ATAXIE LOCOMOTRICE CHEZ LES ENFANTS
de la moelle épinière, maladie qui est chronique puisqu'elle date de deux ans, et qui occupe les cordons sensitifs en laissant intacts les cordons moteurs. En effet, il n'y a pas de paralysie motrice, et il n'existe que des troubles de sensibilité.
Cette maladie de la moelle a produit, au début, de l'embarras de la parole, de la diplopie passagère, et un affaiblissement visuel assez notable, ce qui s'explique par l'action du nerf grand sympathique dont les racines se perdent dans la moelle au commencement de la région dorsale. Toutes les maladies de la moelle épinière, ainsi que je l'ai fait connaître dans mes recherches de Cérébroscopie, ont pour premier effet l'hyperhémie de la papille, puis l'altération de nutrition du nerf et, avec le temps, dans beaucoup de cas l'atrophie et l'amaurose.
Maintenant, quelle est cette maladie de la moelle épinière? Quel est son siège?
C'est une myélite chronique — non pas un ramollissement qui, détruisant tous les éléments nerveux, entraîne la paralysie motrice et sensitive, — mais bien une induration partielle, disséminée, qui, par sa nature, laisse intacte une partie des tubes nerveux. Cette induration s'appelle aujourd'hui sclérose. Jadis on qualifiait la lésion par un mot d'étymologie latine; aujourd'hui, pour changer un peu, on la qualifie par un mot d'origine grecque. — Si cela peut satisfaire les pathologistes, et si ce changement de langage les rend heureux, je leur en fais mes compliments.il s'agit donc ici d'une induration ou sclérose de la moelle.
D'après l'examen de la malade qui n'est point paralysée, cette induration n'occupe pas les cordons antérieurs et, en raison des troubles sensitifs constatés chez elle, elle ne doit affecter que les cordons postérieurs. Est-ce une induration sclérotique rubanée ou en plaques disséminées ? En raison même du peu de gravité des symptômes, on peut croire que la sclérose n'est pas très-étendue et n'est encore qu'à cette période où des parties assez considérables de tissu médullaire spinal sain séparent les parties malades. C'est évidemment une sclérose disséminée occupant les cordons postérieurs de la moelle et remontant assez haut, si l'on en juge par les troubles de la parole et de la vision.
La cause du mal est inconnue. Aucune diathèse, aucune intoxication n'en expliquent l'origine. En raison du souffle cardiaque aortique, on peut songer à \u\r influence rhumatismale latente, mais c'est tout. En effet, l'enfant n'a jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, — et si elle a du rhumatisme spinal, c'est comme maladie primitive.
Sans m'arrèler davantage à la nature de cette sclérose des cordons postérieurs de la moelle, question insoluble, dans l'état actuel de la science, je \ais faire connaître les lésions qui existent chez l'enfant dont je parle. Ces lésions, dont on peut se faire une idée d'après les faits antérieurs, — elles sont toutes les mêmes, sauf leur étendue, — on les découvre à l'œil nu et au microscope.
V L'œil nu, la moelle épinière étant dépouillée delà pie-mère, on voit, sur la substance médullaire blanche, des taches jaunâtres, résistantes, plus ou moins Larges et rapprochées. Mouillées avec une solution d'acide chromique ou une solution de carmin, et ensuite bien Lavées à l'eau pure, CCS taches se colorent en blanc dans le premier cas et en rose dans le second. Ces lésions sVIèwnt à différentes hauteurs jusqu'au bulbe, aux pédoncules cérébraux, et même jusque sur les parois des ventricules. Les racines neneuses, et, dans le crâne, les nerfs optiques ou la troisième paire, sont quelquefois jaunâtres et connue gélatineux.
Au microscope, on voit que les éléments ner\cu\, cellules et tubes ont en partie disparu. Les tubes sont \ ides de Leur myéline, quelquefois granuleux et réduits à leur cylindre (Taxe. Ils sont étouffés par une surabondance (le néuoglie, et (le fibres de tissu conjonctif, rarement par des corpuscules amyloïdes, enfin par des
granulations graisseuses selon l'âge de la maladie. Quand on examine la lésion suides coupes transversales colorées au carmin, on voit très-distinctement son étendue, sa profondeur et le degré auquel elle est arrivée.
En somme, et pour bien comprendre ce que c'est que la sclérose spinale, il faut admettre que, dans les points affectés, il y a destruction des éléments nerveux delà moelle, par suite de leur compression sous l'influence du tissu conjonctif nouvellement formé. S'il y a prolifération abondante de tissu conjonctif et disparition d'un grand nombre de tubes nerveux, l'ataxie est très-caractérisée ; au contraire, si la sclérose est discrète, fort disséminée, il n'existe que des troubles sensitifs et peu d'incoordination des mouvements.
Chez cette enfaitf, la sclérose paraît devoir être d'une évolution très-lente, à en juger par le peu de progrès qu'elle a fait depuis deux ans, époque de son invasion. Elle durera de longues années, car les faits de ce genre peuvent se prolonger quinze ou vingt ans, avec une aggravation progressive qui conduit à la mort. — Peut-elle guérir? Oui, et l'on connaît quelques rares exemples de guérison, mais ces guérisons-là sont difficiles à obtenir.
Pour y arriver, on peut avoir recours aux douches de vapeur, aux. bains sulfureux naturels ou artificiels, aux révulsifs de la moelle tels que cautères, mouches de feu et vésicatoires sur le rachis, frictions aromatiques excitantes, à l'électrisation, aux préparations d'arsenic, d'iode, de fer et de nitrate d'argent.
Je n'attache pas une grande importance à l'emploi de l'électricité qui excite au lieu d'apaiser la douleur et qui ne convient que dans les paralysies spinales motrices. Je préfère les bains sulfureux, comme moyen local, et, à l'intérieur, le nitrate d'argent qui échoue bien des fois, mais qui peut aussi améliorer ou guérir. Je donnerai ici le nitrate d'argent cristallisé, en pilules, d'après la formule suivante :
Nitrate d'argent 50 centigrammes.
Mica panis q. s.
pour cinquante pilules.
L'enfant prendra d'abord une pilule à jeun, puis deux et trois pilules au bout de huit jours, — jusqu'au moment où l'on verra paraître un liséré noir sur le bord des gencives. Alors cette médication doit être interrompue, car si l'on y persiste, on produirait une coloration noirâtre ardoisée de la peau, due à la réduction du nitrate d'argent qui, avec le sang, vient sous la peau subir faction de la lumière solaire et former de l'oxyde d'argent noir. A moins d'une amélioration telle qu'on puisse espérer la guérison, c'est une chose à éviter.