‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 50 sur 472 · A R T É R I T E OMBILICALE · texte numérisé non relu

A R T É R I T E OMBILICALE

L'artérite ombilicale est un accident qu'on observe quelquefois après la chute du cordon ombilical. Les faits en sont rares : Notta(l), qui a donné la meilleure description de cet état organique, déjà étudié par Oehm et Hodgson, en a rapporté cinq exemples recueillis sur le cadavre; j'en ai vu un pour mon compte, dont l'existence a été reconnue pendant la vie de l'enfant ; un septième m'a été communiqué par le docteur Varize (d'Eure-et-Loir); le docteur Howitz, médecin de la Maternité de Copenhague, en a publié treize cas (2); Meynet en a signalé trois autres, et c'est d'après ce petit nombre de faits que je vais exposer l'histoire de cette maladie.

L'artérite ombilicale est le résultat du travail inflammatoire plus ou moins prononcé qui accompagne, favorise et détermine la chute du cordon. Seulement, ce travail inflammatoire d'élimination, ordinairement borné aux couches superficielles de la peau et à l'extrémité des vaisseaux artériels et veineux de l'ombilic, s'étend quelquefois plus loin, lorsque des tractions intempestives, volontaires ou accidentelles, et lorsque la malpropreté viennent à lui donner une plus grande activité.

Dans l'état physiologique, le cordon se dessèche graduellement, et à l'endroit de son insertion sur l'ombilic, on observe un peu de gonflement, un petit cercle rougeâtre d'élimination, une hypertrophie des tissus subjacents et des parois artérielles ou veineuses des vaisseaux de l'ombilic. Ce travail est presque toujours accompagné d'un suintement à peine purulent, et, dans quelques cas, d'une véritable suppuration. Les artères omWlicales, d'après Nottà, sont toujours affectées; leurs parois sont gonflées de manière à obstruer le calibre du vaisseau dans l'étendue de quelques millimètres, et ce n'est que dans l'état pathologique que l'altération s'étend à 2 et 3 centimètres de longueur.

Les lésions matérielles qui caractérisent l'artérite ombilicale sont : le gonflement des deux artères, au voisinage de l'ombilic, dans une étendue de plusieurs centimètres, atteignant quelquefois l'artère hypoga s trique, d'après Hodgson; la rougeur arborisée de leur tunique extérieure ; la teinte blanche ou rosée et l'infiltration des parois dans la partie gonflée par de la lymphe plastique et du pus; l'état lisse, rugueux ou piqueté de la tunique interne ; la destruction possible de cette membrane et de la membrane moyenne détruites par une suppuration abondante maintenue en foyer au moyen de la tunique celluleuse; enfin, l'obstruction des artères

(1) Notta, Mémoires sur V oblitération des artères ombilicales et sur Vartérile ombilicale {Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1855, t. XIX, p. 1 et suiw). On y trouvera six observations intéressantes à lire et qui se trouvent dans la 5e édition de cet ouvrage, p. 00 et suiv.

(2) Howitz, Journal fur Kinderkrankheiten, 1803, livraisons 5 et 0.

ARTÉRITE OMBILICALE. 61

ombilicales sur les Limites de la pbiegmasie et bien avant la réunion aux artères hypogastriques, par le gonflement des tuniques on par un petit caillot adhérent, exactement comme on voit dans la phlébite un caillot séparer les parties malades des parties saines. Dans un cas observé par Notta, le pus, réuni au confluent des deux altères ombilicales, avait détruit les parois contiguës et accolées de ces altères, avait formé un foyer à parois minces, ouvert à l'ombilic par un permis I rès-étroit, et n'était pins séparé de la cavité péritonéale que par cette membrane elle-même. Trois fois Meynet a rencontré du pus dans les artères ombilicales, sur un trajet de 1 à 2 centimètres, et le reste du vaisseau était rempli d'un coagulum fibrineux, épais, plus ou moins résistant.

Le péritoine, ordinairement injecté au niveau des artères ombilicales malades, ne l'est pas sur les autres points de sa surface ; il renferme de la sérosité, mais point de fausses membranes, et jusqu'ici ne paraît pas accompagner l'artérite ombilicale, comme il accompagne, au contraire, la phlébite de ce nom.

Cette artérite, chose singulière, existe assez souvent indépendante de la phlébite, mais ces deux lésions existent quelquefois simultanément.

L'artérite ombilicale est quelquefois compliquée d'érysipèle, comme on le verra dans l'observation ci-jointe. Elle ne produit pas l'infection purulente comme la phlébite, ou du moins, dans les autopsies qui ont été faites, on n'a jamais trouvé dans les viscères ou dans les muscles ces abcès métastatiques qui sont la preuve de l'altération du sang par le pus.

Ce qu'il y a de curieux à remarquer dans ces lésions matérielles de l'artérite ombilicale, c'est cette suppuration franche qui n'existe pas dans les autres artérites de l'enfant et de l'adulte; et Notta, qui a signalé le fait, l'attribue à une vascularité particulière et probable de la tunique moyenne de ces artères, vascularité qui serait spéciale au jeune âge, et dont il n'a cependant pas pu établir la présence à l'aide du microscope. 11 eût mieux valu, selon moi, indiquer simplement le phénomène, et le rapporter à la vitalité particulière de ces artères au moment de la naissance, ou à la spécificité de leur réaction morbide, que de chercher une explication anatomique basée sur un fait microscopique absolument faux. Tant pis pour les théories qui ne veulent de suppuration que là où il va des capillaires, elles sont insuffisantes et ont besoin d'être réformées; mais elles ne méritent pas d'être perpétuées, s'il faut de pareils arguments pour les soutenir.

L'artérite ombilicale est fort difficile à distinguer pendant la vie, et il y a de cas où elle doit échapper à l'attention des médecins, quelle que soit leur habitude des malades. Elle se développe pendant ou après le travail de séparai ion du cordon ombilical. A cet instant de la vie, la rougeur de l'ombilic, la suppuration de la cicatrice, sont les symptômes constants, niais non pas caractéristiques de cette maladie; car la suppuration de l'ombilic existe très-somenl sans artérite ombilicale. Toutefois, une suppuration prolongée, avec cette circonstance que la pression sousombilicale la lait apparaître plus abondante, jointe à un étal général grave, semble indiquer L'existence de la maladie. C'est du moins par ces phénomènes (pie j'en ai fait le diagnostic dans le seul exemple que j'ai observé, et les recherches ultérieures me fourniront sans doute l'occasion de vérifier ce que j'a\ance.

L'artérite ombilicale est quelquefois compliquée de phlébite ombilicale lorsqu'il y a pbiegmasie de toute la masse du cordon; ailleurs, ainsi (prou va le voir par une de mes observations, elle provoque et la péritonite et l'énsipèlo, mais jusqu'ici elle seule ne paraît pas avoir déterminé l'infection purulente.

Observation I. — Artérite ombilicale, érysipèle ambulant. Mort. — Un garçon de

neuf jours, petit, maigre, chétif, malade depuis trois jours, entre dans mon service,

f>-2 PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.

à l'hôpital Saint-Antoine, après la clmle du cordon ombilical, avec une plaie au niveau de la cicatrice, et les bords de la plaie ronges, légèrement tuméfiés. — La suppuration de la cicatrice ombilicale était augmentée par la pression au-dessus de l'ombilic comme s'il y avait un petit foyer inlra-abdominal. Depuis trois jours une rougeur douloureuse de la peau couvre le corps et successivement le dos et les membres inférieurs; au moment de l'entrée, cette rougeur, encore très-apparente et caractéristique de l'érysipèle, disparaissait par la pression du doigt et revenait aussitôt sur la même partie.

L'enfant était fort abattu, le pouls très-fréquent et à peine saisissable au doigt; sa langue sèche, et il vomissait toutes les boissons; il mourut au bout de vingt-quatre heures.

La nécropsie montra les deux artères ombilicales dilatées dans une étendue de 2 centimètres et demi, remplies de pus, et fermées du côté de lnypogastrique par un petit caillot très-grêle adhérent de toutes parts. Les parois sont très-amincies dans la partie malade; on n'y reconnaît plus la tunique interne et moyenne. La tunique celluleuse seule est conservée et remplie de vaisseaux capillaires injectés.

La veine ombilicale est saine : le péritoine ne renferme pas de pus, et les viscères paraissent dans leur état normal.

Dans cette observation d'érysipèle, ayant la chute du cordon et l'artérite ombilicale pour point de départ, le fait important, c'est la suppuration de la cicatrice ombilicale augmentée par la pression hypogastrique. Cette circonstance fit supposer, avec toute réserve, une artérite ombilicale, hypothèse qui fut vérifiée par l'autopsie du malade. Ce signe se retrouvera-t-il dans d'autres cas analogues? On ne saurait l'affirmer, et à cet éffard il faut attendre de nouvelles observations.

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