées les unes des autres, et qui forment en général des croûtes épaisses, rugueuses et jaunâtres.

L'impétigo des enfants se montre à la face et sur le cuir chevelu. Cette différence de siège est fort importante à connaître, caria maladie présente des caractères différents dans l'une et dans l'autre de ces régions. L'impétigo conserve sur la face ses caractères ordinaires; mais l'impétigo qui se développe sur le cuir chevelu est tellement modifié, qu'il a longtemps été confondu avec une autre maladie du péricrâne et qu'il a été placé parmi les teignes. On lui avait donné le nom de teigne muqueuse, pour le distinguer de la teigne faveuse ordinaire. .

§ I. — Impétigo de la face.

Il paraît d'abord sous la forme de taches rouges, plus ou moins distinctes, un peu élevées, qui se recouvrent de petites pustules peu saillantes au-dessus de la peau. Ces pustules s'ouvrent et se recouvrent d'une gouttelette de liquide qui se dessèche et forme une croûte jaunâtre demi-transparente. L'éruption peut être plus ou moins étendue et formée de pustules plus ou moins nombreuses. Elle est quelquefois assez continente pour former une large surface où il est impossible de reconnaître l'élément primitif de la maladie. Cette partie de la peau est recouverte de croûtes molles, jaunâtres, demi-transparentes, appelées croûtes lutteuses, qui tombent très-facilement et qui sont presque aussitôt reproduites. La circonférence est rougeâtre, comme érysipélateuse, et l'on \ retrouve souvent des pustules d'impétigo intactes, qui ne tarderont pas à se réunir a celles qui sont déjà agglomérées. C'est ainsi que la maladie s'étend chaque jour davantage.

Lorsque les pustules sont réunies de manière a former une surface assez bien

circonscrite, on donne à la maladie le nom d'impétigo figurata; Pépitbète sparsa s'applique, au contraire, a celle dont les pustules sont éparses ci disséminées sur le visage.

L'impétigo delà face a liée te les joncs, les ièues, le derrière (les oreilles et les paupières. Celui qui occupe cette région est le pins grave, car il est quelquefois L'origine de la blépharite ciliaire;el détermine souvent une \i\e inflammation de la

conjonctive.

Cette éruption est accompagnée d'une douleur peu intense, d'un prurit et d'une sensation de chaleur fort désagréables. Elle ne dure quelquefois pas plus de quinze jours ou de trois semaines; d'autres fois elle se prolonge pendant plusieurs mois : alors elle est presque toujours liée à une mauvaise constitution, la constitution scrofuleusc par exemple. Lorsque les croûtes impétigineuses sont complètement détachées, la peau conserve longtemps une teinte rouge, qui finit par disparaître, et qui indique assez bien le siège et la forme de la maladie.

L'impétigo de la face n'est pas une maladie grave par elle-même, car il guérit assez facilement ; il n'est sérieux que lorsqu'il se développe chez des enfants scrofuleux, et qu'il affecte les yeux ou les oreilles. Il devient alors l'origine d'ophthalmies scrofuleuses interminables, et il est la cause du développement des glandes du cou et de la nuque, au même titre que l'écorchure des orteils, qui occasionne le gonflement des glandes inguinales. Cette complication est grave, car la tuméfaction inflammatoire des ganglions cervicaux chez un enfant scrofuleux disparaît avec lenteur, et souvent ne disparaît pas du tout. Les glandes restent engorgées, se transforment en matière tuberculeuse, et il en résulte des abcès froids qui, s'ouvrant à l'extérieur, laissent sur le cou des plaies de mauvaise nature et des cicatrices indélébiles.

Contre l'impétigo de la face il n'y a pour le guérir en huit jours qu'à mettre en usage ma formule de pommade à l'huile de cade ou de la pommade de goudron placée à la fin du paragraphe suivant.

§ II. — Impétigo du cuir chevelu.

Il y a deux variétés d'impétigo ou de gourmes du cuir chevelu : Y impétigo larvalis etYimpetigo granulata.

1° Lorsque les pustules d'impétigo se développent dans la tête, et qu'elles sont très-nombreuses dans le même point, il se fait un suintement muqueux très-abondant qui exhale une odeur nauséabonde; des croûtes jaunâtres se forment et couvrent la surface du cuir chevelu ; elles déterminent l'agglutination des cheveux sous forme de larges plaques irrégulières qui masquent les plaies subjacentes. C'est ce que l'on a appelé impétigo larvalis.

Il est accompagné de douleurs aseez vives et de démangeaisons insupportables, et il peut être, comme l'impétigo de la face, la cause de l'inflammation et de la suppuration des ganglions voisins. Lorsqu'il s'étend de la tête aux oreilles et au visage, il se présente avec les caractères de la variété précédente, et comme elle, il devient l'origine d'otites et d'ophthalmies fort graves.

2° Vimpetigo granulata est caractérisé par la présence de petites pustules blanchâtres, isolées, développées sur le cuir chevelu, à la base des poils qui le recouvrent. Des croûtes grisâtres succèdent à ces pustules quand elles sont ouvertes ; elles se dessèchent et forment autour de plusieurs cheveux réunis de petites granulations sèches, grisâtres, plus ou moins volumineuses et mobiles à leur base, où se trouve un pédicule qui n'est autre que le cheveu. Ces croûtes sont quelquefois très-multipliées, et la tête en est couverte ; elles se détachent avec facilité et se reproduisent très-rapidement.

Cette variété est accompagnée, comme la précédente, de démangeaisons insupportables. Comme elle aussi, elle est la cause de l'inflammation et de la suppuration des glandes du cou. 11 s'exhale de la tête une odeur nauséabonde tellement désagréable chez les enfants mai tenus, qu'il est impossible de rester auprès d'eux. Cette odeur n'existe pas lorsqu'on a le soin de laver et de nettoyer convenablement la tête des malades.

IMPÉTIGO. H'21

Les cheveux ne sont jamais détruits dans L'impétigo du cuir chevelu; ils tombent, mais ils repoussent après la guérison de la maladie. L'impétigo larvalis et Y impétigo granulata n'occupent que la superficie de la peau; ils ne se prolongent pas dans l'intérieur des culs-de-sac, où se trouvent les bulbes pileux qui ne sont point malades.

< s deux variétés d'impétigo se développent chez les jeunes enfants. La premier»' est plus fréquente dans le premier âge, à l'époque de la première dentition, et l'autre variété attaque de préférence les enfants plus âgés qui sont près de la seconde dentition. Elles se manifestent d'ailleurs aussi bien chez les sujets forts et vigoureux que chez ceux dont la constitution est chétive ou mauvaise.

L'impétigo du cuir chevelu est une maladie assez longue, qui dure au moins plusieurs mois, et se prolonge quelquefois au delà d'une année. C'est d'ailleurs la faute des parents, qui ne veulent point soigner cette affection et qui l'entretiennent même dans le but de purger les enfants des humeurs qu'ils supposent exister dans leur organisme. Ainsi l'impétigo, livré à lui-même, est une maladie fort longue, qui guérit difficilement. Au contraire, lorsqu'on lui applique une médication convenable, il disparait assez rapidement. La guérison en est généralement facile; elle s'opère en trois ou quatre semaines au plus.

Traitement. — Le traitement de l'impétigo soulève une des questions médicales les plus sérieuses et les plus difficiles à résoudre. Les anciens médecins se faisaient scrupule de guérir cette maladie, dans la crainte de déterminer de graves métastases chez les enfants ; quelques modernes, au contraire, proclament trèshaut l'impunité de cette guérison.

Que faut-il croire, et laquelle de ces opinions faut-il adopter? Si l'on consulte les faits, qui, en définitive, doivent faire loi en pareille matière, on essayera de guérir l'impétigo, car il ne résulte presque jamais de sa disparition aucun accident immédiat fâcheux; et je n'ai encore vu que rarement des accidents métastatiques de pneumonie aiguë mortelle se produire après sa guérison.

J'ai vu trois ou quatre cas de pneumonie aiguë dont voici un exemple, mais tous ont guéri :

Observation. — Pneumonie, métastase d'eczéma impétigineux. — Cette enfant, avec un eczéma impétigineux et ulcéreux très-étendu, fut soumise au traitement par le goudron. Elle avait aussi de lablépharite et de l'eczéma des oreilles. Tout le corps était couvert de vésico-pustules, de croûtes squameuses ou impétigineuses et d'ulcération.

Elle guérit en quinze jours, puis vint une varicelle dont chaque pustule ramena de l'impétigo.

De nouvelles applications de goudron la guérirent promptement

L'enfant ne sortit pas de son lit et là, sans refroidissement possible, elle fut prise de fièvre suivie de pneumonie lobaire droite et gauche à la partie postérieure et inférieure. De la matité, du souffle et de la bronchophonie avec râles sous-crépitants indiquaient la lésion. -- l'eu de fièvre, 120; et la température du soir38°,6, du matin ;jt degrés.

An contraire, en le guérissant, on détroit une maladie assez sérieuse qui s'étend sans cesse, et qui détermine des otites, des ophthalmies » t le gonflement inflammatoire des glandes du cou, circonstance très-grave chez les enfants scro-

fulellX.

.Mais il ne faul pas seulement tenir compte des résultats du moment, il faut suivre les malades dans le cours de leur existence pour savoir si la guérison de l'impétigo n'est pas l'origine, comme on l'a dit, d'une riciatiOd de l'organisme traduite par des lésions graves, telles que la scrofule du cou, des articulations, du

poumon, etc. Cette appréciation est difficile à faire, car on perd les malades de vue, et ceux qu'on doit revoir ne sont pas assez nombreux pour qu'on puisse décider la question. En supposant que quelques enfants deviennent scrofuleux, rien ne prouve que ce soit la guérison de L'impétigo qui en soit la cause; car bon nombre d'enfants deviennent scrofuleux et tuberculeux pulmonaires, sans avoir eu de gourmes, et, de plus, l'impétigo est quelquefois une manifestation primitive de la maladie scrofnleuse. Or, cbez ces derniers, le développement de la scrofule est bien évidemment indépendant de la guérison de l'impétigo.

Il n'est donc pas établi par l'observation que la guérison des gourmes soit une cause certaine du développement prochain de la scrofule. Cela n'est pas même probable, et lorsqu'elle se manifeste, c'est que les enfants étaient antérieurement, par leur constitution, voués à cette maladie, dont l'impétigo n'était qu'un des premiers symptômes. Il est au contraire démontré que la guérison de l'impétigo n'est que très-rarement suivie d'accidents immédiats fâcheux, et qu'elle préserve les enfants du développement d'une foule de maladies fort sérieuses. Il faut donc guérir l'impétigo.

Cependant, pour concilier toutes les opinions, je dirai que l'impétigo des enfants forts et robustes, engendrés par des parents bien portants, peut être traité sans crainte des accidents éloignés. Au contraire, l'impétigo des entants débiles et scrofuleux, de race tuberculeuse, doit être traité avec plus de ménagement ; il faut le détruire peu à peu, et donner en même temps des remèdes inférieurs, purgatifs et toniques, dans le but de fortifier la constitution et de fixer sur le tube digestif le flux, salutaire peut-être, de la surface cutanée. On devrait en même temps, toujours en vue de la diathèse dont nous parlons, appliquer au bras un exutoire supplémentaire, entretenu seulement pendant quelques semaines. Toutefois, s'il fallait se prononcer entre l'emploi des purgatifs et celui des vésicatoires, je n'hésiterais pas à proscrire ce dernier moyen, qui a l'inconvénient de déterminer un nouvel impétigo sur le bras des enfants qui ont franchement la diathèse impétigineuse.

L'impétigo de la face et l'impétigo du cuir chevelu réclament l'emploi des mêmes moyens. Au début de la maladie, il faut prescrire les boissons rafraîchissantes et acidulées, les bains, les lotions émollientes et de légers purgatifs. On a conseillé de faire des lotions avec du lait de femme, en recommandant à la nourrice d'exprimer son sein pour arroser les parties malades. Ces lotions n'ont aucun avantage sur les lotions émollientes ordinaires.

Lorsque l'impétigo existe depuis longtemps et qu'il est passé à l'état chronique, il faut joindre à l'usage des purgatifs celui des topiques astringents.

Après avoir fait tomber les croûtes de la face et de la tète à l'aide de cataplasmes de mie de pain, de fécule ou de graine de lin, on fait raser la tête par le barbier, puis on prescrit :

Les lotions alcalines avec le bicarbonate de soude, avec les eaux sulfureuses d'Enghien, de Baréges et de Cauterets, avec une solution légère de nitrate d'argent, 5 centigrammes par 30 grammes d'eau distillée ; les applications quotidiennes de goudron pur ou de pommade de goudron, 30 grammes sur 30 d'axonge, la pommade de goudron blanc, 30 grammes pour 30 d'axonge; la pommade d'huile de cade 30 grammes pour 30 d'axonge ou de cérat blanc, ou la pommade de styrax, axonge 30 grammes, onguent styrax 10 grammes, et enfin les lotions avec la liqueur de Van Swieten. Ce dernier remède doit être formulé delà manière suivante : faire tomber les croûtes; raser la tète; lotions trois fois par jour pendant un quart d'heure avec un linge imbibé de liqueur de Van Swieten pure ou étendue

de moitié d'eau. Il faut éviter de prendre une éponge, qui pourrait, par sa composition, altérer la nature du médicament qu'on emploie. On ajoutera à ce traitement la prescription d'un léger purgatif administré tous les deux jours. Ces moyens amènent la guérison en huit à dix jours.

Si l'impétigo existe en même temps sur le corps, il faut donner des bains de sublimé à la dose de 1 à -i grammes, suivant l'âge des enfants. Cette médication est, je le répète, une des plus utiles à employer, et l'on peut la prescrire en toute confiance, sans crainte de voir survenir aucun des accidents de l'intoxication mercurielle.

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