‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 46 sur 472 · ARRACHEMENT DU CORDON OMBILICAL · texte numérisé non relu

ARRACHEMENT DU CORDON OMBILICAL

mières douleurs de l'enfantement le 24 mai dernier, à six heures du matin. La sagefemme reconnut une position du sommet au détroit supérieur. Le col de l'utérus était mince, souple, la dilatation du diamètre d'une pièce de 1 franc; la poche des eaux bombait dans les douleurs; les contractions étaient rares, mais énergiques. A dix heures, la dilatation était presque complète, les membranes se rompirent et la tète descendit dans l'excavation. A partir de ce moment, quoique les douleurs fussent toujours très-fortes, la tète ne bougea plus. Après trois heures d'attente, la sage-femme, inquiète, me fît chercher. Je touchai la femme; je reconnus une quatrième position de la lète, fronto-cotyloïdienne gauche. La dilatation était complète; le bassin, bien conformé, était ample, les parties externes très-dilatables.

Je fis placer la femme au bord du lit, pour mieux suivre le travail et au besoin appliquer le forceps. Trois ou quatre contractions énergiques soutenues parles efforts de la femme n'ayant pas fait avancer la tète, je me décidai à terminer l'accouchement. L'application des fers fut des plus faciles, mais il fallut exercer de fortes tractions pour vaincre une résistance qui cessa tout à coup; la tète arriva alors sans efforts à la vulve. Je retirai les branches du forceps, et une forte contraction qui eut lieu un instant après fit franchir la tète ; la face, d'abord sous l'arcade pubienne, se tourna ensuite vers la cuisse gauche, et le reste du corps suivit immédiatement. L'enfant, du sexe féminin, bien constitué et volumineux, était très-pàle et ne donnait aucun signe de vie, quoique à mon arrivée j'eusse encore senti ses mouvements d'une manière très-prononcée. Je voulus lier le cordon, je fus très-étonné de le voir complètement arraché presque au niveau de l'ombilic; il était gros, solide; son extrémité présentait des débris de membranes. J'essayai tous les moyens possibles pour ranimer l'enfant ; il était mort exsangue; le cordon, que je n'avais pas lié, n'avait pas fourni une goutte de sang.

Je remis l'enfant à la sage-femme pour délivrer la mère, qui commençait à perdre beaucoup de sang. N'ayant trouvé aucune trace de cordon à l'extérieur, je portai la main dans la matrice, et j'en retirai avec quelques difficultés un placenta volumineux en partie dépouillé de ses membranes ; j'introduisis de nouveau la main dans la matrice pour la vider entièrement, et je ne la retirai que lorsqu'elle fut tout à fait contractée. J'examinai alors le placenta avec la plus grande attention : il était entier; mais au centre, où avait eu lieu l'insertion du cordon, existait un trou circulaire de 2 centimètres de diamètre sans aucune trace de membranes. J'approchai de cette ouverture l'extrémité du cordon de l'enfant, et je pus rétablir de la manière la plus évidente les rapports qui avaient existé entre ces parties. Ainsi le cordon avait à peine 10 millimètres de longueur.

Il est probable que ce manque presque total de cordon et la résistance du placenta qui adhérait fortement à la matrice ont empêché l'enfant d'avancer, et que cette résistance, vaincue par le forceps, a occasionné la mort de l'enfant par la déchirure complète du cordon, qui, détaché à une aussi courte distance de l'ombilic, a amené une hémorrhagie foudroyante.

Dans quelques cas, c'est la déchirure imprudente du cordon à son point d'insertion qui est la cause de l'hémorrhagie. Lorain en a observé un exemple à la Maternité, dans le service de Moi-eau. L'hémorrhagie qui eut lieu à la suite de cet accident fut arrêtée, comme il est dit dans le paragraphe précédent, par une suture autour de dvux épingles croisées à la hase du cordon; mais elle axait été si considérable, que l'enfant, devenu anémique, ne put être ranimé.

OBSERVATION II. — lue femme âgée de trente-cinq ans, enceinte pour la première fois, se présente le i mars à la maison d'accouchements. Elle habite Paris depuis deux mois; dénuée de toute ressource, elle a vécu dans une misère extrême. Elle esl

dans ce moment profondément débilitée, dans un état complet d'anémie. Le 5 mars, à six heures du matin, elle est prise de fortes douleurs; elle quitte son lit, et pendant qu'elle se tient encore debout, elle met au monde un enfant. Le nouveau-né tombe par (erre, suspendu au cordon, qui se rompt à la base de l'ombilic. Une hémorrhagie abondante se produit aussitôt. A six heures et demie, l'enfant est très-pàle, il vient

de sortir d'une longue syncope pendant laquelle l'hémorrhagie s'est arrêtée. Il est, du reste, bien conformé et parait âgé d'environ sept mois.

Le cordon ombilical, rompu obliquement, offre un lambeau de i à 8 millimètres du côté droit; à gauche, il n'y a plus trace de cordon, et l'on aperçoit au fond de l'ombilic l'artère ombilicale du côté gauche, dont l'orifice reste béant. Cette artère, située assez profondément, est très-difficile à saisir. Au moment de l'accident, on avait comprimé l'ombilic avec le doigt d'abord, puis à l'aide d'un tampon; mais cette compression avait été insuffisante. On passa deux épingles en croix, l'une dans la partie du cordon qui était restée adhérente à l'ombilic, l'autre dans la peau de l'ombilic lui-même, et l'on fit une ligature circulaire. L'hémorrhagie ne se reproduisit pas, mais l'enfant mourut à dix heures du matin, c'est-à-dire moins de quatre heures après sa naissance. La quantité de sang qu'il avait perdu était assez considérable et n'a pu être évaluée même approximativement.

A l'autopsie, pas de trace de lésions dans les organes, décoloration générale dans tous les tissus; la mort s'explique suffisamment par l'hémorrhagie.

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