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CHAPITRE IX

N i.vrs KT TUMEURS ÉRECTII ES

On donne le nom de nœvtU à certaines taches ou tumeurs cutanées que les enfants apportent en naissant et qui persistent toujours, (.'est ce qu'on appelle des

envies, des taches de naissance, et au besoin des tumeurs érectiles lorsque le mal a pris la foi me de tumeur et lait une saillie considérable à la surface de

la peau.

Toujours congénitaux, les naevus présentent plusieurs formes importantes à séparer et qu'il est d'ailleurs facile de reconnaître. Ils sont artériels, veineux ou capillaires. Les uns sont superficiels, peu vasculaires, et non susceptibles de dégénérescence, et les autres intéressent plus profondément la peau; ils sont trèsvasculaircs, augmentent chaque jour en volume, constituent rapidement autant de tumeurs érectiles. Je donne aux premiers le nom de nœvus superficiels pigmenta ires, et aux autres le nom de nœvus érectiles.

11 y a aussi des tumeurs érectiles sous-cutanées, mais cela est très-rare; j'en ai vu on exemple dans l'articulation du genou, et dont la mort m'a permis de déterminer la véritable structure.

Observation I. — Tumeur érectile de l'articulation du genou. — Une fille de trois ans, couchée au n° 1 1 de la salle Sainte-Rosalie, à l'hôpital Sainte-Eugénie, faible, chétive, anémique, est entrée avec une tumeur du genou faisant saillie à la partie interne des condvles du fémur. La rotule était soulevée, chassée en dehors et s'abaissait sur les condvles du fémur par la pression.

Cette tumeur était molle, élastique, sans changement de couleur à la peau, et l'on y sentait une réniteiice semblable à de la iluctuation. Une ponction exploratrice fut faite; il ne sortit que deux ou trois gouttes de sang, et il n'y eut pas d'inflammation consécutive.

Un mois après, l'enfant mourut de diarrhée colliquative.

Autopsie. — L'articulation du genou disséquée avec soin montra :

1° La peau saine.

2° Sous la peau, une couche de tissu cellulaire à travers laquelle on voyait les inégalités d'une tumeur moite et noire faisant saillie en dehors de la rotule, en dedans des condvles du fémur et du tibia, et pénétrant dans l'articulation du genou.

3° Une articulation fémoro-tibiale saine, sans liquide intérieur, des cartilages intacts et une séreuse naturelle.

•4° Une tumeur noirâtre spongieuse pénétrant entre les condyles internes du fémur et du tibia, jusqu'aux ligaments croisés de l'articulation, et recouvrant au dehors ces condyles dans une étendue de i centimètres environ.

Cette tumeur, en tout du volume d'une petite noix, est formée d'une trame fibreuse aréolaire, formant de petites cavités inégales communiquant les unes avec les autres et remplies de sang. Cette trame remplie de sang a l'aspect du tissu des corps caverneux ou du tissu hémorrhoïdal ; en raclant avec le scalpel, on fait circuler le sang d'une cavité à l'autre, ou on le fait sortir au dehors par les ouvertures faites au moment de la préparation.

On ne saurait mieux donner l'idée de ce tissu singulier qu'en le comparant à une éponge très-fine remplie de sang. On ne trouve dans cette trame aucun élément vasculaire, et elle parait, au microscope, exclusivement composée par les éléments du tissu cellulaire. Une pression faite avec soin a pu enlever tout le sang contenu dans son intérieur. Ce qu'il y a de curieux dans ce produit morbide, c'est l'absence de tout élément hétéromorphe, et sa constitution par un élément anatomique normal offrant une disposition rare et qui n'a pas encore été signalée. Ce n'était pas un tissu érectile vasculaire proprement dit, avec des vaisseaux distincts, qu'on a désigné sous le nom de tissu fongueux ou de fongosités sanguines; c'était un tissu celluleux érectile, spongoïde, rempli de sang noir, fluide, facile à enlever(l).

Causes. — On rapporte généralement, dans le monde, la production des nœvus aux écarts d'imagination, aux impressions et aux caprices non satisfaits de la mère.

(1) Bouchut, Compter rendus des séances de la -Société de biologie. Année 1856, 2e série, t. III, p. -29. Paris, 1857.

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La forme quelquefois singulière de cette altération cutanée, clans laquelle les uns voient l'apparence de cerises, de fraises, de mûres, de framboises, de la tête d'un animal ou de quelque autre objet que ce soit, semble justifier cette étiologie. Mais rien de tout cela n'est démontré, et tout ce qu'on a dit à cet égard mérite confirmation. Sans nier l'influence de l'état moral des mères sur les dispositions physiques du fœtus et sur ses malformations, ce qui n'a plus besoin d'être démontré, il faut attendre des preuves suffisantes avant d'admettre la réalité de cette intervention. Dans l'état actuel de la science, on ignore entièrement la cause du développement des naevus.

§ I. — Naevus superficiels pigmentaires.

Lenœvus superficiel pigmentait e existe sur différents points du corps t mais plus souvent au visage, sur les paupières et sur les lèvres; il est ordinairement bien circonscrit sous forme de taches étroites ou très-étendues, il ne s'élève pas trèssensiblement au-dessus de la peau ; sa couleur uniforme varie du bistre au brun foncé, du rouge sombre au violet noirâtre; il change peu dans les mouvements d'expiration et au sommet des cris. Sa surface est assez égale, ordinairement glabre, mais elle est quelquefois couverte de poils soyeux et fins. Ces taches ne font ordinairement pas de progrès, restent dans un état stationnaire quant à la structure et au volume, mais elles peuvent s'étendre proportionnellement aux parties qui les supportent. Elles ne sont pas susceptibles de dégénérescence si on ne les irrite pas, et elles persistent ainsi pendant toute la durée de la vie.

Elles sont formées par une altération superficielle de la peau qui ne pénètre pas dans son épaisseur. Riches de vaisseaux et de pigment, ainsi que l'a établi de Blainville, qui les appelle taches pigmentâmes, elles paraissent occuper le tissu muqueux de Malpighi.

Traitement. — Comme le naevus superficiel ne détermine pas de douleur, et n'a d'autre inconvénient que celui de la difformité, il faut le laisser en repos, et ne pas céder aux conseils de ceux qui veulent qu'on le fasse disparaître à l'aide de la suppuration d'un vésicatoire ou d'une cscharification superficielle par l'emplâtre de Plenck, composé de parties égales de chaux vive et de savon de Venise. Cet emplâtre, qu'on laissait douze heures en place pour produire une escharc suffisante, a le grave inconvénient de produire une vive inflammation et de laisser souvent une cicatrice plus difforme que la tache à détruire.

Chassaignac s'est inspiré de cette idée en proposant de les détruire par la cautérisation sèche, que je vais faire connaître; mais il faut attendre de nouvelles observations pour se prononcer à son égard.

Ce mode de cautérisation est celui qu'on emploie habituellement lorsqu'on se sert du caustique de Vienne, mais entouré de soins minutieux qui tous ont pour but de prévenir la suppuration. Pour lui conserver ce caractère essentiel, on doit l'appliquer seulement aux lésions qui affectenl une faible épaisseur des tissus, ou, lorsqu'elles présentent une certaine étendue, les attaquer par fractions, en laissant un long intervalle entre chaque cautérisation.

La couche de pâte de Vienne doit être le plus mince possible, eu égard à la profondeur de l'altération de la peau ; elle n'est jamais laissée eu place plus de cinq minutes; on lave la partie escliariliée avec de l'eau vinaigrée, enfin d'enlever toute trace de caustique. Après avoir essuyé avec soin les parties, on applique un morceau d'amadou bien souple, qui a exactement la forme de la surface cautérisée. Si, dès lors, on préserve l'accès de toute humidité, l'amadou adhère d'une façon si intime avec l'èschare, qu'il ne tombe qu'avec elle, et celle-ci ne se détache qu'après

la cicatrisation complote dos tissus qui lui sont subjacents. Cette adhésion de l'amadou est la condition sine qua non de la réussite. En voici un exemple :

Observation II. — M. Raoux (Louis), vingt-deux ans, externe des hôpitaux de Paris, porte sur le front, à gauche, une tache pigmentaire, un peu mamelonnée, irrégulièrement ovalaire, et présentant les dimensions d'une pièce de 5 francs ; son diamètre transversal a 50 millimètres, le vertical 53 seulement.

Le 22 juin 1853, première application de la pâte de Vienne faite sur le tiers moyen de la ta^he : le caustique est laissé pendant quatre minutes, puis remplacé par un peu d'amadou ; celui-ci, maintenu pendant trois ou quatre jours au moyen d'un bandeau, prend des adhérences tellement solides, qu'on peut se dispenser de tout autre appareil extérieur. Les phénomènes d'élimination de l'eschare et de la cicatrisation cutanée s'opèrent à sec.

Le 12 octobre 1853, application de pâte de Vienne faite sur le tiers inféiieur de la tache pendant huit minutes; pansement avec l'amadou, qui adhère très-pro triplement à l'eschare, et rend, au bout de dix-huit jours, tout pansement externe inutile.

Le 10 février 1854, on attaque le tiers supérieur de la tache; le caustique est laissé cinq minutes en place.

Ces trois cautérisations terminées, il restait encore, entre le tiers moyen et le tiers inférieur, un petit îlot de matière pigmentaire qui avait échappé aux trois cautérisations précédentes.

Le 8 mai 1851, nouvelle application de trois minutes seulement.

Au 13 juin, la cicatrice était complète.

Le 11 septembre, il restait encore, dans le tiers moyen de la cicatrice, un petit mamelon bleuâtre; il est attaqué à son tour; même pansement. Guérison complète le 25 octobre 1854.

Ainsi ce naevus a été détruit par cinq applications successives faites à grandes distances l'une de l'autre. Les applications caustiques ont duré trois, quatre, cinq et huit minutes, suivant l'épaisseur de la plaque dans les divers points de son étendue. Le pansement a toujours consisté dans l'application d'un morceau d'amadou très-exactement taillé sur la forme même de l'eschare. L'amadou n'a causé ni gêne ni douleur, et ne s'est détaché que quand la cicatrisation a été complète. Il en eA résulté une cicatrice unie et lisse, blanche dans les points les plus anciennement cicatrisés, légèrement rosée sur les parties cautérisées les dernières, palissant de jour en jour. Les mouvements de la peau sont parfaitement conservés. Chaque cautérisation n'a nécessité qu'un seul pansement. Enfin, excepté au moment de la cautérisation, il y a eu absence de douleur.

Il n'est guère qu'un seul moyen convenable à employer, mais très-douloureux, pour faire disparaître une de ces taches, c'est le tatouage; encore faut-il que la tache soit très-superficielle et n'ait pas une surface trop étendue. On pique assez profondément la peau n des distances rapprochées et l'on introduit dans chaque piqûre de l'oxyde de zinc ou de la magnésie calcinée mélangés à un peu de minium. On s'y prend à plusieurs reprises, et l'on arrive ainsi à colorer la peau par du rose et du blanc, de manière à polir et à dissimuler la nuance morbide rouge foncé des téguments.

§ II. — Naevus érectiles.

Le nœvus érectile, qui rentre dans la catégorie des taches vasculaires, est une altération cutanée plus dangereuse, et peut être quelquefois l'origine d'accidents graves.

On peut en trouver plusieurs sur le même individu : tel est le cas suivant observé à Londres :

Observation III. — Un enfant âgé de trois semaines avait cent cinquante naevus. Ce n'étaient que des taches au moment de sa naissance ; puis il se déyeloppa indislinc-

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tement, sur les diverses parties du corps, des tumeurs toutes bien limitées et de volume différent. De simples frictions faites avec une pommade iodurée, et sans atteindre l'effet rubéfiant, les firent disparaître rapidement, sauf une douzaine qui persistèrent sur le cuir chevelu. La santé de l'enfant resta excellente.

Généralement le nœvus érectile est unique. Il se développe sur toutes les parties du corps, et de préférence sur le visage et le cou ; à la face, les tumeurs sont en général fort petites (fig. 135). A la nuque, où elles sont fort communes, elles acquièrent un volume assez considérable (1); on en a vu sous la peau, dans l'articulation du genou, ainsi que je l'ai fait connaître ailleurs, et enfin sur la langue, ce qui est très -rare.

Bernard, Hott et H.-C. Johnson en ont observé deux exemples :

Observation IV. — Jeune fille de vingt ans, ayant un nœvus externe siégeant vers la commissure droite des lèvres. Elle a deux autres tumeurs vasculaires congénitales dans l'intérieur de la bouche, l'une occupant la face supérieure et le bord de la langue, ayant une large base,, présentant une coloration pourpre, couverte par les papilles de la membrane Fig. 133. — Tumeur pémuqueuse, et disparaissant complètement par la pression; aiculee de la race.

l'autre située sous la langue, plus proéminente, et que la

pression ne parvient pas à affaisser. Ni l'un ni l'autre de ces deux: naevus n'ayant pris de l'accroissement, et ne donnant lieu à aucun symptôme, aucun traitement n'a été dirigé contre eux. Celui qui a son siège à la peau de la face a été t-raité au moyen de la ligature.

Observation V. — Un homme d'un âge moyen, présentant aussi plusieurs autres tumeurs érectiles; mais ni ces dernières, ni le naevus qui existe sur le dos de la langue, n'ont jamais paru augmenter de volume. Celui-ci consiste en une petite tumeur bleuâtre, située près du bord de la langue, diminuant par la pression, mais ne disparaissant pas complètement; elle ne cause aucune espèce de douleur ni d'incommodité, et n'a été découverte qu'en examinant la langue du malade, comme cela se pratique habituellement.

Le naevus existe déjà très-développé au moment de la naissance, ou seulement sous la forme d'une tache imperceptible, comparable à celle d'une morsure de puce, et il s'accroit dans les jours qui suivent. Sa forme est celle d'une tache ou d'un grain rouge, brun, noirâtre; ailleurs, au contraire, d'une plaque rougeâtre, livide, violacée, quelquefois granulée, mollasse. Il se présente enfin sous forme de tumeur plus ou moins bien formée, du volume d'une noisette ou d'une noix, quelquefois très-saillante et presque pédiculée, ailleurs occupant la totalité du derme et s'élendant au-dessous de lui. C'est ce qui caractérise la véritable tumeur érectile. J'ai dessiné pour A. Bérard un de ces naevus congénitaux.

Observation VI. — Femme de trente-deux ans, que j'ai suivie ultérieurement pendant une dizaine d'années. Ce DSBVUS veineux avait envahi tout le côté droit de la face, devenu tuberculeux, comme un éléphanti asis; il avait engendré sur la lèvre supérieure un appendice érectile gros comme le poing, suspendu à un pédicule gros comme le doigt. A. Bérard voulut opérer cette femme, qui >'\ refusa avec raison, s'il faut en juger par l'événement. En effet, au bout de dix ans elle existait encore bien portante. Son nœvus avait peu augmenté, tandis qu'une opération n'aurait pu lui enlever tout son mal et l'eûl peut-être fait mourir.

(I) Vidal (de Cassis), Bulletin de thérapeutique, 1849, t. XXXVI, p. in:!.

Dans leur forme la plus simple, ces petites tumeurs sont formées par la peau amincie et par un tissu cellulaire aréolaire plus ou moins hypertrophié, et contenant dans ses mailles un liquide limpide. La petite tumeur a un aspect blanchâtre, demi-transparent; elle est pourvue d'un appareil vasculaire, très-simple, composé d'une artériole et d'une veinule seulement. Telle est la structure de la plupart des tumeurs connues sous les noms de fie, groseille, etc. D'autres fois, en outre du tissu cellulaire, on trouve dans ces tumeurs une quantité de tissu adipeux suffisante pour leur donner le caractère de tumeur graisseuse. Une forme encore plus commune que la précédente, c'est celle dans laquelle il y a présence d'un tissu érectile accidentel. Enfin on rencontre quelquefois dans ces tumeurs les éléments anatomiques des parties sur lesquelles elles se développent; c'est ainsi, par exemple, que les tumeurs qui se développent sur l'aréole de la mamelle présentent, avec les éléments anatomiques divers dont nous venons de parler, un développement des follicules et des glandes sébacées, qui leur donne un caractère tout particulier. C'est surtout à la mamelle qu'elles présentent des caractères particuliers, qui tiennent au mélange anatomique de ces diverses parties.

La véritable tumeur érectile est éminemment vasculaire. De nombreux vaisseaux extrêmement fins, anastomosés les uns avec les autres, sinueux et dilatés en formant des ampoules, composent son tissu, que J.-L. Petit désignait sous le nom de tissu variqueux, que d'autres ont appelé fongueux et anévrysmatique. Il est évident, d'après l'inspection qui en a été faite, que ces naevus sont constitués par une agglomération de capillaires énormément dilatés et déformés en aréoles dans lesquelles le sang circule aussi facilement que l'eau dans une éponge, et où il peut entrer et sortir sans trop d'embarras. C'est un véritable tissu spongieux que la pression affaisse, et qui reprend son volume dès que rien ne lui fait obstacle. A. Bérard a injecté par les artères et par les veines une de ces tumeurs érectiles veineuses de la lèvre. L'injection par la carotide ne pénétra point du tout, et l'injection veineuse ne réussit que très-incomplètement. Quelques grosses veines s'emplirent, la masse de la tumeur restait semblable à un tissu aréolaire. Elle fournissait, sous la pression d'un instrument, de la bouillie ensanglantée semblable au détritus de la rate. Elle était formée de filaments lamelleux formant des cavités canaliformes communiquant librement les unes avec les autres.

Nélaton a aussi étudié la disposition anatomique des vaisseaux dans un naevus de la lèvre inférieure, devenu par degrés une tumeur érectile. La masse était formée par des conduits d'apparence veineuse, du diamètre d'un quart de ligne au plus. Il était impossible de suivre un tronc et des ramifications analogues à celles que forment les veines à l'état normal. Chaque conduit, dépourvu de valvules, présentait des ouvertures latérales qui s'ouvraient dans d'autres conduits. Les parois en étaient lisses, extrêmement résistantes, comme fibreuses. Enfin, une injection poussée par un point quelconque de la tumeur refluait par toute la surface de la section.

Le nœvus sous-cutané de l'articulation du genou dont j'ai fait l'anatomie offrait cette même structure fibreuse aréolaire, formant de petites cavités inégales, communiquant les unes avec les autres, et remplies de sang veineux : on eût dit une petite éponge fine remplie de sang.

Les naevus sont donc constitués par des capillaires veineux et artériels anastomosés et déformés, ou par des capillaires artériels et veineux réunis à la fois; mais, à en juger par la couleur et par l'absence de pulsations, ce sont les capillaires veineux qui prédominent, aussi a-t-on décrit ces naevus sous le nom de tumeurs érectiles veineuses. Quand les vaisseaux artériels sont les plus nombreux, la tumeur

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est le siégo de battements isochrones à ceux des artères, mais c'est là unv forme très-rare. Je ne sache pas qu'on l'ait observée chez l'enfant comme altération congénitale. Je ne l'ai rencontrée que chez l'adulte, où elle se développe accidentellement.

Complications. — Quelquefois la peau des tumeurs érectiles, amincie et continuellement irritée par le contact des vêtements et des corps extérieurs, peut s'éroder. Dans certains points, on aperçoit alors une surface d'un rouge vif, parcourue par des fissures qui fournissent un écoulement liquide.

Voici deux cas de ce genre :

Observation VIL — A la nuque, une tumeur de la grosseur d'une petite prune était formée par une masse de granulations, naissant d'un pédicule, ayant une couleur rouge foncé parcourue par deux ou trois fissures qui pénétraient de quelques lignes dans l'intérieur de la tumeur et qui fournissaient un liquide fétide. La peau était ramollie et presque excoriée dans toute son étendue.

Observation VIII. — Une tumeur, qui, du volume d'un gro3pois,avaitfmi par acquérir celui d'une noix, offrait un aspect fongueux, fournissait un écoulement liquide, et était divisée en deux lobes par une fissure verticale, profonde de quatre à cinq lignes.

En outre de ces érosions, les petites tumeurs érectiles sont susceptibles d'ulcérations et de suppuration. Les ulcérations sont, en général, recouvertes de granulations volumineuses d'un rouge foncé, saignant facilement, exhalant une odeur fétide, et fournissant continuellement un liquide séreux. Cette exhalation de sérosité, qui existe aussi dans le cas d'érosion, devient l'origine de curieuses diminutions et augmentations alternatives dans le volume de la tumeur.

La suppuration ne présente rien de particulier, si ce n'est que l'on a trouvé plusieurs fois ces tumeurs creusées d'un abcès plus ou moins étendu, tapissé d'une fausse membrane, et fournissant du pus. Mais l'altération la plus constante, à la suite de ces inflammations, c'est L'hypertrophie et l'induration du pédicule, qui se raccourcit et maintient la tumeur quelquefois tellement rapprochée de la peau que l'on pourrait croire à l'absence de ce pédicule.

Enfin, de toutes ces altérations dont ces tumeurs sont susceptibles, la plus grave et celle qu'il importe le plus de bien connaître, c'est la transformation cancéreuse.

Dans un cas, on a vu une tumeur pédiculée naissant de la partie inférieure de la paroi abdominale, un peu au-dessus de l'aine, dont la surface irrégulière et bulbeuse, d'un rouge brun, fournissait une sécrétion visqueuse assez fétide, et donnait sous le doigt une sensation d'élasticité bien différente de la sensation fournit' par la pression des tumeurs pédiculées ordinaires. Heureusement cette dégénérescence des tumeurs pédiculées est rarement primitive, et elle succède le plus souvent aux irritations répétées auxquelles ces tumeurs sont particulièrement exposées.

Diagnostic. — Si le diagnostic du IMEVUS érectile présente quelquefois des difficultés che/. l'adulte, il n'en est pas de même chez l'enfant nou\eau-né. La coloration rouge ou violette de la peau malade, sa tuméfaction inégale, sa mollesse sa vascularité disparaissant sous la pression du doigl et devenant plus prononcée dans le cri et dans les mouvements de l'effort, suffisent pour indiquer la nature du mal et la tumeur érectile, si celle-ci est déjà constituée. Il n'\ a pas de confusion possible, a cet âge du moins, et l'on ne confondra jamais le naevus érectile avec les abcès, les anévrysines et les tumeurs fongueuses curéphaloïiles, si communes à un âge plus avancé. L'erreur n'est facile que dans un cas de lum ur érectile

BOUCHUT. — NOUV.-NÉS. — 7e ÊDIT. .'. i

sous-cutanée sans changement de couleur à la peau, et semblable à celle dont j'ai parlé plus haut; mais alors ce n'est plus un nœvus, c'est une maladie toute différente appartenant par sa forme aux tumeurs et par sa texture aux tissus érectiles.

Le nœvus érectile, dans ses divers états, depuis son origine par un petit grain vasculaire cutané, jusqu'à la tumeur spongieuse sanguine, peut rester stationnaire après la naissance ; mais ordinairement il s'agrandit, se dilate par degrés sous l'influence de l'effort et par les cris des enfants ; il tend à s'ulcérer, et donne lieu, siuand il s'ouvre, à une suppuration prolongée ou à des hémorrhagies quelquefois mortelles.

Traitement. — Il faut, dès que l'âge et la santé des enfants le permettent, employer les moyens convenables pour arrêter les progrès de ces naevus, ou pour les détruire en totalité, si l'on redoute quelque chose de leur évolution.

Quand le nœrus ou tumeur érectile reste stationnaire, on peut attendre et temporiser sans crainte. S'il paraît s'accroître lentement, il faut observer ses progrès et tâcher d'atteindre l'âge de trois ou quatre ans avant de prendre le parti d'une opération ; si, au contraire, le développement est rapide, si la suppuration commence, si l'hémorrhagie est imminente ou accomplie, il faut opérer, et cela le plus tôt possible.

Quelques exemples de temporisation intelligente, suivie de succès, montrent cependant au médecin tout ce que peut la nature livrée à elle-même, et combien il serait important de connaître la marche naturelle de toutes les maladies. Il y a en effet des tumeurs érectiles qui restent stationnaires, d'autres qui s'accroissent et se transforment un peu plus tard en tumeurs fibro-kystiqueset graisseuses, comme je l'indiquerai plus loin.

Allier, Monod et AVatson ont rapporté des faits de ce genre; d'autres ont été observés par Moreau et publiés par Vidal (1). Ils méritent la plus sérieuse attention.

Observation IX. — J'ai connu un homme de quarante-cinq ans qui vint au inonde avec un nœvus gros comme une noisette, situé à la partie latérale du cou; cette tumeur avait un peu grossi, et il allait être opéré, vers l'âge de dix ans, lorsque sa mère s'y opposa formellement. Aujourd'hui la tumeur est affaissée et forme une tache noire sans épaisseur à la surface de la peau.

Observation X. — Un enfant est né avec une marque rouge à la joue, sur la pommette même. Cette marque ressemblait d'abord à la piqûre d'une puce; pendant les premiers mois de l'existence, point de progrès sensibles, mais à la fin de la première année, on s'aperçut que le point où était la tache dépassait le niveau de la peau. Cette tumeur se gonflait quand l'enfant poussait des cris et se colorait davantage : du rose vif elle passait alors au rouge écarlate. De la première à la quatrième année, elle s'agrandit encore et prit la forme et le volume d'une belle cerise. Moreau fut d'avis de ne pas toucher à la tumeur, plusieurs faits lui ayant appris qu'elle pouvait disparaître spontanément. Dupuytren, consulté ensuite, jugea la tumeur fort grave, et conseilla une prompte extirpation. Boyer, qui fut aussi consulté, signala les dangers de l'extirpation et conseilla de comprimer la tumeur. Dubois se rangea du côté de Moreau, et la temporisation fut adoptée.

L'enfant se développa ; la tumeur resta d'abord stationnaire, puis commença à pâlir, à se flétrir vers l'âge de sept ou huit ans. Peu à peu la rougeur et la consistance de la tumeur disparurent ; il resta une poche qui ressemblait au péricarde d'un fruit trèsflétri ; à douze ans, il ne restait aucune trace de ce naevus.

(1) Vidal (de Cassis;, Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, 5e édition. Paris, 1861, t. II, p. 38.

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