CHAPITRE VI
La teigne est une maladie parasitaire (1) des follicules pileux avec altération consécutive des poils par un végétal parasite particulier pour chaque espèce de teigne (2). Elle occupe ordinairement le cuir chevelu ou la barbe, etne se montre sur le corps que par exception, dans les parties où il y a des poils rudimentaires.
A l'exemple de Schœnlein, Gruby, Bazin, Hardy et Ch. Robin, je considère le végétal parasite comme l'élément anatomique de la teigne ; sans lui, pas de teigne; comme il n'y a pas de gale sans acarus, et pas de muguet sans dermophyte.
Il y a une teigne primitive qui se développe d'abord dans le follicule pileux sans avoir été précédée d'une affection de la peau, et une teigne consécutive qui paraît sur des parties déjà occupées par l'impétigo, l'herpès circiné, le lichen et les eczémasc bioniques. D'abord la teigne est intérieure et occupe le follicule pileux (Duncan, Baudelocque, etc.), et plus tard elle se montre au dehors sous forme de croûtes jaunâtres plus ou moins caractérisées.
Bazin admet dans la teigne plusieurs variétés : 1° la teigne faveuse, -2° la teigne tonsurante, 3° la teigne mentagre, 4° la teigne achromateuse, 5° la teigne décalvante.
§ I. — Teigne faveuse.
La teigne faveuse a pour siège le cuir chevelu, et plus rarement la peau du corps. Elle se montre quelquefois sur les membres, sur le gland, sous les ongles. Elle est caractérisée par la présence de croûtes sèches, creusées en godet, jaunâtres comme du soufre et donnant lieu à une odeur sut gêner is. Elle présente trois formes que l'on désigne sous le nom de senti forme, aréolaire et squarrettse.
D'abord, au début de la teigne, le follicule pileux est seul malade; sa membrane interne, altérée, devient le siège d'une exsudation dans laquelle se développent les cryptogames dont je parlerai plus loin. La racine du cheveu et la portion intracrànienne ne deviennent malades que consécutivement, étouffées en quelque sorte par le produit de nouvelle formation. Mors la peau ne présente point encore d'altération. Un peu plus tard, le mal apparaît au dehors du follicule, accompagné de cuisson et de démangeaison; à la racine du cheveu, on \oit apparaître une petite tache jaunâtre à peine visible, d'heure eu heure plus évidente et plus large, formée par une concrétion peu épaisse que l'on peut détacher avec l'ongle. Examinée à la loupe, cette concrétion présente une petite dépression centrale creusée en forme
(l'i E. Bouchut, Du parasitisme in Pathologie générale, 3« -'''lit., 1875.
(2) Yoy. Bazin, Recherches sur la nature et le traitement de* teignes. Paris, 1855. —
Ch. Robin, Histoire naturelle de végétaux parasite* qui croissent sur l'homme et sur h s animaux. Paris, [853. p. lit etsuiv.
de godet, au centre duquel est implanté le cheveu; la petite plaque s'accroît assez rapidement en largeur et en profondeur, et au bout de quelques jours le godet est devenu très-apparent. Plusieurs concrétions semblables se développent ainsi simultanément dans le voisinage les unes des autres, puis elles se réunissent par leurs bords et forment de larges plaques arrondies. C'est à cette forme de teigne que les auteurs ont donné le nom de porrigo scututata, et Bazin celui de teigne faveuse SCUtiforme ou en éCU. Le mot faims appliqué à la teigne exprime surtout la ressemblance que ces plaques et leurs petites dépressions en godet ont avec les alvéoles d'un gâteau de miel, ce qui arrive chez quelques enfants où Ton voit de petits godets jaunes très-bien formés. Cet état persiste pendant très-longtemps ; puis la
FiG. 127. — Cheveu provenant de parties atteintes de favus (*).
j mm -
ii ,
FiG. 128. — Cheveu extrait d'une plaque de la teigne tonsurante (**).
surface se dégrade, les dépressions s'affaissent, la teinte jaune prend une nuance grisâtre plus ou moins marquée. Cette forme a été appelée teigne faveuse urcéolaire, porrigo ou tinea lupinosa, en raison de sa ressemblance avec un amas de graines de lupin. Les concrétions de la teigne exhalent une odeur nauséeuse particulière que l'on désigne assez exactement sous le nom d'odeur de souris. Enfin
(*) a, commencement de la tige; b, souche; c, bouton ;d, fibres longitudinales entre lesquelles existent de? spores ; e, stries transverses ; /*, sporules sur la souche ; g, sporules sur le bouton ; h, filaments tubuleux. (Bazin, Affections cutanées parasitaires, pi. II.)
(**) a, tige du cheveu ; b, extrémité supérieure rompue ; c, extrémité inférieure cassée au niveau de la peau ; d, fibres longitudinales écartées et brisées ; e, sporules infiltrant la tige ; f, tube sporulaire. (Bazin, ibid., pi. II.)
on trouve quelquefois au-dessous d'elles les
moins grande
poux en plus ou quantité.
Tandis que les croûtes faveuses subissent les modifications que nous venons de rappeler, il se développe quelquefois un certain nombre de phénomènes secondaires. Ainsi, des pustules d'ecthyma se montreront à côté de véritables plaques faveuses ; de la Terreur des auteurs qui ont regardé la teigne comme une maladie à éléments pustuleux. D'autres fois il apparaîtra des vésicules suivies de squames appartenant manifestement à l'eczéma, ou de concrétions plus épaisses dues à l'impétigo. Enfui, dans certains cas, on verra se développer, et parfois en même temps que les lésions précédentes, une desquamation furfuracée qui n'est autre chose que du pityriasis capitis. Ce mélange de tant d'affections de nature et d'aspect si différents détermine sur la tête des productions croûteuses, furfuracées, etc., qui rendent souvent le diagnostic précis très-difficile. Cependant, dans cet assemblage de concrétions, et particulièrement sur les limites du mal, il est bien rare qu'on ne découvre pas quelques plaques jaunes à godet qui servent à déterminer la nature réelle de la maladie.
Fig. 1
Parcelles de fa vus (*).
Fig. 130. — Poussière faveus
L'aspect des cheveux, devenus ternes, lanugineux, secs et cassants, fournit encore un bon élément de diagnostic. Enfin la pression exercée sur le cuir chevelu par la calotte croûteuse produit une sorte d'atrophie de celui-ci; le bulbe pileux se détruit, et la calotte Vêtant détachée faute d'adhérences, il reste une surface déprimée, glabre et lisse, qui ne ressemble en rien au cuir chevelu normal. Très-souvent l'alopécie persiste là où se trouvaient les concrétions.
L'examen microscopique permet d'établir le diagnostic avec une grande précision. Les cheveux sont malades, atrophiés, couverts de spores et de sporules (fig. 127 et 128). Une parcelle de la concrétion jaunâtre ayant été posée sur un verre, délayée avec une goutte d'eau et placée sous l'objectif d'un microscope, on y aperçoit (fig. 129 et 130) les filaments d'un parasite végétal désigné sous le nom (VAehorion Schoenleinii ; ce sont :
i° l ne multitude de petits grains arrondis, légèrement ovalaires, libres ou réunis en chapelet; ce sont des spores ou des Sporules.
2° Des tubes plus on moins nombreux, Bexueux, ramifiés, non cloisonnés, vides ou contenant quelques rares granules moléculaires.
3° Des tubes droits ou courbes, rarement ramifiés, contenant des cellules allongées placées bout ;t bout de manière ù représenter des tubes cloisonnés aYOC OU sans traces d'articulations.
(*) a, sporules isolées; b, ■pondes réiini<>>; c, chaîne de sporules; d, tubes vides;/! filaments tubulcux réunis; g, granules, (Bazin, Affrétions cutanées parasitaires, pi. III i
("*) a, sporules isolées; b, spores en chapelet; C, tube forme de sporules réuni, «s bout à bout (Bazin, ibid., pi. II.)
Ces tubes et ces grains constituent le cryptogame de la teigne faveuse, YAchorion Schoenleinii. Une fois son existence constatée, il n'y a pas de doute possible sur la nature de la maladie.
La teigne est une des affections chroniques les plus tenaces. Il n'est pas rare de rencontrer des individus âgés de vingt-cinq, trente et même quarante ans, qui en sont atteints depuis leur enfance. Lorsque la maladie tend à se terminer spontanément par la guérison, les plaques s'affaissent, les godets disparaissent, et la surface n'offre plus qu'une sorte de poussière plâtreuse. Au-dessous, le cuir chevelu s'est également modifié, non-seulement dans son aspect, devenu lisse et luisant, mais encore dans sa structure ; les follicules pileux se sont oblitérés, et le parasite, ne trouvant plus son terrain habituel de développement, meurt comme une plante arrachée. Très-souvent cependant, après la chute des plaques on voit encore des follicules isolés qui servent de réceptacle à de nouvelles végétations cryptogamiques et qui perpétuent la maladie. La guérison spontanée est donc excessivement rare; elle a lieu par places et se fait attendre pendant de longues années.
Causes. — Les causes sont générales et locales. L'âge joue un très-grand rôle comme prédisposition à son développement, et la contagion est bien plus facile chez les enfants que chez les adultes. Cette maladie se développe de préférence chez les sujets de constitution faible, chez les enfants d'un tempérament mou, lymphatique, particulièrement chez les scrofuleux. Viennent ensuite les mauvaises conditions hygiéniques, et surtout la malpropreté, l'habitation dans un heu malsain, la mauvaise nourriture; en un mot, la misère. Une chose digne de remarque, c'est que la teigne est bien plus commune dans les campagnes que dans les villes. C'est qu'en effet dans les campagnes les soins de propreté sont encore moins observés dans les classes pauvres que dans les villes; c'est que, dans les campagnes, on couche dans des étables, au milieu d'un air chaud, humide et chargé de miasmes putrides. Il est certain qu'un travail morbide préalable se fait dans le follicule pileux avant l'apparition d'un végétal parasite qui n'est là qu'un effet d'une modification de sécrétion folliculaire. Même dans les cas où la contagion semble expliquer le développement de la teigne, ce travail préalable existe, car tous les enfants placés dans les mêmes circonstances ne prennent pas la maladie. On voit très-souvent les enfants gagner la teigne, soit en jouant avec d'autres enfants déjà malades, soit en mettant leurs bonnets, leurs coiffures. Ailleurs, ce sont des parents ou des personnes préposées à la garde des enfants qui contractent la maladie pour s'être trouvées en contact avec les petits teigneux. Dans ces cas, bien que la teigne paraisse être une affection locale, elle est toujours la conséquence d'un état général et d'une réaction du tempérament et de l'individualité de la personne sur un germe parasite destiné à périr ou à pulluler selon le terrain sur lequel il tombe.
Diagnostic, pronostic. — Le diagnost ic est, en général, facile. Des concrétions d'un jaune clair assez semblable a la couleur du soufre, concrétions déprimées en godet, et dont le centre est habituellement traversé par un cheveu ; la teinte terne, l'aspect lanugineux, l'état sec et cassant des cheveux, puis l'alopécie par places, tels sont les caractères de l'affection qui nous occupe, et qui diffèrent de ceux que présentent les autres maladies du cuir chevelu, telles que l'eczéma et l'impétigo. La complication de la teigne avec les affections de nature dartreuse peut, en modifiant l'aspect des croûtes, rendre le diagnostic plus difficile ; restent alors les altérations du cuir chevelu et l'aspect des cheveux ; et enfin, en cas de doute, l'examen microscopique est là pour résoudre la difficulté. L'existence des spores, des sporules et des tubes permettra toujours de reconnaître la nature du mal.
Le pronostic de la teigne est très-sérieux. La longue durée de cette affection, sa terminaison fréquente par alopécie, la difficulté de la guérir, justifient notre jugement.
§ II. — Teigne tonsurante ou tondante.
La teigne tonsurante ou tondante (fig. 131) est caractérisée, d'après Bazin, par la décoloration des poils, leur extrême fragilité, qui les rend susceptibles de se casser à quelques lignes de leur insertion sur la peau, par l'état chagriné bleuâtre, hérissé, des follicules pileux, et par des squames minces pulvérulentes formant de petites graines à la base des poils. Le cryptogame de celte variété de teigne a reçu le nom de Trichophyton tonsurans.
La teigne tonsurante primitive ou consécutive à de l'herpès circiné, aussi nommé herpès tonsurant, occupe le cuir chevelu, et elle est, beaucoup moins que le favus, suivie d'alopécie permanente (1). Il y en a trois variétés : circinata, punctata et gyrata.
Elle est très-contagieuse, comme l'herpès circiné lui-même, et les personnes chargées d'épiler les têtes ainsi malades contractent facilement une maladie vésicu-
Fig. 131. — Poussière blanche qui revêt les cheveux brisés de L'herpès tonsurant (*).
leuse des mains avec endurcissement et exmliation de l'épithélium des parties voisines. J'ai vu, dans L'espace de six mois, deux épileuses et une sœur de charité chargée des soins à donner à plusieurs enfants atteints de teigne tondante, offrir, l'une à la lace palmaire du poignet, l'autre au pouce, et la troisième à l'extrémité du médius, une affection cutanée semblable à celle que je viens d'indiquer.
Cette teigne est très-facile à reconnaître; elle fait à la tète une tonsure dont le fond bleuâtre ardoisé se trouve tuméfié, hérissé de follicules hypertrophiés et de cheveux coupés ras. Celte partie est en même temps recouverte de squames blanchâtres et de matière grise formant une gaine aux cheveux malades.
§ III. — Teigne mentagre.
La teigne mentagre est une maladie de l'adulte, et elle est caractérisée par la
présence d'un cryptogame désigné sous le nom de Microsporon mentagrophytes.
Elle occupe Le système pileux des lèvres et du menton, .le n'ai pas à m'en occuper.
§ IV. — Teigne achromateuse et décalvante.
La teigne achromateuse est caractérisée par une décolorai ion des poils, accompagnée de la décoloration des parties sur lesquelles ils sont implantés. Dans la teigne
(li Cazenave, Traité >!>"< maladie* <lu cuir chevelu. Paris, 1850, p. 190 e( mû?.
(*) a, Bporules isolées; b, spomles réunies ; c, tubes vides; </ tube sporulaire. (Butin, Affections cutanées
parasitaires, pi. II.)
BOUCIIUT. — KOUV.-NÊS — Ie ÉDIT. .*»:!
décrivante, au contraire, il y a la même altération des poils avec alopécie rapide, mais sans squames, sans croûtes, sans décoloration des parties malades. Comme l'indique Bazin, ce dernier caractère la distingue de la variété dite achromateuse, dans Laquelle il y a destruction du pigment cutané. On la reconnaît en outre par la disposition particulière de ses filaments cryptogamiques désignés sous le nom de Microsporon Audouini.
Traitement. — • Le traitement delà teigne est resté pendant longtemps incertain, inefficace et livré à l'empirisme. Depuis le traitement douloureux par l'emplâtre delà calotte, aujourd'hui abandonné, jusqu'au traitement d'épilation moins pénible pratiqué par Mahon, que de recettes et de formules d'emplâtres, de pommades et de lotions tour à tour vantées et bientôt délaissées à cause de leur insuffisance ! Si Ton emploie la calotte, au lieu de l'arracher violemment, ce qui est horriblement douloureux, il faut d'abord endormir les enfants avec le chloroforme et on l'enlève avec les cheveux qu'elle entraîne pendant l'anesthésie provoquée.
Devergie (1) a recommandé, pour l'application de l'emplâtre, de couper de petits morceaux de toile en forme de demi-côtes de melon, de véritables triangles
isocèles par conséquent, et d'une grandeur telle que, leur pointe étant placée au sommet, leur base arrive au pourtour de la tète (fig. 132).
H. Grun a essayé avec succès les fumigations d'acide sulfureux, dont l'action sur les parasites végétaux est depuis longtemps connue. Le résultat dépassa toutes ses espérances. Dans un cas de teigne faveuse, l'acide sulfureux, appliqué directement par voie d'insufflation, détruisit la maladie en quelques jours. Plus de dix expériences ultérieures ont confirmé la première fumigation. Dans d*autres cas, la matière faveuse se coules teigneux. tracte, et en quelques jours on peut l'enlever en masse adhérente à la croûte. Alors on voit dans le cuir chevelu un trou cylindrique et profond qui a l'air d'être fait avec un emporte-pièce. Ce trou se contracte, se remplit, et il ne reste rien de la maladie. L'appareil que Grun a employé est fort simple : une pipe de terre, un bouchon auquel on ajuste un tuyau de caoutchouc. On met du soufre et quelques morceaux d'amadou dans le fourneau de la pipe; on allume l'amadou, on bouche le fourneau et l'on souffle. Par ce moyen, un jet d'acide sulfureux est projeté sur le tubercule faveux, qui se flétrit et se détache en quelques jours.
J'ai employé le procédé de Grun, qui m'a une fois réussi, sur une teigne faveuse en train de se reproduire après une épilation. Les godets ont disparu, et le malade a guéri en quelques jours ; sur d'autres teigneux de même espèce qu'on n'avait pas encore épilés, il n'y a eu aucune amélioration, et il en a été de même pour différents cas de teigne tonsurante.
Chapelle a proposé l'huile de naphte, et il compte huit succès obtenus assez rapidement, en six semaines ou deux mois. Cet auteur s'exprime ainsi :
« D'abord je fais couper ras tous les cheveux qui avoisinent la zone morbide, et appliquer ensuite à leur surface des cataplasmes de farine de graine de lin pour faire tomber les croûtes faveuses. Une fois la peau débarrassée de ces productions croûteuses, je fais enduire la surface dénudée d'une légère couche d'huile de naphte que recouvre ensuite une compresse de flanelle. Un serre-tête de taffetas
(1) Devergie, Bull, de thérap., 1848, t. XXXIV, p. 390.
gommé ou de caoutchouc vulcanise, destiné à envelopper toute la surface du cuir chevelu, complète le pansement. Deux fois par jour, le matin et le soir, je prescris l'application de l'huile denaphte. A chaque pansement, il importe de nettoyer la surface malade avec de l'eau de savon, afin de mieux enduire la peau de la substance huileuse. Mais le point important de l'opération est celui-ci: il faut examiner chaque fois et avec le plus grand soin la surface du cuir chevelu, pour voir si cette partie de la peau ne porte pas quelques petites pustules faveuses, dont la disparition est toujours indispensable à la curation de la maladie. Si l'œil décoin re quelques-uns de ces points blancs, il faut alors, non pas enlever la pustule comme par la méthode épilatoire, mais seulement la perforer avec la pointe d'une épingle ordinaire, et enlever ensuite la matière puri forme qu'elle contient. Cela fait, on étend sur la peau une couche nouvelle d'huile de naphte. De la sorte, on arrive à éteindre promptement la poussée pustuleuse à mesure qu'elle se produit. L'évolution des pustules faveuses est, comme je l'ai bien constaté, successive, au lieu d'être simultanée. Aussi importe-t-il de maintenir les cheveux coupés ras autour de la partie malade, afin de mieux observer le développement des pustules et les détruire a leur origine. L'huile de naphte exerce ici une action abortive spécifique. Elle limite en effet au point affecté sa puissance modificative, sans exercer au delà une influence destructive, comme le produisent les substances corrosives. Aussitôt qu'on a fait cesser, par l'application directe de cette huile, la poussée pustuleuse, les cheveux reprennent leur développement normal. Cette peau, qui auparavant ne présentait qu'une croûte épaisse à odeur fétide, à aspect sale, se recouvre rapidement de cheveux aussi épais, aussi consistants qu'avant l'apparition de la maladie.
» Il est plusieurs personnes dont le cuir chevelu est profondément altéré ou dont la sensibilité particulière est très-développée, qui ne peuvent supporter sans de grandes souffrances le contact de l'huile de naphte pure. Dans ce cas, pour mitiger l'action trop vive de cette substance, je fais mêler à l'huile de naphte une huile dont l'action se rapproche de la précédente, mais dont l'effet irritant est moins prononcé. L'huile de cade est celle qui m'a paru devoir être préférée. Je prescris le mélange de ces deux huiles dans une proportion indiquée par la sensibilité du malade, »
Ordinairement la maladie persiste avec une ténacité désespérante pendant des mois et souvent même des années. C'est depuis 18i8 que, s'appuyant sur l'état anatomique réel de la maladie, Bazin a pu arriver à une thérapeutique véritablement rationnelle, et qui compte déjà de nombreux succès. La nouvelle méthode repose sur les deux circonstances suivantes : d'abord la nature parasitique de la teigne, et en second lieu le siège du parasite dans le follicule pileux. Suivant Bazin, la "plupart des pommades ont échoué, parce que l'on avait omis la précaution de mettre à découvert Forifice du bulbe en arrachant le cheveu, afin d'\ faire pénétrer le médicament. Voici comment procède le médecin :
On commence, comme dans les autres procédés, par débarrasser la tète des concrétions faveuses et des croûtes d'ecthyma ou d'impétigo ; après les avoir ramollies au moyen de cataplasmes émollients à la fécule ou à la graine de lin, on nettoie parfaitement le cuir chevelu avec de Peau de sa\on, et Ton coupe les cheveux en leur laissant un centimètre et demi de longueur. Il s'agit alors de préparer l'épilation et de la rendre aussi peu douloureuse que possible.
Bazin rejette les différentes préparations que Ton décore improprement du titre de poudres et iii>uiiii<fil<>< épildtoires, et il se borne à l'huile de cade, dont on étend chaque jour une couche sur la tète pendant sept a huit jours. \u bout de ce temps, la sensibilité du cuir chevelu est convenablement émoussée, et les che\eu\
s'enlèvent avec facilité. L'épilation doit se faire en plusieurs séances, et il ne faut pas seulement enlever les cheveux au niveau des parties malades, mais encore à la circonférence, dans l'étendue de plusieurs centimètres, et même sur toute la tête, quand la maladie occupe une certaine surface.
Pour arracher les cheveux, on se sert de pinces dont les mors sont assez larges, et les cheveux sont pris et tirés un à un quand ils sont un peu espacés; mais quand ils sont très-près les uns des autres, on peut les enlever par petits pinceaux.
Il est ici une précaution très-importante pour la pratique, c'est de tirer bien exactement les cheveux dans le sens de leur implantation sur le cuir chevelu. Les uns s'insèrent perpendiculairement à la surface du cuir chevelu, les autres obliquement, et c'est précisément dans la direction de cette implantation que le poil doit être tiré. En agissant autrement, on s'exposerait à casser les cheveux et à causer une assez vive douleur. — En pratiquant l'épilation, il faut profiter de l'ouverture récente des bulbes pour y faire pénétrer l'agent parasiticide. Dans ce but, après avoir dégarni de ses cheveux une surface d'environ un centimètre carré, on fait une lotion avec une petite brosse imbibée de sublimé en dissolution, et Ton épile de nouveau les parties voisines en prenant les mêmes précautions.
Matin et soir, après avoir lavé les parties dénudées afin d'enlever les matières
grasses qui se déposent sur le cuir chevelu, on les lotionne au moyen d'une éponge,
ou mieux d'une brosse imprégnée du même liquide de sublimé corrosif, dont voici
la formule :
Eau distillée 500 grammes.
Sublimé corrosif de 1 à 10 grammes.
Alcool . quelques gouttes.
L'alcool est là pour favoriser la dissolution du sublimé. Ces lotions doivent être continuées pendant cinq ou six jours. Passé ce temps, on leur substitue des frictions avec une pommade de turbith minéral dont on enduit le cuir chevelu tous les deux jours dans la soirée. La formule de Bazin est :
Axonge 100 grammes.
Acétate de cuivre de 25 à 50 centigrammes.
Sous l'influence de ce traitement, on voit les cheveux repousser au bout de quelques semaines, plus forts et plus foncés qu'auparavant. Mais dans la plupart des cas, six semaines, deux mois ne se sont pas écoulés que les concrétions faveuses ont reparu; il faut recommencer le traitement. Bazin est tellement convaincu que la guérison après une première épilation est tout à fait exceptionnelle, que, sans attendre la récidive, il procède à une seconde épilation lorsque les cheveux ont acquis une certaine longueur, c'est-à-dire au bout d'un mois. Une troisième épilation est même fort souvent nécessaire. Il va sans dire qu'à chaque nouvelle épilation on reprend les lotions et les pommades indiquées ci-dessus.
V herpès tonsurant, ou teigne tondante, plus difficile à guérir, doit être traité de la même manière : s'il est invétéré, il faut pratiquer l'épilation jusqu'à ce que toutes les racines des poils aient pu être extirpées. Avec des pinces à mors recourbés, on gratte, on ratisse les surfaces malades, et l'on enlève ainsi toute la substance cryptogamique. On cesse l'épilation quand la couleur bleuâtre a disparu, quand les poils repoussés ont repris leurs caractères normaux, et quand le cuir chevelu n'offre plus de rougeur ni de desquamation.
Les teignes décalvante et achromateuse doivent être soumises au même traitement d'épilation et de lotions parasiiicides.