CHAPITRE III
ADÉNITES.
V adénite est une inflammation des glandes lymphatiques.
Elle s'observe ordinairement au cou, mais on la rencontre sur d'autres régions •du corps, comme l'aisselle, le coude, le mésentère à la suite de L'entérite chronique, le médiastin postérieur après les inflammations des organes respiratoires, et elle est presque toujours liée à la scrofule. À la région du cou, on la voit aussi à la suite des angines scarlatineuses et couenne uses formant des adénites suppurées ou bubons scarlatineux et diphthéritiques. Elle peut se développer chez des sujets de bonne constitution sous l'influence de causes locales, telles que la sortie ou la carie des dents, un aphthe ou une stomatite ulcéreuse, et ce n'est alors qu'une inflammation aiguë des ganglions dépourvue de tout caractère diathésique.
Elle se montre sous deux formes : à l'état aigu et à l'état chronique.
§ I. — Adénite cervicale.
L'adénite cervicale aiguë est ordinairement symptomatique d'une autre affection locale, dont elle devient un signe extérieur et dont elle relève souvent l'importance. Pour peu qu'un enfant soit doué du tempérament lymphatique, il ne peut avoir le mal de gorge le plus simple sans engorgement des ganglions sous-maxillaires ou mastoïdiens, et si l'affection pharyngienne a un caractère spécial, on voit survenir une tuméfaction énorme ou de véritables bubons, comme dans le croup, dans l'angine couenneuse, dans la scarlatine, dans l'impétigo de la face, des oreilles et du cuir chevelu; le même phénomène a lieu sous une autre forme dans les plaies suppurantes des membres qui s'accompagnent presque toujours d'un degré plus ou moins considérable d'inflammation des glandes lymphatiques correspondant aux vaisseaux blancs de la région où se trouve la plaie.
Comme chez l'adulte, les adénites s'accompagnent des signes connus de l'inflammation; seulement, ici, ils paraissent plus rapidement et sont plus aigus, particulièrement la douleur et la rougeur. Le retentissement sur l'organisme se traduit par un appareil fébrile plus prononcé que chez l'adulte, et pour peu que l'enfant soit excitable, -il n'est pas rare de voir survenir des convulsions. Sous cette forme, l'adénite se termine souvent par suppuration en quatre, six ou huit jours. Quand l'adénite dépend de la scarlatine, elle amène un décollement rapide avec plaie de mauvaise nature, presque toujours suivie de mort.
Dans le croup et l'angine couenneuse il en est de même, mais dans l'adénite scrofuleuse il en résulte une ouverture fistuleuse qui dure plusieurs mois. Ce n'est que dans l'adénite inflammatoire, chez un sujet sain, que l'abcès se termine par cicatrisation peu de temps après son ouverture.
Ces considérations sur la marche de l'affection sont suffisantes pour montrer que
Iules Roux, Injections iodées dans deux kystes congénitaux du cou (Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1855-1856, t. XXI, p. 1057 et suiv.i et Bouchut, Nouveau-nés, G- édition. p.*857.
ADÉNITES. 891
le traitement doit être actif dès les premiers jours si les symptômes sont prononcés.
Outre la terminaison par suppuration, il en existe deux autres, la résolution et le passage à l'état Chronique, dette dernière forme, ou adénite chronique, n'est pas seulement consécuti\e; elle existe bien plus fréquemment dune manière primitive chez les sujets Lymphatiques, et sous son influence les ganglions peuvent se remplir de matière tuberculeuse ou passer a l'état cartilagineux; dans le plus grand nombre des cas pourtant, ils ne subissent aucune transformation, et finissent par se résoudre sous rinfluence du temps et d'un traitement convenable.
Traitement. — La partie la plus efficace du traitement est celle qui consiste à éloigner la cause dont l'adénite est le résultat. Mais ceci exécuté, il reste souvent au chirurgien à intervenir dans l'état aigu, soit 'par des applications de sangsues, soit par des moyens relatifs aidés par l'emploi des cataplasmes ou des applications de laine ou d'ouate. Les onctions avec l'onguent napolitain ou les pommades iodurées sont les moyens les plus puissants pour obtenir la résolution de la tumeur.
On devra employer l'une de ces trois pommades :
Pommade à la vanille.... 30 grammes. Pommade à la vanille ... 30 grammes lodure de plomb 1 — Iodure de potassium 1 —
Pommade à la vanille 30 grammes.
Chlorhydrate d'ammoniaque 5 — ■
Les applications faites trois fois par jour avec du collodion riciné d'après la formule suivante sont quelquefois très-utiles pour arrêter la phlegmasie glandulaire et empêcher la suppuration. C'est le moyen employé par Robert Latour contre toutes les inflammations. Il m'a réussi chez plusieurs enfants qui ont ainsi échappé a une suppuration glandulaire.
Si, malgré les moyens ci-dessus, la suppuration se produit, il reste plusieurs questions à résoudre. Faut-il laisser l'ouverture aux soins de la nature? Si l'on se décide à ouvrir, comme il est généralement admis de le faire, quel procédé fautil employer?
Guersant reproche à tous ceux mis en usage généralement d'exposer a des cicatrices plus ou moins laides, mais toujours très-apparentes, et voici celui qu'il a emprunté à Bonnafont. Il consiste dans un séton filiforme que Ton passe a travers le foyer à l'aide d'une aiguille dont la longueur est suffisante pour entrer par un des points des parois et aller sortir à l'autre extrémité du diamètre choisi, dont une des extrémités doit toujours occuper une position déclive. Le fil ainsi introduit est dégagé de son aiguille et noué en anse lâche sur la tumeur, de façon qu'on puisse le mouvoir pour faciliter l'écoulement. Celui-ci se fait du reste îrès-aisément et d'une manière continue dans les pièces de l'appareil de pansement; la tumeur diminue de volume chaque jour; le foyer se rétrécit, et au bout d'un temps plus ou moins long, souvent quelques jours seulement, on peut le retirer, et les parois sont complètement recollées. L'avantage de ce procédé d'évacuation du pus est très-important, surtout dans les renions exposées a la \ ue, en ce qu'il ne laisse pour trace (pie de petites cicatrices qui ressemblent plus à des piqûres de snmMir» qu'à toute autre chose.
Dans les cas d'adénite chronique, il faut surtout avoir recours aux pommades résolutives, aux injections el douches d'eau salée sur la région occupée par l'adénite et au traitement général médical ci hygiénique. Sous son influence, l'enfant se développe, et avec le temps de volumineux engorgements disparaissent, si la santé s'améliore et qu'on n'obtienne pas d'amendement dans l'état des ganglions, on peut entreprendre de les ramener à l'étal de suppuration, ce que l'on obtient
surtout à l'aide du séton. Enfin, s'ils ont subi des dégénérescences, on peut dans certains cas les enlever, soit avec le bistouri, soit avec les caustiques ; mais on doit toujours Élire ces opérations tardivement, après avoir donné longtemps les moyens internes. A la suite des abcès ouverts seuls ou par le bistouri, lorsqu'il y a des décollements de la peau, les cicatrices se font attendre; alors les cautérisations intérieures avec le crayon de nitrate d'argent, les injections d'eau pbéniquée au millième ou avec la teinture d'iode iodurée, les pansements avec le vin aromatique, l'eau chlorurée, les applications de teinture d'iode, les pommades au calomel ou le calomel pur, doivent être mis en usage successivement, et réussissent quelquefois. C'est dans ce cas que l'arséniate de soude à l'intérieur, d'après ma formule, peut rendre de grands services :
If. Sirop de sucre 300 grammes.
Arséniate de soude 5 centigrammes.
Une à deux cuillerées à bouche par jour.
Sous l'influence de ce remède, les plais se cicatrisent très-rapidement. § II. — Adénite axillaire.
Les écorchures des doigts développent souvent dans l'aisselle des glandes qui restent à l'état d'induration, ou qui s'enflamment et peuvent suppurer en donnant lieu à des fistules interminables.
En cas d'inflammation aiguë, on peut arrêter la suppuration par des applications de collodion riciné d'après la formule indiquée plus haut.
Si les glandes sont à l'état d'induration, les moyens généraux et les topiques résolutifs doivent être employés.
En cas de fistule, il faut recourir aux remèdes employés contre les adénites cervicales suppurées. — Les adénites du mésentère et celles du tnédiastin ont été décrites à l'article Carreau et Phthisie bronchique.