CORPS ÉTRANGERS DE L'OREILLE
On s'évertue quelquefois longtemps avec des pinces pour extraire les corps étrangers de l'oreille introduits accidentellement.
I ii des meilleurs moyens, ('est l'injection d'eau tiède dans le conduit auditif.
Observation I. - Une fille île onze ans reçoit un fragment de pierre à fusil dans l'oreille externe en novembre 1859, et aussitôt les parents de s'adresser à tous les médecins du voisinage pour l'extraire ; mai- chaque tentative l'enfonce davantage, el
1 1; Yearsley, The Lance t, Is.'.i.
fous nos efforts communs, dit le docteur Rodrigues de Gusmao de Porlalègre (Portugal) furent aussi vains que ceux de Dupuytren en maintes circonstances. Force fut donc d'attendre. Une fièvre traumatique s'ensuivit pendant deux mois; puis trois années s'écoulèrent sans que le corps étranger donnât signe de présence; et enfin de nouveaux accès fébriles eurent lieu ; une goutte de sang s'échappa de l'oreille, et le corps du délit, entouré d'une mèche de cheveux, s'élimina spontanément. Il était rhomboïdal, de 8 millimètres dans sa plus grande circonférence, avec une surface convexe et rugueuse, et pesait 3 décigrammes.
Dans un cas, relatif à un insecte vivant, ce moyen n'ayant pas réussi, on a employé un procédé assez ingénieux que voici (1) :
Observation II. — Une petite fille de trois ans s'était introduit un insecte, une bête à bon Dieu dans l'oreille. Cris aigus, agitation, phénomènes convulsifs; on fit des injections d'eau, sans résultat. Alors le médecin eut l'idée d'asphyxier la bête au moyen du chloroforme; il versa quatre gouttes de chloroforme sur une petite boulette de coton qu'il introduisit dans l'oreille. Aussitôt l'enfant cessa de crier et ne se plaignit d'aucune sensation désagréable; la bête était asphyxiée. Une injection d'eau tiède fit sortir l'animal mort, et tout fut terminé.
Un fait semblable a été publié en 1875 par Delpuech (2) :
Observation III. — Au mois d'août 1861, je fus appelé à donner des soins à une petite fille de trois ans et demi qui, me disait-on, venait d'être prise de convulsions.
Je trouvai l'enfant retenue sur les genoux de sa mère, où elle se débattait avec une extrême violence. Au milieu de ces mouvements désordonnés et accompagnés de cris aigus, je remarquai qu elle portait vivement à l'oreille droite la main que ses efforts parvenait à dégager de l'étreinte maternelle.
J'examinai cette oreille; mon stylet mousse se heurta à un corps dur, à surface lisse. J'appris alors que cette enfant venait de jouer dans un parterre où se trouvaient beaucoup de lis. Les bêtes à bon Dieu affectionnent cette fleur ; les petits enfants, d'autre part, aiment à serrer un de ces insectes dans leur main, qu'ils approchent le plus possible de l'oreille, émerveillés du bruit qu'ils entendent. Je fus dès lors convaincu que, pour entendre de plus près, cette enfant s'était introduit une coccinelle dans le conduit auditif.
J'envoyai chercher du chloroforme et, en attendant, je fis des injections d'eau. Ces injections ne donnèrent aucun résultat.
Dès que j'eus le chloroforme à ma disposition, j'en versai trois ou quatre gouttes sur une boulette de coton que j'introduisis dans l'oreille ; le soulagement fut presque instantané. En moins d'une minute, l'enfant se redressa, regarda, d'un air étonné, les personnes qui l'entouraient, et quitta les genoux de sa mère pour reprendre ses jeux.
Je recommandai de faire trois fois par jour, des injections d'eau tiède, et, trois jours après seulement, la coccinelle se présenta à l'orifice du conduit auditif, et put être facilement saisie avec les doigts.
Les petits pois secs, les haricots, les pois d'iris, etc., sont ceux que l'on rencontre le plus ordinairement engagés dans le conduit auditif.
Quand leur introduction est récente, leur extraction de l'oreille est assez facile, soit en lançant dans l'oreille un jet d'eau continu et assez fort, soit à l'aide de la curette de Vidal (de Cassis) ou de l'instrument si ingénieux et à bascule imaginé par Leroy (d'Étiolés), pour extraire les calculs du canal de l'urèthre, soit enfin avec les pinces à polype de l'oreille imaginées par Bonnafont (3).
Mais, lorsque le corps étranger est de nature à absorber et à se gonfler sous l'influence de l'humidité qui l'environne, et qu'il a acquis assez de volume pour coni-
I I Archires médicales behjex.
Cl) Delpuech, Union médicale, 1875.
{i) Bonnafont, Traité des maladies de l'oreille, 2a édition. Paris, 1873.
primer el même pour irriter les parois du conduit, tous les moyens précités deviennent insuffisants. C'est alors que les difficultés commencent pour le praticien, car L'introduction de tout instrument qui doit toucher les conduits est excessivement douloureuse.
En présence de ces difficultés, Bonnafont a imaginé un instrument tire-fond, a larges châsses, monté sur un manche droit. Supposez qu'un petit pois soit retenu depuis deux ou trois jours et plus dans le conduit auditif, dont les parois gonflées et irritées empêchent tout instrument de s'introduire entre elles et le corps étranger; il n'y a pas d'autre moyen alors que d'attendre que le corps soit ramolli et tombe en fragments, entraîné par la suppuration qu'il aura provoquée. Mais déjà des désordres plus ou moins graves, qu'il aura été impossible de prévenir, auront pu avoir lieu du côté de l'oreille. Désormais tous ces accidents pourront être empêchés à l'aide de ce petit instrument, et voici comment :
Dès que le conduit auditif est dilaté par le spécula m auris et suffisamment éclairé, on dirige le tire-fond directement sur le corps étranger, en ayant soin de ménager les parois du conduit. Inç fois qu'il touche le corps, on l'enfonce comme dans un bouchon ; et lorsqu'il est suffisamment engagé, on tire à soi pour tâcher d'en opérer l'extraction. Si le corps étranger ne comprime pas trop les parois du conduit, il obéira à ce mouvement, et l'extraction deviendra facile; dans le cas contraire, il se brisera, et, dès lors, il faudra recommencer l'opération, jusqu'à ce que les fragments soient assez nombreux pour qu'on puisse les extraire, soit avec des pinces, et mieux avec une injection liquide lancée avec un peu de force.
Une chose importante, dans l'emploi de cet instrument, consiste à s'assurer de la position du corps étranger dans le conduit et surtout de sa résistance, afin qu'on n'aille pas toucher la membrane du tympan avec la pointe de la vrille.
Ce petit instrument est surtout précieux pour enlever les bouchons de toute sorte qui se forment dans les conduits auditifs, et dont la dureté et l'imperméabilité rendent l'extraction rebelle à tout autre moven.