DU POIDS DES NOUVEAU-NÉS DANS LES PREMIERS JOURS DE LA NAISSANCE
Il est intéressant de connaître les résultats du mouvement de la nutrition dans les premiers jours de la vie chez les enfants, et la pesée quotidienne est assurément le meilleur moyen d'arriver à cette connaissance. C'est de cette manière que l'on a pu savoir que les nouveau-nés, en général, diminuent de poids jusqu'à la chute du cordon ombilical et augmentent tout de suite après.
Wickel (1), qui a eu l'idée de vérifier les recherches d'Ed. Siebold sur le poids des nouveau-nés, a fait ses pesées chaque jour en notant toutes les particularités qui se rattachaient à la mère et à l'enfant. Il fit les pesées lui-même et se fixa aux points suivants : Les peser tous, tous les jours, à la même heure, le matin entre huit et neuf heures; alors, d'ordinaire, la vessie et le rectum s'étaient vidés dans la nuit, le poids absolu pouvait être le mieux fixé. Par la nudité et la frayeur, souvent, les enfants émettaient l'urine seulement sur la balance, ce qui pouvait donner une différence de 2 à 3 loth (2). Mettre l'enfant tout nu, même sans la compresse ombilicale, sur la balance, couché sur une alèze chauffée, préalablement bien pesée ; quelquefois l'enfant la mouillait pendant le pesage : cette augmentation de poids de l'alèze dut être chaque fois distraite du poids de l'enfant. Quoique interrompu plusieurs fois dans son travail, l'auteur peut donner déjà le résultat des pesées de 100 enfants; ce nombre, bien que restreint, lui a montré une loi aussi constante que naturelle, qu'on n'avait pas encore jusqu'ici bien déterminée.
Ses recherches portent sur 56 garçons et 44 filles. Les garçons, à leur naissance, ont pesé, en moyenne 0 livres 3/4, au maximum 8 livres 1/3; les filles 6 livres \l*l, au maximum 8 livres 1/2; les garçons sont en moyenne plus lourds d'un quart de Une.
Chez la moitié, la chute du cordon eut lieu le troisième jour ; chez un quart, le
(1) Wickel, Recherches sur les rapports de poids des nouveau-nés dans tes dix premiers jours de leur naissance (Monatsschrift fur Geburtskunde und Frauenk., juin 186:2, et Union médicale, 1863, p. 395).
(2) Le loth n'a pas de terme correspondant dans la série des poids français; dans l'ancienne nomenclature, il équivaudrait à près de 4 gros, soit 15or,60. Je continuerai, dans le courant de cet article, à le désigner par la simple initiale / ; le lecteur pourra facilement faire les calculs.
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quatrième; donc, ordinairement, la chute se fait au troisième ou quatrième jour.
Contrairement à l'opinion de Siebold, clicz tous les enfants déjà, dans les vingtquatre heures, on remarque un changement de poids. Cette perte fut en moyenne, pour ce premier jour, de 0,95 1. ; l'une en perdit 16 par une forte hémorrhagie ombilicale; le deuxième jour, 90 enfants sur les 100 perdirent en moyenne 0,07 1. ; le troisième jour,- 41 perdirent encore, en moyenne, 3,28 1. ; le quatrième iour, 15 diminuèrent en moyenne de 2,09 1. : ces 100 enfants perdirent, jusqu'au cinquième jour, en moyenne chacun 14,51 1. , dont les 0/7es incombent au deux premiers jours. De ce tableau résulte aussi que la durée de la diminution de poids comprend d'ordinaire deux à trois jours. Les garçons, d'ordinaire plus pesants, paraissent moins perdre que les filles.
De ces 100 enfants, 93 étaient à terme, 7 nés avant terme.
Sur les 93 de la première catégorie, 78 furent nourris par leur mère, 15 avec du lait de vache. Les 78 perdirent, dans les deux ou trois premiers jours, en moyenne 13,73 1. ; chez 18 d'entre eux, la diminution fut très-sensible et due à une maladie de la mère ou de l'enfant; en tenant compte de ce fait, la moyenne, pour les 00 autres, fut de 12,2 1. Les 15 enfants nourris avec du lait de vache perdirent dans le même temps 12,2 1. ; les 7 enfants non à terme perdirent 13,2 1. Donc, à cette époque, il n'y a pas de différence de perte entre les enfants nourris par le lait de vache et le lait de femme ; la différence est insignifiante entre les enfants à terme et les autres. Il n'en est plus de même après le troisième jour. 11 trouva, chez tous les 78 nourris par leur mère, tout de suite après la cessation de perte, une augmentation de poids, et non, comme l'avance Siebold, un temps d'arrêt de quelques jours.
57 fois sur 78, c'est-à-dire chez les trois quarts, une augmentation de poids était déjà à observer au troisième ou quatrième jour. Jusqu'au dixième jour inclusivement, chacun de ces 78 gagna un total moyen de 12,5 L; et si l'on considère ce que les 18 enfants mentionnés plus haut eurent de peine à rattrapper à cause de leur maladie ou de celle de la mère, on aura un gain moyen de 15,5 1. pour les 60 autres; aussi 30 de ces 00 étaient déjà de quelques livres pins lourds qu'à leur naissance. 28 filles gagnèrent en moyenne 11,1 1. en dix jours, 32 garçons 16,7 1.
Le rapport de gain parait donc de nouveau plus farorable aux garçons ;mais il résulte aussi de la comparaison, et ici il est d'accord avec Siebold, que le poids trouvé à la naissance était sans influence sur le degré de perte et d'augmentation; sans cela, les filles, plus légères, auraient dû aussi en moyenne perdre moins que les garçons.
Pour les 15 enfants nourris avec du lait de vache, les résultais furent bien plus défavorables. Un seul avait, le dixième jour, \\ gros, c'est-à-dire 12 grammes de plus que le troisième jour, et cependant encore 5 I. 1/2 de moins qu'à la naissance. Tous les autres étaient encore eu diminution presque constante jusqu'au dixième jour, et cela sensiblement L'un perdit 33,5 1. et mourut d'atrophie ; l'autre 52 1., mais vécut. Si chez l'un ou l'autre on put voir une augmentation, elle était très-petite et fut sui\ie d'une nouvelle diminution : cela se \it chez 5 enfants. Enfin, tous ces 15 enfants étaient encore sensiblement plus légers le dixième jour que lors delà naissance, et aucun ne montrait une tendance et augmenter. Depuis la rédaction de ce travail, neuf autres observations d'enfants nourris avec du lait de vache sont venues confirmer ce résultat.
Parmi les 7 enfants nés avant terme, un seul montre \\\\v augmentation assez
constante à partir du quatorzième; le dixième jour, il avait gagné en tout 10 I. , et 3 de plus qu'à sa naissance. Chez la moitié des autres, l'augmentation fut petite et oscillante ; le dixième jour, le poids n'était pas encore celui de la naissance. Les 3 antres diminuaient encore.
Voyons maintenant les causes de cette diminution de poids pendant les trois premiers jours :
1° V évacuation de V urine et surtout du méconium. Il a souvent trouvé des langes qui, par une seule émission d'urine, étaient de 2 à 3 1., c'est-à-dire de 30 à 45 grammes plus pesants qu'auparavant.
2° V activité fonctionnelle de la peau plus grande après la naissance. L'enlèvement de l'enduit caséeux, les efforts musculaires (pour crier, teter), la température ambiante (vêtements, séjour dans le lit de la mère), activent beaucoup la sécrétion de la sueur. Plus d'une fois il a trouvé, sous les chaudes couvertures du lit, l'enfant ayant le front et la tète couverts de gouttes de sueur, surtout les enfants bien forts, et cela quelques heures après la naissance : celte perte a été quelquefois de 1 1. 1/2, soit 23 grammes.
3° La diminution de la graisse sous-cutanée, prouvée par la formation des plis (dus à la pression inégale des vêtements et aux efforts musculaires).
4° Les changements de la nutrition. Dans l'utérus, le fœtus reçoit un apport régulier de matières nutritives déjà digérées et résorbées. Maintenant, que d'obstacles à la régularité de la nutrition ! Il faut qu'il apprenne à teter, à digérer, et ne trouve d'abord qu'un lait non-seulement peu abondant, mais encore un peu purgatif; enfin, il lui faut se débarrasser du reste du cordon ombilical. Voilà assez de causes pour expliquer la diminution constante des nouveau-nés : ils diminuent parce que les dépenses qu'ils font en méconium, urine et graisse sont plus grandes que les recettes pendant les trois premiers jours.
Nous avons dit que la diminution de poids dure deux à trois jours ; que l'augmentation se rencontre le troisième ou le quatrième jour; nous trouvons, de plus, que chez les trois quarts de tous les enfants le cordon tombe le troisième ou le quatrième jour. Enfin, chez 71 enfants à terme, nourris par le lait maternel, l'augmentation de poids commença : 8 fois avant, 24 fois après, 30 fois à l'époque de la chute du cordon ; aussi l'auteur de ce travail croit-il devoir attribuer un grand rôle à cette chute pour délimiter la diminution ci l'augmentation. On connaît depuis longtemps les accidents ictériques et les troubles digestifs qui arrivent à cette époque, et qui, ici, sont prouvés par de nombreux exemples. Trois autres cas présentèrent, avec un état de putridité du cordon, sans autre cause appréciable, une énorme diminution de poids; l'influence de ces accidents sur la digestion s'explique par la participation plus grande du foie : or, celui-ci ne peut exercer normalement tous ses rôles sur la bile et le sang qu'après toutes les oblitérations vasculaires accomplies. Aussi formule-t-il sa loi ainsi : Les nouveau-nés, en général, diminuent de poids jusqu'à la chute du cordon ombilical et augmentent tout de suite après.
Voilà ce qui se passe physiologiquement ; voyons les anomalies (en intensité et en durée) qu'a présentées cette diminution chez 18 enfants nourris par la mère et chez tous les 15 nourris avec du lait de vache.
Pour les premiers, nous avons trouvé comme cause : de fortes hémorrhagies par le cordon ombilical mal lié, 7 cas; — trop peu de lait dans les seins de la mère, 2 cas. Mais la cause la plus fréquente se trouvait dans des maladies : A. chez les enafnts, B. chez la mère.
A. Avant tout, les aphthes, 31 pour 100, et sur ces 31, 14 subirent une plus
MORTALITE DES NOUVEAU-NES. i'->
ou moins sensible diminution de poids. Il est remarquable que, sur 1rs 15 enfants nourris de lait de vache, 1-2 eurent dos aphthes connue aussi tous furent plus ou moins malades ; cela est certainement dû au mode de nutrition ; la quantité et la qualité du lait nécessaire a chacun sont ici si difficiles à trouver, et puis la température, la proportion d'eau, de beurre, de sucre, de lait, la propreté des vases, le mode d'introduction, ne doivent-ils pas influer, surtout dans les premiers jours, sur la digestion, et amener des catarrhes gastriques, vomissements, diarrhées, ictère, gastro-entérite, comme cela se trouva aussi chez tous les enfants?
L'ophthaltnie purulente fut observée 20 fois, dont un cas isolé avec grande diminution de poids, (*> fois avec complication d'autres maladies.
Victère 16 fois, fortement accompagné chez tous, soit de grande diminution, soit d'oscillation dans l'augmentation après le troisième jour.
Deux cas de céphalhématome. Chez l'un, il y eut de plus double ophthalmie ; cet enfant diminua longtemps. L'autre fut nourri de lait de vache; le dixième jour, l'évacuation de la tumeur le rend sensiblement plus léger; il mourut de gastroentérite.
li. Influence maternelle. — Souvent avec des excoriations au mamelon, se virent des aphthes et par là une diminution de poids; — un abcès furoiiculeu X, suite de rhagades, sans aphthes, fut aussi subi de diminution; o fois un érysipèle, suite d'excoriation au mamelon, empêcha d'appliquer plus souvent l'enfant au sein et fut subi du même résultat. Sur il cas de métrite, il y eut 7 fois des oscillations marquées dans l'augmentation après le troisième jour; il est vrai que souvent ces enfants étaient eux-mêmes malades, de sorte qu'il fut difficile de bien fixer la part qui incombait à la mère, d'autant plus que, dans les deux autres métrites assez intenses, sans troubles dans la sécrétion du lait, aucune influence ne se fil remarquer.
Conclusions. — 1 Les garçons sont en moyenne plus pesants que les filles, au moment de leur naissance. — 2° La chute du cordon a lieu, chez les trois quarts, le troisième ou le quatrième jour. — 3° Tous les enfants diminuent bientôt après la naissance. — i Cette perte atteint 12,21 chez les enfants bien portants. — .V La diminution de poids dure d'ordinaire deux ou trois jours. — G" Chez les enfants à terme, sains, nourris par la mère, il y a tout de suite une reprise a partir du troisième ou du quatrième jour, époque qui coïncide d'ordinaire avec la chute du cordon. — 7 Cette augmentation, jusqu'au dixième jour, est, chez les enfants bien portants, en moyenne, de 15,02 1., environ ~2'27) grammes, de sorte qu'alors la plupart ont atteint de nouveau leur poids primitif. — X Sont exceptés de cette règle les enfants nourris avec du lait de vache et ceux qui sont nés avant terme : les premiers diminuent encore après la chute du cordon, les autres oscillent dans l'augmentation. — 9° Enfin les maladies de la mère et de l'enfant se traduisent par une plus longue durée de la diminution et une augmentation petite et oscillante.