BOUCUUT. — NOUV.-NÉS. — 7U ÉDIT
r0l2 PATHOLOGIE SPECIALE DE LA PREMIERE ENFANCE.
l'épidémie qui à Paris est en permanence, mais qui de temps à autre fait de plus nombreuses victimes sous l'influence de causes inconnues.
On ne sait rien de précis sur l'étiologie de la fièvre typhoïde, sinon que c'est une maladie endémique ou épidémique.
Elle est endémique à Paris et dans tous les grands centres de population où l'encombrement, la misère et les privations facilitent son développement. Mais elle esl suiiout épidémique. comme on peut le voir, sait à Paris, lorsque le nombre des malades est considérable, ou en province, quand d'un endroit on elle n'existe pas, elle se développe subitement et fait un très-grand nombre de victim -.
Est-elle contagieuse? Généralement à Paris on répond à cette question par la négative, parce que l'observation ne fournit pa> d'assez nombreuses preuves du contraire. Il est certain qu'elle n'est pas ici tellement contagieuse qu'on la suive de maison en maison sur des sujets qui se fréquentent habituellement, mais on est mal placé a Paris pour juger toutes les questions de contagion et d'immunité. Dans cette ville, où sévissent en permanence les miasmes de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, de la fièvre typhoïde, de l'angine maligne, etc., etc., il y a des immunités qui s'établissent chez beaucoup de sujets par l'absorption continuelle de tous ces miasmes, et de ce que certains individus acclimatés ou habitués aux miasmes, comme d'autres sont habitués aux poisons, ne contractent pas la fièvre typhoïde auprès d'un typhique, il ne s'ensuit pas que le mal soit non contagieux. En province, au contraire, et dans les petites localités, une fois la fièvre typhoïde établie dans un hameau, on la voit se propager au hameau voisin par tel ou tel individu qui en est pris et qu'on sait avoir été en contact avec quelqu'un du premier hameau infecté. On suit la maladie pas à pas, de commune en commune. et son caractère contagieux se trouve ainsi démontré.
Disons cependant que si la fièvre typhoïde est contagieuse, c'est à un faible degré, et que, sous ce rapport, elle diffère beaucoup du vrai typhus, dont elle descend, comme variété dégénérée, et qui est. lui, doué de propriétés contagieuses incontestable-.
Développement. — Quand, sous l'influence de ces causes, la fièvre typhoïde s'établit sur un enfant, il se fait un travail intérieur révélé par des troubles dynam " la fièvre, l'inappétence, la perle de forces, la diarrhée, etc., ce sont les sympténu s ; et par des altérations matérielles du sang, de L'intestin, des glandes mésentériques, du poumon, du cœur. etc.. ce sont les lésions anatomiques, évidemment secondaires a l'apparition des premiers symptômes, et pouvant à leur tour jouer le rôle important de causes morbifiques secondaire-.
STnjptùiues. — La fièvre typhoïde des enfants se présente sous plusieurs formes tellement différentes les unes des autres, qu'elles seraient méconnaissabli impossibles à réunir, si l'habitude des malades et l'observation n'avaient permis de découvrir l'identité de nature à travers la diversité des apparences.
Elle se présente : i avec des sympt Uriques fort bénins, qui font que
je lui donne le nom de muqueuse; avec prédominance d'embarras gastrique et de réaction inflammatoire qui justifient le nom de fièvre typhoïde inflammatoire; ou bien 3° avec des symptômes d'ataxie ou d'ady nantie, qui permettent de l'appeler lièvre typhoïde adynamique ou ataxique.
Chez les jeunes enfants de deux ans a huit ans. les formes dites - ' ou
inflammatoire dominent, tandis que, passé cet âge, s'observent plus souvent les formes adynamique ou ataxique.
La lièvre typhoïde est une altération du sang accompagnée d'une triple manifestation locale du côté du ventre, de la poitrine et du cerveau.
Elle débute par des malaises indicibles, par la faiblesse et un changement <Vbumeur, par de L'abattement progresif chaque jour plus marqué; quelquefois par des douleurs de tête et du mauvais sommeil ou de l'insomnie; par de L'inappétence et un peu de ûèvre dont on ne s'aperçoit pas toujours.
Quelques enfants se lèvent encore, sortent, mais ils sont tristes, jouent avec nonchalance, il est évident qu'ils sont malades.
Cet état dure quelquefois plusieurs jours, ou seulement vingt-quatre heures. Alors l'enfant refuse de manger, et vomit quelquefois, ce qui est rare. Il y a chez quelques-uns de la constipation ou des selles naturelles; mais ordinairement, dans la grande majorité des cas, de la diarrhée pins ou moins fréquente et abondante, volontaire ou involontaire, suivant la gravité du mal. Les matières sont plus ou moins liquides, jaunâtres, quelquefois très- fétides, noirâtres, mêlées d'un peu de sang, ou renfermant des ascarides lombricoïdes. Des douleurs de ventre se déclarent, plus fortes et plus vives dans la fosse iliaque droite que partout ailleurs; l'abdomen reste souple ou se durcit, et se distend par des gaz formant un météorisme plus ou moins considérable, et il existe à droite un gargouillement qui n'est pas constant, et qui est en rapport avec la quantité des matières stercorales liquides incluses dans le caecum. Il y a de la soif, la langue est blanche, villeuse, humide ou sèche, quelquefois fuligineuse ; les gencives sont roses, couvertes d'un enduit blanchâtre, mince, pseudo-membraneux, peu adhérent; l'haleine est quelquefois fétide et les lèvres sèches, roses ou noirâtres, couvertes d'un mince enduit desséché .
La face est presque naturelle dans la fièvre typhoïde muqueuse; ronge, animée dans la fièvre typhoïde inflammatoire : paie, hébétée dans les formes athjnamique <i ataxique. Alors les yeux sont languissants, la stupeur est évidente, et si l'on voulait faire marcher les enfants, ils ne pourraient se tenir sur les pieds, tant est grande la faiblesse musculaire.
Quelques enfants ont de la lourdeur de tète, de la céphalalgie, des obnubilations, des tintements et des bourdonnements d'oreilles, des épistaxis, chose aussi rare chez les enfants qu'elle est fréquente chez l'adulte.
Les uns dorment mal, rêvent, ne tiennent pas en place durant la nuit, se réveillent à chaque instant pour se plaindre ou pour demander à boire ; les autres sont agités, crient et remuent sans cesse; ils parlent en délire ou même quelquefois ont de véritables hallucinations, lorsqu'ils voient devant eux des objets qui n'existent pas, ou s'illusionnent en prenant une chose pour une autre. Pendant le jour, la plupart sont abattus, et si la maladie s'aggrave, on observe de la somnolence ou du délire.
Presque tous les enfants toussent, cl cela plus ou moins. Dans la l'orme atavique cl adynamique, la toux est beaucoup plus fréquente cl en rapport avec une congestion lobulaire double, plus ou moins étendue, caractérisée par des râles sibilants, ronflants et muqueux, disséminés dans toute L'étendue de la poitrine. Des râles sous-crépitants se montrent quelquefois, mais alors il faut craindre le développement d'une pneumonie lobulaire typhoïde.
Les battements du cœur restent souvent réguliers aveedicrotisme du pouls, mais dans quelques cas, \ers le dixième ou le douzième jour, il se produit un souffle de la pointe cl de la base dû à une endocardite végétante (h1 la valvule initiale. Chez quelques malades gravement compromis, le pouls est très-petit cl les battements affaiblis à peine sensibles. Dans ce cas il y a mvocardilc caractérisée par la dégénérescence granulo-graisseuse des libres musculaires du cœur.
La lièvre est constante, caractérisée par la ehaleiirde la peau, dont la température
iOU PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
s'élève dans l'aisselle de 38° à 40 et 41° pour revenir peu à peu au chiffre normal, par la soif, l'inappétence et la fréquence du pouls qui varie de 90, dans les cas légers, à lw20, 140, et 100 pulsations dans les cas plus graves. Au delà, la maladie est presque inévitablement mortelle. Le pouls est tantôt large et plein, dicrote, tantôt petit et serré. Il est souvent inégal à cause de la diarrhée, et il ne devient irrégulier et intermittent qu'en cas de danger. Toutefois, si la fièvre est constante et continue, elle n'a pas uniformément le même caractère toute la journée. Elle varie aux différentes heures, et offre des rémissions marquées plus ou moins régulières, d'où le nom de fièvre rémittente, jadis donné à la fièvre typhoïde de l'enfance. Quand les rémissions sont régulièrement périodiques, ce qui arrive quelquefois, cela est d'un bon augure, et permet de croire que les enfants guériront si on les traite par le quinquina.
Avec la fièvre existe une chaleur plus ou moins prononcée de la peau, qui est quelquefois sèche, et ne devient humide qu'un peu plus tard. Elle se couvre alors de sudamina sur le cou, la poitrine, le ventre et les membres. Il s'y montre quelquefois des taches bleues, ou plus souvent, du septième au douzième jour, des taches rosées lenticulaires. Celles-ci, sous forme de petites papules rosées, disparaissent sous la pression du doigt pour revenir aussitôt, se montrent ordinairement sur le ventre en plus ou moins grand nombre. On en rencontre aussi sur le tronc et sur les cuisses, mais d'une manière générale, il faut dire qu'elles sont assez rares dans l'enfance. Elles sont beaucoup moins fréquentes que dans la fièvre typhoïde de l'adulte, et chez les enfants elles sont d'autant plus rares que les sujets sont plus jeunes.
Tels sont les symptômes généraux et ordinaires de la fièvre typhoïde dans son type le plus habituel à Paris, mais ils diffèrent pour chaque forme de la maladie où il est important de les analyser.
A. Symptômes de la fièvre typhoïde muqueuse. — La maladie débute par de la fièvre, de l'inappétence, de l'abattement et un peu de lourdeur de tète ou de céphalalgie.
' Il n'y a jamais d'épistaxis, de délire ni de trouble des sens; il y a seulement de rinsonmie.
Quelquefois les enfants vomissent une fois au début, ce qui est rare, et ils ont ou des selles naturelles ou un peu de diarrhée ; quelquefois même il y a de la constipation. Le ventre n'est jamais bien douloureux ni fortement ballonné, et il ne présente jamais de taches rosées lenticulaires.
Il y a quelquefois de la toux, et la poitrine renferme du râle sibilant et muqueux.
Cette forme est la plus commune dans le premier âge. C'est elle que l'on observe presque toujours de deux à cinq ou six ans.
Elle dure de deux à trois septaines quand tout marche régulièrement vers la guérison. La fièvre varie de 38 degrés le matin à 40 et 41 degrés vers le soir. Si, au contraire, la maladie s'aggrave, elle dure un mois ou davantage. Dans ces cas, la diarrhée devient très-abondante et fétide, mêlée de lombrics. Ces enfants maigrissent, la fièvre ne cesse pas, ils tombent dans une espèce d'état cachectique, dans le marasme, et ils succombent.
Cette terminaison est assez commune chez les enfants de deux à trois ans, mais plus tard la guérison de la fièvre typhoïde muqueuse est la règle, cette forme delà maladie étant la moins grave de toutes.
B. Symptômes de la fièvre typhoïde inflammatoire. — Les enfants présentent de l'inappétence, de la faiblesse, de l'abattement, et ils ont une fièvre assez vive
accompagnée de forte chaleur à la peau, marquée par 31) et -40 degrés 5 dixièmes vers le soir, de turgescence générale des capillaires et de coloration rouge assez intense du visage.
Le ventre souple, peu volumineux et peu douloureux, présente quelquefois des taches lenticulaires, comme dans la forme précédente; il y a de la diarrhée et, par exception, des selles ordinaires ou de la constipation.
Ici la céphalalgie est plus fréquente, avec insomnie, agitations, rêves, rarement délire, et de temps à autre il y a des épistaxis.
Cette forme inflammatoire est très-rare chez les enfants de deux à quatre ans. Elle devient commune chez les enfants plus âgés et s'observe surtout chez ceux qui ont de huit à quinze ans. Elle guérit généralement assez bien en deux ou trois septaines ou en un mois. C'est la moins grave de toutes les formes de l'affection typhoïde.
C. Symptômes de la fièvre typhoïde ((dynamique. — La fièvre typhoïde adynamique débute, comme les précédentes, par des phénomènes semblables, mais, au bout de quelques jours, la maladie prend une gravité qui se révèle par un certain nombre de symptômes en rapport avec l'anéantissement des forces, c'està-dire de la tonicité et de la contractilité générales.
Après quelques jours de fièvre, d'insomnie et de diarrhée, on trouve les malades dans le plus grand état d'abattement et de prostration.
Ici, seulement, s'observe la stupeur qui a fait donner le nom de typhoïde à la maladie.
Les enfants ne peuvent marcher ni se tenir debout sans tomber. Leur visage est abattu, leurs yeux hébétés, sans expression, leurs pommettes un peu rouges, leurs lèvres sèches, croûteuses ou noirâtres, les dents fuligineuses, les gencives couvertes d'un enduit blanchâtre, l'haleine fétide, et la langue collante, poisseuse ou noirâtre, desséchée.
Ils restent dans le lit couchés sur le dos, dans un état de prostration considérable d'où l'on a peine à les tirer. Quelquefois somnolents, ils gémissent ou crient quand on les remue; ils ont de la céphalalgie, des obnubilations, des tintements d'oreilles ou de la surdité, de l'insomnie, des soubresauts de tendons et un délire plus ou moins prononcé.
Quelques-uns ont des épistaxis, mais ces hémorrhagies sont rarement aussi abondantes que chez l'adulte.
Il \ a une soif d'abord très-fréquente, mais bientôt les enfants ne demandent plus à boire, ils sont trop assoupis et trop indifférents à ce qui les entoure, de sorte qu'il faut souvent les réveiller pour les contraindre à prendre leur boisson.
La diarrhée, plus ou moins fréquente et volontaire, devient fétide, involontaire, mélangée de lombrics, et le contact des matières sur la peau irrite le siège, qu'il faut laver souvent à l'eau froide. Il \ a de huit à dix et ring! selles par jour. Le ventre est quelquefois horriblement douloureux. Ordinairement la douleur n'existe que dans la fosse iliaque droite, où existe aussi du gargouillemenl plus ou moins prononcé d'après la quantité de matières liquides contenues dans le caecum. Dans ces cas, il \ a toujours un ballonnement plus ou inoins considérable causé par la distension de l'intestin par desgaz, c'esl ce (pie l'on appelle du météorisme. Quand il est très-considérable, c'est une cause d'asphyxie; quelquefois apparaissent des
taches papuleuses rosées lenticulaires, disparaissent momentanément sous la pression du doigt; elles sont éparses sur la peau du ventre, quelquefois de la poitrine. du cou et des membres, ce qui est extrêmement rare. Ces taches viennent du septième au quinzième jour de la maladie. Elles durent deux a trois jours et
disparaissent sans laisser de traces. Elles sont d'autant plus fréquentes que les enfants sont plus âgés, car on ne les observe presque jamais chez les jeunes enfants.
Dans la forme adynamique existe toujours dans l'hypochondre gauche une tumeur plus ou moins considérable, dont la percussion révèle le siège, la forme et l'étendue, et qui est due à la présence de la rate gonflée par la stase sanguine.
Les enfants toussent toujours beaucoup dans cette forme de la fièvre typhoïde. C'est qu'en effet l'adynamie ayant pour conséquence la perte de la tonicité, des congestions sanguines se l'ont dans la partie déclive de tous les organes et surtout dans la partie postérieure des poumons, ce qui s'explique par le décubitus dorsal clés malades. C'est cette congestion et la phlegmasie pulmonaire consécutive qui sont la cause de la toux. La résonnance de la poitrine diminue, des râles sibilants, ronflants, muqueux, se font entendre d'abord en arrière, puis dans toute l'étendue
l"jour 2' jour 3* jour 4' jour 5* jour 6* jour 7* jour 8* jour 9* jour 10* jour 11' jour 12* jour ruât. soir. m. s. m. s. m. s. m. s. m. s. m. s. m s. m. s. m. s. m. s. m. s.
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Fig. 177. — Tracé de température dans la lièvre typhoïde.
des poumons. Plus tard, si la phlegmasie augmente, apparaissent la matité et le raie sous-crépitant qui indiquent un commencement de pneumonie tabulaire succédant à la congestion du parenchyme pulmonaire. Au cœur, existe souvent à la base et vers la pointe un bruit de souffle passager dû à une légère endocardite
végétante.
La fièvre enfin est ici très-forte, avec chaleur sèche ou halitueuse de la peau. La température toujours plus élevée le soir que le matin monte de 38 à 40 et 41 degrés au bout de cinq à six jours (fig. 177). Quand elle atteint 42 degrés, le cas est mortel. Le pouls varie de \±0 à 100. Il est mou, régulier et inégal, souvent dicrote. Sa fréquence n'est pas toujours la même à toutes les heures du jour. Il y a des rémissions et des exacerbations quotidiennes. Celles-ci ont lieu surtout vers le soir, alors l'enfant est plus abattu, ses pommettes se colorent en rouge violacé, et le pouls devient plus fréquent pendant plusieurs heures jusqu'à la fin de l'accès.
La fièvre typhoïde adynamique dure d'un mois à six semaines, si elle n'est pas traversée par de graves complications. Elle compromet très-sérieusement la vie des enfants et en fait périr un grand nombre. Toutefois, quand elle est traitée avec un juste discernement des forces et des altérations locales, elle guérit en laissant temporairement après elle un état plus ou moins valétudinaire.
D. Symptômes de la fièvre typhoïde ataxique. — Les symptômes de cette forme grave de la fièvre typhoïde de l'enfance ressemblent presque entièrement à ceux qu'on observe dans la fièvre typhoïde adynamique. Ils sont à peu près semblables, sauf en ce qui concerne les accidents nerveux.
En outre des phénomènes de la fièvre typhoïde adynamique, il y a une très-
grande agitation, des cris aigus spontanés, ou provoqués par le inoindre contact, par l'obligation de boire, par la nécessité dus changements de linge de draps, par les soins de propreté, etc. 11 y a des soubresauts de tendons, des contractions cgi*-
tinueUes librillaires dans les muscles, de la carphologie, et enfin un violent délire. Les enfants ne savent plus ni ce qu'ils font ni ce qu'ils disent. C'est à peine s'ils reconnaissent ceux qui les entourent. Ils jettent leurs membres hors du lit, ils veulent se lever en luttant contre leurs gardiens, et Ton est obligé, pour les contenir, de les attacher aux barres de leur lit.
Dans quelques cas plus rares, ils ont de véritables hallucinations. Thore en a rapporté plusieurs exemples et en voici un très-intéressant recueilli dans mon service à l'hôpital Sainte-Eugénie :
Observation I. — Fièvre continue, forme ataxique; hallucinations. — Michel (Maria), huit ans, entra le 26 février 1850. Mère bien portante. Père mort et sujet à l'ivrognerie. Trois enfants vivants bien portants. Un mort de convulsions. Celle-ci a toujours joui d'une excellente santé et a vécu jusqu'à l'aimée dernière à Ja campagne. La mère assure qu'elle n'a jamais eu ni gourmes, ni \ev<, ni convulsions, ni fièvres éruptives, ni coqueluche. Pas de toux ni de diarrhée habituelle. Elle a été nourrie au sein et est vaccinée. — L'enfant, dimanche matin, se réveilla avec une grande lassitude, mal à la tète et à la gorge, pas d'appétit et resta alitée, elle avait de la fièvre. Pas d'épistaxis; mercredi, en outre, la diarrhée se déclara Crès-forte; cependant elle n'est allée que deux fois la nuit dernière, une fois ce matin. L'enfant se plaint du ventre, elle a eu deux vomissements de bile mercredi soir. Toux peu fréquente, soif vive. Les lèvres sont gercées par la lièvre depuis mercredi.
Le -27. pas de garde-robe, langue Manche et sale, lèvres fuligineuses, mais les dents sont blanches; toux peu fréquente, soif très-vive, délire presque continu pendant toute la nuit, pas de taches sur le ventre, pas de gargouillement dans la fosse iliaque droite qui semble douloureuse.
Le 28, le délire a continué toute la journée et surtout dans la nuit, caractérisé par rôles incohérentes et des hallucinations et des efforts pour sortir du lit. Langue jaunâtre sèche, dents fuligineuses, lèvres sèches. Pas d'épistaxis, ni de céphalalgie, ni de douleurs en aucun point du corps. Cependant, si l'enfant dit ne pas souffrir, les membres sont le siège d'une hyperesthésie générale; ventre souple, ballonné, plus douloureux à droite qu'à gauche ; sans tache, sans éruption, avec gargouillement dans la fosse iliaque droite. Pas de garde-robe; la résonnance de la poitrine est bonne; il y a de chaque côté des râles sibilants ; pouls. 128 ; visage un peu animé avec expression de stupeur. Limonade, cataplasmes; émétique, 5 centigrammes.)
l.f Ier mars, le délire a continué toute la journée et une partie de la nuit. Soif f ré quente, pas de vomissements, une selle en diarrhée très-liquide, stupeur assez grand ; du vis;)-.', lèvres sèches, «lents fuligineuses, langue jaunâtre, sèche; ventre souple, généralement douloureux, surtout à droite, sans gargouillement ni éruption; toux peu fréquente avec râle sibilant «le- deux côtés de la poitrine; peau chaude, pouls, lOi. icuanha, •"> centigr. ; émétique. 5 centigr.) Le 2 mars, un vomissement, plusieurs selles en diarrhée le matin, l'enfant parait calme, le délire a. beaucoup diminué. L'enfant est couchée sur le côté; ventre souple, un peu douloureux, sans gargouillement dans la fosse iliaque droite, ni éruption. Stupeur as-ez grande, langue rouge, sèche, dents fuligineuses, soif très-fréquente ; pôtu chaud'', pouls, '■'-. Toux un peu fréquente, un peu de râles sibilants dans la poitrine. I.'' '■'> mars, une garde-robe très-abondante, pas de vomissement, délire consiéraable pendant la nuit ; pouls, 110, Le l mars, deux selles liquides; délire très-considérable, langue sèche; pouls, 1 i". Le 5. deux garde-robes, ventre souple, sans gargouillement ni éruption. La langue et les lèvres sont toujours sèches; pouls, 116. (bouillon.) Le 6, deux garde-robes liquides, même état.
Le 9, une garde-robe, le cerveau e>t toujours pris, il y a cependant un peu d'amélioration.
Le 11, trois garde-robes liquides, ventre souple, sans gargouillement, ni éruption, ni douleur ; prostration considérable sans délire. Lèvres sèches, fuligineuses, soif fréquente ; pouls, 112.
Le 12, deux garde-robes un peu liquides, ventre souple, un peu douloureux, langue sèche, soif fréquente; pouls, 108.
Le H, deux garde-robes; pouls, 104.
Le 16, deux garde-robes liquides jaunâtres, ventre souple, indolent, sans gargouillement, langue blanche, humide, soif fréquente, mauvais sommeil; pouls, 100. Il n'y a pas de râles dans la poitrine.
Le 1 7, une selle demi-molle, ventre souple et indolent ; pouls, 72. (Bouillon, potage.)
Le 21, bon état, une garde-robe moulée.
Le 22, une garde-robe moulée, pas de fièvre.
Le 24, convalescence, les parents remmènent.
Le 2 avril, l'enfant n'a plus de diarrhée et se lève une partie du jour.
Le 8, exeat; guérison.
On peut rapporter ces accidents à une altération de la substance corticale légèrement ramollie, fait établi par Piédagoel, et à la congestion des méninges. Dans quelques cas de violent délire, il y a méningo-encéphalite typhoïde avec, et l'ophthalmoscope, en montrant une hyperhémie névro-rétinienne avec infiltration séreuse du nerf optique, confirme ce diagnostic. A l'autopsie et à l'aide du microscope, j'ai constaté dans la gaine lymphatique des vaisseaux capillaires de la substance corticale une multiplication considérable de leucocytes.
Cette forme ataxique de l'affection typhoïde est aussi grave que la précédente et elle fait périr un grand nombre des enfants sur lesquels on l'observe.
Marche, durée, terminaisons. — La fièvre typhoïde est une maladie continue, avec phénomènes de rémittence qui ne constituent pas une interruption des accidents morbides. Une fois déclarée, elle parcourt inévitablement toutes ses périodes, si elle est abandonnée à sa marche naturelle, et elle ne s'arrête que si elle est dès le début attaquée par les moyens de la méthode abortive indiqués plus loin. Toutefois, ce qu'on peut faire dans cette intention ne réussit pas toujours, et il y a des cas tellement graves qu'on ne peut en arrêter la marche. Il n'y a plus qu'à modérer les conséquences de la maladie. Son cours est assez fidèlement représenté par le tracé de la fièvre dont le tableau se trouve placé plus haut.
Quand la fièvre typhoïde parcourt régulièrement ses périodes, les accidents se succèdent d'une façon à peu près constante. Après la fièvre, l'inappétence et l'insomnie ou la céphalalgie, viennent la diarrhée, les douleurs de ventre et le météorisme; la toux, la bronchite et la broncho-pneumonie; les taches lenticulaires aux environs du dixième jour ; l'agitation et le délire avec les phénomènes d'abattement, de prostration, d'adynamie et d'ataxie ; puis les complications, la convalescence ou la mort.
C'est en vain qu'on voudrait préciser d'une façon mathématique la durée de la fièvre typhoïde. Les chiffres ne prouvent rien en pareille matière et ne donnent qu'un faux semblant d'exactitude, ils ne fournissent que des approximations. En effet, on ne sait souvent pas toujours quand commence la fièvre typhoïde, et il est impossible de dire précisément quand elle finit. Il y a souvent au début ou à la fin des erreurs de plusieurs jours. Pour avoir de l'importance, une addition doit être exacte; or, à quoi bon chiffrer des unités dont on ne connaît pas exactement le nombre ? Les mathématiques ne souffrent pas de pareilles applications, et leur usage en médecine n'est que l'apparence d'une exactitude qui ne s'y trouvera jamais. C'est dire assez d'une maladie qu'elle dure trois mois, quatre ou cinq semaines, cela suffit à la science; mais dire qu'elle dure vingt et un jours, vingt-
huit jours ou trente-cinq jours, quand on ne >ait pas en préciser le début réel et qu'on peut encore moins dire l'heure exacte de sa terminaison, c'est un mirage qui no trompe que les observateurs superficiels.
La durée de la fièvre typhoïde varie suivant la forme sous laquelle elle se présente. LhuiN sa forme muqueuse et inflammatoire, elle dure quinze a vingt jours environ et quelquefois se prolonge pendant un mois. A l'état adynamique et ataxicpie. sa durée e>t d'un mois ou six semai» -
I • - terminaisons de la fièvre typhoïde sont la . ou la mort produite par
la maladie simple <>u par des oompheations inattendues.
La guénson s'obtient quelquefois au début par une médication convenable qui neutralise la cause morbide et lait avorter la maladie.
Ordinairement, c est au bout de trois septames dans les cas légers ou moyens, et d'un mois au moins dans les cas graves qu'elle se produit. La diarrhée diminue les douleurs de ventre, le météorisme et le gargouillement : le pouls perd sl( fréquence : les malades changent de place volontairement dans leur lit et se mettent sur le coté; la langue devient humide, le teint s'éclairât, les yeux reprennent de l'expression, et a distance souvent, sans avoir adressé une seule question aux malades, on voit qu'ils vont mieux rien que par l'expression de leur physionomie. Puis l'appétit revient, et avec une alimentation légère le- - I la Aie momentané-
ment compromis./.
Quand au contraire la mort doit se produire, tous les symptômes de fièvre, de diarrhée, de délire, de prostration, d'adynamie, de ballonnement du ventre, de broncho-pneumonie, de méningite, augmentent, et l'enfant succombe a demi empoisonné par la cause morbide et la résorption des matières putrides de l'intestin, affaibli par les êi .< nations alvines et l'inanition, ou étouffé par l'écume bronchique.
I n'est que dans des cas exceptionnels que la mort se produit d'une façon . instantanée. Dans - 5, elle est due a une myocardite compliquée d'endocardite végétante et de thrombose cardiaque.
Complications. — Les complications de la fièvre typhoïde sont assez nombreus s, si eaucoup moins fréquentes en ville qu'a l'hôpital où les enfants sont plus m s - par suite d'une trop grande parcimonie administrative, et se trouvent soumis aux désastreuses influences nosocomial- - : - :it la broncho-pneumonie typhoïde et la pneumonie, l'endocardite végétante et la mvoeardit.'. la méningite typhoïde, l'entérite consécutive, les parotides, les ngrènes, l'otite, 1«'
guet, les hémorrhagies intestinales, la perforation, la périodicité simple ou pernicieuse, et plus t.ud. dans la convalescence, la phthisie, la chorée, les pan s s - itielles, l'idiotisme, etc.
I' itres nui; — dans le cours de la lièvre typhoïde, surtout
à l'hôpital; s les maladies concomitantes plutôt que des complications. 1» ce nombre, il dut placer la : la scarlatine, la variole, le croup, etc. l'ai
vu un très-grand nombre de fut- d< g ore.
1 Brom - . — Dès que la fièvre typhoïde, quelle que >«»it sa
forme, a pris une certaine intensité, il se fait un -'.ion pulmonaire plus moins étendue. Elle >«■ trahit d'abord pari.- sâg s de la bronchite, et l'on entend dans les deux poun* s - liant, ronflant et muqueux. \ la » xmg s suc-
cède la pneumonie tabulaire, dit.- typhoïde, et qui s'annonce par de la matité, du râle sous-nvpitant. quelquefois du souffle et du retentissement de la voix; nonobstant cette complication, 1- s enfants peuvent guérir.
-2° Entérite. — il arrive quelquefois, surtout dans |l( Bèvre typhoïde moqn s que la lésion des plaques de Peyer, insignifiante ou considérable, se trouve suivie
d'une diarrhée abondante causée par la phlegmasie de la muqueuse gastro-intestinale ou du gros intestin. La muqueuse est fortement injectée; elle forme des plis dont le sommet est couvert d'arborisations capillaires, et il en résulte un état morbide qui empêche toute alimentation substantielle, qui nuit à la récorporation et qui entraîne souvent la mort des enfants. Assez souvent, en elîct, j'ai vu des enfants dont on pouvait croire la fièvre typhoïde terminée, et qui avaient une diarrhée consécutive causée par l'entérite. Plusieurs de ces enfants ont succombé.
Deux fois seulement, j'ai vu les accidents bornés à l'estomac, et les enfants guéris du typhus être pris de vomissements continuels suivis de mort.
3° Parotides. — Les parotides sont plus rares chez les enfants que chez les adultes. Je n'en ai encore observé que six cas sur cinq filles et sur un garçon qui ont succombé. En voici un exemple :
Observation IL — Fièvre typhoïde, double métastase sur parotide et testicule. — Un garçon de quatre ans, M. D..., fut pris de fièvre avec inappétence, suivie de quelques vomissements, sans constipation, puis de diarrhée avec douleur du ventre dans la fosse iliaque droite, de toux avec râles sibilants des deux côtés de la poitrine. Au quatorzième jour, une parotide se montra du côté gauche, arriva vite à suppuration, et au dix-huitième jour, une double incision donnait passage au pus formé dans la glande; au vingtième jour, le scrotum à gauche devient douloureux et se remplit de sérosité, le testicule et surtout l'épididyme devinrent douloureux ainsi que le cordon, et l'état général devenant de plus en plus grave, la mort en fut la conséquence.
4° Otite. — C'est une complication assez commune et qui n'a ordinairement rien de grave. Des douleurs très-vives apparaissent dans une et quelquefois dans les deux oreilles. Elles durent un ou deux jours, et cessent par l'écoulement qui s'établit par le conduit auditif externe. La suppuration dure quelques jours et se tarit, ou bien, au contraire, elle commence un de ces cas d'otorrhée rebelle qu'on rencontre si souvent chez les enfants et qui dépendent de la constitution lymphatique des sujets.
5° Muguet. — Dans les cas graves adynamiques, il se fait quelquefois du muguet cà l'intérieur de la bouche, sur le voile du palais, dans le pharynx, de manière à gêner considérablement la déglutition. C'est un fait rare que je n'ai encore observé que deux fois.
0° Hémorrhagie intestinale. — L'hémorrhagie intestinale est une complication rare de la fièvre typhoïde des enfants. Elle a cependant été observée par Taupin, sur un garçon qui a succombé. J'en ai vu plusieurs cas, dont deux suivis de mort, et un troisième extrêmement grave chez une jeune fille qui, à la suite de cette perte de sang, était devenue d'une pâleur effrayante à faire redouter une fin qui n'eut pas lieu. L'enfant a guéri.
Observation III. — Fièvre typhoïde; hémorrhagies intestinale, nasale, consécutives; anémie. — Leduc (Lazarine), quinze ans, entra le 25 janvier 1856. La mère est bien portante et le père est mort de la poitrine. Ii y a quatre enfants ; l'aînée a la fièvre typhoïde, et la troisième, âgée de douze ans, est atteinte de la même maladie. Elle a été vaccinée, a eu la rougeole, des gourmes dans la tête et des glandes au cou. Elle est sujette à la diarrhée, mais surtout à s'enrhumer. L'enfant est malade depuis îe 19.
Le 19, fièvre, frisson, céphalalgie; vomissements hier seulement; frissons répétés; pas de selles; pas d'appétit. Toux assez fréquente; pas d'épistaxis. Sommeil assez
bon; pas d'agitation, pas de délire. Courbature générale, l'enfant ne peut se tenir et n'a pas pu venir à pied à l'hôpital.
Le 26, entant assez grasse et bien développée; pas de menstruation. Céphalalgie intense; pas d epistaxis, bourdonnements d'oreilles; pas de troubles de la vision. Visage animé, sans stupeur; lèvres sèches, langue blanche, humide; soif fréquente ; quelques nausées, pas de vomissements; pas de coliques, une garde-robe liquide ; toux mêlée de quelques matières dures. Ventre souple, aplati, très-douloureux dans la fosse iliaque droite. Pas de taches lenticulaires. Respiration assez fréquente, un peu de toux, avec expectoration muqueuse, blanche, aérée ; râles sibilants des deux côtés de la poitrine.
L'enfant se plaint de douleurs générales dans les membres ; tout son corps est douloureux à la pression, dans les jointures et dans les parties intermédiaires. La peau est modérément chaude, un peu sèche; pouls large, 101.
Le mardi, cataplasmes sur le ventre; ipéca, 1 gramme; 10 grammes de citrate de magnésie.
Le 27, plusieurs vomissements; selles abondantes, moitié liquides, moitié solides. Ventre souple, toujours douloureux, surtout dans la fosse iliaque droite, où l'on entend toujours des gargouillements. La peau est blanche, rose sur les bords, humide. Soif excessive; respiration un peu embarrassée; toux fréquente avec expectoration blanche, aérée. Râles ronflants des deux côtés de la poitrine. Moins d'agitation et pas de délire.
La sensibilité des membres, si vive hier, a un peu diminué; peau chaude; pouls, 164. (Cataplasmes; 100 grammes de glycérine; eau, 100 grammes.)
L'- "28, plusieurs selles liquides, avec quelques matières solides. Pas de vomissements. Ventre douloureux dans la lusse iliaque droite. Langue humide, soif fréquente ; toux pénible sans expectoration. Pas de râles dans la poitrine ; peau modérément chaude: pouls, 100.
Le 29, plusieurs garde-robes liquides, mêlées de quelques fragments solides. Ventre douloureux, surtout à droite, avec gargouillement dans la fosse iliaque. Une tache rosée lenticulaire. Langue blanche un peu poisseuse; céphalalgie. Epistaxis peu abondante. Peau modérément chaude. Pouls, 90. Rains. Plusieurs garde-robes liquides, jaunes comme de la purée; pas de vomissements. Langue blanche, humide; ventre douloureux. La tache lenticulaire signalée ne parait être qu'une petite pustule cutanée.
Assez bon sommeil. Peau modérément chaude. Pouls, 88-92.
Le 31, plusieurs garde-robes liquides. Ventre douloureux dans la fosse iliaque, avec gargouillement. Langue blanche, humide. Soif fréquente; pas de vomissements, un peu d'agitation; sommeil intense. Peau modérément chaude. Pouls, 96.
Le 1er lévrier, plusieurs selles liquides. Même état d'ailleurs; pouls, 100.
Ce matin, devant nous, et depuis hier, des attaques d'hystérie caractérisées par des cris et des mouvements dans les membres supérieurs, qui se soulèvent involontairement, par des secousses musculaires assez fortes, par des soulèvements de tète sur l'oreiller et par quelques mouvements dans les membres intérieurs. 11 ne parait pas y avoir de spasme du larynx ni de ^è\m de la respiration.
\j -J. selles abondantes, couleur purée de pois. Pas de vomissements; quelques attaques dans la journée; peau sèche.
Le 3, selles abondantes; pas de vomissements; epistaxis peu abondante. Ventre peu tendu, douloureux, sans gargouillement. Sommeil plus tranquille, Toux peu fréquente; toujours quelques râles dans la poitrine. Peau sèche; langue blanche, humide. Pouls moins fréquent, dicrote.
Le i. quelques heures après la visite, en allant à la garde-robe, l'enfant a rendu du sang. Il y a eu plusieurs selles sanguinolentes dans la journée ; mais la quantité rendue est peu considérable. Vers cinq heures, une epistaxis abondante, de la quantité d'un demi-litre environ.
Ce matin, l'enfant est pâle et amaigrie. Pouls assez fort, 108. Ventre aplati, un peu douloureux; soif fréquente, langue sèche; un peu d'agitation, pas de délire. Encore quelques phénomènes nerveux dans les muscles des membres. [Eau rougie, eau de Rabel, 20 goût tes dans la potion, ei eau a\ ■<■ glace; bouillon coupé, glycérine et eau de groseilles.)
Le r>, l'hémorrhagie ne s'est pas reproduite. Une seule garde-robe liquide, noire, dans laquelle existent des matières brunes comme de la suie.
Le ventre est aplati, toujours un peu douloureux. Langue un peu blanche; soif fréquente; pas d'appétit. Bon sommeil, pas d'agitation ni de secousses nerveuses comme les jours précédents ; peau modérément chaude ; pouls, 92.
Le 6, plusieurs garde-robes iquides, brunâtres, verdâtres, un vomissement peu abondant. A pris des liquides et des quartiers d'orange. Ventre souple, toujours douloureux dans la fosse iliaque droite. Langue humide et peu sale; soif fréquente. L'hémorrhagie intestinale ne s'est pas reproduite, il y a eu quelques gouttes d'épistaxis Pas de sommeil, sans agitation ni délire. Peau modérément chaude. Pouls, 84-88. (Potion de glycérine, eau rougie et bouillon.)
Le 7, l'hémorrhagie ne s'est pas reproduite; plusieurs garde-robes liquides, bon sommeil. Pouls irrégulier, 68. (Bouillon, eau rougie.)
Le 8, l'hémorrhagie a eu de la tendance à reparaître dans la soirée par les narines, mais cela n'a pas eu de suite. Plusieurs garde-robes liquides; pas de vomissements. (Sous-nitrate de bismuth; crème de riz; potion avec eau de Rabel.)
Le 9, deux garde-robes brunâtres; pas d'épistaxis, pas de fièvre. (Crème de riz.)
Le 10, pas de vomissements; selles abondantes, fréquentes et noirâtres, complètement liquides, sauf quelques caillots. Pas de sommeil; calme du reste.
Ce matin, pâleur très-grande du visage et des muqueuses, de la langue en particulier; affaissement. Pouls un peu plus fréquent et sifflement dans les oreilles. Souffle à la région carotidienne.
Le 11, pas d'hémorrhagie; plusieurs garde-robes liquides, teintes en noir, et dans l'une d'elles se trouve un caillot plus volumineux, noirâtre, un peu décoloré à sa surface. Ventre souple et un peu douloureux. Langue rosée, humide; teint très-pâle, anémique; bruit de souffle, uniquement dans les carotides. Le pouls a cessé d'être irréguJier et monte à 100 pulsations.
Le 12, pas d'hémorrhagie : l'enfant a été très-tranquille ; elle est très-pâle. Pouls, 84. (Eau glacée, eau de Rabel.)
Le 13, pas d'hémorrhagie; plusieurs garde-robes liquides, avec quelques matières solides au fond. (Potage, eau rougie.) Bon sommeil, bon appétit; l'enfant est excessivement pâle ; pouls, 80. (25 centigrammes de fer réduit, eau de Rabel.)
Pas d'hémorrhagie ; une garde-robe avec quelques matières solides; une selle solide moulée ; pas d'hémorrhagie^ (Bouillon.)
Le 16, une garde-robe solide. (Continuation du fer.)
Le 17, une seule selle moulée. Sortie guérie le 2 mars 1856.
Dans ce cas, la fièvre typhoïde a été caractérisée par de la fièvre, de la courbature, de l'agitation, du délire, de la stupeur, quelques épis taxis, de la sécheresse de la bouche, de la soif, de la diarrhée, du gargouillement et delà douleur dans la fosse iliaque droite, des taches rosées lenticulaires au dixième et au douzième jour, de la toux et des râles sibilants et ronflants dans la poitrine : c'est autant qu'il en faut pour caractériser la maladie.
Elle n'a rien présenté de particulier dans son cours, mais aux approches de la convalescence, au seizième jour de la maladie, au dixième jour de l'entrée à l'hôpital, elle eut quelques accidents nerveux spasmodiques particuliers et ensuite des hémorrhagies nasale et intestinale très-abondantes.
Deux jours après avoir eu une attaque d'hystérie et du spasme diapbragmatique, elle avait encore le pouls fréquent, dicrote, et elle eut plusieurs selles sanguinolentes. Dans la même journée, le soir, elle eut une épistaxis des plus abondâmes dont la quantité fut évaluée à un demi-litre. Les jours suivants, il y eut encore des selles noirâtres, mais peu abondantes. Au bout de trois jours, nouvel effort hémorrhagique vers les narines et par l'intestin, mais l'écoulement de sang fut peu considérable. Pas de pourpre sur le corps.
11 en résulta une anémie très-prononcée, une pâleur considérable, avec souffle dans les carotides.
Une hémorrhagie à cette période de la fièvre typhoïde se comprend aisément,
c'est la conséquence d'une ulcération de l'intestin, c'est une hémorrhagie passive. Une épistaxis au déclin de la maladie est une chose plus rare, surtout une épistaxis aussi abondante. Elle fut le résultat d'une disposition active, car on ne peut admettre qu'elle ait pour cause une ulcération de la muqueuse pituitaire. Ce fut une véritable crise opérée au quatorzième jour, et à partir de ce moment la convalescence marcha plus rapidement. Elle ne fut pas complète, car elle se reproduisit a un faible degré, le dix-huitième jour, mais ce fut tout. Depuis cette dernière hémorrbagie, l'amélioration lit tous les jours des progrès plus marqués, et l'enfant sortit guérie le quarante et unième jour de sa maladie et le trente-cinquième jour de l'entrée à l'hôpital.
7° Gangrène, eschares. — Les fièvres adynamiques sont quelquefois accompagnées ou suivies de gangrène. Cela est rare : Constant et Taupin ont signalé un exemple de gangrène du poumon; Boudet a vu la gangrène du pharynx; Chippendale, celle du larynx; Legendre et Tourdes, celle de la bouche, dont j'ai également une observation. Plusieurs fois, j'ai rencontré la gangrène de la vulve; enfin, c'est après cette fièvre que la stomatite ulcéro-membraneuse se déclare, soit seule, soit comme point de départ de la gangrène de la bouche.
Observation IV. — Gangrené du larynx survenue dans le cours d'une fièvre typhoïde; trachéotomie; par le docteur \Y. Chippendale. — Un garçon, âgé de huit ans, est admis à l'hôpital, atteint d'une fièvre typhoïde qui dure déjà depuis une semaine. Bientôt après son entrée à l'hôpital, il présenta quelques phénomènes assez rares: il fut pris de contractions convulsives dans les membres supérieurs et inférieurs; ce n'étaient pas seulement ces soubresauts des tendons que l'on observe souvent dans le cours de la fièvre typhoïde, mais bien des mouvements convulsifs violents; en outre, le pouls était extrêmement fréquent, la diarrhée abondante et l'épuisement considérable. On administra des stimulants, et l'opium pour calmer la diarrhée.
Quinze jours après, la respiration devint tout à coup fréquente et difficile; dans l'après-midi du même jour, elle était manifestement laryngée, la dépression sus- s te rnale étant très-marquée au moment de l'inspiration; la langue était brune, sèche; néanmoins, le petit malade boit sans difficulté, et l'examen de la gorge n'y fait rien découvrir d'anormal. Dans la soirée, les symptômes de l'asphyxie continuant à augmenter et menaçant évidemment de suffoquer le malade, le docteur Chippendale se décide à pratiquer la trachéotomie. Le soulagement fut instantané, et bientôt après l'introduction de la canule, le petit malade put s'endormir. Le pouls reprit un peu de force, et, bien qu'il n'y eût qu'une légère hémorrhagie pendant l'opération, les lèvres se colorèrent un peu. On soutint les forces du malade en lui donnant un peu de vin et de bouillon.
Le lendemain matin, la respiration est de nouveau très-fréquente, la canule n'est pas assez large, et la quantité d'air qu'elle laisse passer est insuffisante. Une tentative faite pour introduire une canule plus grosse échoue, et, pendant ce temps, les accès de sulfocation se représentent avec plus d'intensité. Enfin, le petit malade meurt vingtsept heures après l'opération.
Autopsie. — Le larynx et la trachée seuls sont examinés. Il n'y avait pas de maladie de la gorge. Dans la cavité du larynx, on voit une esehare noire, large comme une pièce de quatre pence, commençant à la racine de l'épiglolle, et s'étendant de chaque côté, en arrière, vers les cornes du cartilage thyréoïde. La muqueuse de la trachée est rouge et injectée, mais il n'y a pas trace de fausse membrane. L'incision laite par le bistouri avait intéressé les quatrième, cinquième et sixième anneaux de la trachée.
Les eschares s'observent aussi chez, les enfants gravement affectés et dont on ne lave pas assez souvent Les parties irritées par le contact des matières. Elles commencent par des pustules d'ectlmna qui s'ouvrent, s'ulcèrent, dont la plaie s'agrandît et suppure abondamment. Ces cas sont rares et s'observent surtout à l'hôpital.
S0 Perforation intestinale. — Quand les ulcérations des plaques de Peyer ou •des follicules sont assez profondes pour intéresser toute l'épaisseur des tuniques intestinales, il ne reste plus que le péritoine pour fermer l'intestin. C'est ce qu'on voit chez quelques enfants. Dans cet état, la moindre violence, un grand mouvement, un effort de défécation, le cheminement des gaz intestinaux, peuvent amener la déchirure du péritoine et faire ce qu'on appelle une perforation de l'intestin. Aussitôt des cris douloureux subits révèlent l'existence d'une douleur de ventre exaspérée par le moindre contact des parois de l'abdomen ; des vomissements bilieux, verdàtres, se produisent ; le visage s'altère, bleuit et se refroidit ainsi que les extrémités des doigts : le nez se pince, les yeux s'excavent, le pouls faiblit ou disparaît, et l'on a devant soi une péritonite aiguë qui va faire périr l'enfant en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Cette complication n'est pas très-commune dans l'enfance, et je ne l'ai encore observée que trois fois.
0° Fièvre intermittente périodique simple ou pernicieuse. — Personne jusqu'ici n'a encore signalé dans la fièvre typhoïde le rôle de l'intermittence, de la remit tence et de la périodicité fébriles. C'est cependant une des complications les plus graves et une des indications les plus heureuses de la maladie. La complication est grave, car, si elle méconnue, l'inexpérience du médecin peut causer la mort des malades. C'est une indication avantageuse, car, bien comprise, elle est le point de départ d'une médication spécifique par Je quinquina.
Bien des fois déjà j'ai eu occasion à l'hôpital Sainte-Eugénie, à ma clinique, de montrer des fièvres typhoïdes où existait une rémission bien marquée des symptômes à heure fixe. Le quinquina a guéri tous ces enfants. Une fois même, Vibert étant mon interne, j'ai eu des accidents pernicieux quotidiens d'algidité avec cyanose tellement graves qu'il y avait lieu de désespérer, et cependant ils ont guéri sous l'influence du sulfate de quinine. Dans un autre cas, en ville, où me secondait aussi un de mes internes, Touzelin, j'ai eu, au quinzième jour d'une fièvre typhoïde inflammatoire grave, des accidents pernicieux de coma qui ont failli tuer l'enfant et dont le sulfate de quinine a triomphé.
Ces faits parmi beaucoup d'autres ont une haute signification. Pour le médecin à la hauteur de sa situation, ils veulent dire qu'en dehors de l'étude des lésions matérielles, il y a encore autre chose à connaître dans les forces qui dirigent la matière des organes et dans la nature des éléments morbides. La périodicité est au nombre de ces éléments. Partout où on l'observe, même dans le cours d'une maladie comme la fièvre typhoïde où il semble qu'elle n'ait rien à voir, il faut en tenir compte et obéir à l'indication qu'elle donne. Ici comme ailleurs, cette indication c'est l'emploi du sulfate de quinine.
10° Méningite typhoïde. — Chez quelques enfants, il y a un délire terrible qui, lorsqu'il se prolonge, résulte d'une méningo-encéphalite bien caractérisée et dont l'ophtlialmoscope révèle l'existence pendant la vie par une névro-rétinite trèsapparente, tandis qu'après la mort, elle se traduit au microscope par l'infiltration de sérosité opaline avec leucocytes dans le tissu sous-arachnoïdien, et par la présence de leucocytes nombreux dans la substance corticale du cerveau et dans la gaine lymphatique de ses vaisseaux capillaires.
Le docteur Day (1) parle aussi des complications cérébrales de la fièvre typhoïde, mais il ne me paraît pas s'en être fait une juste idée. Il cite deux cas de complications cérébrales, dans le cours d'une fièvre typhoïde, où le cerveau et ses enveloppes lurent cependant trouvés à l'autopsie dans un état de parfaite intégrité, mais il ne
([) Day, Médical Press and circulai-, 1874.
dit piis si l'examen microscopique i eu lien. De plus, il parle de faits où la complication cérébrale a eu lieu sans qu'il j ait eu de symptômes pendant la vie. tinsi il rapporte deux autres cas où le processus inflammatoire a sans doute été, croit-il, pour quelque chose dans les altérations cérébrales, il n'y avait pas de cachexie tuberculeuse, et l'on ne trouvait non plus de tubercules dans aucun autre point du corps. Dans chacun de ces cas aucun symptôme n'était venu déceler la congestion cérébrale; il n'y avait aucun rapport entre les phénomènes observés et les lésions trouvées à l'autopsie dans les méninges et le cerveau. Il pense que la méningite indépendante de la diatbèse tuberculeuse ne survient qu'exceptionnellement dans la fièvre typhoï le. Sans parler de l'effet que la circulation à une haute température d'un sang empoisonné doit produire sur les centres nerveux, il ne voit pas pourquoi les lésions se borneraient à la congestion des vaisseaux ou à une simple vascularisation des membranes.
L'auteur pense, que. dans certains cas obscurs, chez déjeunes entants, on ne pent distinguer de la méningite cérébrale une forme de fièvre typhoïde a type nettement rémittent, lorsque les symptômes des deux affections sont entremêlés en proportions diverses. Il existe en médecine peu de cas plus difficiles et qui rendent plus perplexes. Il faut alors éviter des conclusions trop hâtives et ne pas mettre sur le compte d'une fièvre typhoïde des mouvements et des troubles cérébraux qui peuvent être l'indice d'une affection cérébrale commençante.
11 Paralysie; contracture, et troubles du système nerveux. — Deux fois dans le cours de la fièvre typhoïde, vers son déclin, des hémiplégies avec conservation de la sensibilité se sont produites. Dans un cas, c'était sur une petit fille de six ans que j'ai observée avec mon interne, le docteur Touzelin, et dans l'autre, l'accident a eu lieu sur une fille de douze ans qui a succombé dans un étal d'asphyxie très-prononcée.
Chez plusieurs fièvres typhoïdes j'ai vu des contractures des mains durer plusieurs jour-. C'étaient des cas graves avec délire. Alors au fond de l'œil j'ai trouvé une névrite congestive considérable cachant les contours papillaires et indiquant unv hyperhémie cérébro-spinale.
Une autre fois, j'ai mi des convulsions se manifester au treizième jour de la maladie, durer six jours et faire périr l'enfant sans laisser de traces de leur p dans le cerveau.
Plus tard, dans la convalescence, d'autres accidents oerveux peinent se produire, mais ils ne sont plus ru rapport direct avec le poison typhoïde, ('.--s troubles nerveux sont le résultat d'une altération imperceptible microscopique des éléments du cerveau, de la moelle ou des nerfs, car Buhl et Griesinger 1 1 1 ont cité deux cas d'hémorrhagie méningée typhoïde, et Hoffmann un cas d'hémorrhagie capillaire des centres oerveux. Ils dépendent de la méningite typhoïde guérie, ou d'embolies capillaires par fragments fibrinenx détachés de l'endocardite végétante que j'ai fait connaître. C'est dans ces cas qu'apparaissent la chorée, la contracture, certaines paralysies, L'amaurose, !<s névralgies, les palpitations et les spasmes, l'idiotisme et autres *n'\ roses réunies par moi mhis le nom d'état nerveux ou deflirn S
Ainsi j'ai vu une fille qui eut successivemenl une paralysie des membres inférieur-, des membres supérieurs, et une amaurose après sa fièvre typhoïde. \u bout de quelques semaines, la paralysie générale disparut, mais l'amaurose devint définitive. Sur une autre, il \ eut seulement paralysie de la langue; sur unr troisième
h Buhl el •■:: singer, Zeitschrift fur IlitiliKjw, III. p. 356.
. Bou but, Du nervosismetet des maladies tes, 2 édition. Paris, u"
j'ai vu survenir de l'idiotisme; chez un certain nombre enfin, j'ai observé des palpitations, des gastralgies, de la chorée, et une fois de l'épilepsie.
12° Maladies concomitantes. — Il n'y a rien à dire de particulier sur les maladies concomitantes de la fièvre typhoïde ; ce sont des accidents qu'on observe peu en ville et qui résultent surtout de l'influence nosocomiale, on les observe surtout à l'hôpital: ce sont la teigne, la rougeole, la scarlatine, l'angine couenneuse cl le croup, les ophthalmies, la varioloïde, la variole, etc.
13° Albuminurie. — Chez quelques enfants, il y a une albuminurie passagère avec desquamation des tubuli des reins, j'en ai vu plusieurs exemples.
14° Péricardite. — Cette complication est très-rare et ne s'observe que d'une façon toute exceptionnelle. J'en ai publié un cas en 1875 (1).
15° Endocardite et myocardite. — L'endocardite végétante est une complication très-habituelle de la fièvre typhoïde (2) et c'est à elle qu'on doit les bruits de souffle passager qu'on observe si souvent à la pointe et à la base. Elle s'accompagne parfois de thromboses cardiaques dans les cas qui doivent se terminer parla mort. Quant à la myocardite, c'est une dégénérescence granulo-graisseuse partielle ou générale qui donne au cœur une couleur jaune muscade, qui affaiblit les bruits, diminue la force systolique et celle du pouls, puis entraîne souvent la mort instantanée. C'est à ces complications cardiaques qu'il faut attribuer les infarctus du poumon qui créent la pneumonie embolique et les infarctus des viscères ou du tissu cellulaire sous-cutané (3).
16° Infarctus et abcès met asiatiques. — Deux fois j'ai trouvé des embolies sous-cutanées et quatre fois j'ai vu la fièvre typhoïde terminée par résorption purulente et formation d'abcès métastatiques dans les poumons. Une fois c'était sur une fille de quatorze ans, morte au douzième jour d'une affection typhoïde atavique, sur laquelle je trouvai, avec les ulcérations des plaques de Peyer, de très-nombreuses ecchymoses sous-pleurales, des noyaux d'apoplexie pulmonaire, et au centre de deux de ces noyaux deux abcès métastatiques bien fermés. Dans un autre cas, ce fut sur une enfant guérie de la fièvre typhoïde, mais ayant des eschares; elle mourut de résorption purulente, avec des abcès multiples du poumon, et il est probable que les eschares furent l'origine des accidents. Voici le fait, on en jugera :
Observation V. — Fièvre typhoïde; ulcérations intestinales guéries; mort. Esckare; abcès métastatiques. — Julie Douillet, quatorze ans, 16 janvier 1857. — Cette entant est souffrante depuis quinze mois et se plaint surtout des articulations. Au retour d'une fêle à l'occasion du nouvel an, elle est prise de lassitude, se met au lit; depuis ce moment, elle a eu une épistaxis, des douleurs épigastriques très-vives, de la diarrhée jaune, grande prostration, puis du délire; des cris la nuit dernière; elle est devenue sourde depuis peu.
Cette enfant est maigre, assez grande, offre quelques signes de puberté, mais on re sait si elle est réglée ; — décubitus dorsal avec résolution complète des membres; le visage exprime la stupeur; les narines sont pulvérulentes, les lèvres sèches, fuligineuses; l'enfant ne peut rendre compte de ce qu'elle éprouve; elle parait un peu sourde, et se plaint continuellement ; — langue sèche, brune, soif fréquente, pas de vomissements ni de garde-robes; le ventre est tendu, ballonné, généralement douloureux, surtout dans la fosse iliaque droite, couvert de quelques taches rosées lenticulaires.
il) Bouchut, Gazette des hôpitaux, 1875.
(i) Gazette (tes hôpitaux, 187i.
(3) Des complications cardiaques dans la fièvre typhoïde. (Gazette des hôpitaux, 1875.)
L'enfant lousse un peu, la résonnance de la poitrine est bonne et Ton y entend du râle sibilant partout; pas de sommeil ; plaintes continuelles, sans délire, peau chaude, sèche; pouls, 1 40. (Cataplasmes : ipéca, 1 gramme ; citrate de magnésie, 8 grammes.) lie soir, pouls, 132.
Le 18, pas de vomissements ni de garde-robes; ventre modérément tendu, faiblement douloureux, avec des taches lenticulaires à la surface ; plaintes continuelles, pas de sommeil, pas de délire, peau chaude, sèche; pouls, 136. (Ipéca, 1 gramme; ériiétique, 25 centigrammes.)
Le 19, pas de vomissements, selles abondantes, liquides, jaunes. Même état de prostration et d'accablement, avec plaintes continuelles pendant la nuit, sans délire. (Eau rougie, limonade, vin, bouillon coupé.)
Le 20, pas de vomissements, trente selles très-peu abondantes, volontaires, ventre aplati, douloureux, gargouillement dans toute l'étendue, langue humide, poisseuse; la prostration et l'adynamie sont moins grandes, la surdité a diminué, l'enfant suit des yeux et commence à parler; peau modérément chaude; pouls, 120. (Eau rougie et bouillon coupé.)
Le 21, pas de selles ; même état général, mais abattement plus grand; pouls, 122, très-faible. (Eau rougie, bouillon.)
Le 22, pas de selles, état général identique, langue sèche et polie, ventre douloureux; pouls, 120.
Le 23, deux selles liquides, ventre douloureux et taches lenticulaires, prostration moins grande; pouls petit, 120.
Le 2i, deux selles liquides, jaunes, peu abondantes; ventre légèrement tendu, toujours douloureux, avec gargouillement; une tache lenticulaire, langue sèche, roifgfe, soif fréquente, pas de vomissements, toux sèche, fréquente, avec râle sibilant des deux côtés de la poitrine; pas de sommeil, hyperesthésie cutanée. (Bouillon, eau rougie.)
Le 25, plusieurs selles liquides avec quelques fragments solides; le ventre aplati, douloureux, pas de vomissements; langue humide, lèvres sèches, dépouillées; soif fréquente; elle demande à manger; mauvais sommeil troublé par de l'agitation, pas de délire; pouls, 120. (Bouillon.)
Le 26, plusieurs garde-robes liquides, ventre légèrement tendu, toujours très-douloureux, avec une ecchymose sous-cutanée près de l'ombilic; langue dépouillée, rose, humide, soif fréquente ; la toux persiste, et il y a des deux côtés de la poitrine des râles muqueux abondants ; mauvais sommeil ; peu de délire ; plaintes continuelles ; pouls, 120.
Le 27, plusieurs selles liquides.de même nature; soif fréquente; ventre toujours tendu, douloureux, sans gargouillement ; même prostration ; plaintes continuelles, sommeil agité; cependant le visage est meilleur, le regard suit les objets, et l'enfant demande à boire et à aller à la selle ; pouls, 121, petit. (Bains, eau rougie, bouillon. )
Le 28, même état; plusieurs selles; il s'est fait une eschare au sacrum.
Le 29, selles liquides, mais un peu moins fréquentes; même état de faiblesse; pouls, 112. (Bouillon, eau rougie.)
Le 30, plusieurs garde-robes liquides; ventre aplati, toujours douloureux, n'avaul pas de taches lenticulaires, mais quantité de petites pétéchies formant taches ecchvmotiques. Quelques ecchymoses sous-cutanées s'observent également sur les jambes; l'eschare du sacrum se détache, elle n'est pas agrandie et n'intéresse que la superficie du derme; peu de sommeil; agitation et plaintes continuelles, sans délire; toux assez fréquente, sèche, avec râles sibilants dans la poitrine; pouls extrêmement faible, 112. (Tain, bouillon, eau rougie; G0 grammes, vin de quinquina, bains.)
Le 31, plusieurs selles liquides peu abondantes; soif fréquente ; langue humide, bon appétit; peu de sommeil ; agitation et plaintes continuelles; décubitus latéral à cause de l'eschare du sacrum qui ne fait pas de progrès et qu'on lave avec de la glycérine; pouls, 94-100, extrêmement faible.
Le 1er février, quelques vomissements; la diarrhée continue; pouls, lui).
Le 2, plusieurs selles liquides peu abondantes; pas de vomissements; même état de prostration et d'adynamie; l'amaigrissement augmente malgré la nourriture; de nouvelles taches ecchymotiques se sont produites sur les membres; l'eschare augmente en longueur, et plusieurs bulles d'ecthyma sanguinolent se son! produites sur la jambe
BOUCIIUT. — NOUV.-NÉS. — 7e ÉDIT. (17
et la cuisse gauche; pouls, 116. (Bouillon, vin de quinquina, sous-nitrate de 'bismuth, 1 gramme, eau rougie.)
Le 3, plusieurs selles abondantes; pas de vomissements; pouls, 92; très-dépressible, mais plus large ; les pustules d'eclhyma ne se sont pas développées. (Bains.)
Le 4, plusieurs selles peu abondantes; vomissements nombreux dans la journée d'hier; langue rosée, humide, couverte d'un peu de muguet; le pouls excessivement petit, 120; pas de sommeil; plaintes continuelles; pas de vomissements; plusieurs selles peu abondantes, liquides; ventre aplati, douloureux; les taches de purpura ont notablement diminué et il ne s'en est pas fait de nouvelles; même état des eschares ; pouls, 120. (Bouillon.)
Les 6, 7, 8 et 9, même état.
Le 10, l'enfant est morte avec toute sa connaissance d'une façon presque suhite au moment où elle venait de demander à boire.
Autopsie. — Intestins. — Les parois de l'intestin grêle étaient amincies, leur surface interne marbrée de plaques colorées en rouge par l'injection des vaisseaux; on ne découvrait pas de plaques de Peyer distinctes, mais on retrouvait à leur siège habituel des surfaces oblongues d'une couleur un peu plus foncée, d'un aspect moins uni, moins lisse que la muqueuse avoisinante ; chacun de ces espaces avait la grandeur d'une plaque normale.
Dans la plupart d'entre elles, on découvrait de petites dépressions circulaires ou ovales, de la grandeur d'un pois, tapissées par une membrane lisse qui passait sans interruption de la surface de l'intestin au fond de cette dépression, en formant au pourtour de l'orifice de ce petit godet très-aplati un petit bourrelet, c'étaient autant d'ulcérations cicatrisées.
Le foie était volumineux, pâle, un peu gras.
Les reins étaient volumineux, pâles, blanchâtres, mous, gras.
Les poumons paraissent sains au premier aspect, à part le lobe inférieur du poumon droit. Cette partie était rougeâtre, lourde, résistant sous le doigt, non aérée, et plongeait au fond de l'eau. On voyait des globules à divers degrés de congestion ; à la coupe, on retrouvait ce même aspect et de plus de très-petites taches jaunes, les unes disséminées, les autres groupées; la pression les vidait et en faisait sourdre des gouttelettes de pus visqueux.
Dans le reste de ce poumon et dans le gauche, on trouvait disséminés sept petits corps, d'un jaune très-pâle, situés sous la plèvre qu'ils soulevaient comme autant de tubercules, de la grosseur d'un petit pois ; mais ce n'étaient pas des tubercules.
En les fendant, on trouvait le tissu pulmonaire sain autour d'eux, et on les trouvait formés par une petite poche à parois lisses contenant un pus jaunâtre visqueux; en général, la cavité était unique, à part l'une d'elles qui était formée par plusieurs petites vacuoles, régulièrement ovoïdes et s'ouvrant toutes dans un espace commun.
17° Invagination intestinale. — Les invaginations sont très-rares dans la fièvre typhoïde, niais il en a été publié un cas par le docteur Pernet (1). Dans ce cas relatif à un enfant de deux ans, qui a guéri, il y a eu invagination et élimination de 50 centimètres d'intestin.
Diagnostic — Dans l'enfance, le diagnostic de la fièvre typhoïde présente des difficultés qu'il n'offre que très-rarement chez l'adulte. Outre que dans les deux premières années de la vie, toute distinction rigoureuse avec l'entérite simple est impossible, à un âge plus avancé, les embarras du diagnostic sont encore quelquefois très-considérables.
La fièvre typhoïde peut être confondue avec la fièvre éphémère, avec la méningite, avec la phthisie granuleuse aiguë, et avec l'entérite simple.
Le diagnostic différentiel de la fièvre typhoïde avec la fièvre éphémère n'est pas difficile, car celle-ci dure de vingt-quatre heures à trois jours, et la durée des
(1) Pernet, Gazette de$ hôpitaux, 1873, p. 226.
FIÈYRE TYPHOÏDE. 1059
phénomènes fébriles auxquels se joignent de la diarrhée, de la douleur de ventre et de la céphalalgie, peut aisément lever tous les doutes.
L' entérite simple peut facilement simuler la fièvre typhoïde, surtout chez les enfants d'un à trois ou quatre ans, époque de la vie où l'on observe assez souvent de la diarrhée fébrile. L'erreur entre ces deux maladies a lieu très-fréquemment, et, il faut bien le dire, dans quelques cas, il n'y a aucun moyen de l'éviter. Toutefois en comparant les symptômes de l'entérite simple à ceux de l'entérite typhoïde, on trouve quelques différences que je vais signaler.
Dans l'entérite simple, la diarrhée commence la scène morbide, tandis que dans la fièvre typhoïde il n'y a pas de diarrhée, ou, s'il y en a, elle ne vient qu'après un ou deux jours de malaise et de fièvre.
Dans l'entérite simple, l'appétit persiste; il est nul dans la fièvre typhoïde.
Dans l'entérite, les douleurs du ventre sont générales, tandis que dans l'affection typhoïde elles sont localisées dans la fosse iliaque droite.
Dans l'entérite, enfin, les enfants ne toussent pas, tandis que dans la fièvre typhoïde il existe de la toux et du râle sibilant, ronflant ou muqueux.
Dans la fièvre typhoïde, enfin, il peut y avoir des épistaxis, de la céphalalgie, de l'agitation, du délire, des fuliginosités sur les lèvres et sur les dents, des taches rosées lenticulaires, et dans la seconde enfance de la stupeur et une prostration considérable.
La méningite tuberculeuse, bien que cela puisse sembler étrange, peut être prise pour une fièvre typhoïde, et réciproquement. Cette difficulté n'existe presque que dans l'enfance, et cela tient à ce que, dans certains cas de fièvre typhoïde, le début est caractérisé par de la fièvre, un vomissement et de la constipation. Cela fait comprendre l'erreur sans l'excuser. Que le doute règne pendant les deux ou trois premiers jours, je l'admets; mais un peu plus tard on peut se prononcer, car dans la méningite, les vomissements sont plus fréquents et plus abondants, la constipation estplus grande ,l' opltthalmoscope permet de voir une > congestion péri papillaire, un œdème partiel de la papille avec dilatation, flexuosité et caillots des veines de la rétine, u n exudat rétinien qui n'existent pas dans la fièvre typhoïde ; de plus, dans les phlegmasies méningées, la constipation est difficile à vaincre par les lavements, il n'y a pas de toux ni de râles dans la poitrine, et, chose importante, le pouls est fréquent, irrégulier, ce qui n'a pas lieu dans l'affection typhoïde. Enfin, après quelques jours de fièvre, le pouls tombe complètement dans la méningite, de façon à faire croire que les enfants sont guéris. Erreur fâcheuse ! vingt-quatre heures après cette rémission, le pouls se relève en restant toujours irrégulier, du strabisme s'établit, des cris aigus et isolés, hydrencéphaliques, se font entendre, et les convulsions ou la paralysie emportent bientôt les enfants.
Dans la fièvre typhoïde, au contraire, les symptômes vont en augmentant chaque jour peu ou beaucoup; il n'y a pas de rémission complète de la lièvre, la maladie croît ou décroît d'une façon régulière jusqu'à la guérison ou la mort.
Si la phthisie granuleuse aiguë peut être confondue avec la fièvre typhoïde, ce n'est jamais chez les jeunes enfants. L'erreur n'est possible (pie chez des sujets de sept à quinze ans, car c'est à cet âge seulement (pie la tuberculisalion aiguë des poumons se montre comme maladie primitive. La tuberculisation aiguë débute comme une bronchite, avec de la tOUX et de la fiè\re, sans phénomènes gastriques et intestinaux, sans ballonnement du ventre ni taches rosées lenticulaires, sans épistaxis ni délire, et il n'y a que la stupeur et rabattement qui puissent faire croire à une affection typhoïde. On évitera l'erreur en étudiant avec soin la mai (lie des symptômes, et si l'on a vu paraître d'abord la fièvre et les autres phénomènes
1060 rATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
généraux d'inappétence, de diarrhée, précédant de plusieurs jours la toux et les signes fournis par l'auscultation, il est probable qu'il s'agit d'une lièvre typhoïde. La marche attentive des accidents et X 'existence d'une névro-rétine tuberculeuse ou de tubercules dans la choroïde suffisent d'ailleurs pour dissiper toute espèce d'incertitude.
Pronostic. — La fièvre typhoïde des enfants est une maladie dont la gravité varie suivant la forme et d'après L'intensité de l'influence épidémique qui la produit.
Il y a des moments de l'année où la plupart des fièvres typhoïdes guérissent, et d'autres, au contraire, où la mortalité est très-considérable. Le pronostic n'est pas absolument en rapport avec l'intensité des symptômes, car des fièvres typhoïdes, légères en apparence, se terminent mal, tandis que l'on voit des fièvres typhoïdes à forme grave se terminer très-heureusement. A cet égard, le pronostic est extrêmement difficile comme dans toutes les maladies spécifiques, là où il n'y a pas de rapports constants entre les lésions et les symptômes.
La fièvre typhoïde muqueuse et la fièvre typhoïde inflammatoire sont les moins graves de toutes; elles se terminent ordinairement d'une manière favorable clans la seconde enfance, mais, chez les jeunes enfants, la mort peut en être la conséquence. Dans ce cas, la diarrhée persiste, produit l'amaigrissement, l'état cachectique, et c'est dans une sorte de marasme aigu que succombent les enfants.
La fièvre typhoïde adynamique et la fièvre ataxique sont très-graves. Elles guérissent mieux que chez l'adulte, mais la mort en est aussi très-souvent la conséquence. On peut prévoir cette terminaison, lorsqu'il y a un coma absolu, une prostration très-forte, de la carphologïe, du tremblement de la langue et des lèvres, du hoquet, des selles involontaires avec eschares au sacrum, une température vespérale de 42 degrés, enfin un pouls qui dépasse 160 pulsations.
Anatomie pathologique. — Quand la fièvre typhoïde occasionne la mort, on trouve souvent sur le cadavre des lésions qui expliquent un certain nombre des symptômes observés pendant la vie. Bien qu'il n'y ait pas de rapport constant entre les symptômes observés et les lésions, car, dans certains cas, ces lésions sont nulles ou peu appréciables, il n'importe pas moins d'en faire une étude attentive et complète.
Sous l'influence des miasmes typhoïdes qui produisent la fièvre de ce nom, il se fait dans les liquides et dans les solides des altérations nombreuses qui n'apparaissent qu'après les premiers symptômes, exactement connue dans les fièvres éruptives, l'exanthème succède aux symptômes de la période d'invasion.
Ces lésions existent dans le sang, dans le cœur, dans les muscles, dans les organes digestifs, cérébraux et respiratoires.
1° Sang. — Aucune analyse n'a été faite pour démontrer que chez les enfants atteints de la fièvre typhoïde, le sang soit altéré comme chez l'adulte. Toutefois, il est permis de croire que, dans l'un et l'autre cas, les altérations sont semblables. On peut supposer que la fibrine est un peu au-dessous de sa proportion normale, et a perdu ses propriétés plastiques. De plus, il faut admettre que chez l'enfant, comme chez l'adulte, c'est le sang qui est le véhicule du ferment ou miasme typhoïde, composé de bactéries, lequel se répand dans tous les organes pour anéantir leur tonicité, produire les congestions et autres lésions septicémiques. J'ai fait plusieurs fois l'analyse des globules, et il m'a paru qu'il y avait souvent diminution des globules rouges et parfois augmentation des globules blancs. Dans un cas grave avec abcès multiples j'ai trouvé 2 et 3 millions seulement avec 12 — 15 et 21000 blancs.
2° Muscles. — Les muscles sont pâles, et les faisceaux primitifs perdent leurs stries transversales, s'infiltrent de granulations et subissent au dernier terme une
désagrégation considérable (Zenker). Cette lésion se trouve dans d'autres maladies graves.
:î Appareil digestif. — Dans les intestins, existent des traces d'inflammation de la muqueuse et des glandes isolées ou agminées qu'elle renferme en si grand nombre. La muqueuse présente ça et là, principalement à la fin de l'intestin grêle, des arborisations capillaires plus ou moins étendues, surtout autour des plaques de Peyer malades.
Les follicules isolés, dits glandes de Brunner, sont ordinairement hypertrophiés; il en est de même des plaques de Peyer, qui deviennent très-apparentes, rouges, et qui sont tuméfiées dans toute leur épaisseur. Les unes présentent un piqueté, noirâtre, semblable à celui d'une barbe récemment faite, et les autres sont recouvertes par une membrane muqueuse, épaissie, rouge infiltrée, de matière blanchâtre, lactescente. Il y a ainsi de deux à trente plaques apparentes dans l'intestin grêle, et elles sont d'autant plus rapprochées qu'on s'approche du caecum. Dans le gros intestin, existe également une hypertrophie des follicules isolés avec des arborisations capillaires plus ou moins étendues de la muqueuse. Ces altérations, quelquefois peu développées, sont souvent les seules qui existent dans l'intestin des enfants qui meurent de la fièvre typhoïde. Sont-elles, comme on l'a dit, caractéristiques de la maladie? Je ne le crois pas, car dans presque tous les cas d'entérite simple des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, cette même lésion existe, ainsi que Ilervieux Ta démontré, et ainsi que je l'ai vu bien des fois. De plus, elle existe également dans la scarlatine, dans certains cas de phthisie, et dans un grand nombre de maladies graves. Sous cette forme hypertrophique, la lésion des plaques et des follicules de l'intestin n'a donc rien de spécial à la fièvre typhoïde, fait nosologique important et qui contredit, tontes les notions acceptées sur l'anatomie pathologique de cette maladie, faite seulement à lage adulte.
Cette hypertrophie des plaques de Peyer observée dans la fièvre typhoïde et dans plusieurs autres maladies de l'enfance, reste à l'état d'hypertrophie pendant toute la durée de la maladie, car c'est ainsi qu'on la trouve encore chez des enfants qui succombent au vingtième ou au vingt-cinquième jour. A cette époque, elle devrait être suivie d'ulcération, ce qui n'a pas lieu chez tous les enfants. Il est donc évident qu'elle peut disparaître chez les enfants qui guérissent sans offrir d'autre modification, et qu'elle peut se résoudre par absorption. En somme, dans certains cas de fièvre typhoïde, surtout dans la forme muqueuse et inflammatoire, il peut n'y avoir aucune altération des plaques de Peyer, ou bien cette altération peut être bornée a une hypertrophie qui s'observe ailleurs dans plusieurs autres maladies, et cette hypertrophie peut se terminer par résolution.
Chez d'autres enfants, les altérations des plaques de Peyer et des follicules isolés de Brunner ressemblent aux altérations ordinaires de la fièvre typhoïde observée chez l'adulte. Les plaques sont rouges, gonflées, d'autant plus nombreuses qu'on se rapproche de la valvule iléo-CSCale, elles offrent à leur surface des ulcérations plus ou moins larges et plus ou moins profondes. Rarement, ces plaques sont rfures, infiltrées à leur base de cette matière blanchâtre, connue fihrineuse, que Vogel appelle matière typhique, et qui ressemble tellement au tubercule sous le microscope, qu'on ne peut l'en distinguer. Ordinairement, les plaques gonflées sont molles, et quand elles sont ulcérées, elles présentent des solutions de continuité, petites, irrégulières, n'occupant qu'un point de la plaque, ou, au contraire, une grande partie de son étendue. Ces ulcérations sont plus ou moins nombreuses. Leurs bords sont irréguliers, rouges, livides, déchiquetés, taillés à pic el assez élevés. Le fond est grisâtre, couvert de matières fécales liquides, et au-dessous, la surface inégale
offre quelquefois des fragments de matière grise, jaunâtre, fibrineuse. Quand l'ulcération dure depuis longtemps, elle creuse en profondeur, détruit la muqueuse, et arrive jusqu'au péritoine, qu'on reconnaît par sa transparence. On comprend, dans ce cas, que le moindre effort puisse provoquer une déchirure occasionnant la perforation de l'intestin.
Quand les enfants succombent à une période très-avancée de la maladie, au bout de six semaines ou plus tard, par suite d'une maladie accidentelle, ce qui arrive quelquefois, on trouve les plaques à demi ou complètement cicatrisées. Ces plaques conservent une coloration brune, ardoisée, avec une dépression sur le point ulcéré. En ce point, s'est refait une nouvelle membrane, mince, qui, plus tard, ainsi qu'on l'a démontré chez l'adulte, formera une muqueuse de nouvelle formation. Taupin a eu l'occasion de voir un intestin de fièvre typhoïde, trois mois après la guérison, et voici ce qu'il a trouvé : « Plaques de l'iléum saillantes, pâles avec des orifices agrandis; celles de la valvule iléo-eaecale confluentes, inégales, frangées, sans dépression très-marquée; mais à un pied de la terminaison de l'intestin grêle, j'ai pu voir un point déprimé, dans lequel la muqueuse était plus mince, transparente, pins adhérente, et sous laquelle les fibres musculaires manquaient entièrement, tandis qu'on les voyait reparaître dans tous les sens au niveau de la dépression.
Les follicules de Brunner sont, tantôt hypertrophiés et remplis d'un liquide peu épais, semblables à du muco-pus, tantôt enfin ulcérés à une profondeur plus ou moins considérable. L'altération n'existe pas sur tous les follicules ni sur chacun d'eux au même degré ; elle n'm occupe qu'un certain nombre, quelquefois peu considérable.
En même temps qu'existent ces lésions, il y a dans l'intestin un certain nombre d'entozoàires, des tricocéphales dans le cœcum, et des lombrics dans l'iléum, le jéjunum et l'estomac. Ils ne sont pas toujours très-nombreux, mais il est rare de ne pas en rencontrer. On a fait jouer jadis un rôle considérable à ces entozoaires, car on les considérait comme la cause des accidents morbides, et l'on a souvent appelé fièvre ver mineuse h forme muqueuse de notre fièvre typhoïde. C'est là un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre. Toutefois, si dans certains cas les lombrics donnent lieu à une entérite fébrile que guérissent les anthelminthiques, la lièvre typhoïde, en créant un milieu nouveau par la formation de matières stercorales particulières, favorise l'éclosion des œufs de vers contenus normalement dans l'intestin. C'est ce qui explique la fréquence des lombrics dans cette maladie.
A la double altération des follicules et des plaques de l'intestin, se rattache celle des ganglions mésentériques, car partout où il y a une plaie, les ganglions lymphatiques correspondants sont malades. C'est un principe de pathologie générale qui ne souffre pas d'exception. Les ganglions du mésentère deviennent très-apparents. On en voit un très-grand nombre. Ils sont rouges, plus ou moins volumineux, et varient du volume d'un grain de mil à celui d'une petite noisette. Quelques-uns sont violacés, ramollis, et il y en a qui renferment un liquide rougeâtre, boueux ou blanchâtre, lactescent. L'altération est d'autant plus forte que les lésions de l'intestin sont plus étendues, et que les ulcérations sont plus nombreuses.
Il faut tenir grand compte de cette hypertrophie des ganglions mésentériques pour la vérification du diagnostic après la mort, parce que, comme l'hypertrophie simple des plaques de Peyer, si commune dans beaucoup de cas de fièvre typhoïde, ne prouve rien, puisqu'on la rencontre dans plusieurs autres maladies, notamment dans l'entérite, il faut prendre en considération cette lésion des ganglions mésentériques qui existe dans la fièvre typhoïde à un degré ^beaucoup plus marqué que dans l'entérite.
Le foie est normal dans les cas de fièvre muqueuse; il est volumineux, ramolli,
partiellement décoloré dans les cas de fièvre adynamique.
La bile est alors assez généralement liquide, verdàtre, décolorée.
La rate est souvent grosse, ramollie, friable, et son tissu noirâtre, boueux, se laisse aisément déchirer sous la pression du doigt.
Sauf les cas de perforation intestinale qui amènent l'inflammation du péritoine, cette séreuse n'est point altérée dans la fièvre typhoïde.
I Cour. — Le cœur présente souvent, sur les valvules mitrales et tricuspides, une endocardite végétante, caractérisée par la tuméfaction rouge granuleuse du bord libre de la valvule et par des concrétions fibrineuses des tendons valvulaires. Ces concrétions, en se détachant, peuvent former des infarctus viscéraux et des embolies du cerveau, des poumons, ou de la peau, etc.
5 Organes respiratoires. — Le larynx est rarement malade et on n'\ voit point cette laryngite typhoïde nécrosique qui a été signalée sur l'adulte par Piorry. ISne seule fois seulement sur les milliers de fièvres typhoïdes que j'ai observés, il m'a été donné de constater en 1875, une aphonie dont la cause anatoinique était une ulcération profonde des cordes vocales, et chez cette enfant il y avait un noyau de gangrène pulmonaire. — Les poumons sont toujours le siège d'une congestion plus ou moins considérable, en même temps que les bronches sont remplies de mucus ou d'écume. Dans les poumons, les lésions existent toujours a la partie postérieure et latérale des lobes inférieurs, et a la base du lobe supérieur. Le tissu est plus lourd, en partie imperméable, mais facile a insuffler. Il est d'un rouge noirâtre, et la surface présente l'aspect d'un granit sombre à fond livide. On y voit des lobules pulmonaires juxtaposés, à différents degrés de congestion, les uns roses, les autres rouges, les autres bruns, les autres violacés ou livides, formant un assemblage singulier d'apparence granitique. V L'intérieur, le tissu mou, peu crépitant, présente des altérations semblables, et l'on y sent des noyaux plus ou moins durs formés par des lobules enflammés. Sur la coupe, on voit ces lobules différemment congestionnés, de différente couleur, conserver L'aspect spongieux du poumon normal ; mais ça et là, sur les lobes plus durs, Le tissu ressemble à celui de la rate et constitue la splénisation lobulaire. Dans quelques cas, enfin, avec la splénisation il v a de l'hépatisation lobulaire rouge et grise, caractérisant la pneumonie. Deux fuis j'ai vu de véritables noyaux de gangrène pulmonaire, sans odeur pendant la vie et caractérisés par un ramollissement pulpeux, noirâtre et verdàtre parfaitement circonscrit.
Chez certains enfants, il \ a des granulations tuberculeuses demi-transparentes, ou des tubercules a l'état cru, ramollis ou a l'étal crétacé : ce sont la de simples coïncidences (1).
ailleurs, enfin, il \ a de nombreuses ecchymoses de la plèvre, de petits noyaux d'apoplexie pulmonaire avec ou sans foyer purulent central, de petits abcès du I oumon entourés d'une zone de pneumonie, et c'est ce qu'on pourrait considérer peut-être comme la conséquence d'une résorption purulente. Dix-huit fois j'ai rencontré des abcès de ce genre, et il m'a semblé qu'ils n'avaient d'autre cause que la résorption du pus sécrété par les ulcères de l'intestin ou des plaies formées par 1rs cschares, et je 1rs ai considérés comme des abcès métastatiques. On pourrait encore 1rs considérer comme le résultat d'embolies artérielles pulmonaires durs a la migration des fragments de fibrine déposés sur 1rs \al\ulrs enflammées du cœur.
6 Système nerveux. - Le et les tu ninges, lorsque les fonctions céré-
braies ont été troublées par le plus violent délire et le coma, ne m'ont jamais rien présenté que l'injection dans la substance cérébrale, du piqueté dans le centre ovale de Vieussens, une coloration plus vive de la substance corticale qui est ramollie, une vascularisation plus grande de la pic-mère, voilà tout ce qu'on rencontre. Cela est suffisant pour expliquer les troubles intellectuels et sensoriaux éprouvés par les enfants. Ce sont là des troubles fonctionnels dont l'anatomic pathologique rend compte d'une façon assez satisfaisante et qui constituent la méningite typhoïde. La maladie peut même être assez forte pour se traduire dans l'œil par des lésions du nerf optique et de la rétine qu'on peut étudier à l'ophthalmoscope.
Traitement. — Le traitement de la fièvre typhoïde est à la fois rationnel et empirique. Ceux qui obéissent aux indications que suggère l'état des enfants font le traitement rationnel, et sont empiriques ceux qui, adoptant une médication toujours la même, ferment les yeux aux lumières de l'observation. Ce traitement varie d'ailleurs selon la forme que présente la fièvre typhoïde, et d'après les éléments morbides qui peuvent lui être surajoutés. Il est différent dans la forme muqueuse, inflammatoire, adynamique et ataxique. Il est modifié par l'élément périodique, par les hémorrhagies et les complications qui peuvent se présenter.
Trois indications se présentent dans tous les cas de lièvre typhoïde :
1° Détruire l'embarras gastrique et faire disparaître les saburres de l'estomac;
2° Evacuer les matières liquides de l'intestin;
3° Soutenir et ranimer les forces.
C'est pour remplir ces trois indications, que je donne aux enfants, dès le premier jour, un vomitif ainsi composé :
Tartre stibié 25 milligr. à 5 centigr.
Citrate de magnésie.. 10 grain, à 20 grau.
suivant l'âge dos enfants.
Si ce vomitif ne produit pas d'effet, on recommence le lendemain, et le jour d'après, il faut recourir aux purgatifs salins.
Limonade au cilrate de magnésie. 30 à 60 grammes. Ou bien :
Eau de Sedlitz 30 à 50 grammes.
Si la maladie est au début et qu'on l'attaque ainsi dès le premier ou le second jour, on l'arrête dans sa marche, et c'est à peine s'il y a quelques jours de convalescence. C'est la méthode abortive.
Quand, au contraire, on néglige d'agir vigoureusement dès le début, la fièvre typhoïde devra forcément parcourir ses périodes avec tous les périls qu'elle entraîne pour les enfants.
Quelquefois cependant, malgré le vomitif et le purgatif donnés dès le début, la fièvre continue, mais amoindrie et plus faible qu'elle n'eût été sans cette avantageuse médication. La maladie persiste et suit sa marche régulière, alors il faut revenir aux purgatifs salins, tous les jours, pour évacuer les matières liquides du caecum, circonstance que fait apprécier le gargouillement dans la fosse iliaque droite.
Tant qu'il y a du gargouillement dans la fosse iliaque droite, le médecin doit purger les enfants atteints de fièvre typhoïde ; c'est le meilleur moyen d'évacuer les matières liquides de l'intestin, d'empêcher leur action irritante sur la muqueuse, et d'éviter la résorption des produits putrides.
Dès que cesse le gargouillement iliaque, il faut interrompre l'usage des évacuants.
La diète est nécessaire pendant les deux ou trois premiers jours, mais il ne faut pasla prolonge r trop longtemps : dès le quatrième ou cinquième jour, il faut donner du bouillon de poulet aux enfants et un peu d'eau rougie sucrée. C'est le moyen de soutenir les forces et de les ranimer, si elles sont trop affaiblies.
Comme tisane, il faut donner de la limonade sucrée, du sirop de limons, du sirop de cerises, du sirop de groseilles dans de l'eau; de la décoction de chiendent sucré, de l'eau de pomme, du sirop de quinquina dans de l'eau rougie, etc.
Si la fièvre est très-forte et la peau sèche, les bains sont très-utiles. Il est bon d'en faire prendre tous les jours, et l'on tiendra constamment des cataplasmes émollients sur le ventre. C'est le cas de faire chaque jour une affusion froide.
Mais pour ne rien laisser dans l'indécision, je dois dire que l'indication des a If lisions froides se tire de la sécheresse de la peau, de la chaleur mordicante et du chiffre de la température axillaire mesurée au thermomètre. Si la chaleur reste plusieurs jours à 40 ,5 et à 41 degrés ou plus, il faut prescrire deux ou trois allusions froides. Elles ne sont contre-indiquées que s'il y a complication pulmonaire grave. Quant aux bains froids à 15 ou '20 degrés répétés, cinq à six fois par jour selon la méthode allemande, c'est presque une cruauté et c'est d'ailleurs le moyen d'engendrer des pneumonies qui n'auraient pas eu lieu sans cela.
Finie typhoïde muqueuse. — Dans cette forme de la fièvre typhoïde, de la tisane, un vomitif et un purgatif suffisent, en général, pour en arrêter la marche et diminuer l'intensité. Des tisanes acidulés, des bains, un peu de sirop de quinquina, de l'eau rougie et une faible alimentation complètent le traitement.
Fièvre typhoïde inflammatoire. — Le traitement est à peu près le même que dans la l'orme précédente. Ici seulement les bains et les affusions sont infiniment plus nécessaires, et il faut en donner chaque jour pour diminuer la chaleur de la peau et l'état d'éréthisme vasculaire qui caractérise cette forme de la maladie.
Fièvre typhoïde adynamique. — Il faut commencer ici par un vomitif, continuer chaque jour par un purgatif s'il y a du gargouillement dans la fosse iliaque, et tant que persiste ce gargouillement; donner des bains tièdes ou des a/fusions froides, de l'eau vineuse, du bouillon coupé et des boissons acidulés.
Fièvre typhoïde ataxitfue. — 11 faut employer ici le même traitement que dans la fièvre adynamique et y joindre L'usage des lavements d'asa fœtida ou de valériane, et a l'intérieur le musc à la haute dose de 1 à 2 grammes par joui-.
Traitement de Vêlement périodique dans la fièvre typhoïde. — Quand la fièvre n'est pas uniformément continue, ce qui arrive très-souvent, et qu'elle offre le type rémittent avec des exacerbations quotidiennes bien nettement marquées, il tant recourir au sulfate de quinine à l'intérieur ou en lavement.
Si, comme cela se voit dans quelques circonstances, il \ a des accidents névralgiques, comateux ou algides pernicieux intermittents, ainsi que j'en ai ni des exemples, c'est encore une raison de donner hardiment et a haute dose le sulfite de quinine.
Tels sont les moyens que j'emploie ordinairement contre la fièvre typhoïde, mais cette thérapeutique rationnelle doil être modifiée par l'âge et par les complications d'hémorrhagie, de péritonite, de gangrène, de muguet, etc.
Autres moyens thérapeutiques conseillés dans la fièvre typhoïde. — D'autres méthodes de traitement sont journellement mises en usage, mais je ne leur accorde que peu d'importance, .le Nais néanmoins les faire connaître. Ce sont l'expertation.
la médication antiphlogïstique, purgative, tonique, altérante, contro-stimulante par le sulfate de quinine, révulsive, absorbante, etc.
Vexpectation n'est pas une méthode curative, c'est la négation de toute croyance médicale, et la science qui aboutit à ce degré de scepticisme ne mérite aucune considération. Il faut savoir s'abstenir et faire de l'expectation quand il convient, mais s'abstenir par système partout et toujours dans toute fièvre typhoïde, ce n'est pas là de la médecine : c'est une méditation sur la mort. Que signifie une médication dont Taupin, son témoin, a pu dire :
« On s'est borné à surveiller la marche de la maladie dont on aurait peut-être abrégé la durée au moyen d'un traitement plus actif? » Il suffit de formuler cette opinion pour condamner la méthode dans son application systématique et absolue.
La médication antiphlogïstique qui a donné, sous la direction de Bouillaud, <le très-bons résultats contre la fièvre typhoïde de l'adulte, n'a jamais été employée d'une manière exclusive chez les enfants. Par conséquent, elle ne saurait être jugée comme méthode. On a eu quelquefois recours à des émissions sanguines, concurremment avec d'autres moyens, mais elles ne donnent jamais de bons résultats. Elles ne sont utiles que dans les cas.de broncho-pneumonie intense; chez ces malades, il faut appliquer deux ou trois sangsues ou mettre des ventouses scarifiées à la base de la poitrine.
Les purgatifs ont aussi été conseillés comme méthode exclusive de traitement dans la fièvre typhoïde de l'enfance. Cela est fâcheux, car toute méthode qui prive le médecin de sa liberté de suivre les indications, est mauvaise. Des purgatifs salins sont donnés tous les jours jusqu'au moment d'une amélioration marquée pouvant faire prévoir la convalescence. On les donne chez les enfants atteints de constipation comme chez ceux qui avaient de la diarrhée, dans les cas légers comme dans les cas graves, système funeste qui ne peut que nuire aux malades. De cette médication résultent souvent des complications d'entérite ou celle de la perforation intestinale. En outre, dans les cas graves compliqués d'adynamie, elle augmente le ballonnement du ventre et favorise l'asphyxie.
La seule bonne manière d'employer les purgatifs dans la fièvre typhoïde consiste, comme je l'ai dit plus haut, à ne les prescrire que d'après des indications formelles que j'ai fait connaître au début de ce chapitre.
Les toniques, tels que le sirop de quinquina, d'une à trois ou quatre cuillerées par jour, l'eau rougie, le vin pur, ont été donnés, mais ces médicaments ne sont bons que s'ils répondent à une indication fournie par l'état des malades. Ils ne conviennent pas dans la fièvre muqueuse ou inflammatoire et ne doivent être employés que dans le cas où existe de l'adynamie.
La médication altérante par le sulfure noir de mercure, parle calomel, employée par quelques médecins, ne vaut absolument rien et doit être proscrite. En effet, les préparations mercurielles dans la fièvre typhoïde peuvent produire des effets diamétralement opposés à ceux qu'il convient de provoquer. Ils détruisent la plasticité du sang, occasionnent la dissolution de la fibrine déjà malade, et peuvent donner lieu à des accidents graves et mortels d'intoxication mercurielle.
La médication contro-stimulante par le sulfate de quinine produit un rapide ralentissement du pouls et donne quelquefois de bons résultats. Je la condamnerai cependant comme méthode exclusive. En effet, elle ne réussit que dans les cas où la lièvre typhoïde offre de la rémittence et des exacerbations fébriles quotidiennes. Elle ne vaut rien dans les autres cas. Pourquoi donc fermer les yeux à l'indication et suivre aveuglément ou sans raison une méthode de traitement qui n'a d'autres raisons d'être que la périodicité? La servilité vis-à-vis des doctrines est triste en
toutes choses, mais en médecine plus qu'ailleurs elle est dangereuse, car elle coniprome
t gravement la vie de l'individu.
Les vésicatoires sont quelquefois employés clans la lièvre typhoïde à titre de révulsifs, dans certains cas graves de délire pour dégager la tête, ou contre une complication de broncho-pneumonie. Ils peuvent rendre des services, mais ce n'est pas comme médication exclusive. Leur emploi répond à une indication déterminée.
Les ventouses sèches sont souvent employées avec avantage dans les mêmes circonstances.
Dans la médication absorbante, on donne le sous-nitrate de bismuth non pour guérir l'altération du sang qui est le principe de la fièvre typhoïde, mais pour combattre la diarrhée en modifiant les ulcérations intestinales de l'iléon. Ce moyen n'a pas d'effet curatif certain, mais il peut rendre des services. Dans ces cas, le sousnitrate de bismuth se donne à la dose de 5 et 10 grammes dans de l'eau sucrée ou dans la tisane.
On donne quelquefois du kermès dans la fièvre typhoïde, mais c'est moins contre l'affection typhoïde que contre la bronchite et la broncho-pneumonie qui l'accompagnent. Dans ce cas, ce médicament peut rendre de véritables services.
Il en est de même de Y opium sous toutes les formes, que l'on donne aux malades. C'est pour remédier à leur agitation trop grande et à la bronchite dont on veut calmer la toux. — S'il y a des accidents alaxiques graves, on fera bien de donner le musc en nature, à la dose de 1 à '2 grammes suspendus dans une potion gommëuse. C'est un remède utile contre l'agitation, contre les soubresauts de tendons, et contre le délire. Il faut le réserver pour les cas où le délire est trèsviolent, mais alors je préfère les allusions froides.
Les eschares peuvent être prévenues par de grands soins de propreté et des applications de baudruche gommée, mais si elles se forment, il faut les combattre par des lotions de vin aromatique, par des applications de teinture de coaltar saponiné dans l'eau au 40e, par un mélange de blancs d'œufs et d'eau-de-vie, par de la poudre d'amidon, etc., etc.
Apliorismes.
444. La fièvre typhoïde est une maladie générale épidémique, quelquefois contagieuse, qui porte son action sur tout l'organisme, et qui modifie le sang, l'intestin et les glandes, la rate, les poumons et le cerveau.
i i.~> Dans L'enfance, la lièvre typhoïde peu! exister avec des lésions de l'iutestiu qu'on rencontre dans L'entérite simple et dans plusieurs autres maladies de nature différente.
446. Les lésions de la fièvre typhoïde de l'enfance sont : L'hypertrophie des glandes isolées et agminées de l'intestin, leur ulcération seulement dans les cas graves, le gonflement des glandes du mésentère et la congestion de la rate, des
poumons et du cerveau.
iiT. De toutes les congestions de la fièvre typhoïde, celle des poumons est la plus grave, car elle entraîne 'a splénisation Lobulaire, la broncho-pneumonie et une asphyxie mortelle.
148. La fièvre typhoïde des enfants n'est jamais deux fois semblable a ellemême; autant de malades autant d'unités différentes et de typhiques particuliers.
i i'.». La fièvre typhoïde offre différentes formes qui en font varier L'expression symptomatique au point de la rendre méconnaissable.
L50. De La fièvre continue avec inappétence, île la diarrhée ou de la constipa-
tion, de la douleur iliaque droite et la perte des forces avec pâleur et conservation de l'expression du visage, caractérisent la fièvre typhoïde muqueuse.
451. Une fièvre continue avec rougeur du visage, turgescence vasculaire de la peau, constipation ou diarrhée, douleur iliaque droite, épistaxis et prostration, annonce une fièvre typhoïde inflammatoire.
•452. La fièvre avec agitation, délire, abattement, stupeur, ballonnement du ventre, douleur iliaque droite, coma, diarrhée volontaire ou involontaire, taches rosées du ventre, sécheresse de la langue et fuliginosités des lèvres, caractérise la fièvre typhoïde ad y nanti que. Elle est ataxique au contraire, quand à ces phénomènes s'ajoutent le tremblement musculaire, la carphologie, le coma et la fureur d'un délire que rien ne peut modérer.
453. La fièvre typhoïde accompagnée d'exacerbations fébriles périodiques quotidiennes ou de symptômes intermittents réguliers, constitue la fièvre rémittente. C'est une maladie à quinquina.
454. La fréquence de la toux accompagnée de dyspnée survenant dans le cours de la fièvre typhoïde annonce une pneumonie lobulaire.
455. Quand le muguet survient dans le cours de la fièvre typhoïde, la maladie est presque inévitablement mortelle.
450. Des vomissements verdâtres subits avec refroidissement de la peau, petitesse du pouls, cyanose du visage et violente douleur du ventre, annoncent une perforation de l'intestin et la mort.
457. Le hoquet qui survient dans le cours d'une fièvre typhoïde est presque inévitablement mortel.
458. Dans la fièvre typhoïde des enfants, un coma très-prolongé est mortel.
459. Il est bien rare que de grandes eschares produites dans la fièvre typhoïde adynamique ne fassent point mourir les enfants.
4(50. La diarrhée qui persiste chez les enfants atteints de fièvre typhoïde dont l'état général est bon, annonce une complication d'entérite grave.
461. L'inanition trop prolongée dans la fièvre typhoïde des enfants amène toujours un état nerveux grave et quelquefois avec lui des vomissements nerveux incoercibles.
402. Il faut de bonne heure nourrir légèrement les enfants atteints de fièvre typhoïde.
403. Au début de la fièvre typhoïde, quelle que soit sa forme, un vomitif et un purgatif peuvent juguler complètement la maladie ou du moins en modérer les progrès ultérieurs et. favoriser la guérison.
404. L'émétique et le sulfate de soude, aidés de bains, de boissons acidulés et vineuses, du sulfate de quinine et du régime convenablement employés, suffisent dans le plus grand nombre des cas pour guérir la fièvre typhoïde.