‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 38 sur 472 · MOYENS D'EXPRESSION. — CALORIFICATION · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRESSION. — CALORIFICATION

ou phlegmon, typhus ou brûlure , L'augmentation de la température existe, non pas parce qu'il y a brûlure, typhus, variole ou pneumonie, mais en raison de la fièvre et parce que l'état fébrile s'est déclaré. Cette augmentation de la température propre apparaît avec la fièvre, grandit et décline avec elle et pour disparaître au même moment; elle ne dépasse guère la limite normale que de 5 degrés, et atteint, au maximum, 42°,5, exactement comme cela arrive chez l'adulte.

Dans un grand nombre de maladies, la caloricité ne semble pas modifiée, et, nonobstant des désordres graves, mortels même, tant que la fièvre ne survient pas, la température propre du corps des enfants n'est pas changée; elle reste dans les limites ordinaires ou très-voisines du chiure moyen normal. C'est le cas des maladies chroniques du cerveau, du poumon, de l'intestin, et de la plupart desaffections scrofuleuses superficielles ou profondes.

Enfin, il est des maladies de l'enfance qu'on peut appeler al g ides, a cause de l'abaissement considérable que subit la température propre du corps. Dans ces cas, la caloricité est presque anéantie, et les enfants succombent rapidement m on ne les alimente pas artificiellement de manière à les réchauffer. L'une d'elles, le sclérème, a été appelée œdème algide, et présente ce phénomène au degré le plus marqué. On verra, dans le tableau très-intéressant publié par Roger, la température constamment abaissé;1 au-dessous de la moyenne normale, descendre à 30 ,25, 23°,50, et même à :22 degrés centigrades, c'est-à-dire à 15 degrés au-dessous de la température ordinaire.

D'autres fois ce sont des pneumonies atoniques sans fièvre, des entérites sans aucune réaction fébrile chez des nouveau-nés extrêmement faibles, âgés de quelques jours, ayant souffert de l'alimentation insuffisante, et offrant enfin, avec un notable ralentissement du pouls, un abaissement de température sans nulle trace de sclérème. Mignot, qui a rapporté plusieurs faits de ce genre, a montré que, dans ces circonstances, la température pouvait descendre de 4 ou \) degrés, et arriver à 31°,30, et même 28 degrés centigrades. Ce sont des cas fort curieux et qu'on ne saurait trop méditer, car ils laissent entrevoir la part immense que la force première et l'impulsion génératrice prennent dans l'exercice de la caloricité et dans la température propre des jeunes enfants.

N'est-ce pas, en elfet, l'imperfection organique de l'encéphale et de tout le système nerveux central ou ganglionnaire qui doit rendre compte du faible développement des nouveau-nés, de l'absence de réaction fébrile, c'est-à-dire du manquede vitalité, de chaleur et de force qu'on observe chez certains d'entre eux? Y a-l-il une autre cause qui puisse expliquer de pareils phénomènes? Assurément non. D'ailleurs, cette réaction fébrile qui manque chez les uns, et qui prouve la faiblesse des impressions morbifiques, n'est-elle pas exagérée chez d'autres placés dans des circonstances opposées, et ne voit-on pas la fièvre exprimer la vivacité de la réaction vitale et l'existence préalable de ces mêmes impressions morbides ? Ne sait-on pas, enfin, d'après des expériences récentes sur le système nerveux, qu'on augmente et qu'on abaisse a volonté la chaleur d'une partie en agissant sur le grand sympathique ou sur les nerfs de la vie de relation? En effet, si, comme l'indique Claude Bernard (1), on coupe sur un animal le filet du grand sympathique qui unit au cou le ganglion cervical supérieur avec le ganglion inférieur, il en résulte dans tout le coté de la face et dans l'oreille correspondante une élévation de :5, 1 et même 5 degrés centigrades, élévation de température qui, jointe à unv congestion

l ci. Bernard, Cours de médecine du Collège de France : Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858, t. II. p. 51.

40 PATHOLOGIE GÉNÉRALE ET SÉMÉIOTIQUE DE l'EXFAXCE.

sanguine active, dure ainsi pendant plusieurs jours et disparaît. Il en est de même après la piqûre de la moelle à l'origine des nerfs pneumogastriques pour la température du foie et des reins qui est très-notablement augmentée. Au contraire, quand on agit sur les nerfs de la vie de relation et qu'on opère la section des cordons nerveux d'un membre, la température de ce membre est toujours assez notablement abaissée.

C'est donc, en définitive, à l'influence préalable du système nerveux général qu'il faut rapporter l'exercice de la caloricité et la production de la chaleur superficielle et profonde des enfants. Le faible degré de développement ou l'imperfection de ce système amène Yétat algide, et sa force physiologique ou son exaltation morbide détermine, au contraire, une quantité de chaleur nécessaire à l'entretien de la santé ou l'exagération pathologique qui caractérise la fièvre.

Page 1