‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 373 sur 472 · N.EVUS ET TUMEURS ÉRECTILES · texte numérisé non relu

N.EVUS ET TUMEURS ÉRECTILES

Observation XI. — Une enfant portait, au moment de la naissance, sur le milieu et le haut du front, à l'origine des cheveux, un naevus ayant l'apparence d'une cerise.

A huit mois, quand Moreau la vit pour la première fois, cette tumeur avait le volume, la forme de la première phalange du droit médius d'un adulte. Gall, qui avait été consulté, adressa la malade à Dupuytren, qui proposa l'extirpation. Moreau, craignant les dangers d'une opération pratiquée sur la tète d'une si jeune enfant et dans le voisinage d'une fontanelle, émit l'opinion d'un ajournement : 1° parce que l'opération serait, plus tard, moins dangereuse; 2° parce que, en tomporisant, on pourrait bien voir ce naevus disparaître.

L'enfant suivit ses parents en Suède, où elle resta jusqu'à dix-sept ans. On avait adopté la temporisation.

Moreau a revu cette demoiselle à son retour à Paris, et il n'a trouvé aucune trace de la tumeur du front.

Observation XII. — Une autre enfant, la fille d'un agent de change, naquit avec un naevus érectile de même espèce, dans l'épaisseur de la grande lèvre gauche, d'où elle s'étendait dans le vagin. Moreau proposa encore la temporisation, et il fut approuvé par Dubois. Dupuytren avait proposé l'excision; les parents suivirent le premier conseil, et la nature fit disparaître cette tumeur, qu'on n'aurait pu enlever sans le plus grand péril.

Holmes Coote, Bickersteth, Laboulbène et Warmont ont publié des faits de ce genre. Ils ont vu des tumeurs érectiles, même assez volumineuses, ayant perdu leur caractère vasculaire, érectile, et transformées en tumeurs mollasses comme une éponge, de consistance molle et dure en divers points, à surface bleuâtre et blanchâtre, formées par un tissu fibreux entremêlé de graisse et de kystes plus ou moins volumineux et nombreux, remplis de sérosité citrine ou sanguinolente, de caillots plus ou moins décolorés, friables ou ramollis et pulpeux. Dans quelques cas, ces tumeurs renferment des vaisseaux, généralement en petit nombre, et quelques filets nerveux.

Mais les choses ne marchent pas toujours aussi heureusement. Chez un grand nombre d'enfants, la tumeur érectile se développe assez vite et menace d'amener la rupture de la peau : alors il faut se hâter de la faire disparaître. L'opération ne présente pas de difficultés quand l'altération existe circonscrite sur une lar^e surface de peau saine et loin de parties importantes. C'est, au contraire, une opération très-délicate à entreprendre quand le naevus a pour siège la lèvre ou les paupières, là où une perte de substance peut être fort désagréable. Aux paupières principalement, le voisinage de l'œil gêne considérablement les manœuvres opératoires.

Traitement chirurgical. — Différents moyens chirurgicaux ont été employés dans le but de faire disparaître les naevus érectiles par la destruction sur place ou par la transformation en un tissu cicatriciel non susceptible de dégénérescence vasculaire.

La vaccination et L'inoculation du tartre slibié; l'acupuncture et les injections caustiques; la cautérisation électrique; la ligature et la compression réussissent quelquefois à transformer le naevus érectile en tissu ûbro-celluleux ; l'extirpation et la cautérisation, au contraire, détruisent le mal dans la profondeur et l'enlèvent dans la totalité.

1° Vaccination. — La vaccination est une excellente méthode à employer dans le traitement des naevus érectiles qui ne sont ni trop étendus ni trop volumineux Elle ne jouit pas de toute la faveur qu'elle m'inspire et qu'elle mérite. Du même coup elle remédie aux éventualités de la variole et aux conséquences d'une lésion cutanée fort redoutable.

La vaccination doit être pratiquée par de nombreuses piqûres rapprochées, (listantes d'un centimètre, disposées tout autour du naevus, et quelques-unes à la surface. Il faut prendre directement le vaccin sur le bras d'un enfant récemment vacciné. Lorsque cette inoculation réussit, les pustules paraissent et se développent comme de coutume. Au septième ou huitième jour, une inflammation très-vive, quelquefois alarmante, se manifeste, s'étend en profondeur dans la masse vasculaire du naevus, qui se gonfle et devient très-douloureux. Puis lorsque l'éruption vaccinale sèche, l'inflammation qui environne les pustules diminue, et le naevus, profondément modifié, à demi détruit, s'affaisse lentement et disparaît au bout de quelques mois sous les cicatrices du vaccin. Beaucoup de médecins ont déjà réussi par ce procédé, que j'ai employé deux fois avec un plein succès. Boyer l'a mis en usage pour un naevus assez volumineux de la joue et de la lèvre, et il a vu les parties transformées reprendre à peu près leur disposition naturelle. M. Marjolin y a eu recours dans un cas qui ne semblait pas favorable à cause de l'étendue des altérations, et cependant il a réussi.

En 1855, Legendre a réussi par ce procédé sur un naevus de la fesse, large de 2 centimètres, et j'ai lu que Hanner (de Munich) (1) avait, par ce procédé, guéri trois enfants atteints de tumeurs érectiles assez étendues. Le dernier, âgé de neuf mois, avait toute la paupière gauche occupée par le mal, proéminent de quelques lignes. Douze à quinze piqûres furent pratiquées. La réaction et le gonflement considérables furent combattus par des applications d'huile , des fomentations froides, et la guérison eut lieu, laissant après elle une cicatrice d'assez belle apparence.

Enfin, en 1855, Charrier a réussi par le même procédé, à l'aide de trente-sept piqûres, sur un enfant âgé de deux mois qui portait quatre tumeurs érectiles : l'une à la tempe droite, de 18 millimètres de largeur sur 2 millimètres de saillie; la seconde au cou, du volume d'une petite lentille ; la troisième dans le creux sous-sternal, et la quatrième au-dessous du creux axillaire.

Nélaton a modifié ce procédé, et au lieu d'inoculer sur la tumeur, pour éviter la petite hémorrhagie qui entraîne, dit-il, l'insuccès de l'opération, il inocule au dedans de la tumeur, en agissant de la manière suivante : On charge de vaccin pris de bras à bras les pointes d'épingles à insectes ; on les plante dans la tumeur et on les laisse en place. Elles s'opposent alors à la sortie du sang en faisant en quelque sorte office de bouchon. Le nombre des aiguilles varie suivant la grandeur de la tumeur; mais, en général, la distance à observer entre chacune d'elles peut être évaluée à 1 centimètre ou à 1/2 centimètre. Que se passe-t-il alors? Pendant les deux premiers jours, rien.

Le troisième et le quatrième jour la tumeur s'enflamme, bientôt une éruption vaccinale vient la recouvrir en entier, et l'on aura pour dernier résultat une cicatrice de vaccine. Si la destruction n'était pas complète, on pourrait, sans élargir la cicatrice extérieure, pratiquer à sa base une petite cautérisation au moyen d'un fil de platine rougi. Remarquons en passant que la sphère d'action de la vaccine s'étend beaucoup plus loin que celle des autres agents modificateurs.

Dans d'autres cas, Nélaton modifia encore ce procédé et mit dans la tumeur des sétons ordinaires à l'aide d'aiguilles, puis au quatrième jour, dans les trajets fistuleux, des mèches imbibées de vaccin (2).

La vaccination peut donc avoir de sérieux avantages dans le traitement des naevus,

(1) Hanner, Journal fur Kinlerkrankheiten, 1855.

(2) Voir les observations publiées dans la 6e édition.

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