CHAPITRE XX
Des paralysies se montrent quelquefois chez les enfants sans qu'on puisse en découvrir la cause. Elles ne dépendent pas d'une maladie primitive des muscles (paralysies myogéniques ou atrophie musculaire graisseuse de l'enfance), et elles ne se rattachent à aucune maladie connue des nerfs, de la moelle ou du cerveau (paralysies symptomatiques) : ce sont les paralysies essentielles.
Elles sont partielles ou générales; elles occupent un ou plusieurs membres dont elles anéantissent le mouvement, ou les organes des sens dont elles suppriment les fonctions. Il y a des amauroses et de la surdité essentielles, comme il y a des paraplégies ou des paralysies générales essentielles.
Causes. — Les paralysies essentielles de l'enfance ont surtout pour cause la convalescence des maladies aiguës, telles que fièvres éruptives, rougeole, variole et scarlatine et continues, ou la convalescence des maladies inflammatoires. C'est un fait signalé en 1708 par Tissot(l) ; par moi, en 1855, lorsque je dis (2) : « On l'a vue également (la paralysie essentielle) apparaître à la suite de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde et dans les convalescences de maladies aiguës graves »; plus tard, en 1857, dans un mémoire Sur le nervosisme aigu et chronique, communiqué à l'Académie de médecine (3); enfin, en 1859, par Gubler(4), . qui a omis de signaler mes observations publiées avant les siennes.
Toutes les maladies aiguës, fièvre typhoïde, pneumonie, érysipèle, bronchite, angine simple, dyssenterie, rougeole, choléra, scarlatine, variole, diphthérite (5), etc., peuvent être suivies de paralysie dans les membres ou dans les organes des sens.
Quelques médecins ont vu la autant d'espèces de paralysie différentes, et, sans comprendre la loi générale qui les réunit, ont décrit à part une paralysie typhoïde, pneuinonique, érysipélateuse, bronchique, anguleuse, dyssentérique, variolique, diphthéritique, etc. On a même prétendu comparer ces paralysies, causées par des maladies aiguës inflammatoires ou miasmatiques et virulentes guéries, aux paralysies saturnines, arsenicales, syphilitiques et autres, qui sont causées par un poison actuellement existant dans l'organisme.
Cette manière de voir ne saurait être acceptée. Quand une variole guérie est suivie de paralysie dans la convalescence, il n'y a plus de virus variolique dans l'économie, et ce n'est pas comme maladie virulente que cette fièvre engendre la paralysie. Il en est de même de l'angine, de la dyssenterie, de l'énsipèle, de la diphthérite, etc. Personne ne voudrait sérieusement soutenir qu'après la guérison d'une angine, d'une dyssenterie ou d'une diphthérite sui\ie de paralysie, il > a encore un miasme angineux, dyssentérique ou diphthéritique contenu dans l'organisme. L'assimilation des paralysies essentielles de la convalescence des maladies aiguës avec les paralysies saturnines arsenicales ou provoquées par un agent toxique est donc impossible.
(1) Tissot, Traité des nerfs et tic leurs maladies. Paris, 1778.
(2j Bouchut, Traité des maladies des nouveau-nés. 3* édition. Paris, [855
(3) Bouchut, Bulletin de, V Académie <le médecine, Paris, 1857, (. Wlll, |». 980, et lut nervosisme, ou de Vétat nerveux aigu et chronique, fans, 1860, p. 197.
I i> Gubler, Des paralysies dans leurs rapports avec les maladies aiguës, et spécialement des paralysies asthéniques di/juscs des convalescents [Archives de médecine, 1860-1861 .
(5) Voyez Diphthérite.
Si les paralysies de la convalescence des maladies aiguës ne sont pas la conséquence d'un poison laissé par elles dans l'organisme, quelle est donc leur origine?
C'est tantôt une anémie de convalescence, et tantôt une lésion périphérique des nerfs, c'est-à-dire une névrite ascendante aiguë qui gagne les centres nerveux, d'où elle se réfléchit sur différents points du corps, qui se trouvent atteints de paralysie ou de convulsions. Dans ce cas, ce ne seraient plus des paralysies essentielles, mais bien des paralysies symptomatiques.
Habituellement, c'est un résultat de l'anémie de convalescence, car dans les névroses et les paralysies qui résultent d'une scarlatine ou d'une rougeole, il est impossible de trouver la trace d'une lésion nerveuse locale, pouvant se transmettre au centre cérébro-spinal et produire des troubles descendants symptomatiques d'une lésion centrale.
Je l'ai démontré ailleurs (1), la convalescence, par l'état de faiblesse qu'elle cause, par l'altération si rapide des globules qu'elle produit dans le sang, est la source de toutes les espèces de névroses. Les paralysies, les convulsions, les spasmes, les névralgies et les vésanies peuvent en être la conséquence.
1° J'ai vu les paralysies de la langue, des membres inférieurs et la paralysie générale, l'amaurose, succéder à la fièvre typhoïde. Ces exemples ont été publiés par moi, dans la thèse de Emile Bernard (2) et dans mon livre sur Y état nerveux. J'en ai vu à la suite de la rougeole et de la bronchite (3). — MM. Macario (4), Landry (5), en ont cité plusieurs cas à la suite de la pneumonie; Zimmermann (6), Tissot(7), Moutard-Martin (8), P. Durozier, à la suite de la dyssenterie; — M. Gubler (9), après Yérysipèle; — le docteur Planchon (10), Marquez (11), après les angines; — ïissot (12), J. Franck (13), Pomme, de Larroque, Rilliet et Barthez (14), Gubler (15), Emile Bernard (16), après la fièvre typhoïde; — Landry, Briquet et Mignot, après le choléra; — Graves, après la scarlatine; — Gubler, après la variole ; — et depuis, Ghisi, Chomel, Samuel-Bart, Pinel, Orillard, tout le monde, en a observé dans la diphtltérite. C'est là qu'elles se montrent avec le plus de fréquence (17).
2° Les convulsions, telles que la chorée, s'observent dans la convalescence de la rougeole, de la scarlatine, du rhumatisme, de la pneumonie, etc. Dira-t-on que la chorée est morbilleuse, scarlatineuse, rhumatismale, pneumonique, etc.? Cela serait absurde. La contracture s'observe dans la convalescence du choléra bien guéri, après la fièvre typhoïde, chez les nourrices, etc., etc. Sont-ce là des contractures cholériques, typhoïdes, laiteuses, etc.? >~on. Vhystérie, maladie convulsive, apparaît souvent après la guérison d'une fièvre ou des phlegmasies, etc.
(1) Bouchut, Du nervosisme et des maladies nerveuses. 2e édition. Paris, 1877.
(2) E. Bernard, Des paralysies essentielles, thèse inaugurale. Paris, 1859.
(3) Bouchut, Gazette des hôpitaux, 1856, 20 mars. ^
(i) Macario, Bulletin thérapeutique, t. XXXIX, p. 543, et Gazette des hôpitaux, 1859.
(5) Landry, Gazette hebdomadaire, 1858.
(6) Zimmermann, Traité delà dyssenterie. Lausanne, 1787.
(7) Tissot, De la dyssenterie, chapitre II.
(8) Moutard-Martin, Gazette médicale, et Bull, delà Société médicale des hôpitaux, 1858.
(9) Gubler, Des paralysies (Arch. de méd., 1860-61).
( 10; Planchon, Communication à la Société de médecine pratique.
(11) Marquez (de Colmar), Gazette des hôpitaux, 1860.
(12) Tissot, Defebribus biliosis. Lausanne, 1758, p. 146.
(13) Franck, Delà fièvre typhoïde, 1837.
(14) Rilliet et Barthez, Traité clinique et pratique des maladies des enfants. 2e édition. Paris, 1853-1854.
(15) Gubler, loc. cit. Dans ce cas il y eut paralysie du voile du palais, amaurose et presbytie.
(16) Emile Bernard, Des paralysies essentielles, thèse, 1859. — Trois observations.
(17) Voyez Diphthérite.
3° Les spasmes du poumon, du cœur, de l'œsophage, se montrent dans les mêmes conditions de la convalescence. C'est ce que Sydenham (1; appelait de l'hystérie, même chez l'homme, et il en rapporte plusieurs exemples.
4° Tout le monde sait que les névralgies temporales, frontales, intercostalesr utérines, lombaires, sciatiques, succèdent aux maladies aiguës et se montrent souvenl dans leur convalescence.
5° Des vésanies, telles que la manie aiguë, la monomanie, l'imbécillité, l'hypocondrie, le nervosisme chronique, sont souvent la conséquence d'une maladie aiguë. La folie chez les femmes qui nourrissent, le délire chez les personnes faibles, l'imbécillité après la fièvre typhoïde, l'hypochondrie dans les souffrances prolongées, en sont la preuve.
Toutes les névroses peuvent donc être le résultat de la convalescence, et, à ce titre, les différentes paralysies essentielles des muscles de la vie de relation ou des organes des sens. Les preuves que je viens d'en donner me paraissent plus que suffisantes et il est impossible de ne pas accepter leur signification.
Dans quelques cas de diphthérite tonsillaire(2), on a vu la paralysie du voile du palais exister dans la période d'état de l'angine couenneuse. Cela est vrai ; mais dans ce cas il ne s'agit pas d'un commencement de paralysie générale : c'est tout simplement une paralysie locale, suite d'inflammation du voile du palais, et de même que la laryngite engendre l'aphonie ou paralysie du larynx, que la bronchite produit la paralysie du poumon, la cystite l'inflammation delà vessie, la phlegmasie du voile du palais peut occasionner le retour des boissons par les narines. — Or, si c'est là ce qu'on observe dans quelques angines couenneuses, c'est ce qui se voit également dans les angines simples un peu intenses.
Au reste, cet état de convalescence, auquel j'attribue le développement de certaines paralysies essentielles, ne veut pas dire purement et simplement, comme on le croit, état anémique. Sans doute il y a de l'anémie, c'est-à-dire diminution des globules rouges; mais cette lésion n'est pas la seule cause des paralysies qui succèdent aux maladies aiguës. La convalescence n'est pas seulement de l'anémie : c'est un état particulier dans lequel les forces et tous les éléments du sang sont profondément altérés. Anémie et convalescence ne sont pas choses synonymes, ainsi que je l'ai démontré (3), et il y a dans l'un de ces états des éléments qui n'existent pas dans L'autre.
Ailleurs, la paralysie est évidemment Veffet d'une névrite périphérique qui, au lieu de rester locale, devient ascendante et, après avoir gagné les centres, se réfléchit sur différents points du corps qu'elle paralyse. La névrite des plaies du sourcil pari du nerf frontal, gagne les centres et se réfléchit sur le nerf optique qui se congestionne et s'atrophie. La névrite dentaire lait de même pour la production de L'amaurose. La névrite palatine el pharyngée, devenue ascendante, produit le strabisme, l'ainaurose, la paraplégie et la paralysie générale. La névrite de l'inflammation chrodque des intestins engendre la paraplégie, la paralysie générale et la folie sympathique. La névrite de la vessie amène des paraplégies vésicales. On ne connaît pas beaucoup L'altération de ces nerfs, cela est vrai, bien qu'elle ait été indiquée par Buhl et Oertel(4); mais le lait clinique n'en est pas moins réel, et, qu'on connaisse ou qu'on ignore l'altération nerveuse, il \ a lit une communication évidente que personne ne doit méconnaître. Maintenant, au lieu d'une névrite ascendante, n') a-t-il
il» Sydenham, Dittertalio de variolù ei morbo hysterico. Londres, 1682 1 1) Voyez Diphthérite.
(3) Buuchut, Traité de pathologie générale ri de séméiologie, .'! édition. Paris, 1875. I ii Voyez Diphthérite.
qu'une névropathie agissant par action réflexe? Cela est possible, mais peu probable, car l'action est plus profonde et plus durable que ne le sont en général les phénomènes réflexes et les troubles passagers d'ischémie ou de paralysie vasomotrice auxquels on les attribue.
D'ailleurs, d'après ce que Buhl, Oertel ont vu et ce que j'ai vu moi-même, il y a certaines altérations spinales qui peuvent être considérées comme causes de la paralysie. Dans un cas même, j'ai vu un œdème énorme de la pie-mère avec des caillots dans les veines méningées et une congestion de la substance cérébrale telle, que la couche grise était rosée transparente comme de l'agate rose.
Quoi qu'il en soit, dans la diphthérite et dans l'angine tonsillaire, la névrite palatine et pharyngée est souvent l'origine d'une affection centrale qui produit l'amaurose, le strabisme et la paraplégie. Dans la fièvre typhoïde, la névrite de l'intestin produit une lésion centrale de la moelle et du cerveau, d'où résulte une lésion cérébrale qui engendre la paralysie et l'amaurose. La névrite pulmonaire remontant au cerveau est la cause de certaines paralysies pneumoniques. La névrite intestinale, utérine, vésicale, de la dyssenterie, de la métrite, de la cystite peuvent, dans leur action réflexe, expliquer les paralysies vésicales utérines et dyssentériques, etc.
Pourquoi les paralysies essentielles de la convalescence des maladies portent-elles sur une partie plus que sur l'autre, sur certains muscles, sur un membre ou sur n'importe quel organe des sens? Il est difficile de le dire. Dans certains cas cependant, le siège de la paralysie est déterminé par le lieu même des manifestations de la maladie aiguë. Ainsi la paralysie du voile du palais est quelquefois la suite de l'angine simple et de l'angine couenneuse. J'ai vu la paralysie de la langue succéder à une fièvre typhoïde adynamique ayant produit la glossite; l'anesthésie cutanée être la conséquence de l'érysipèle, etc., etc. Ailleurs, au contraire, la paralysie musculaire ou sensoriale se manifeste sur des points ou sur des organes qui, pendant la maladie aiguë, n'avaient été la conséquence d'aucun trouble matériel. Jusqu'à présent cette manifestation est restée inexplicable.
Forme des paralysies consécutives à la convalescence des maladies aiguës. — Les paralysies de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la bronchite, de l'angine simple, de la diphthérite, etc., se montrent sous des formes variées, avec une étendue différente, mais elles n'ont rien, quoi qu'on ait dit, qui, dans leur marche, les caractérise d'une façon toute spéciale. Ainsi j'ai vu la paralysie typhoïde occuper successivement les membres inférieurs, gagner les membres supérieurs, devenir générale et s'accompagner d'amaurose comme la paralysie diphthéri tique. J'ai déjà cité un de ces cas (1). 11 s'agit d'une enfant qui me fut adressée par Verneuil et qui avait une paralysie générale compliquée d'amaurose développée dans la convalescence d'une fièvre typhoïde. Après quelques semaines de traitement, la paralysie musculaire disparut, mais il est resté une amaurosc qui n'a jamais cessé.
D'autres médecins ont même signalé la paralysie du voile du palais, l'amaurose, la presbytie et la surdité après la fièvre typhoïde (2). En tout cas, dans n'importe quelle convalescence de maladie aiguë, la paralysie peut être d'abord partielle, limitée aux membres inférieurs, puis s'étendre peu à peu aux membres supérieurs, et enfin devenir progressivement générale.
Forme de la paralysie consécutive à la diphthérite. — La paralysie qui succède à la diphthérite, à l'angine maligne ulcéreuse ou gangreneuse sans fausses mem-
(1) Bouchut, Du nervosisme, p. 39.
(2) Gubler, loc. cit.
brames, a été entrevue mais non décrite par Hippocrâte (1), par Ghisi, Samuel Bard, Pinel, etc. Son rapport avec la diplitliérile n'a été établi que de nos jours, et pour la première l'ois, par le docteur Orillard, que Ton a dépouillé du mérite de ses travaux en ne le citant pas. Voici comment s'exprime notre confrère : « Quelques malades conservent longtemps beaucoup de gène dans l'acte de la » déglutition; d'autres restent frappés de surdité ou d'amaurose; enfin des désor- » dres plus graves ont été observés dans le système nerveux. Toute altération avait a cessé du côté de la gorge, les fonctions digestives avaient repris leur activité ordi- » naire, le sommeil était régulier; mais les fonctions locomotrices ne se rétablis- » saient pas, les mouvements de préhension ne pouvaient s'exécuter qu'avec un » tremblement considérable, les doigts étaient incapables d'exercer la moindre » pression, les malades essayaient quelques pas, chancelaient comme pris d'ivresse » et avaient besoin d'être soutenus pour éviter la chute; quelques-uns ressentaient » de vives douleurs dans les membres. Ces symptômes persistaient quelquefois >> pendant plusieurs mois, pour disparaître ensuite graduellement. Chez les enfants » affaiblis par l'âge et par les privations, la mort pouvait terminer ces acci- » deuts » (2). Telle est en abrégé l'histoire de la paralysie diphthéri tique. Depuis lors elle a été observée et décrite par un très-grand nombre de médecins : par Morisseau, Bérard, Requin, Bretonneau, Trousseau, Lasègue, Pery, Maingault, Boutin-Rauque, Bouillon-Lagrange, Emile Bernard, etc.
Elle est infiniment plus fréquente chez les enfants que chez les adultes. Son début a lieu deux ou trois semaines après la guérison de la diphthérite, soit par la paralysie du voile du palais suivie de paralysie générale, soit par la paralysie des membres. La paralysie du voile est la conséquence de l'angine, et, quand il \ a paralysie par suite de diphthérite cutanée sans angine, il n'y a pas de paralysie du voile du palais.
Avec la paralysie existent souvent de la diplopie ou de l'amaurose, du strabisme, de la surdité, des fourmillements dans les membres, des grimacements du visage et une inappétence plus ou moins prononcée. L'intelligence est presque toujours intacte. La nutrition est quelquefois profondément altérée et les enfants sont dans une maigreur considérable.
Elle dure quelques semaines et disparaît graduellement sous l'influence des moyens employés contre elle. Ailleurs elle se prolonge, entraîne L'atrophie des muscles avec dégénérescence granuleuse et graisseuse et peut devenir permanente. J'en ai cité un exemple. Chez quelques sujets, enfin, lorsqu'elle gagne le diaphragme et les muscles intercostaux, elle peut donner lieu à une difficulté de déglutition et de respiration qui suspend la nulrition ou l'hématose. De tels accidents sont rapidement sui\is de mort, .l'en ai vu des exemples à l'hôpital des Enfants-Malades.
Observation. — Dans un cas, vingt-cinq jours après une angine couenneuse peu intense, ayant duré trois jours, il y eut de l'embarras dans la parole, de la paraplégie et des tremblements des membres. L'enfant nous offrait bientôt une réelle amélioration, suivie de rechute et de paralysie des muscles trapèze et long dorsal occasionnant la flexion de la tète sur le sternum. La paralysie s'étendit an diaphragme, détermina l'asphyxie par écume bronchique, et la morl eut lieu dans un état d'anesthésie générale très-prononcé.
(1) Littré, Bulletin de V Académie de médecine, 1861, t. XXVI, et Hippocrâte, Œuvres complètes. Paris, 1861, t. X, p. xvn.
(2) Orillard, Mémoire sur l'épidémie d'angine couenneuse qui a régné en 1835, In:!»;, 1837,
dans le département <lr lu Vienne (Société de médecine île Poitiers). -- Voyez DlPHTHEBITE.
Marche de la paralysie essentielle. — Souvent la paralysie, qui se déclare subitement en occupant les quatre membres, disparaît graduellement en quelques jours, soit d'une façon complète, soit en se limitant à une partie du corps, exactement comme la paralysie myogénique. Alors, dans la partie qui reste paralysée, il y a un faible abaissement de température et une atrophie plus ou moins prononcée.
Ailleurs, la maladie commence aux extrémités inférieures d'une façon incomplète, et elle s'accuse progressivement davantage ; elle peut remonter vers le tronc, atteindre les membres supérieurs, les muscles du thorax et gêner la respiration ■au point d'occasionner l'asphyxie. C'est la paralysie ascendante aiguë.
En voici un exemple curieux où se montre l'influence pathogénique du froid. Il est surtout remarquable par l'invasion subite et la rapidité de la mort (1).
Observation. — Un enfant de cinq ans, faible et anémique, a éprouvé un refroidissement prolongé, le 8 avril. Douze jours après, c'est-à-dire le 20, alors que rien n'indiquait une invasion si grave, il se lève comme d'habitude et tombe aussitôt à droite et à gauche. Croyant à une malice, la mère le corrige, le replace sur une chaise d'où il tombe aussitôt.
11 déjeune comme d'habitude sans se plaindre, sinon du genou gauche. Vers onze heures, il ne peut déjà plus porter la main à la tête pour se gratter. Il ne peut bientôt plus se maintenir assis sur le carreau pour jouer. On le replace au lit où il mange avec ses mains; mais dès le lendemain 21, il ne peut plus s'en servir. Physionomie naturelle, intelligence saine, un peu de céphalalgie frontale, pas de lièvre, langue blanche, sans déviation; constipation. Nul autre symptôme morbide, sinon que les membres sont douloureux à la pression.
Malgré un purgatif, des frictions sèches sur la colonne vertébrale et des sinapismes, tous les symptômes ont augmenté le lendemain 23; la tête ne se soutient plus droite. La voix et la toux sont affaiblies, l'expectoration plus difficile, malgré l'état normal de la poitrine. Selles et urines volontaires. A midi, une consultation a lieu : la paralysie des extrémités inférieures est complète ; les mains et les avant-bras jouissent encore de quelques mouvements; la déglutition s'embarrasse. Cinq sangsues à la nuque sont ajoutées au traitement précédent. A cinq heures du soir, le pouls est très-fréquent; sueur abondante. Intelligence nette, expression naturelle. Tous les symptômes augmentent graduellement : un vomissement a lieu, puis des suffocations; et, à deux heures du matin, l'enfant succombe à cette paralysie exclusive du système moteur, car, peu d'instants avant de mourir, l'enfant expulse encore volontairement ses urines.
Traitement. — Les paralysies essentielles qui succèdent aux maladies aiguës sont évidemment le résultat d'un trouble d'innervation en rapport avec l'altération particulière du sang qui est propre à la convalescence et qui n'est pas complètement l'anémie. Ce sont des névroses congestives chez les uns, ischémiques chez les autres, c'est-à-dire des troubles locaux de la circulation capillaire du système nerveux.
C'est cette altération anémique du sang et l'affaiblissement musculaire et sensorial qui en résulte qu'il faut combattre .
Contre l'altération du sang si analogue à l'anémie, quoiqu'un peu différente, le médecin devra conseiller :
Une alimentation fortifiante et souvent de la viande crue hachée, pilée et roulée dans du sucre ; du vin de Bordeaux et de Malaga ;
Le fer en poudre de 5 à 25 centigrammes par jour, le sous-carbonate de fer à la même dose, l'eau de Spa et de Bussang ;
(1) Mart. Gru, médecin à Montagny. Bulletin médical de l'Aisne, 1806, n° 3.