CHAPITRE UNIQUE
OSSIFICATION DES MUSCLES OU MYOSITE OSSIFIANTE
Ce qu'on appelle quelquefois myosite ossifiante ou ossification des muscles esl une maladie très-rare. Plusieurs faits de ce genre ont été rapportés par C. Hawkins, par Rogers (1), Wilkinson (2), Testelin (3); enfin, au Muséum du Collège royal des chirurgiens d'Angleterre, on trouve un beau spécimen de cette affection (4).
Nous rapporterons les cas suivants dus à Skinner (5) ou au docteur Huth.
Observation. — Ossification des muscles. — Jeune enfant âgé de treize ans. Ses parents sont vivants, jouissent d'une bonne santé, et ne sont entachés d'aucune affection héréditaire ou constitutionnelle. Ils ont eu huit enfants; notre petit malade est le second. L'un d'eux est mort à l'âge de quatre ans d'une bronchite; un autre relève en ce moment d'une attaque de pleurésie. A ces deux exceptions près, tous les autres enfants sont très-bien portants.
Depuis sa naissance jusqu'à six ou sept ans, notre malade était un bel enfant jusqu'alors bien portant, lorsqu'il y a six ans, sans cause connue, on vit un petit gonflement se produire derrière le cou.
Au bout d'une semaine, cette petite tumeur disparut, et l'on put en observer une autre derrière l'épaule droite. Trois semaines plus tard, les bras se rendirent peu à peu et trois mois s'étaient à peine écoulés que ses membres étaient tixés au point que l'enfant dut recevoir ses aliments de la main d'une autre personne. De temps à autre cependant il était parvenu avec grande difficulté à se servir de ses bras. Depuis ce moment jusqu'à ce jour, plusieurs petites masses se sont formées dans diverses parties du corps, surtout vers le rachis et le thorax, et chaque contusion est invariablement suivie de l'apparition d'une semblable tuméfaction, précédée de douleur, sensibilité et mouvement fébrile.
Aujourd'hui nous constatons l'état suivant :
L'enfant est un peu courbé; ses épaules sont contractées; l'articulation gauche possède encore un peu la faculté de se mouvoir, celle de droite est immobile ; les bras ne peuvent plus être étendus, ils sont à demi fléchis devant l'abdomen. La poitrine est étroite, très-aplatie de chaque côté à la jonction des côtes avec leur cartilage, et présente quelques nœuds. Les mouvements ihoraciques de la respiration ne s'exécutent plus.
L'abdomen est bien conformé; les membres inférieurs, très-droits, n'offrent aucune trace de rachitisme.
La colonne vertébrale est privée de mouvement, les omoplates sont fixes ; les fess et les extrémités inférieures n'ont rien d'anormal.
Le toucher fait sentir sous les côtes de nombreuses }>eiite< projections.
Les muscles pectoraux à droite sont complètement lixés et convertis en une substance dure, osseuse. Le bord inférieur du grand pectoral présente, à partir d'un point correspondant au mamelon droit, une série de petits nodules qu'on peut suivre en remontant vers l'aisselle, et qui se prolongent dans l'épaisseur du biceps jusqu'à >on
I Rogers, The American Journal of médical science, vol XIII. ■1 Wilkinson, The médical Gazette, 1846. 3 Testelin, Gazette médicale de Paris, 1839. ili Pathological Catalogue, vo\. v. p. 138, n 33 3 (5i W. Skinner, Médical TUnesand Gazette, et Gazette des hôpitaux, 1861.
9ââ PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
insertion radiale ; derrière le muscle on sent comme une esquille très-irrégulière. Les muscles de lavant-bras ne paraissent pas affectés. Du côté gauche, on constate les mêmes accidents; mais, de plus, les muscles de l'avant-bras commencent à devenir rigides, et une sorte de longue épine osseuse s'étend du condyle externe aux deux tiers de la longueur de l'avant-bras.
En arrière, sur le côté gauche du cou et probablement dans l'épaisseur du trapèze, immédiatement après son origine occipitale, existe une production osseuse de la grosseur et de la forme d'un œuf de pigeon. Plus bas, à l'angle formé par le scapulum et le rachis, on trouve une autre masse osseuse irrégulière.
A la région dorsale, vers la dixième ou la onzième vertèbre, à la naissance du trapèze, on peut encore imprimer des mouvements à une production osseuse, anguleuse, qui remonte sur les côtés du rachis, dans un espace d'un pouce et demi, et occupe en largeur l'étendue d'un pouce.
De plus, si l'on suit le bord inférieur de ce muscle jusqu'à son insertion scapulaire, on sent une dureté qui forme une sorte de saillie épineuse.
A droite, à deux pouces environ de l'angle inférieur de l'omoplate, existe une dernière petite masse osseuse, dure et irrégulière, du volume d'un œuf; elle semble faire partie du bord inférieur du grand dorsal ; sa formation est la plus récente.
A la région lombaire, les deux côtés sont occupés par des plaques osseuses. Les fesses et les membres inférieurs ne présentent aucune altération, à l'exception toutefois d'un nodule de la grosseur d'une noix ordinaire, situé au-dessus du calcanéum droit, au point d'insertion du tendon d'Achille.
L'enfant qui fait le sujet de cette observation jouit, du reste, d'une bonne santé; il mange et dort bien; toutes ses fonctions sont normales. L'urine analysée n'a présenté aucun changement ni dans sa quantité ni dans ses qualités.
M. Southam, de l'infirmerie de .Manchester, qui vit le premier ce malade, lui fit subir un traitement à l'iodure de potassium.
Myosite ossifiante (l)r Hulh) (1). — Enfant de vingt mois. Il se forma d'abord une petite grosseur dure au-dessous du menton. Graduellement les muscles du cou, du tronc et des extrémités devinrent raides et ossifiés et actuellement le petit malade, âgé de quatre ans et demi, est dans l'étal suivant : Il y a une petite exostose sur le pariétal gauche. Les masséters sont durs par places; dans les muscles du cou quelques faisceaux sont ossifiés et offrent la forme de cordes ou de chapelets. Les muscles du thorax forment une sorte de cuirasse osseuse. Sur le dos il y a cinq ou six exostoses de la grosseur d'une noix. Les muscles des lombes sont durs des deux côtés. Sur les muscles de l'abdomen une bande osseuse large comme le doigt s'étend à droite depuis le rebord des côtes jusqu'au pubis, tandis qu'à gauche il n'existe que plusieurs noyaux indurés. Les deux articulations scapulo-humérales sont tout à fait ankylosées et les bras restent appliqués le long du tronc, mais les avant-bras sont mobiles et indemnes. Les muscles de la hanche gauche et de la cuisse sont durs et roides, mais ceux de la hanche droite et de la jambe du même côté n'ont rien. La cuisse gauche est fixée à angle droit avec le tronc et la jambe gauche à angle droit avec la cuisse, bien que l'on puisse encore déterminer dans l'articulation du genou un léger mouvement passif. L'enfant est maintenu solidement sur un fauteuil bas et au moyen de sa jambe droite il peut se mouvoir d'un point à l'autre de la chambre. Il se sert d'une longue fourchette et peut ainsi prendre lui-même des aliments solides, mais pour boire il a besoin de l'aide de quelqu'un.
On n'a trouvé pour cette affection aucune étiologie satisfaisante et de même aucun traitement n'a donné de résultat.
Ces ossifications sont probablement la conséquence de gommes syphilitiques dans lesquelles se sont formés des éléments de tissu osseux.
(1; Huth, AUg. med. Central-Zeitung.