CHAPITRE III
La fièvre typhoïde existe-t-elle chez le nouveau-né ? >~on, diront ceux qui demandent aux maladies de représenter la dénomination qu'on leur applique, car il n'y a pas de fièvre avec stupeur (xwphç) chez le nouveau-né. Oui, diront au contraire les anatomistes qui, basant toute médecine et tout le diagnostic sur l'anatomie pathologique, ont observé chez les nouveau-nés le gonflement et l'ulcération des glandes de l'intestin , c'est-à-dire un des caractères de la fièvre typhoïde chez l'adulte.
Entre ces deux opinions, laquelle prendre ? L'une ne s'appuie que sur une lésion matérielle, celle des plaques de Peyer n'existant pas toujours et se montrant ailleurs que dans la fièvre typhoïde, et l'autre repose sur l'ensemble des symptômes offerts par les malades. Évidemment celui qui établit sa classification d'après l'ensemble des caractères a moins de chance de se tromper que celui qui n'en regarde qu'un seul.
Prenant donc pour base de mon appréciation l'ensemble des symptômes offerts par les maladies fébriles des voies digestives chez les enfants, je dirai : non, la fièvre typhoïde n'existe pas chez les nouveau-nés ni chez les enfants à la mamelle, et on ne l'observe qu'entre la première et la seconde année de la vie.
C'est aussi l'opinion de Billard, qui dit que l'inflammation de l'appareil folliculaire de l'intestin ne donne heu aux symptômes de la fièvre putride maligne que chez les enfants un peu avancés en âge, tandis que chez les plus jeunes elle se montre avec les caractères de l'entérite simple.
Tous les faits de fièvre typhoïde chez le nouveau-né, signalés par Littré, par Charcelay, par Bricheteau, etc., d'après l'existence du gonflement des plaques de Peyer chez des enfants nouveau-nés morts avec les symptômes de l'entérite simple, ne prouvent donc pas ce qu'ont pensé ces auteurs, car alors toutes les entérites du premier âge étant accompagnées du gonflement et quelquefois de l'ulcération des plaques de Peyer seraient des fièvres typhoïdes.
En effet, d'après des recherches faites à l'hospice des Enfants assistés, sur 74 enfants d'un jour à un mois, morts après avoir présenté les symptômes de l'entérite simple, 41 dans la première septaine, 20 dans la seconde, 9 dans la troisième, 3 dans la quatrième et 1 le trente-deuxième jour, il y avait gonflement considérable des plaques de Peyer et des glandes isolées de Bruniier sous forme de psorentérie. Deux fois seulement les plaques étaient ulcérées. La muqueuse présentait de nombreuses arborisations capillaires inflammatoires.
Sur 52 enfants âgés d'un mois à un an, morts après avoir également offert l'ensemble des symptômes de l'entérite, les plaques plus nombreuses et plus gonflées ont été six fois le siège d'ulcérations.
Dans cette deuxième catégorie comme dans l'autre, il y avait un notable gonflement des ganglions mésentériques (1).
Après cet exposé, de l'existence d'une lésion des plaques de Peyer chez les nouveau-nés atteints de diarrhée, et que l'on pourrait croire être la conséquence d'une fièvre typhoïde, Hervieux n'a tiré aucune conclusion, et il semble avoir laissé à son lecteur le soin de la formuler.
J'ai vérifié l'exactitude des faits annoncés par Hervieux sur un grand nombre
1 1 1 Hervieux, Gazette médicale, 1855.
d'enfants de deux à trois ans, et comme lui j'ai pu voir, dans mon service de L'hôpital des Enfants malades, des enfants morts avec les symptômes de l'entente ordinaire, sans stupeur et sans aucun des autres caractères de la fièvre typhoïde, ayant dans les intestins, avec l'arborisation inflammatoire de la muqueuse, dei a psorentérie et des plaques plus ou moins nombreuses variant de huit à vingt-cinq, tantôt lisses, tantôt pointillées, plus ou moins gonflées et quelquefois ulcérées.
J'ai vu la même ulcération dans l'intestin d'enfants morts de scarlatine, de phthisie pulmonaire, etc., de sorte que j'en suis arrivé à n'attacher aucune importance à la lésion des plaques de Peyer, si elle n'a pas été précédée des autres symptômes de l'affection dite typhoïde.
On ne peut donc pas dire que la fièvre typhoïde existe chez le nouveau-né et chez les enfants à la mamelle, à moins de constituer celte maladie par le seul caractère anatomique du gonflement des plaques de Peyer, et à moins de déclarer que ses symptômes étant ceux de l'entérite simple, il n'y a aucun moyen de distinguer les deux maladies.
Si la fièvre typhoïde n'existe pas chez le nouveau-né avec la stupeur, i'adynamie, l'ataxie, l'éruption lenticulaire du ventre, la douleur de la fosse iliaque et l'altération du sang qui la caractérise un peu plus tard, elle existe chez les enfants un peu plus âgés et je vais la décrire.
La fièvre typhoïde des enfants a été décrite autrefois par Rosen, Underwood, d'une façon très-sommaire, sous les noms de fièvre rémittente, ou de fièvre gastrique. On lui a aussi donné les noms de fièvre muqueuse, de fièvre maligne, de fièvre entéro-mésentérigue, etc. Elle a été l'objet d'un grand nombre de travaux, par Ilufz, Henri Bell, Gendron, Constant, Becquerel, ïaupin, Rilliet et Barthez, etc., etc.
La fièvre typhoïde des enfants est une nosohémie ou altération bactérihémique du sang, accompagnée de lésions intestinales, pulmonaires et cérébrales.
Les lésions de l'intestin sont l'entérite avec hypertrophie et ulcération des glandes isolées et agminées de l'intestin.
Les lésions du poumon sont la congestion et la pneumonie lobulaire.
Les lésions du cerveau sont l'inflammation de l'arachnoïde et de l'encéphale.
Causes. — La lièvre typhoïde est une maladie spécifique engendrée par des miasmes de nature inconnue, reproduisant la maladie qui leur a donné naissance, pouvant naître spontanément par l'agglomération ou l'encombrement, et pouvant se propager au loin par l'atmosphère. D'après quelques travaux récents de Feltz et de Davaine, ces miasmes ne seraient autre chose que des bactéries en suspension dans l'air.
('/est une maladie infectieuse, ou peut-être iufecto-coutagieuse (1), ainsi que cela résulte des faits de contagion renfermés dans la science.
La fièvre typhoïde se montre beaucoup plus souvent de huit à quinze ans que de trois à huit ans, et au-dessous de cet âge elle esl très-rare.
Elle est infiniment plus fréquente chez les garçons que chez les tilles, sauf dans le moment des grandes épidémies.
Elle se développe indistinctement sur les enfants forts ou délicats, et les saison.n'ont aucune influence sur son apparition; il y en a en tout temps. On l'observe en été comme en hiver, et cela dépend uniquement de la force ou de L'intensité de
(1) Voy. la signification de ce mot «tans mes Nouveaux éléments de pathologie générale ei <e
séméiologie, 3° édition. Paris, 1871, art. CONTAGION.