CHLOROSE ET PSEUDO-CIILOKOSE. J
Ces! une altération du sang, dont la nature assez bien étudiée chez les adultes n'a pas été déterminée d'une façon précise chez les enfants. J'ai commencé ce travail en cherchant, dans 1 millimètre cube, le nombre exact des globules rouges et blancs dusang d'après le procédé de Cramer modifié par Malasscz et Hayem. Selon mes calculs, le sang tombe dans la chlorose des enfants et dans leurs anémies symplomatiques, ii deux et trois millions de globules rouges et à quatre millions de globules blancs. On peut juger de ces modifications par la pâleur et la décoloration des tissus.
La chlorose de la première enfance est rarement p ri milice, ce qui la sépare de la véritable chlorose des jeunes filles et ce qui la rapproche de l'anémie . Elle existe chez les garçons et chez les filles, autre différence qui la distingue également de la chlorose chez l'adulte.
C'est une affection secondaire, presque toujours symptomatique. Elle se produit dans le cours de la scrofule, de l'herpétisme, de la syphilis héréditaire (anémie syphilitique), et des maladies aiguës ou chroniques de l'enfance. Le catarrhe chronique de l'intestin ou l'entérite chronique en est le plus ordinairement la cause, et les enfants qui ont souvent la diarrhée se reconnaissent aisément à la teinte pale toute particulière de leur visage.
Cet état existe dans toutes les maladies chroniques, telles que la phthisie, le carreau, les tumeurs blanches, les ostéites et les caries vertébrales, les adénites chroniques, les plaies suppurant depuis longtemps, la néphrite albumineuse, la bronchite, etc., etc. Il se montre aussi à la fin de toutes les maladies aiguës, surtout chez les enfants débiles, lymphatiques, scrofuleux, pauvres, mal nourris et placés à l'hôpital, mais là il n'est que transitoire, c'est l'anémie delà convalescence, et il disparaît par une bonne alimentation ou le séjour à la campagne.
La chlorose de l'enfance ne se reconnaît que par la décoloration du visage, des lèvres et des ongles, par la pâleur des tissus, par la flaccidité de la peau et des muscles, par le peu d'énergie des fonctions, par le manque d'activité musculaire, et enfin par une indolence inaccoutumée dans le premier âge.
L'appétit est capricieux et les digestions lentes, irrégulières, accompagnées de maux d'estomac qui engendrent la boulimie ou la diarrhée i
Le cœur est facilement excitable; les battements sont clairs, superficiels, sonores; il est souvent agité par des palpitations à la moindre émotion ou par un faible exercice, ordinairement sans bruit anormal. Chez quelques enfants, il existe à la base du cœur, au niveau de l'orifice aortique, un bruit de souffle plus ou moins caractérisé sur lequel Nonat (1) a appelé l'attention, mais il n'est pas sûr que ces bruits de souille dépendent de la diminution de densité du sang. Ils peuvent dépendre d'une endocardite végétante (voyez ce mot) ou d'une autre lésion du cœur.
Chez les enfants chloroliques ou anémiques, il existe souvent des bruits de souille intermittents ou continus dans les vaisseaux du cou, et sur les jeunes enfants, c'est dans la fontanelle antérieure qu'on peut les entendre. Je les ai perçus, non-seulement dans ces points, mais encore sur l'oreille externe, en auscultant directement oreille contre oreille.
Quelle est la signification de ces bruits de souille, et quel est leursiége? Les opinions varient à cet égard.
Quelques médecins en placent le siège dans le système artériel et en conséquence dans les altères carotides; d'autres le niellent dans le système veineux, soit dans les veines jugulaires, soit dans le sinus longitudinal supérieur, ou enfin dans le
(l) Nonat, Étude sur la chlorose envisagée particulièreminl chez h s enfants \ Bull, de l'Acad. de mèd.y 1859-1860, t. XXV, |». 1093).
sinus pétreux. De plus, les uns en font le résultat d'une diminution de densité du sang qui, ayant perdu ses globules, devient plus aqueux, et les autres, avec Chameau, les attribuent à un simple phénomène physique qui serait la production d'une veine fluide du système veineux, lorsque le sang passe d'un conduit étroit dans un conduit plus large.
L'opinion générale est que les bruits de souffle se passent dans les artères, et sont dus à la diminution de densité du sang. Or, dans des conduits fermés, les expériences avec des liquides de différente densité ne donnent lieu à aucun bruit de souille.
De plus ils existent sur des enfants et sur des adultes forts, rouges, bien colorés, non chlorotiques, et ils ont le type intermittent, continu et même musical, chez des sujets qui n'ont aucune diminution du chiffre des globules, et pas le moindre affaiblissement de la densité du sang. En effet, prenant à l'hôpital les entants teigneux, ou d'autres enfants bien portants dans une école, ou un collège, chez les adultes, les sujets en bonne santé, on trouve sur la plupart des bruits de souffle au cou qu'il est fort difficile d'attribuer à un état morbide. J'ai consigné ces résultats à propos des troubles de la circulation produits par cette névrose que j'appelle le nercosisme (1).
Quant à leur siège dans les artères, lorsqu'on l'entend sur le sinus longitudinal supérieur, il est évident qu'il n'a pas lieu sur un vaisseau de cette nature.
Sans rien affirmer ou dénier sur ce point qui appelle d'autres études, et qui réclame de nouvelles expériences, décisives cette fois, puisqu'elles porteront sur des points déterminés d'avance, on peut dire que les bruits de souffle vasculaires n'ont pas, en ce qui touche le diagnostic de la chlorose des enfants, une signification aussi précise qu'on le croit généralement. En effet, on rencontre des enfants très-bien portants axant au cou un bruit de souffle continu et musical très-prononcé. Les considérer comme des chlorotiques sur ce signe, serait une erreur d'où il suit que, dans l'enfance, le diagnostic de la chlorose repose surtout sur la constatation des troubles de l'hématose, de la couleur du visage et de rallanguissement des fonctions.
La chlorose dure assez longtemps et se termine presque toujours par guérison, à moins qu'il ne survienne quelque complication de la tuberculose.
Dans l'état habituel, la chlorose est compliquée d'un peu d'anesthésie cutanée. Il n'en est pas de même de l'anémie, qui entraîne souvent des paralysies sensorielles et motrices, dont j'ai parlé à l'article Paralysie. Ce sont les paralysies de la convalescence et les paralysies diphthéritiques qui rentrent dans cette catégorie.
Diagnostic. — Il n'y a de vraie chlorose chez les enfants que celle qui est primitive et qui ne reconnaît pas pour cause une forte diarrhée, des hémorrhagies répétées ou une maladie antérieure. Toute décoloration des tissus et tout appauvrissement du sang dû à une maladie antérieure n'est que de l'anémie.
Traitement. — La chlorose de l'enfance n'étant pas toujours une maladie primitive, ne doit pas être traitée de la même façon que la chlorose de l'adulte. C'est presque toujours une maladie secondaire, et alors le traitement doit être a la fois celui de la maladie première et celui de la complication. Il doit varier dans chaque cas selon les maladies aiguës ou chroniques, légères ou graves, locales ou diathésiques, qui ont amené l'état de cîiloro-anémie qu'on veut guérir.
1° Dans la chlorose primitive, le fer en poudre, le sous-carbonate de fer, les sirops de lactate de fer, de pyrophosphate de fer, la teinture de Mars, le chocolat
I Bouchut, Du nervosisme et des maladies nerveuses, 2e édition. Paris, 1877.
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ferrugineux, avec le sirop de quinquina, le vin de quinquina, les bains froids on de mer, l'hydrothérapie, l'exercice à la campagne, sont ce qu'il y a de mieux à employer. On peut aussi employer le sirop d'arséniate de soude d'après la formule que j'en ai donnée :
~Jf Arséniate de soude 5 centigrammes.
Sirop de gomme 300 grammes.
lue cuillerée à bouche tous les matins.
2° Quand la chlorose est secondaire, il faut traiter à part les diarrhées catarrhales, les entérites ou bronchites chroniques, la scrofule, l'herpétisme au milieu desquelles elle se produit. Ce n'est qu'après avoir tenu compte de la maladie première qu'on doit s'occuper de la complication.
Dans ce cas, le fer réussit moins bien et nuit quelquefois, surtout dans la chlorose symptomatique des affections chroniques de l'intestin ou tuberculeuses des poumons. L'arséniate de soude est infiniment mieux toléré et alors rend de plus grands services. Avec les préparations de quinquina, il faut conseiller les bains froids, l'hydrothérapie, la vie à la campagne ou sur les bords de la mer, et cela pendant plusieurs mois ou plusieurs aimées. C'est de cette manière seulement qu'on peut obtenir des résultats favorables.