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CHAPITRE II

Les kystes du cou se présentent tout formés chez les nom eau-nés au moment de la naissance ou se développent au bout de quelques mois, mais leur point de dépari remonte aux derniers temps de la rie intra-utérine. Ce sont des kystes congénitaux développés plus ou moins rapidement, a la partie antérieure latérale ou postérieure du cou.

César Ilawkins en a \u trois exemples, le premier chez un enfant de trois mois, un autre sur un enfanl de huit mois, cl l'autre chez un sujet Igé d'un an. Le docteur Evans en a mi un cas a son début, chez un nou\eau-né ; et j'en ai observé deux autres, l'un sur un enfant de vingt cl un jouis, ci le second sur un DOUVeauné. Ce dernier avait pour siège la partie latérale ci postérieure du cou. il \ en a enfin d'autres observations éparses dans la science ci recueillies par Berndt, krnolt,

Wutzer, Cilles, Roux (de Brignoles), .Iules Roui de Toulon), etc. Dans le cas de

Ilawkins il \ avait des accès de sull'ocaiion ci L'enfant mourut. On trouva sur le côté droit du cou une tumeur avant presque le volume de deux oranges séparées

par un sillon profond tracé par le muscle digas trique. Celle lunieur était formée

par l'agglomération de plusieurs centaines de k\stes, de volume très-variable, gros

comme des pois ou comme des noisettes, et même atteignant le volume d'une noix. Ces kystes, étroitement réunis, demi-transparents, étaient remplis de sérosité incolore, transparente, rougeâtre ou noire comme du sang veineux. Ils s'étendaient sous la mâchoire, entourant les vaisseaux et les nerfs du cou qu'ils comprimaient, et descendaient enfin le long de la colonne vertébrale, derrière le pharynx et l'œsophage, jusqu'à la sixième vertèbre cervicale.

J'ai eu l'occasion de voir une de ces tumeurs formées de kystes multiples à l'hôpital Necker, en 1842.

Observation I. — Enfant de vingt et un jours, entré pour une pneumonie qui occasionna la mort. — Cet entant portait au côté gauche du cou, sous la mâchoire, une tumeur du volume d'un œuf environ, assez saillante, inégale, bosselée, molle, lépressible comme une tumeur éreclile, sans douleur ni changement de couleur à la peau. Rien ne paraissait à l'intérieur de la bouche ; je ne savais encore quelle était la nature de cette tumeur, je n'avais, encore rien décidé lorsque l'enfant mourut.

Autopsie. — Cette tumeur, placée à une petite profondeur sous la peau, en avant du sterno-mastoïdien, appuyée sur les vaisseaux et les nerfs du cou, était irrégulièrement allongée de haut en bas, remontant un peu sous la branche horizontale de la mâchoire et descendant le long du larynx, jusqu'au corps thyroïde.

Elle était formée de kystes séreux, incolores, inégaux, du volume de grains de chènevis ou comme des noisettes. Ces kystes étaient assez rapprochés et isolés par fragments et lamelles de tissu graisseux, cellulaire et fibreux. On aurait dit une grappe d'hydatides.

Plus tard, en 1851, j'ai vu un fait à peu près semblable présenté par Morel à la Société de biologie, et ce médecin m'a dit en avoir vu un autre dans lequel le kyste se trouvait formé par une seule poche divisée par des brides tendineuses intérieures.

En 1853, j'ai vu un fait analogue recueilli à la Maternité et présenté à la même Société par Lorain : ce médecin l'a publié en 1855 (1). La tumeur entourait le menton et les deux côtés du cou, tombant jusque sur la poitrine, entraîna la mort par asphyxie et on trouva qu'elle était entièrement formée de kystes plus ou moins volumineux, les .uns blancs et transparents, les autres rosés, rouges, noirâtres, remplis de sérosité, et tous séparés les uns des autres par une quantité plus ou moins considérable du tissu cellulaire infiltré de sérosité et de petites granulations graisseuses.

Dans la même année 1853, en faisant mon service d'inspection des nourrices, j'ai observé un autre cas :

Observation II. — Un nouveau-né portait, à droite, au-dessous de l'oreille, jusque sur l'épaule, derrière la clavicule droite, et faisant le tour en arrière jusqu'aux apophyses vertébrales, une tumeur d'apparence bilobée, molle, élastique, légèrement dépressible, et offrant une teinte rosée, brunâtre, veineuse. Cette tumeur devenait dure au moment des cris, mais sa coloration violâtre n'augmentait pas. Les mouvements de la tète et du bras étaient faciles : c'était sans doute un kyste rempli de sérosité colorée par le sang, mais était-ce un kyste uniloculaire ou multiloculaire, comme ceux dont je parle en ce moment? C'est ce que je ne saurais dire, car cet enfant a été emporté par la nourrice et je ne l'ai pas revu.

On trouvera dans les diverses éditions de ce livre (2) différentes observations d'Évans, de Wutzer et deNélaton.

Les kystes du cou chez les nouveau-nés et chez les enfants à la mamelle ne sont

(1) Lorain, Mémoire sur une variété de kystes cervicaux [Gazette médicale, 1855, p. 173). E. Bouchut, troisième édition. Paris, 1855, p. 725 et suivantes, et sixième édition. Paris, 1873, p. 853.

donc presque jamais simples et uniloculaires. Ils sont au contraire, comme on a pu le voir dans les observations précédentes, agglomérés en grand nombre; ce sont des kystes muliilociUaires ai conglomérés. Ils sont formés d'une poche renfermant différentes matières organiques solides et liquides.

La paroi mince et fibro-celluleuse, sur certains kystes, est au contraire épaisse, Gbreuse sur d'autres ; elle envoie quelquefois des prolongements intérieurs, de maoière à cloisonner la cavité interne et à former une foule de vacuoles ou de kystes secondaires.

L'intérieur du kyste ou des kystes, si la poche est multiloculaire, est rempli de sérosité incolore, ou rougie par le sang, de matières gélatiniformes rouges, de pus ou de productions graisseuses, fibreuses, fibro-cartilagineuses et osseuses. On y trouve des cheveux et des dents, comme dans les monstruosités par inclusion.

Ces kystes existent ordinairement d'un seul côté du cou, mais ils peuvent s'étendre et envahir les deux côtés à la fois.

Les kystes conglomérés du cou augmentent tous les jours en nombre et en volume et amènent soit l'induration du tissu cellulaire du cou, soit la suppuration de ce tissu, ce qui est rare, soit enfin des accidents dus à la compression des vaisseaux et des nerfs de la région cervicale. Ils peuvent acquérir un volume énorme et alors ils gênent la circulation du cou, les mouvements de la tête, la circulation nerveuse des pneumogastriques, le passage de l'air dans le larynx, et peuvent occasionner l'asphyxie par suffocation.

Observation III. — J'ai vu à l'hôpital Sainte-Eugénie, dans le service de M. Bardiez, une fille de deux ans, née avec un de ces kystes dans lequel on avait inutilement pratiqué dès la naissance des ponctions suivies d'injections, et qui avait acquis un tel volume qu'il occupait toute la base de la mâchoire depuis les oreilles jusqu'au sternum, formant ainsi une tumeur considérable semblable à un goitre. La tumeur comprimait fortement la trachée et donnait lieu à un véritable état d'asphyxie. L'enfant mourut.

A utopsie. — Tout le tissu cellulaire du cou était rempli de kystes incolores et rosés, épais, au milieu de tissus sains; ailleurs de tissu fibreux induré par une ancienne phlegmasie, et plus loin suppuré comme un phlegmon diffus.

Traitement. — Les kystes dont je parle doivent être traités par les moyens chirurgicaux, soit par V acupuncture, comme le conseil Hawkins, soit par des sétons filiformes avec des brins de soie assez nombreux, comme l'a fait le docteur Évans, soit parY excision ou V incision, soit par les ponctions suivies d'injection d'iode, etc.

L'excision sui\ie de suture, pratiquée par Arnolt et par Nélaton, a été rarement mise en usage, car c'est un procédé dangereux à cause de la plaie considérable qui en résulte, plaie dont la suppuration et les complications peuvent faire périr les nouveau-nés.

L'acupuncture ne détermine pas d'accidents et doit être combinée à des frictions iodnrées sur la tumeur, ou à la compression, quand elle est possible.

Les sétons filiformes peuvent déterminer une assez forte suppuration accompagnée de fièvre et de symptômes graves, il convient alors de mettre des cataplasmes sur la tumeur, et de faire des onctions mercurielles répétées plusieurs fois par jour. C'est le meilleur moyen de combattre les accidents.

L'incision peut être employée si la tumeur n'est pas trop volumineuse, elle a été mise en usage par le docteur Houx (de Hrignoles). \près avoir fait l'incision, il a entretenu la suppuration par des mèches renouvelées chaque jour et par de fréquentes cautérisations au nitrate d'argent.

Je préfère l'incision modifiée dans son exécution par .Iules lioux (de Toulon).

Ce chirurgien a deux fois réussi en pratiquant des incisions sous-cutanées capables

d'atteindre un grand nombre de petits kystes et de les mettre en communication les uns avec les autres, et en injectant alors de la teinture diode dans leur intérieur. C'est la une idée ingénieuse qui doit être féconde en bons résultats. On en verra la preuve dans deux observations publiées par ce médecin (1).

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