HYDRORACHIS, OU SP1NA-B1FIDA
cl que la guérison de la tumeur datait dans un cas de sept semaines, et dans un autre de sept mois, lorsque les convulsions survinrent. Dans le troisième, les conuilsious survinrent après la quatrième semaine de traitement.
Brainard dit que les deux cas qui ne lui appartiennent pas ont été traités avec succès sous sa direction, mais il n'entre dans aucun détail à leur égard.
L'auteur conclut de ces faits, que les injections iodées faites avec les précautions nécessaires sont non-seulement innocentes,, mais très-efficaces dans le traitement du spina-bifida, lorsqu'il n'est pas compliqué de vice de conformation grave du rachis ou d'hydrocéphale. Les faits observés en Europe, et en particulier ceux qui appartiennent à Velpeau et à Chassaignac (1), viennent confirmer ces conclusions.
Brainard emploie au début une solution de 1 milligramme et demi d'iode et de 4 milligrammes et demi d'iodure de potassium dans de l'eau distillée, et n'augmente la force de la solution dans les injections subséquentes que quand il n'y a plus de réaction inflammatoire après l'opération.
La ponction doit être faite dans la peau saine, et le liquide injecté doit être maintenu dans la cavité par une compression légère. S'il survient des convulsions, on laisse écouler le liquide, et on le remplace par de l'eau distillée à la température du corps. Des applications d'eau fraîche sur la tumeur et sur la tète doivent être faites pour combattre la possibilité d'une inflammation. Quand il n'y a plus ni rougeur, ni tension, il faut appliquer sur la tumeur du collodion, qu'on renouvelle tant que la tumeur diminue. On recommence l'injection lorsqu'elle cesse de diminuer, et après la guérison on doit continuer l'usage du collodion pendant plusieurs mois.
Les règles posées par l'auteur nous paraissent très-judicieuses ; on remarquera qu'il exclut l'alcool de la liqueur de l'injection et qu'il ne fait pas ressortir le liquide, à moins d'accidents. L'extrême susceptibilité inflammatoire de l'organe affecté nous paraît justifier l'exclusion de l'alcool , et les succès obtenus par Brainard avec ce liquide prouvent qu'on avait à tort attribué à l'alcool dans les guérisons obtenues par la teinture d'iode un rôle qui n'appartient qu'à l'iode luimême. En effet, des essais ont été faits il y a bien des années pour démontrer que la cure de l'bydrocèle s'obtenait tout aussi bien en injectant de l'alcool seul qu'en employant la teinture d'iode, et cette pratique est aujourd'hui adoptée dans plusieurs hôpitaux de Paris. L'expérience n'a pas encore prononcé d'une manière définitive sur l'avantage qu'il y a à laisser le liquide injecté dans une cavité séreuse ou à le faire écouler au bout de quelques minutes; notre pratique particulière nous rangerait parmi ceux qui croient plus prudent de ne pas laisser le liquide dans la cavité; mais dans le cas de spina-bifida, la conduite tenue par Brainard nous parait justifiée par le danger qu'il y aurait à laisser vide la poche qui est le plus souvenl m communication avec l'encéphale.
Nous devons cependant ajouter que Velpeau et Chassaignac ont vidé complètement la poche dans les cas qu'ils ont traités, cl qu'ils ont injecté la teinture d'iode étendue d'eau non-seulement sans accidents, mais avec succès. Il n'en est pas moins vrai qu'on ne saurait agir avec trop de prudence dans des cas semblables, et il vaut mieux suivre les règles instituées par Brainard.
Voici maintenant L'observation que Chassaignac a l'ait connaître, et dans laquelle la ponction et l'injection de teinture d'iode ont été suivies d'un plein succès.
Observation VII. — Hydrorachis, chez un enfant de cinq mois, offrant à la partie inférieure de ta colonne vertébrale, au niveau du sacrum, les traces de Vhydrorachis
ih Vclpoau et Chassaignac, Bulletin de thérapeutique, t. LIV, p 248.
actuellement (/ ué rie par l'injection iodée (I). — Le 14 janvier, on amena à l'hôpital Saint-Antoine un jeune enfant, alors âgé de deux mois. Il avait été présenté à l'hôpital des Cliniques, à Paul Dubois, qui reconnut la nature de l'affection, mais qui se vit dans la nécessité de ne pas l'admettre dans ses salles, à cause du petit nombre des nourrices affectées au service des enfants nés dans cet hôpital.
L'enfant, cliétif, d'une débilité extrême, offrait, au niveau de la région sacrée, une tumeur grosse comme un œuf de poule, allongée clans le sens vertical, très-mobile, légèrement pédiculée, ayant l'aspect d'un kyste; elle était fluctuante, transparente; la peau, très-amincie, avait néanmoins l'aspect de la peau ordinaire. Pendant les efforts que faisait l'enfant pour crier, la tumeur devenait excessivement tendue, à un tel point même, que l'on pouvait craindre une rupture vers le point de la peau le plus aminci. Quand l'effort cessait, la tumeur paraissait moins tendue, la pression exercée sur elle déterminait des mouvements convulsifs des membres inférieurs.
M. Chassaignac, en raison de la gravité du mal, qui menaçait la vie de cet enfant, et rendait la mort imminente, se décida à tenter la cure radicale cà l'aide d'une injection iodée.
Il fit d'abord une ponction avec le trocart ordinaire. 11 sortit environ deux cuillerées d'un liquide limpide citrin. Quand la poche fut ainsi vidée, il reconnut le point probable de communication de cette poche avec la cavité rachidienne; et appliquant sur ce lieu le pouce, il Ht une injection composée d'eau et de teinture d'iode à parties égales. Il laissa pendant une minute ce liquide en contact avec la surface interne du foyer, puis le fit sortir aussi complètement que possible, et appliqua un pansement compressif à l'aide de bandelettes de diachylon.
L'opération fut très-bien supportée: il n'y eut aucun mouvement convulsif immédiatement. L'enfant fut ensuite emmené en dehors de l'hôpital, et l'on suivit peu la marche de la maladie. On dit qu'il y eut à plusieurs reprises des convulsions. Les symptômes revêtirent une forme tellement grave, que l'état du malade paraissait désespéré. Dès le lendemain, la tumeur avait repris son volume primitif.
Pendant quinze jours, elle resta ainsi volumineuse, puis elle changea d'aspect; elle diminua insensiblement. On constata alors que sur divers points des parois, on pouvait faire sortir comme des plaques indurées.
Enfin, la tumeur disparut, mais lentement; au bout de trois semaines elle était toute flétrie, il ne restait qu'une petite saillie indolore, formée de peau plissée comme une vieille pomme conservée. On sentait en son centre le lieu où existait la division du sacrum. La santé générale de l'enfant s'améliora considérablement, car il prit beaucoup d'embonpoint. Les mouvements des membres étaient faciles; tout, en un mot, autorisa à considérer la guérison comme parfaite.
M. Viard (2) a représenté (fig. 10 et 11) l'état des cicatrices d'un spina-bifida traité par l'injection d'une solution iodée.
Avant d'entreprendre le traitement si difficile de ce genre de tumeur., il est bon de connaître toutes les circonstances qui peuvent en assurer le succès, et on peut opérer :
1° Si l'enfant paraît, du reste, bien constitué, et que la tumeur soit unique ; 2° si la tumeur est pédiculée ; 3° si la peau qui revêt la tumeur est complètement formée et qu'elle ne soit pas ulcérée, et si à travers la peau on reconnaît une transparence uniforme de la tumeur ; 4° si la pression exercée sur tous les points de la tumeur ne détermine que peu ou point de douleur; 5° si les mouvements imprimés à la tumeur sont indolores ; 6° quand la fluctuation se perçoit inégalement et qu'elle arrive d'une manière plus médiate au doigt de l'observateur, si Ton cherche à la reconnaître au sommet de la tumeur ; 7° Si la tumeur est simple et ne renferme pas dans son intérieur une expansion de la moelle ou des nerfs. En résumé, toutes les opérations de l'hydrorachis offrent de grands dangers et de grandes difficultés.
(1) Vianl, Bulletin de thérapeutique, 1860, t. LIV, p. 444.
(2) Chassaignac, Gazette des hôpitaux, 1851.