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CHAPITRE V

LEUCOCYTOSE ET LEUCOCYTIIEMIE

La leucocythémie, découverte au même moment, à Wurtzbourg et à Edimbourg, par Yirchow (1) et Bennett, est une altération particulière du sang, caractérisée par la multiplication de ses globules blancs.

Le premier de ces auteurs lui donne le nom de leucémie, ce qui veut dire sang blanc, dénomination mauvaise et qui peut égarer le médecin, car elle s'applique à une autre altération de ce fluide, lorsqu'il est rendu laiteux par de la graisse divisée en goutlelettes d'une ténuité infinie. Déplus, dans la leucocythémie, le sang n'est jamais blanc et présente une teinte brunâtre, comparable à celle du chocolat délayé dans l'eau. Bennett, au contraire, en lui donnant le nom de leucocythémie, a nettement exprimé le fait qui se trouve être l'altération du sang par des cellules blanches (leuxbç, blanc; xjto:, cellule; alua, sang). On l'appelle également laicocytose.

Née a l'étranger en 1845, la leucocythémie n'a été connue en France qu'en 1851, par nue analyse du mémoire de Bennett (i). Au même moment, l'auteur envoyait à la Société de biologie un résumé de sis recherches et quatre observations Ç3). Les travaux de Yirchow, imprimés la même année, ne nous sont arrivés que bien plus tard et n'ont été connus que par ces extraits ou par les analyses de Lasegue I i ). D'après ces travaux, il est facile de Aoir la part individuelle de Bennett et de Virchow dans la découverte de cette altération du sang, aussi ne discutons-nous pas la question de priorité soulevée par ces auteurs; nous ne nous occuperons ici que de leurs doctrines. Quant aux faits conûrmatifs, publiés depuis parles recueils

(1) Virchow, Lu pathologie cellulaire basée sur l'étude physiologique cl pathologique des tissus, trad. de L'allemand, t édition par I. Straus. Paris, 1874, 9" leçon, p. 184 «'t suiv.

■: Bennett, Union médicale, 1851.

(3) Bennett, Comptes rendus des séances et mémoires </<' la Société <!<■ biologie, 1- série, t. m.

il, Lasegue, Archives de médecine, 1858.

scientifiques, ils sont déjà fort nombreux, nous les consulterons pour en extraire ce qu'ils renferment d'utile, mais leur énumération chronologique nous entraînerait trop loin. L'histoire a un autre but que celui d'enregistrer des dates; elle doit faire revivre l'esprit du passé dans les faits qui le contiennent. Or, personne n'ayant complètement infirmé les résultats de Virchow et de Bennett, ils restent tous les deux, quant à présent, les seuls auteurs à consulter en matière de leucocythémie. C'est dans leurs écrits qu'il faut chercher à découvrir la pensée dominante de leur œuvre et le but qu'ils se sont proposé en lui donnant le jour. Cette analyse a d'autant plus d'intérêt qu'elle nous montrera très-nettement le point de départ de la question et ses différentes phases jusqu'à l'état actuel.

Le professeur Bennett considère la leucocythémie comme une altération du sang sur la nature de laquelle il ne s'est pas prononcé. Se bornant à constater les faits, il indique la présence du grand nombre de ces globules blancs dans le sang, la manière de les distinguer et la tolérance dont l'organisme fait preuve à leur égard, puisque l'altération reste jusqu'à dix-huit mois stationnaire sans provoquer d'accidents bien caractérisés. Il fait connaître ensuite les affections concomitantes, soit dans la composition du sang , soit dans la texture des autres organes. La rate, le foie et les ganglions lymphatiques sont souvent altérés. Dans la rate, c'est ordinairement une hypertrophie donnant à l'organe un poids de 1 à 7 livres ; mais chez quelques malades, elle est à peu près saine, ou seulement un peu plus compacte que d'habitude. Il a observé trois faits de ce genre.

Dans le foie, il signale des altérations très-variées, depuis la simple congestion jusqu'à l'hypertrophie, la cirrhose, l'induration, le ramollissement et le cancer. J'y ajouterai, pour mon compte, Y état gras qui s'y observe dans quelques circonstances.

Dans les ganglions lymphatiques, le professeur Bennett dit avoir observé, soit au mésentère, soit dans les autres parties du corps, l'hypertrophie et la dégénérescence cancéreuse.

Il signale enfin l'hypertrophie des follicules isolés et agminés de l'intestin.

Les svmptômes de cet état morbide sont, pour lui, l'anémie, l'amaigrissement, l'œdème, Fascite, l'anasarque, quelquefois de la fièvre intermittente ou continue; de la dyspnée, des hémoptysies, des hématémèses ou des hémorrhagies de la peau, et une foule d'autres phénomènes accessoires qui se résument par le mot de cachexie.

Le professeur Virchow a publié plusieurs mémoires, mais dans le dernier, principalement destiné à faire connaître la solution du problème pathologique de la leucocythémie qu'il n'avait pas voulu résoudre dans ses publications précédentes, il nous donne le dernier mot de sa pensée.

« La leucocvthémie est une maladie dont l'étude est plus avancée que celle de beaucoup de maladies décrites par les médecins de Cos, et parmi les altérations du sang, c'est à peine s'il y en a une dont le développement, la marche et les symptômes soient mieux connus.

» Elle consiste non-seulement dans l'augmentation des globules blancs, mais encore dans la diminution des globules rouges. A la place des éléments du sang qui devraient être colorés , il s'en produit d'incolores qui donnent au sang une teinte plus ou moins blanche; c'est une coloration du sang, une leucopathie, un albinisme. »

Personne n'a vu comme Virchow le sang plus ou moins blanc de la leucocythémie, et lui-même, dans ses observations, ne saurait être autorisé à tenir ce langage, car il dit quelques lignes plus bas : « Le sang qu'on obtient artificiellement

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peu. Luit la ne n'est pas assez modifié pour qu'on puisse immédiatement el a l'œil juger son altération d'après la couleur. » V albinisme du sang n'existe donc pas dans le sang tel qu'on l'extrait des vaisseaux qui le renferment. Cependant, si l'on défibrine le sang et qu'on le laisse en repos, les globules rouges tombent au fond du vase et il se fait au-dessus une couche blanche qu'on dirait être formée par du pas et qui est constituée par des globules blancs. Si c'est là ce que Yirchow appelle albinisme du sang, il a raison à son point de vue, mais c'est une opinion difficile à soutenir.

D'après cet auteur. « la leucocythémie n'est pas la conséquence d'un autre état pathologique, c'est une maladie essentielle et sut generis ». On croirait peut-être qu'après une semblable assertion les cas de leucocythémie primitive, sans altération viscérale concomitante, sont fréquents. Eh bien! nullement. Yirchow n'en cite pas un seul, et il n'y en a pas un de publié dans la science.

Toutes les observations de Yirchow sont , au contraire , relatives à des leucocythémies survenues dans le cours de maladies de la rate , du foie et des ganglions lymph atiques, et, d'après lui, « il est constant que ces altérations viscérales préexistent à l'altération du sang •. Il ajoute même : « La connaissance de la leucémie lymphatique est dune extrême importance pour arriver a définir la nature de la maladie, parce qu'elle prouve que la dyscrasie est dépendante de la lésion d'organes déterminés. •>

Ces différentes citations suffiraient pour combattre l'entité pathologique de Yirchow par les opinions de Yirchow lui-même, si nous n'avions pas des observations personnelles qui nous démontrent que la leucocythémie n'est qu'un effet secondaire de maladies antérieures et n'est pas elle-même une maladie particulière, isolée.

D'après Yirchow. il faut admettre une leucocythémie splénique liée aux maladies de la rate, et une leucocythémie lymphatique dépendant de l'altération des ganglions lymphatiques. Elles ont toutes deux des symptômes semblables qui sont ceux des cachexies, mais elles se distinguent par Y état anatomique, la première étant caractérisée par la présence de globules blancs dans le sang, semblables aux globules blancs de la rate, et la seconde, au contraire, par la présence d'éléments analogues à ceux du parenchyme des ganglions lymphatiques.

De la sorte, une leucocythémie avec hypertrophie du foie, ou néphrite chronique albumineuse, peut être une leucocythémie splénique, absolument connu.' une leucocythémie provoquée par l'hypertrophie de la rate.

Les symptômes qui caractérisent cette altération doivent être dm^és. d'après Yirchow, en deux catégories, selon l'évolution du mal.

Ou bien la maladie est fébrile, la fièvre prend le caractère hectique et le malade meurt dans le marasme. Il \ a des alternatives de constipation et de diarrhée : la dyspnée esl extrême et portée a un tel degré, « quelle ne s'explique plus par des désordres musculaires ou pulmonaires, et qu'elle semble dépendre directement de la constitution intime du sang » .

Dans la seconde catégorie, les malades succombent aux progrès de l'anémie et a la diathèse hémorrhagique.

Le début (le l'altération est insidieui et peut facilement échapper à l'observateur. Une fois établie, elle ne disparaît plus. Il n'existe pas un seul exemple de guérisOO avérée. Après des intervalles où le mal semble arrêté, il ne larde pas à reprendre sa marche fatale.

Tous ces faits, sauf V albinisme du. sang, ont été \ériliés, dans ce qu'ils ont d'anatomique, par un assez grand nombre d'observateurs. Simultanément en

BOOCHUT. — XUUY.-NÉS. — 7' LUIT. 68

Allemagne, en Angleterre et en France, des laits analogues ont été publiés par Rokitansky, Vogel, Uhie, Griesinger, Schreiber, Vidal, Leudet, Charcot, Robin, Vigla, Goupil, "NVoillez, Bourdon, Blache, etc.; ils ont été le texte et l'occasion d'une discussion très-importante à la Société médicale des hôpitaux de Paris.

Partout on a été d'accord sur le fait anatomique qui est : la leucocytbémie coïncidant avec les altérations du foie, de la rate et des ganglions lymphatiques; mais on discute sur la solution du problème nosograpbique pour savoir si l'altération est cause ou effet, si c'est une maladie primitive ou une maladie secondaire , en un mot, si elle n'est pas toujours une complication des maladies dites organiques.

Je me propose de montrer que l'on s'est trop bâté de conclure, et que, d'une part, au point de vue anatomique, la leucocythémie existe avec d'autres altérations que celles qui ont été indiquées par Bennett et Virchow, et qu'elle existe sans elles; que, d'autre part, en clinique, la leucocytbémie n'est qu'un effet de maladies antérieures au même titre que l'hydrémie, la diminution des globules rouges ou la diminution de L'albumine du sang; enfin, qu'il y a une leucocytose locale dans les tissus affectés d'inflammation, à la base d'un abcès sous la peau atteinte d'érysipèle, etc.; une leucocythémie générale aiguë dans la diphtérite et les septicémies puruleutes et une leucocythémie générale chronique.

§ I. — Leucoctose locale.

On a depuis longtemps noté l'accumulation des globules blancs dans les parties qui sont le siège d'une stase inflammatoire. C'est la leucocytose locale. Virchow Ta signalée, mais en essayant d'en atténuer l'importance. Il s'exprime ainsi :

« Le sang en est si chargé, que Weber, plus tard Rokitansky et Griesinger ont » admis que ces globules en excès étaient de nouvelle formation, soit qu'ils pro- )> vinssent d'une altération des globules, soit qu'ils fussent créés de toutes pièces. » L'opinion la plus probable est celle d'Ennert, qui admet que les globules blancs » s'accumulent dans le fluide sanguin à l'état de stagnation, parce qu'ils sont plus » entravés que les rouges dans leur mouvement à mesure que la circulation devient « plus active. »

Cette explication n'est qu'une hypothèse tendant à détruire la portée du fait anatomique de la leucocytose locale, mais ne détruisant pas le fait lui-même. L'avenir montrera bien qui a raison de Virchow ou de Griesinger et Rokitansky ; mais dans le présent, il faut, pour rester dans la vérité, admettre en quelque sorte à titre provisoire une leucocytose locale provoquée par l'inflammation des tissus.

Cette leucocytose s'observe dans le tissu cellulaire sous-cutané des parties atteintes de phlegmon ou sous la peau affectée d'érysipèle, ainsi que l'a montré Conheim, dont les opinions ont été reproduites par Vulpian. Les leucocytes sont accumulés en très-grand nombre dans le tissu conjonctif et ils viennent, soit par transsudation des vaisseaux sanguins, soit par multiplication lorsque plusieurs d'entre eux se sont trouvés libres.

La leucocytose locale est également le propre d'une maladie singulière aussi rare que peu connue (1). C'est le mycosis fongoïde. Des tumeurs molles, pâles et indolentes se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané, et elles ont pour caractère anatomique une trame celluleuse mince comme celle du tissu adénoïde dont les espaces libres sont remplis de globules blancs, alors qu'il n'y en a pas dans le sang d'une façon exagérée et dans le réseau réticulaire qui forme la trame de ces tumeurs ; il y a ça et là, sur différents points d'entre-croisement, des noyaux fertiles que l'on croit être le point de départ de proliférations nouvelles.

(1) Gillot, thèse de 1869.

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§ II. — Leucocythémie aiguë.

La leucocythose aiguë est une de nies découvertes cliniques. Jusqu'en 1869, Bennett, Virchow et les médecins qui ont suivi n'ont parlé que d'une leucocythémie chronique, développée sous l'influence des maladies chroniques de la rate, du foie, des ganglions lymphatiques, de l'intestin, etc. Ils n'ont signalé l'influence des autres maladies que comme une cause occasionnelle très-rare, et ils n'ont point parlé de la leucocythémie aiguë. Il y avait là quelque chose à étudier, que j'ai su élucider. Car la leucoej téinie se montre dans le cours de plusieurs maladies aiguës septicémiques. Je l'ai observée sur des enfants arrivés au terme de la dip ht hérite et dans un état indiquant l'intoxication la plus prononcée du sang, et j'ai communiqué le fait à la Société de biologie en 1869 (1). Toute diarrhée augmente le nombre des globules blancs du sang pendant quelques jours jusqu'à sa guérison. J'ai vu plusieurs cas de leucocythémie dans les résorptions purulentes ou sur des femmes atteintes de fièvre puerpérale, mortes en quelques heures ou en quelques jours; et, bien que le fait n'ait pu être constaté que sur le cadavre, il n'en a pas moins une grande importance. Longtemps j'avais pensé que cette altération du sang dans la fièvre puerpérale était formée par du pus, opinion vivement critiquée; mais après la découverte de Virchow et Bennett, ces faits me paraissent devoir s'expliquer différemment, et ils me semblent devoir être considérés comme des cas de leucocythémie aiguë plutôt que comme des exemples de pyohémie.

Donc, chez des femmes mortes après quelques jours de fièvre puerpérale, avec dépôts purulents des membranes et des parenchymes, on a trouvé le sang de la veine cave rempli de globules blancs en quantité considérable.

Chose plus curieuse : chez une femme morte le troisième jour de l'accouchement sans aucune lésion appréciable de l'utérus et de ses annexes, sans lymphangite ni phlébite, sans suppuration d'aucune partie du corps, j'ai rencontré la même altération. C'est surtout dans la diphthéiite que je l'ai étudiée cliniquement. \ la simple inspection j'ai substitué la numération des globules blancs d'après les procédés de Cramer, Malassez et Hayeni. Mes recherches avec Dubrisay portent à présent sur plus de cinquante malades et comprennent plus de deux cents analyses globulaires. Elles ont été publiées en 1877 (2), et, d'après les numérations que j'ai faites sur vingt-six enfants, la moyenne des globules blancs par millimètre cube de sang est 2G 060, au lieu de la moyenne normale de 5000. Les chiffres extrêmes ont été de 5000 à 100 000. — La leucocytose se prononce dès que la maladie devient grave, avec les symptômes de résorption diphthérique et elle diminue ou disparaît lorsque l'enfant va mieux et guérit.

Quand la Leucocythémie aiguë sera étudiée par la numération exacte des leucocytes, elle aura énormément d'importance. Mais il ne m'appartient pas de devancer la marche du progrès. J'ai voulu rappeler ici quelques faits importants qui trouveront ultérieurement leur place lorsqu'ils auront pu être contrôlés par d'autres observateurs, soit dans la diphthériie, soit dans la fièvre puerpérale, l'érysipèle, la fièvre typhoïde grave et les différents typhus.

§ III. — Leucocythémie chronique, ("est la leucocythémie de Bennett, de \ irchow et de tous ceux qui se sont occupés du sujet. On est encore loin d'être d'accord sur sa nature, \iichow lui-même ne

(1) Bouchut, Comptes rendue de la Société de biologie, 1869, et GtaeUe m>-<lic<il<\ même année, ou Pathologie générale, 3* édit., article Nosohémie.

(•2) Voir Bouchut, Comptes rendus de l'Académie des sciences et la Cadette des Impitaii.i de Paris 1877, p. 531).

le sait guère plus que nous, et son indécision se révèle par les contradictions de son langage: « C'est, dit-il, une dyscrasie dépendante de la lésion d'organes déterminés. » Plus loin, il ajoute : « Il est constant que les altérations de la rate et des ganglions préexistent à la leucocythémie, quelle que soit celle des deux formes qu'elle revêt ; qu'elles peuvent exister des mois et des années avant que la dyscrasie se manifeste; et d'un autre côté, il n'est pas moins certain que la leucémie n'est pas toujours proportionnelle à l'intensité de la lésion organique dont elle dépend. »

Cependant, à la fin de son mémoire , on trouve cette phrase : « La leucémie n'est donc pas une simple conséquence d'un autre état pathologique, c'est une maladie essentielle et sui gêner is. » Il me paraît difficile de concilier ces propositions opposées et de ne pas y voir une incertitude de doctrine bien évidente, que justifie le petit nombre d'observations sur lesquelles repose la systématisation prématurée de nos connaissances sur la leucocythémie.

Je ne crois pas, pour mon compte, que la leucocythémie soit une entité pathologique et une maladie spéciale, sui gêner is; elle paraît être la conséquence d'un état morbide antérieur, c'est-à-dire une véritable complication, ou maladie secondaire, et je suis bien aise de voir que, pour Virchow, la question est loin d'être résolue.

Les lésions organiques qui favorisent le développement de cette leucémie chronique sont : les hypertrophies de la rate (Bennett, Virchow, Vogel, Schreiber, Charcot, Vigla, etc.); les hypertrophies des ganglions lymphatiques (Virchow, Schreiber) ; les hypertrophies des glandes de Peyer (Schreiber) ; les hypertrophies du foie, l'inflammation chronique de l'intestin, comme on peut le voir dans l'observation d'une petite fille de trois ans et demi, publiée par Virchow.

Le sang des leucocythémiques, analysé dans ses éléments constitutifs, offre des changements considérables : ainsi, d'après Bennett, Virchow, Vogel, sa densité est moindre qu'à l'état normal. Cela se comprend par la quantité d'eau surabondante du sang. Les chiffres de la fibrine, de l'albumine et des sels ne varient guère, dit Virchow, et cependant dans les six analyses publiées par Bennett, on trouve, pour ja fibrine, les chiffres énormes que voici :

Sur 1000

Sur 1000

Le nombre des globules rouges est très-diminué, comme dans l'anémie, et il y a parmi eux une quantité exagérée de globules blancs dans la proportion d'un tiers, d'un quart, d'un dixième, d'un vingtième, etc., au lieu delà proportion ordinaire de 1 sur 100 ou 200 environ:

La proportion d'eau a été représentée dans ces analyses par les chiffres suivants :

Dans une analyse plus récente de Becquerel, on a trouvé :

Pour les globules 70,5

Pour la fibrine 2,9

Et sur 1000 parties de sérum :

Albumine 40,5

Matières extractives 12,5

LEUCOCYTOSE ET LEUCOCYTHÉMIE. lUTT

symptômes. — Dans la leucocythémie chronique, le début est très-insidieux, et cette altération du sang n'est reconnue que trop tard, lorsqu'elle a atteint un assez haut degré. Bennett, Virchow, ont rapporté des observations d'individus

affectés depuis trois ou quatre ans de tumeurs de la rate et du l'oie sans leucocythémie, et qui, un peu plus tard, leur ont présenté cette altération pathologique. On ne peut savoir quand ni comment elle se forme. C'est la complication possible et non pas nécessaire d'une foule de lésions organiques variées de la rate, du foie, des intestins, des ganglions lymphatiques, etc. ; c'est, en un mot, la raison anatomique d'un certain nombre de cachexies.

La leucocythémie est caractérisée par une pâleur mate ou jaunâtre très-grande de la peau, avec ou sans amaigrissement du corps, par de l'œdème des membres ou de l'anasarque, par l'hydropisie des séreuses; dans quelques cas, par de la disposition au purpura, aux hémorrhagies de la peau, des muqueuses et du tissu cellulaire. Ainsi, Vigla a raconté à la Société de médecine des hôpitaux l'observation d'un homme qui eut, dans le cours de cette maladie, une tumeur sanguine du tissu cellulaire de l'aisselle, formée en quelques heures, et d'où l'on tira une fois 300 grammes, une deuxième fois 200 grammes, et une troisième fois 1 200 grammes de sang brunâtre leucocythémique. Ordinairement, ce sont des taches de purpura sur la peau, sur les muqueuses, ou des hémorrhagies de l'intestin. Chez ces malades, il a de la dyspnée, des palpitations avec ou sans bruit de souffle au cœur et dans les carotides ; la soif est augmentée, et il y a, soit de la constipation alternant avec de la diarrhée, ou de la diarrhée; les malades, enfin, ont souvent de la fièvre et des sueurs venant par paroxysmes avant de s'établir d'une manière continue.

Ce sont là, comme on le voit, les principaux symptômes de l'anémie, et, sans l'analyse optique du sang, il n'y aurait guère moyen de distinguer ces deux états l'un de l'autre. Je regrette même que les parrains de la leucocythémie n'aient pas fait eux-mêmes ce diagnostic différentiel et n'aient pas examiné comparativement le sang dans les différentes anémies essentielles ou symptomatiques connues, de manière à faire un tableau comparatif de l'état des globules dans la chlorose, dans lachloro-anémie, dans les maladies aiguës ou chroniques, dans la cachexie scrofuleuse, cancéreuse ou syphilitique, etc., de manière à ne pas laisser de doute dans l'esprit des cliniciens.

Quand il s'agit d'une révolution à opérer dans la science et d'un nouvel état morbide a classer, on ne saurait trop prendre de précautions pour éviter l'erreur et pour donner à tous les moyens de distinguer cet état morbide de ceux qui s'en rapprochent le plus. Quelles précautions a-t-on prises? quel est le diagnostic différentiel de la Leucocythémie et de l'anémie des maladies aiguës ou chroniques, cancéreuses, tuberculeuses et autres? Si Ton en juge par les traductions de Bennett et de Virchow publiées en France et par les observations des médecins français. ce diagnostic comparatif n'a pas été fait avec beaucoup de soin. Or, c'est la une considération importante, que tous les médecins apprécieront comme moi et qui enlève ;i la création de la nouvelle entité morbide appelée leucori/tltt-itue une partie de son importance.

Une fois établie et constatée, la leucocythémie est, d'après Virchow, unedyscrasie mortelle. On peut en appeler de cet arrêt trop absolu à de nouvelles recherches. En effet, la marche si lente des accidents morbides autorise a faire cette réserve. Il \ a des malades chez lesquels L'altération reste stationnaire pendant des mois, des années, et que l'on a perdus de vue sans constater de changement dans eur position. Bennett en a observé un à plusieurs reprises pendant dix-huit mois.

et, à la fin de cette longue observation, le nombre des globules incolores était semblable à ce qu'il était dans les premiers temps. Addinel Hewson dit même avoir >bservé un cas dans lequel la maladie a rétrogradé ; tous les symptômes morbides jnt disparu en deux mois et il n'est resté dans le sang qu'un petit nombre de globules incolores en excès.

Peut-être trouvera- t-on des faits plus caractérisés de guérison, lorsque cette allération aura été recherchée chez tous les anémiques et dans toutes les cachexies indistinctement, comme je viens de le faire. Le pronostic est un art difficile qui repose sur une longue expérience, et le nombre des faits de leucocythémie publiés n'est pas assez considérable pour permettre d'affirmer que c'est une altération organique constamment mortelle. Cette manière de procéder me rappelle les débuts du diabète, maladie qu'on regardait comme très-rare, toujours suivie de phthisie tuberculeuse et de mort. Elle est devenue plus fréquente, à mesure qu'on a mieux su la reconnaître, et l'on a vu que, pouvant rester très-longtemps stationnaire, elle n'amenait pas toujours la mort par pththisie et qu'elle pouvait guérir dans un assez grand nombre de cas. Il en sera de même delà leucocythémie. En la cherchant avec soin, on en trouvera de nouveaux exemples à leur début et qui n'auront pas encore atteint leur maximum d'intensité ni de gravité. Alors, avec des observations très-nombreuses, il sera permis de commencer le travail nosographique relatif à cette altération du sang.

Traitement. — Le traitement de la leucocythémie n'existe pas; à vrai dire, il ne repose sur aucune donnée expérimentale sérieuse ; c'est le traitement de l'anémie et des maladies dans le cours desquelles cette altération se développe. Le séjour à la campagne et sur les bords de la mer, les bains froids et les bains d'eau salée, le régime tonique, les viandes grillées, l'usage du vin, les préparations de fer et de manganèse sous toutes les formes, le quinquina, les boissons aromatiques où amères, les frictions de toute espèce, sont les meilleurs moyens à employer. La raison conseille leur usage et, dans le cas de guérison rapporté par Hewson, l'expérience a montré combien cette médication peut être avantageuse. C'est au fer, au quinquina et à l'usage des pilules mercurielles que cette guérison a été attribuée.

Comme on le voit, la leucocythémie demande à être étudiée avec plus de soin et surtout avec une méthode toute différente. Ce n'est pas avec une trentaine d'observations qu'on peut espérer déduire les lois générales d'une maladie quelconque et spécialement d'une maladie récemment découverte. Il faut rendre justice aux recherches de Bennett et de Virchow, qui constituent un progrès scientifique réel ; mais il ne faut pas s'abuser sur leurs conséquences immédiates. Non-seulement elles ont besoin d'être vérifiées et contrôlées, mais encore elles doivent être faites, comme je l'ai dit, sur une foule d'individus indistinctement et dans toutes les maladies aiguës ou chroniques qui altèrent pVofondénient la composition du sang. A cette condition seule, on saura à quoi s'en tenir sur la leucocythémie, et il sera permis d'entreprendre l'histoire de cette altération de façon à la classer comme elle mérite de l'être, soit dans les maladies proprement dites, ou seulement dans les complications des maladies, c'est-à-dire dans les maladies secondaires. Virchow et Bennett se sont un peu trop hâtés de conclure. Déjà illustrés par leur découverte, il j auraient bien fait de la consacrer définitivement par une expérimentation plus complète, plus précise et plus variée, sans laisser à d'autres le soin d'achever leur ce uvre.

En résumé :

La leucocythémie n'est pas une maladie primitive, c'est une maladie secondaire et une complication.

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On n'a jamais vu la leucocythémie primitive.

Il y a une leucocythémie locale produite par rarcumulation locale des globules blancs à la suite de l'inflammation des tissus.

Il y a une leucocythémie générale aiguë produite par férysipèle, la septicémie, parles fièvres purulentes et notamment par la fièvre puerpérale et la diphthérite.

Il y a une leucocythémie générale chronique causée par les hypertrophies de la rate et du foie, par L'entérite chronique, par la néphrite albumineuse, par la phtliisie, le cancer, et par un certain nombre de cachexies.

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