PARALYSIES MYOGÉNIQUES OU PARALYSIE SPINALE
dantes de toute lésion primitive du système nerveux, et que je sépare des paralysies essentielles décrites dans le chapitre suivant. C'est à tort qu'on en l'ait des paralysies spinales, la lésion de la moelle étant inconstante et secondaire.
Ce sont des paralysies causées par une altération primitive du tissu élémentaire de la substance des muscles, et leur siège circonscrit sur un ou plusieurs muscles des membres, produisant des difformités consécutives, indique suffisamment la nature locale de l'affection. Ces paralysies existent également chez le cheval, et dans les haras on voit fréquemment des poulains pris de paralysie subite des membres par brusque altération granulo-graisseuse de la fibre musculaire; elle frappe surtout les chevaux de gros trait, bien que ceux de trait léger n'en soient point exempts. Son apparition est brusque, soudaine, à la suite d'efforts de traction ou pendant une courte promenade, quelquefois même à l'écurie. Les chevaux fléchissent sur leurs membres postérieurs, malgré les efforts de contraction des muscles croupiens, il semble que les psoas ne peuvent donner à la colonne vertébrale la rigidité nécessaire pour servir de point fixe et commander la station ou les mouvements de progression.
A l'autopsie, on trouve ces muscles pilles, décolorés, marbrés par places de teintes qui varient du rouge foncé au rose pâle, et leur donnent L'apparence du jambon; ils sont faciles à déchirer et semblent avoir été bouillis. En les examinant au microscope, on voit des fibrilles musculaires intactes, des fibrilles malades qui présentent un aspect sombre, grenu, au lieu de cet aspect strié en travers qui caractérise le tissu musculaire; en faisant passer un courant d'acide acétique, le muscle pâlit, et les fibres saines s'effacent complètement, tandis qu'on voit apparaître au milieu des fibres malades de petites gouttelettes de graisse si nombreuses que le muscle paraît transformé. La substance des reins parait également présenter quelques points granuleux dont la nature ne peut être facilement déterminée, mais qui ont une apparence graisseuse. Même observation pour le foie, qu'il faut examiner avec la plus grande précaution. Des filets nerveux extrêmement ténus provenant des portions les plus malades des muscles ont toujours présenté l'aspect le plus sain. La moelle ne m'a jamais paru présenter d'altérations caractéristiques. Si on étudie plus attentivement ces diverses lésions, on voit que, dans ce qu'elles ont de plus général, elles se lient à l'état typhoïde; ainsi le sang se présente noir, poisseux, irisé, les globules agglomérés et comme collés les uns aux autres. Les tissus qui sont baignés par ce sang participent de diverses manières a la maladie; les psoas en particulier sont transformés et présentent un aspect graisseux manifeste, ainsi que le témoignent les études de plusieurs micrographes ( 1 ); l'altération graisseuse comme peu avancée dans les muscles fessiers, psoas, profondément altérés, présentant une dégénérescence graisseuse bien plus avancée ; cependant ça et là quelques libres saines.
Gomme il peut paraître surprenant de \oir une transformation graisseuse m complète s'opérer dans un temps si court, il faut savoir que cette transformation a été maintes fois constatée dans l'empoisonnement par le phosphore; Frit/., Verliac et Ranvier ont très-nettement indiqué ce résultat (2). Ces mêmes auteurs rapportent une observation qui me paraît avoir une très-grande valeur au point (le vue de la nature de l'affection qui nous occupe. Cette observation de Wunderlich a été publiée sous ce titre : De lu forme toxique de V ictère pernicieux, ou de la stéatose générale, spontanée, rapidement mortelle. Wunderlich s'at-
1 Étude histologiaue des muscles gras (Compta rendu» de la Société de biologie pour 1857, pages 9-2 et 93 , '> Fritz, Verliac et Ranvier, Archives générale» de médecine, juillet 1863.
tachait à démontrer dans cet article « que la stéatose aiguë peut se produire spe»tanément en dehors de tout empoisonnement, et que la plupart des symptômes auxquels elle donne lieu sont communs, à la fois, avec l'ictère grave et avec l'intoxication phosphorée. »
De tout ceci on peut conclure non-seulement qu'il n'est pas plus surprenant de voir, sous l'action de causes encore inconnues, la stéatose se produire spontanément par une modification de nutrition, que de la voir apparaître en quelques heures, sur des êtres surpris brusquement par le poison au milieu de la santé la plus parfaite.
Les différents auteurs qui ont écrit sur les maladies de l'enfance n'ont pas déterminé de la même manière la nature de cette forme de paralysie. Pour quelques-uns, c'est la paralysie essentielle de V enfance. Ils l'indiquent comme pouvant être la suite de convulsions ou de contractures. Underwood en parle accidentellement, comme d'un effet sympathique de la dentition ou des saburres gastriques, et ce qu'il dit de la paralysie et de la débilité des membre inférieurs s'applique surtout à des paralysies symptomatiques du cerveau, de la moelle et de la colonne vertébrale. Il en est de même de Shaw (4). Ultérieurement des observations et des mémoires remplis d'intérêt ont été publiés par les docteurs Badham, Kennedy, West en Angleterre ; Heine en Allemagne; Richard (de Nancy),.!. Guérin, Rilliet et Barthez, Laborde(2), Corail, Joffroy, Damaschino en France. Beaucoup de ces observations laissent à désirer, et plus d'une se rapporte évidemment à des paralysies symptomatiques de lésions du cerveau, de la moelle et des vertèbres. Toutefois, si l'on tient compte de la difficulté extrême du diagnostic dans beaucoup de circonstances, on verra qu'il n'a pas toujours été possible d'éviter l'erreur, et l'on devra se montrer reconnaissant vis-à-vis de ceux dont les travaux ont fourni à la science une vérité de plus.
Cette forme de paralysie a été aussi décrite sous le nom de paralysie graisseuse de l'enfance, par Ducbenne qui, sans tenir compte de ce qui a été fait avant lui, s'est attribué les honneurs de la découverte. Si ce médecin avait pris connaissance des travaux de J. Guérin, et de ce que j'ai dit dans les premières éditions de cet ouvrage, en 1852, il aurait vu que, dans la paralysie de l'enfance, la transformation graisseuse des muscles et son traitement par l'électricité n'était pas chose nouvelle, et que tout cela était depuis longtemps connu avant lui.
Parmi les travaux récents, ceux de Laborde, Corail, Joffroy, Damaschino, marqueront une nouvelle époque dans l'histoire de la paralysie dans l'enfance, car, ainsi que je l'ai fait, ces auteurs séparent cette maladie des paralysies essentielles. Seulement ils l'attribuent à une lésion primitive de la moelle, de façon à en faire une paralysie spinale, tandis que moi je la considère comme une affection primitive du système musculaire pouvant amener par le repos forcé des membres une lésion spinale secondaire.
Causes. — La paralysie myogénique commune au cheval et à l'homme est assez fréquente chez les enfants. Elle est plus commune dans le jeune âge et chez le nouveau-né que dans la seconde enfance. D'après ce que j'ai vu, les deux tiers des enfants affectés n'ont guère plus de deux ans. La paralysie myogénique est donc une maladie de la première enfance. Elle peut, dit-on, être congénitale, mais cela n'est pas bien démontré, car on ne s'aperçoit que très-tard de son existence. Chez
(1) Shaw, On the Nature and Treatment of the Distorsions to which the Spine and the Boncs of tlie Chest are subject. London, 18-23, witli Supplément and Atlas.
(2) Laborde, De la paralysie essentielle de Venfance, thèse inaugurale. Paris, 1861. ■