ENTORSE
Les jeunes enfants qui commencent à marcher et que l'on tient par la main ont de fréquentes entorses qu'il est souvent difficile de reconnaître, et que j'ai vu confondre avec des luxations ou des fractures.
L'entorse la plus commune s'observe au poignet, puis au coude, à l'épaule et quelquefois à l'articulation tibio-tarsienne.
On donne la main à un jeune enfant qui tombe, ou que l'on veut aider à franchir un ruisseau, et on le soutient ou on l'enlève en tirant sur son bras; il en résulte souvent une entorse. Celle du pied se produit par un pas mal assuré qui fait tourner la jambe.
Aussitôt, une vive douleur ayant pour siège l'articulation froissée se fait sentir ; elle arrache des cris et des pleurs aux enfants, elle les empêche de mouvoir le membre blessé1, elle augmente beaucoup par la pression. Les parties molles augmentent de volume, sans changer de couleur, et il est rare d'y voir un épancheraient sanguin se produire. Nulle mobilité contre nature, nulle crépitation n'existent dans cette circonstance, ce qui exclut toute idée de fracture ou de décollement épiphysaire.
Ces premiers phénomènes persistent pendant un ou deux jours, sans occasionner de fièvre; puis les accidents disparaissent graduellement et tout rentre à l'état naturel, s'il ne vient pas de complication de nature à empêcher la résolution du mal.
Dans quelques circonstances, chez les sujets prédisposés, lymphatiques ou scrofuleux, l'entorse passe à l'état chronique, et, au lieu de se résoudre, l'engorgement persiste, les parties molles s'inclurent et forment une tumeur blanche dont la durée est fort longue et la guérison bien difficile.
L'entorse est toujours plus grave chez les enfants que chez les grandes personnes à cause de la prédominance du tempérament lymphatique chez tous les jeunes sujets, prédominance qui peut, plus facilement qu'à toute autre époque delà vie, favoriser le développement des tumeurs blanches.
L'entorse doit toujours être traitée par l'immobilité de la jointure malade, les applications résolutives d'eau froide, d'eau-de-vie camphrée, d'extrait de Saturne, et par la compression méthodiquement pratiquée. Quelques chirurgiens ont recours aux applications de sangsues, c'est une faute, car elle produit l'affaiblissement des enfants lymphatiques, et elle favorise le passage de l'entorse à l'état chronique. Quelques personnes emploient des bandages inamovibles dans le but d'avoir une immobilité plus complète, mais cela conduit à l'engorgement articulaire chronique et à la fausse ankylose.
Il suffit, comme je le fais habituellement dans l'entorse récente, de faire une
douce compression de la jointure malade, avec une bande roulée, imprégnée de liquide résolutif, i i de renouveler l'appareil tous les jours. On a soin, d'ailleurs, de maintenir ces parties dans l'immobilité, par le repos au lit, s'il s'agit d'une entorse du membre inférieur, et par la fixation sur le corps et la poitrine, si l'entorse
occupe une des articulations du membre supérieur.
Dans le cas d'entorse ancienne avec engorgement des parties molles périarticulaires, des frictions résolutives, des bains salés à haute dose, des cautérisations superficielles, avec un stylet rougi au feu ou avec de petits morceaux d'amadou brûlés sur la peau, sont, avec les antiscrofuleux intérieurs, la médication la plus convenable.