ÉCLAMPSIE
L'éclampsie, maladie indépendante des lésions matérielles des centres nerveux, se développe à la suite des causes les plus diverses, et assez souvent dans le cours de certains états morbides, toujours les mêmes, ce qui démontre l'existence d'un rapport sympathique entre le cerveau et l'organe malade. Au reste, comme on admet volontiers cette influence sympathique chez l'adulte, je ne vois pas la raison qui la ferait rejeter chez les enfants. Elle se manifeste chez le premier par du délire, ce qui signifie la dissociation des idées; et chez le second par la perversion de la seule et unique fonction cérébrale qui existe, c'est-à-dire par le trouble des fonctions musculaires. L'état convulsif doit être envisagé comme le seul délire possible chez le jeune enfant. La dissociation des idées ne peut avoir lieu, puisque leur association n'est pas accomplie. Il est évident que les convulsions qui terminent une pneumonie constituent un phénomène semblable au délire qui l'accompagne chez l'adulte.
J'ai recueilli 126 cas de convulsions éclamptiques chez les enfants à la mamelle et chez les entants plus âgés. Sur ce nombre 44 ont été pris au milieu de la meilleure santé, et ils ont guéri sans en conserver de traces; 20 sont morts plusieurs mois après, à la suite d'autres maladies, sans présenter d'altérations matérielles du cerveau ; 82 ont eu leurs convulsions dans le cours de plusieurs maladies graves dès leur début, ou à la fin de la pneumonie, dans le cours de l'érysipèle, de la fièvre vaccinale, etc. ; 27 d'entre eux ont succombé. Un seul présenta une grosse altération encéphalique : il existait dans le centre ovale de Vieussens, à droite, un tubercule environné de substance médullaire intacte, et 24 avaient des thromboses des sinus de la dure-mère avec plus ou moins d'hydrocéphalie de la pie-mère ou des ventricules cérébraux. Enfin il en est 27 que les circonstances ont éloignés de moi et dont je n'ai pu suivre l'observation.
Ce relevé démontre de la manière la plus positive que l'état convulsif peut se produire : 1° au milieu de la santé la plus parfaite ; 2° pendant le cours des affections aiguës, et il est synonyme de délire; 3° à la fin des maladies chroniques où elles sont produites par la thrombose des sinus; 4° enfin qu'il n'existe point de rapport entre certaines convulsions et les lésions des centres nerveux, puisque, d'après mes autopsies, je vois que, sur 47 enfants qui ont succombé plus ou moins longtemps après l'accident, il en est 20 dont la substance cérébrale n'a point offert d'altérations.
Causes. — L'éclampsie se développe sur les enfants les plus jeunes et sur ceux qui offrent une prédominance marquée du système nerveux. On l'observe chez ceux dont l'intelligence est précoce, qui indiquent jusqu'à un certain point ce développement prématuré par le jeu et la mobilité de leur physionomie. Les sensations les plus fugaces y laissent leur empreinte ; ces enfants manifestent de bonne heure leurs caprices et leurs volontés ; ils tyrannisent ceux qui les approchent ; un bruit
inattendu les trouble violemment; leur sommeil est agité, souvent il est interrompu par de légers mouvements musculaires, et quelquefois par des cris de terreur, qui les réveillent en sursaut et les laissent tout ébahis devant les personnes qui les entourent.
L'éclampsie est certainement héréditaire. Outre les faits rapportés par Baumes et par plusieurs auteurs, à l'appui de cette opinion, j'ai cité l'exemple d'une famille composée de dix personnes qui eurent toutes des convulsions dans leur enfance, lue d'elles se marie à son tour, et elle a dix enfants qui, à l'exception d'un seul, eurent tous des convulsions. Six d'entre eux sont morts.
.l'ai rapporté aussi les faits d'une femme en proie à l'affection convubive jusqu'à l'âge de dix-huit ans, et d'une autre femme également hystérique après sa puberté, dont les enfants offrirent plusieurs fois des convulsions. — Le plus curieux de tous ■ces faits est celui que j'ai eu à ma consultation de l'hôpital Sainte-Eugénie. Le voici dans ses principaux détails :
Observation I. — Madame D , âgée de trente-huit ans, d'une bonne santé
habituelle, a eu neuf grossesses à terme et deux fausses couches; trois enfants sont vivants; les deux aines n'ont pas eu de convulsions. Cette femme, à la suite de son avant-dernière couche, a eu une antéversion de matrice, et aussitôt après, pendant les deux aimées suivantes, elle a été prise de convulsions très-fréquentes et trèsprolongées. Elle n'avait jamais eu antérieurement d'attaques de nerfs d'aucune sorte.
(iliaque jour, elle eut pendant deux ans sept ou huit attaques convulsives, caractérisées par une sensation préalable indiquant l'apparition des spasme-. — Une aura épigastrique était suivie de perte de connaissance plus ou moins complète ; tantôt ■elle entendait san> pouvoir répondre ou faire un geste, et tantôt tous les sens étaient complètement fermés aux impressions extérieures. Elle ne sentait rien, et tombait n'importe où avec des convulsions des membres, sans jamais se blesser.
Ces attaques duraient une à deux heures.
Devenue enceinte, les attaques, moins fréquentes, ne paraissaient plus qu'une ou deux fois par jour; elles ont cessé après deux mois de grossesse, et après son accouchement tous les phénomènes convulsifs disparurent.
Son enfant a hérité de cette disposition, car au bout de deux jours il a été pris de convulsions très-fréquentes, au nombre de sept ou huit par jour, avec contracture des bras et perte (dus ou moins complète de connaissance. L'enfant, nourri par sa mère, profite très-bien, il est gros, gras et de fraîche apparence.
Ces accidents se sont reproduits tous les jours pendant deux mois et demi, et cessèrent au bout de quelques jours, sous l'influence de 50 centigrammes d'oxyde de zinc par jour.
Les émotions mur// 1rs éprouvées pendant la grossesse paraissent avoir au>si leur influence dans le développement de cette maladie. Guersant et Blache, qui n'adoptent cette cil-constance qu'avec réserve, racontent qu'une femme excessivement irascible, surtout lorsqu'elle était enceinte. \it promptemenl mourir ses trois enfants peu après leur naissance, au milieu de convulsions bien caractérisées.
On indique également ['habitude comme une cause prédisposante aux corn ulsions
multipliées. Il est cependant possible (pie les phénomènes ner\eu\ qu'on croit devoir rapporter à cette influence soient le résultat de la même disposition générale qui a provoqué les premiers accidents. La seconde convulsion est, comme la première, la conséquence d'une excitation encéphalique, qui n'a d'effets qu'en vertu d'une
constitution spéciale de l'enfant.
L'éclampsie s'ohsene à la Ibis elle/ les enfants pléthoriques connue che/. nu\ qui sont dans ['anémie la plus complète. Ces deux causes concourent au même résultat; si opposées qu'elles soient en apparence, dit Barrier, elles produisent les
mêmes effets : « L'état convulsif survient chez un nouveau-né qui est dans un état pléthorique, et chez lequel on a lié trop tôt le cordon ombilical, aussi bien que chez celui qu'une hémorrhagie abondante a rendu anémique. »
Toutes les sensations un peu rires, la frayeur à la suite d'un grand bruit, l'éblouissement au milieu d'une lumière très-vive après la naissance, la jalousie excitée par les soins donnés à un autre enfant, la contrariété et la colère, les impressions tactiles causées par le chatouillement ; la douleur produite par des langes trop serrés, dans lesquels une épingle vient percer la peau ; celle qui est occasionnée par la dentition ou par une lésion organique quelconque, toutes ces sensations sont de nature à produire l'éclampsie. La chaleur et la viciation de l'air déterminent souvent les mêmes résultats : « Nous avons vu fréquemment, disent Guersant et Blache, de jeunes enfants affectés de convulsions pour être restés dans une chambre fortement échauffée, dans une salle de spectacle ou dans une église où se trouvaient réunies un grand nombre de personnes. »
De mon côté, j'ai vu l'éclampsie se produire par imitation dans de grandes réunions d'enfants le jour de la première communion, sous l'influence de la préoccupation du moment, et du spectacle donné par le voisin frappé de perte de connaissance avec mouvements convulsifs. Quarante ou cinquante enfants peuvent avoir au même moment et dans le même lieu une attaque d'éclampsie (1).
Les altérations du lait chez les nourrices produisent quelquefois des accès convulsifs chez les enfants. On les observe chez les nourrices qui boivent trop de vin ou qui s'enivrent complètement. Aussi Vernay a vu un enfant avoir des convulsions pendant cinq jours; et. après des essais infructueux, il a réussi à le guérir en mettant au régime la nourrice qui buvait huit verres de vin par jour et quelques autres la nuit. Cette altération du lait a une grande action sur l'insomnie et sur la méningite; parmi les autres altérations du lait je citerai celle de la colère : ainsi les accès convulsifs surviennent lorsqu'une femme a eu momentanément la sécrétion laiteuse troublée à la suite d'un violent accès de colère, et que l'allaitement a eu lieu dans cette circonstance. Boerhaave a rapporté le fait d'une nourrice qui, à la suite d'un accès de colère, donna le sein à son enfant et lui occasionna une attaque d'éclampsie qui se reproduisit sous forme d'épilepsie pendant toute la durée de son existence. Le docteur Constans (2) a rapporté un fait semblable.
Orservation II. — Une femme, nourrice d'un enfant de six mois, croyant être sous le coup de la possession démoniaque, convaincue qu'on lui avait donné ce mal, en était fort troublée. Elle donna le sein en croyant qu'elle avait une crise; mais à mesure que l'enfant tétait, elle sentait le démon la quitter et entrer dans le corps de l'enfant. L'enfant s'agita, fut pris de convulsions comme les possédées du pays et s'écria : Papa, maman, oh ! mon Dieu, que je souffre ! puis il devint tout noir et succomba.
Il est probable que dans ces cas le lait, modifié dans ses proportions, devient pauvre, séreux et perd sa crème. C'est sans doute à la suite d'une altération analogue ou semblable et sous son influence que l'enfant dont parle Guersant tombait en convulsions chaque fois que sa mère, fort impressionnable, lui donnait à teter après s'être abandonnée à son mari. On cite à ce propos l'exemple d'idiosyncrasies particulières, dans lesquelles on a vu le lait de femmes qui nourrissaient sans inconvénient leurs propres enfants, donner des convulsions aux autres. Ce fait est rap-
(1) Bouchut, De la contagion nerveuse et de limitation dam leurs rapports avec la propagation des névroses (Dull.de l'Acad. de méd. Paris, 1861, t. XXVI, p. 818j.
(2) Constans, Relation d'épidémie d'Iujstéro-démonopatliie en 1861, p. 71.
porté par Sœmmerring, et reproduit par Andral, Guersant, Blachc et Barrier, qui
le livrent sans réflexion ; cependant il est tellement extraordinaire et tellement en dehors de ce que nous observons journellement, qu'on a peine à croire qu'une circonstance inconnue n'ait pas donné lieu à une méprise.
Chaque jour, en effet, des centaines de personnes livrent leurs enfants à des nourrices mercenaires sans qu'il se produise rien de semblable.
On observe fort souvent l'éclampsie sympathique à la suite des troubles et des embarras des fonctions du tube digestif: tels que l'indigestion, la rétention du méconium, les vers intestinaux, la constipation et même la diarrhée. \ ce sujet je mentionnerai des recherches de Parrot (1), qui attribue ces convulsions à une encéphalopathie urémique, c'est-à-dire à Y urémie. — Malheuresement ce n'est là qu'une hypothèse, et les enfants qui succombent dans le cours de la diarrhée chronique avec de l'éclampsie ont une lésion cérébrale pins sûre dans les effets convnlsifs que l'urémie. Cette lésion, que Parrot n'a pas recherchée, c'est la thrombose des sinus de la dure-mère et des veines méningées qui gène la circulation dn cerveau et y produit nue hyperhémie plus ou moins considérable d'où résulte l'éclampsie.
La gène à la circulation cérébrale existe aussi dans Yéclampsie albuminurique liée h une maladie des reins qui est la néphrite parachymateuse. — Cette éclampsie n'est pas très-commune, mais j'en ai vu bien des exemples (2). — L'anatomie pathologique et l'ophthalmoscopie prouvent qu'il y a là an œdème du cerveau avec hydrocéphalie aiguë qui détermine les convulsions. — C'est ce dont on aura les preuves plus loin dans la chapitre consacré à Vencéphalopathie albuminurique et à Yurêmie.
L'éclampsie s'observe aussi quelquefois après la rétention d'urine, ainsi que le prouve le fait suivant, publié par le docteur Rousse.
Observation III. — R. K... naît le 15 avril 1860, parfaitement conformé. Depuis sa naissance, il a dormi pendant trente heures. On s'efforce alors de le réveiller pour lui donner de l'eau en attendant le lait de sa mère, mais en vain, tant ses mâchoires sont serrées; quelques légères convulsions ont encore lieu. La mère de cet enfant, qui en a nourri quatre, et qui est très-intelligente, remarque qu'il n'a pas encore uriné. J'arrive, et je trouve le prépuce imperforé, sans urine entre le gland et lui, la vessie remplie de ce liquide. Avec une lancette j'y fais une ouverture assez large, puis j'écarte ses bords au point d'y faire saillir le gland par des pressions assez fortes et assez soutenues; pas de méat urinaire, mais une petite ligne, presque lucide, qu'après maints efforts je romps avec une petite sonde aiguë. Tout aussitôt reniant urine abondamment, desserre ses mâchoires, n'a plus de convulsions, pleure, et revient pour ainsi dire à la vie. Ses urines ont été trouvées très-albuniineuses.
Mais si cet enfant était mort sans pouvoir uriner, pourquoi n'aurais-je pas trouvé tout l'appareil urinaire, et surtoutles reins malades? Sublata causa, aliquoties tolluittur et morbi cl lœsiones organorum.
C'est d'une façon toute réflexe et par action sympathique que la présence dans l'intestin de substances indigestes qui ne peuvent être assimilées, et qui oblitèrent son calibre, la constipation, etc., provoquent l'éclampsie. Il en est de même de celles qui se développent quelquefois dans le cours d'un llux intestinal intense, naturel ou provoqué par l'administration d'un purgatif.
L'éclampsie réflexe est aussi déterminée, ai-je dit, par la présence de VÛTS dûflS
le tube digestif '. Cette cause, dont l'influence esl généralement contestée, est très réelle. Les convulsions sympathiques des vers intestinaux sont rares sans doute,
(1) Parrot, Archives de médecine, 1X7:5.
(2) Bouchut, Gazette des Mpitaux, 1871.
niais elles existent, et si ce n'est à Paris, c'est du moins dans les localités où les vers sont endémiques. Il est très-probable que ceux de nos confrères qui ont accordé une si belle part aux accidents occasionnés par l'affection vermineuse ont observé dans ces localités. V Paris, les vers intestinaux sont fort rares, et s'observent principalement dans la lièvre typhoïde. 11 y a aussi quelques ténias, et ce sont surtout ces helminthes qui produisent des accidents, l'hémorrhagie, l'éclampsie, etc. J'ai vu plusieurs de ces exemples chez des enfants et chez des adultes. Legendre (1) en a rapporté un très-grand nombre.
Voici une de mes observations recueillie en 1867 :
Observation IV. — Épilepsie vermineuse. — Calomel; guéris on. — L. Gréhoul,
garçon de neuf Uns, a des attaques depuis an an; il a été traité il y a un an pour des convulsions qui ne revenaient que tous les quinze jours ou trois semaines. Depuis une quinzaine de jours ses convulsions reviennent plusieurs fois par jour, caractérisées par un cri avec perte de connaissance; mouvement convulsif durant quelques minutes. L'enfant n'avait jamais rendu de vers : on lui donne 1 gramme de calomel; il a rendu cinq lombrics, et depuis huit jours il n'a plus eu de convulsions.
25 février. Pas de convulsion nouvelle ; purgation au calomel. Deux lombrics.
11 y a même des cas où les convulsions se montrent à la suite du développement de larves d'insectes dans les cavités naturelles et dans les sinus frontaux. En voici un exemple :
Observation V. —Cas rare de convulsions produit par des larves dans les sinus frontaux; destruction de ces larves suivie de t/uerison. — Lazarette, âgée de neuf ans, douée d'une vive intelligence et jouissant d'une excellente santé, fut, en octobre 1851 , prise tout à coup d'une céphalalgie frontale intense, avec point fixe dans les sinus, éblouissements, vertiges, chatouillement de la pituitaire et éternuments répétés.
Cet état se prolongea six semaines sans soulagement. De douce et obéissante qu'elle avait été jusqu'alors, la malade devint vive, emportée, colère, insultant grossièrement ses parents, brisant tout ce qui lui tombait sous la main, frappant ses camarades, etc.
Toutefois cette exaltation cessa bientôt; et, revenue au calme, Lazarette accuse une chaleur singulière entre les sourcils, et dit avoir rendu de petits grains, de petites hèles en se mouchant.
Pendant près de deux mois, ces mêmes corps sont excrétés sans que l'enfant ni sa mère s'en inquiètent. Un médecin appelé provoque une consultation, dans laquelle on prescrit les révulsifs et les sternutatoires. On soumet les insectes à Pexamen de M. ih'ullé, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Dijon, qui y reconnaît des larves appartenant à cinq espèces différentes : chysomélines, stratyomide, dermestes, lardarines, scolopendre (Castèles).
Malgré les remèdes, les accidents s'aggravent. Le 25 mars 1851, Lazarette perd connaissance et, à peine revenue à elle, tombe dans des convulsions de plusieurs heures. Douze sangsues sont appliquées dans l'après-midi, et, bien que les crises ne se fussent pas renouvelées, on obtint, le 28 avril, l'admission de la malade dans l'asile des aliénés de la Côte-d'Or, où elle lut traitée par M. Dumesnil.
Le 29, vers dix heures du matin, la jeune tîlle, au moment où elle porte à sa bouche une première cuillerée de potage, pousse un petit cri, tombe et se roule en divers sens. La joue est violette, les mâchoires sont serrées, les globes oculaires dirigés en dedans, les muscles à la l'ois contractures et convulsés, le pouls fréquent, petit, la respiration haletante ; il y a à la gorge une contraction évidente.
(1) Legendre, Observations propres à éclairer les symptômes nerveux que détermine le ténia (Arch. gén. deméd., 1850, t. XXIII, p. 180).
Huit crises semblables se succèdent dans un court intervalle et laissent chaque fois l'enfant pâle, brisée, les yeux ternes. En vain on eut recours aux sinapismes, aux compresses réfrigérantes et même à une potion de chloroforme, qui ne fut point gardée. On compta quarante-cinq accès durant d'une à trois minutes. Plus tranquille dès lors, Lazarette s'endormit profondément.
Le soir, après le réveil et dans la nuit, il y eut une agitation intense. Un bain de trois beures à 36 degrés, avec affusions froides, reste sans effet. Toutefois, vers le déclin du jour, le sommeil arrive et rétablit la lucidité des pensées.
Le 1er mai, nouveau bain de trois beures, potion avec teinture de cantbarides, dix gouttes.
Le 2 mai, plusieurs larves sont mêlées à l'excrétion nasale, il s'en présente également à diverses reprises dans la quinzaine. /
Évidemment l'affection nerveuse était subordonnée à un foyer d'animalcules qui s'étaient introduits et développés dans les sinus frontaux. Mais comment les atteindre '! M. Dumesnil imagine d'imbiber un morceau de papier non collé d'une solution de 2 grammes d'arséniate de soude pour 30 grammes d'eau distillée, puis de le rouler en cigarette qu'on fit fumer à la malade en lui enseignant à faire refluer la fumée par les narines. Ces fumigations, donnant lieu à un peu d'irritation et d'ivresse, furent répétées matin et soir. On continua aussi les bains et la potion cantharidée. Jusqu'au 23 mai, il n'y eut aucun accident nouveau.
Ce jour-là il y eut trente -trois crises comme les premières, suivies d'exaltation mentale. On suspend le traitement, qui est repris le 25.
Le 30 mai, plusieurs larves qu'on suppose mortes.
Le 10 juin, larves nombreuses.
Le 15 juin, deux accès convulsifs assez forts, mais sans déroute intellectuelle.
Le 11 juillet, tout va bien : peu de chaleur dans l'espace intersourcilier. Lazarette fume quatre cigarettes. La teinture de cantbarides a été supprimée à cause de dvsurie.
Le 15 juillet, par un temps orageux et après une sortie en ville, quatre ou cinq accès fugitifs.
A partir de cette époque jusqu'à la sortie de l'asile, le 8 novembre, la santé n'a souffert aucune atteinte.
Les renseignements en date du 11 avril 1853 attestèrent, trois ans et demi après, la solidité de la cure.
Il serait superflu d'insister sur les détails de cette observation. L'indication était claire, et l'attention doit seulement s'arrêter sur les moyens ingénieux mis en usage par Dumesnil. Chaque cigarette pourrait contenir 5 centigrammes de sel arsenical ; plus, du reste, la préparation est dangereuse, plus on conçoit qu'il faille en observer L'application.
Quant au mode de propagation des larves, la pathologie comparée démontre que
leur pénétration et leur développement dans des cavités naturelles, en communication avec l'air extérieur, ne sont pas impossibles.
Les convulsions éclamptiques s'observeni enfin au début de certaines maladies inflammatoires etdes fièvres éruptives. Ce sont des convulsions initiales. Je les
ai observées dans ces cas et sans qu'il J ait eu de lésion dans l'axe cérébro-spinal. Elles se manifestent ainsi au début de la variole, de la scarlatine el de la rougeole, dans les angines, à ce point que lorsqu'on les voit apparaître subitement avec un accès de fièvre, on peut prédire L'apparition de rime ou de l'antre de ces maladies. Tous les muscles de la face et des membres sont agités par de fortes contractions, et ces accidents sont alors d'un heureux augure, et peuvent, d'après Sydenham, faire présager une terminaison favorable des accidents. — Les convulsions apparaissent enfin dans le cours des maladies de L'appareil respiratoire, pendant la coqueluche, dans L'invasion de la pneumonie, etc. J'ai \u un enfant qui les avait conservées pendant
dix-huit jours nu moment de la période d'état de la coqueluche. Ici, leur cause est plus difficile à indiquer, mais je crois qu'elles résultent d'une hyperhémie cérébrale.
Celles qui surviennent à la fin des maladies aiguës sont de toute autre nature. Elles sont toujours d'un fâcheux augure, et indiquent presque constamment une mort prochaine. Ce sont des convulsions terminales. Elles résultent alors d'une thrombose des sinus de la dure-mère, ainsi que je l'ai établi par de nombreuses autopsies (1).
D'une manière générale je dis : Les convulsions initiales d'une maladie fébrile n'ont rien de sérieux et sont toujours sympathiques, tandis que les convulsions terminales sont toujours très-graves et symptomatiques d'une lésion encéphalique, soit du cerveau, soit des sinus et des veines méningées.
Mode «l'apparition. — Les convulsions essentielles sympathiques et albuminuriques qui constituent l'éclampsie sont caractérisées par des mouvements involontaires désordonnés, plus ou moins violents, des muscles de la vie de relation. L'intelligence est incomplètement abolie. Dans cet état, toute manifestation extérieure est impossible, mais l'exercice de la pensée reste quelquefois intact, ainsi qu'on a pu le savoir par les révélations d'enfants arrivés à un âge assez avancé ; c'est véritablement là Yéclampsie.
Chez quelques enfants, les convulsions sont mal caractérisées et ont l'air d'être profondément cachées dans la tête ou dans les cavités splanchniques ; il n'y a pas de véritable attaque convulsive, et on observe une sorte d'absence momentanée avec quelques soubresauts dans les membres, et un égarement momentané des yeux, qui fuient sous la paupière supérieure. C'est ce que l'on nomme des convulsions internes.
Symptômes. — L'éclampsie est intermittente et paraît sous forme d'attaques, dont le nombre et la durée sont excessivement variables : le début des attaques est ordinairement brusque et inattendu. Elle est annoncée chez les enfants déjà raisonnables par quelques prodromes dus à l'exagération de la susceptibilité nerveuse habituelle. Il n'y a point de prodromes chez l'enfant à la mamelle, du moins il n'y a point d'accidents appréciables pour le médecin.
Ces attaques paraissent subitement et sans qu'aucune influence vienne rendre compte de leur apparition ; ailleurs, c'est à la suite des influences morales éprouvées par la nourrice à la suite de quelques-unes des circonstances dont j'ai déjà parlé dans le cours de la fluxion dentaire ou au moment d'une affection aiguë sérieuse qu'on les observe.
L'enfant semble surpris par une impression étrange ; son regard devient fixe ; son corps s'allonge ; ses membres s'étendent et se roidissent ; sa tète se renverse en arrière ; son visage se boursoufle et se couvre d'une rougeur subite ; puis, après un instant d'incertitude et d'angoisse, on voit que la tête s'incline à droite ou à gauche, que les mâchoires se serrent, que les membres, fortement tendus, sont sourdement agités par des efforts alternatifs de flexion et d'extension, et que la respiration est comme suspendue. Aussitôt un effort intérieur semble se produire, la face bleuit, les veines superficielles du cou deviennent saillantes et se dessinent sous la peau ; à cet instant les mouvements convulsifs apparaissent. Le regard est complètement égaré, les yeux sont perdus, très-mobiles; chacun d'eux s'agite pour son compte, l'un prend une direction que l'autre ne suit pas, il tourne sur lui-même
(\) Bouclnit, De la thrombose des tissus de la dure-mère des maladies aiguës (Gazelle des hôpitaux, 1867).
pendant que l'autre est immobile ; el puis ils \oiit se cacher sous la paupière supérieure de manière à ne laisser apercevoir qu'une surface blanche, celle de la sclérotique, dont l'aspect est si étrange. Les traits sont déformés, et quelquefois rendus enrayants par suite des contractions bizarres des muscles de la face Les lèvres sont
tirées dans tous les sens; leur contraction rapide communique au visage les expressions alternatives el variées de satisfaction ou de colère. Les doigts se fléchissent et s'étendent tour à tour sans que leur position ait aucune importance diagnostique. Les mains sont tournées en dedans; les brasse convukent, en fléchissant le membre par saccades qui ramènent la main sur la poitrine, et qui cessent tout à coup pour laisser cette partie revenir à sa position première. Les orteils s'écartent et se fléchissent ^ers la plante du pied: les genoux se relèvent, et puis le membre s'allonge de nouveau. La respiration est irrégulière; les mouvements de dilatation du thorax sont rapides, courts, incomplets, quelquefois intermittents, et sui\ is d'une profonde inspiration, à laquelle succède un moment de repos qui dure plusieurs secondes, et pendant lequel on observe l'action opposée des muscles inspirateurs et expirateurs, dont la puissance s'annule et s'entre-détruit. Après ce temps de repos revient une nouvelle série de mouvements respiratoires, accompagnés, des mêmes phénomènes. Le pouls est difficile a saisirait moment du spasme musculaire des membres: mais, dan> la détente de la convulsion, on le trouve toujours notablement accéléré, el porté au chiffre de 1 10 a 120 pulsations par minute. Les muscles de la M'Ssie et du rectum sont également affectés. Us cessent d'être soumis a l'empire de la volonté, el souvent alors les matières contenues dans ces organes s'écoulent sans que l'enfant puisse les retenir.
Le désordre des fonctions musculaires est souvent accompagné par la perversion des sens et de l'intelligence.
Celle-ci est ordinairement troublée: les enfants restent étrangers aux choses qui les entourent: le bruit, les éclats de la lumière ne paraissent produire aucune impression sur eux. La sensibilité cutanée n'est détruite qu'en partie. La manifestation de la souffrance est obscure, mais il semble qu'un effort et qu'une contraction légère de la [\icr indiquent encore la perception de la douleur produite par le pincement de la peau ou la piqûre de cette partie. Dans les fortes attaques convulsées, les excitations les plus douloureuses ne sont pas suivies d'un effet appréciable; rien ne révèle la conservation des fonctions sensoriales et organiques, qui paraissent entièrement anéanties.
Les phénomènes convulsifs se combinent de mille manières et peux eut offrir des aspects fort variés que l'observation journalière fait connaître. On les observe rarement tous ii la Ibis chez le même enfant. Ils sont souvent suivis par une contraction permanente de quelques-unes des parties affectées, ce qui peut être la cause d'une difformité pour l'avenir. J'en ai cité un exemple. Ils occupent plus souvent les membres, et de préférence les membres supérieurs, ils sont souvent plus prononcés
d'un côté que de l'autre. Cette différence est surtout sensible dans les convulsions
symptomatiques dont je parlerai plus loin. La durée de l'attaque convulsive esl essentiellement variable en raison de son
intensité. Les plus faibles sont celles qui se prolongent le plus longtemps; les plus violentes, au contraire, disparaissent très-vite. Il serait impossible qu'un enfant résistât à la perturbation qu'elles occasionnent dans son organisme. Les unes cessent
en quelques minutes; les autres après plusieurs heures et après plusieurs jours. Mors les phénomènes convulsifs ne sont pas continus, ils se présentent sous forme
d'accès plus ou moins longs, qui se répètent à des intervalles très-rapprochés dans lesquels reniant reste sans connaissance et en proie à une sourde agitation. Chez un
enfant atteint de coqueluche, les convulsions ont duré dix-huit jours de suite. Il > avait trois ou quatre paroxysmes par jour.
Lorsque l'accès convulsif est près de disparaître, on observe un mouvement général de détente : la face pâlit, les paupières s'abaissent et les traits expriment rabattement le plus profond; les mouvements musculaires se calment et se manifestent à des époques plus éloignées; la roideur des membres se dissipe, la respiration reprend son cours. L'enfant tombe dans l'immobilité la plus complète, et le sommeil arrive pour mettre un terme à tous ces accidents. Quelquefois l'éclampsie se termine par une syncope. Ainsi j'ai connu un petit garçon, aujourd'hui un homme, atteint de convulsions, à un an, au jardin des Tuileries; sa* nourrice, le voyant tomber, immobile et flasque, le crut mort et le rapporta chez les parents, enveloppé dans son tablier. En arrivant chez lui, l'enfant reprit sa connaissance, se mit à jouer, et dîna comme tout le monde. Ce fut la seule attaque d'éclampsie qu'il ait jamais eue et il a aujourd'hui plus de vingt ans.
Il n'en est cependant pas toujours ainsi; loin de s'amoindrir, l'excitation nerveuse semble quelquefois augmenter, et les attaques convulsives se terminent par la mort. « Elle survient de deux manières : Ou bien elle commence par l'encéphale: cet organe, trop vivement surexcité, cesse d'agir sur les autres organes; la respiration s'arrête, l'hématose n'a plus heu, et la mort est certaine. Ou bien elle commence par les poumons : la respiration, gênée par les contractions irrégulières des muscles respirateurs, ne s'exécute qu'imparfaitement; les poumons s'engorgent, le sang ne les traverse qu'en partie; bientôt la suffocation devient imminente, et elle a lieu si des mouvements plus réguliers ne viennent rétablir et la respiration et la circulation (1). »
Il paraît n'être pas toujours facile de déterminer la réalité de la mort à la suite des convulsions. On cite même plusieurs exemples de méprises dans lesquelles des enfants, qu'on croyait perdus pour jamais, sont revenus à la vie; et il y a quelques aimées, tout le monde a pu lire dans les feuilles politiques l'histoire d'un jeune enfant, déjà placé dans son cercueil, exposé dans une chapelle, qui fut trouvé le lendemain, assis sur son séant et occupé à se distraire avec les objets précieux que l'on voulait enfermer avec lui. C'est là une de ces erreurs comme j'en ai rapporté tant d'autres et qui n'arrivent qu'à des ignorants ou à des personnes étrangères à la médecine (2). Il faut donc se garder de juger trop vite, et apporter à la vérification du décès toute la prudence et toute l'attention convenables. On ne doit affirmer la réalité de la mort que sur la disparition complète et prolongée des battements du cœur, étudiée par l'auscultation, sur la décoloration de la choroïde vue à l'ophthalmoscopc, et si le thermomètre dans l'aisselle marque :22 degrés centigrades.
L'éclampsie qui n'est pas assez violente pour occasionner la mort ne se termine pas toujours sans laisser de traces de son passage. Quelques enfants recouvrent leur sérénité naturelle aussitôt après l'attaque et ne paraissent pas avoir été malades. Les autres conservent un léger mouvement fébrile qui cesse rapidement; ils ont assez souvent des douleurs dans les membres convulsés, avec des ecchymoses à la surface de la peau, ou une albuminurie passagère causée par l'hyperhémie rénale produite dans l'attaque convulsive. J'en ai cité dans les précédentes éditions de cet ouvrage un exemple, chez une fille qui n'avait jamais eu de convulsions. L'albuminurie dura cinq jours, et disparut.
(1) Braohet, Traité pratique des convulsions dans l'enfance. f!e édition. Paris, 1X37.
(2) Bouchut, Traité des signes de la mort et des moyens de ne pas être enterré vivant, ouvrage couronné par l'Institut de Fran-e. :2e édition. Paris, 1871.
\ la suite de l'éclampsie, quelques enfants conservent une rétraction ou une paralysie de certains muscles convulsés, et ils deviennent difformes. C'est aux convulsions qu'A faut rapporter l'origine de certaines contractures permanentes qui entraînent la déviation de la tête ou torticolis, la rétraction des membres, la paralysie musculaire partielle, etc. J'ai vu plusieurs enfants dont le torticolis n'avait pas d'autre cause. L'abaissement de la paupière supérieure, le strabisme, la déviation de la bouche, quelques contractures des membres, se rattachent soin eut aux convulsions symptomatiques, ils ne sont pas plus en rapport avec les altérations de l'encéphale que certaines paralysies faciales et certaines paralysies nerveuses observées cbez les nervosiques et chez les hystériques. L'autopsie n'en révèle pas mieux la cause que celle des phénomènes convulsifs eux-mêmes.
Il en est de l'éclampsie, cbez certains enfants fort susceptibles, comme des phénomènes nerveux offerts par les femmes hystériques : la récidive est très-fréquente. Tant que la constitution générale n'a pas été modidiée, elle se manifeste sous L'influence des causes les plus fugaces. Une première attaque prédispose à une seconde, et les sujets qui sont placés dans ces conditions sont en proie à ces accidents au moins plusieurs fois dans le cours de leur enfance.
Lorsque, chez d'autres sujets, les attaques convulsives se manifestent dans le cours d'une' maladie aiguë, elles remplacent le délire, et cessent, pour ne plus se montrer aussitôt que la cause qui les produit Aient à disparaître.
Diagnostic. — Les convulsions de l'éclampsie se distinguent très-bien des convulsions produites par les affections des méninges, du cerveau et de la moelle épinière, en raison des phénomènes particuliers fébriles ou ophthalmoscopiques qui accompagnent constamment ces diverses maladies. En effet la fièvre qui persiste après la convulsion doit faire craindre une maladie aiguë inflammatoire, ou éruplive; la lenteur et L'irrégularité du pouls font reconnaître une convulsion due à une maladie cérébro-spinale et la névrite optique ou la rétine-choroïdite permettent d'affirmer qu'il existe une maladie de la moelle des méninges ou du cerveau (1). Une seule affection, Fépilepsie, se rapproche tellement de l'éclampsie, que pour quelques auteurs, au nombre desquels il faut placer Sauvages et Cullen, toute distinction entre elles est impossible à établir. Les phénomènes conuilsifs sont à peu près les mêmes dans l'un et l'autre cas; seulement, dans l'épilepsie, les attaques sont moins prolongées, sont suivies de sommeil et se reproduisent à des intervalles fort éloignés les uns des autres. Eu outre, elles se montrent pendant toute la durée de l'enfance, et continuent encore au délit de cette époque pendant le reste de la vie.
Pronostic. — Sous le rapport de leur pronostic, il faut distinguer les convulsions éçlamptiques en deux classes : celles qui sont primitives, et dépendantes d'un état morbide qui va paraître, ou indicatrices de cet état morhide; et celles qui sont secondaires, intimement liées à une maladie aiguë qu'elles viennent quelquefois terminer ("2).
Les convulsions primitives causées par la dentition, par les vers intestinaux, par
de petites souffrances, par la chaleur, sont les moins gra\es ; celles qui résultent
de la mauvaise qualité du lait de la nourrice ou des écarts de régime cèdent difficilement et entraînent plus souvent la mort; enfin celles qui annoncent le début de certaines fièvres éruplixes, et ordinairement de la variole, sont d'un bon augure.
(1) Voyez CErébroscopie, i>. 166, et Truite </" diagnostic ,!<■* maladie* du système nerveux pur Vophthalmoscopie. 1 vol. in-8 avec planches et un atlas de 34 figures chromolithographiécs.
(2j k. Dugès, De l'éclampsie des jeunes enfants, <->nnp<in'e avec V apoplexie et le tétanos i.Mmn. de VAcad.deméà. Paris, 1833, t. lit, i». 301 <-t suiv.).
Elles présagent, dit Sydtenham, une éruption de bonne nature, peu continente, dont la marche sera naturelle et la terminaison toujours favorable. Quant aux convulsions secondaires, terminales, celles qui surviennent dans le cours de la pneumonie, de la coqueluche, de la variole, etc., il est rare que la mort ne soit pas leur terme naturel.
Traitement. — Il n'est personne qui n'ait entendu soutenir par des gens étrangers à la médecine, avec la meilleure foi du monde, que le plus sûr moyen de faire cesser une attaque convulsive chez un enfant consiste à lui appliquer un grain de sel sur la pointe de la langue. Quelque naïf et ridicule qu'il puisse paraître, ce moyen vulgaire renferme une vérité importante : il démontre la vanité des prétentions de la thérapeutique à l'égard de l'éclampsie ; il épargne la peine de démontrer ce qu'il fait comprendre de la manière la plus explicite, savoir : qu'une attaque convulsive guérit souvent par les seuls efforts de la nature et sans l'intervention des médecins.
Il n'en est malheureusement pas toujours ainsi. Un grand nombre de cas d'éclampsie restent, par la nature de leurs causes, en dehors de ceux qu'il faut abandonner à eux-mêmes. Ceux-là méritent une attention toute spéciale. Combien de fois ces accidents n'ont-ils pas disparu a la suite du transport du malade dans un appartement moins échauffé que celui où il se trouvait ! combien après la cessation de la gène produite par des langes trop serrés! combien, enfin, après la disparition de la douleur occasionnée par une épingle placée de manière à entamer la peau !
Si ces premiers soins ne suffisent pas pour faire cesser les phénomènes convulsifs, on peut, avec quelques chances de succès, essayer de produire une perturbation violente dans les sensations du petit malade, en l'exposant quelques minutes, dépouillés de ses vêtements, à l'air extérieur, en le couchant sur une table de marbre, ou en soumettant la tête nue à l'irrigation de 2 ou 3 litres d'eau froide. Des sensations aussi brusques et aussi pénétrantes que celles-là manquent rarement leur effet.
Quand on suppose que les accidents se rattachent à l'introduction dans le tube digestif d'une trop grande quantité de substances alimentaires, ou à l'introduction d'aliments de digestion difficile, il faut administrer un vomitif ou déterminer le vomissement par le chatouillement de la luette avec l'extrémité d'une plume. On trouve dans tous les auteurs et dans les recueils périodiques un grand nombre d'exemples de cette nature dans lesquels cette médication a été couronnée d'un plein succès. Des évacuations abondantes entraînaient au dehors des morceaux de pomme, de carotte, de haricot non digérés, etc., qui par leur présence clans l'estomac avaient déterminé une agitation intérieure vive, rapidement suivie des phénomènes nerveux dont nous avons parlé.
Lorsque les garderobes sont habituellement difficiles, et lorsqu'il n'y en a pas eu depuis plusieurs jours, il faut palper le ventre et chercher à constater par cette exploration si les intestins sont distendus par des matières excrémentitielles. On administre alors un purgatif :1e calomel, à la dose de 10 à 15 centigrammes; la manne dissoute dans du lait, H a. 15 grammes pour 60 grammes de liquide, Y huile de ricin émulsionnée ou dans un café, à la dose de 5 à 15 grammes, sont chez les jeunes enfants les moyens qu'il convient d'employer. Si l'enfant rejette habituellement des fragments de ténia ou des lombrics, et même des oxyures vermiculaires, il faut administrer les vermifuges (1) et insister sur leur usage jusqu'à l'entière disparition de ces entozoaires.
(1) Voyez Ascarides.
Si les coiiMilsions se développent au moment de la dentition, et si l'examen des gencives permet de constater une tension considérable de ces parties, ce qui implique la douleur, on peut supposer un rapport entre les phénomènes nerveux et l'évolution dentaire. Il peut être convenable de débrider la gencive par une incision cruciale ou par l'excision au point comprimé par la dent près de sortir. Cette opération, facile à pratiquer, atteint un double but : elle favorise l'évolution dentaire et, par le faible écoulement de sang qu'elle entraîne, elle diminue la fluxion gingivale.
Quelquefois les convulsions s'accompagnent d'un tel effort sanguin vers le cerveau, que l'on peut juger de la congestion de cet organe par la congestion de la face. Si les convulsions se prolongent pendant longtemps, et si la coloration du visage persiste sans intermittences, il y a urgence à employer les émissions sanguines. La congestion encéphalique a été la conséquence du premier effort convulsif; une fois établie, elle est devenue cause à son lour; c'est elle qui entretient les accidents. Elle cesse assez vite à l'application de sangsues. Deux au plus peuvent suffire; il est rarement nécessaire d'en augmenter le nombre. Cela doit être ultérieurement décidé. On les applique derrière les oreilles, et mieux, je crois, loin de la tète, aux condyles du fémur ou aux malléoles dans le but de faire une saignée révulsive.
Il faut enfin arriver à combattre les phénomènes nerveux à l'aide des antispasmodiques. Veau de fleur d'oranger dans un verre d'eau sucrée est la première chose qu'il faille faire prendre à l'enfant. Puis on administrera Y hydrate de chloral, dont j'ai fait connaître les propriétés hypnotiques et anesthésiques, en 1869. C'est le meilleur moyen à employer.
Hydrate de chloral 1, 2 à 3 grammes.
Sirop de groseilles 30 à 60
A prendre en une l'ois.
ou bien un lavement de chloral à la même dose, ou bien un suppositoire de chloral, ainsi formé :
Sperma ceti 3 grammes.
Beurre de cacao - —
Hydrate de chloral 1 à 3 grammes.
La dose de chloral varie avec l'âge des enfants, et chez les plus jeunes il ne faut pas donner plus d'un gramme. — La dose de 3 grammes n'est utile que chez les enfants de sept à dix ans. — On peut donner aussi Yéther suif ur 'mue ou le chloroforme dissous dans lf alcool, une partie sur huit, dans du sirop ou en potion à la dose de 50 centigrammes. On peut également, dans le cas où les convulsions se reproduisent souvent chez un enfant, les traiter parles inhalations de chloroforme au moment des accès, cl même aussi chaque jour dans l'intervalle des attaques con\ oisives. Mors la chlorolonnisation ne doit pas être poussée très-loin. V oxyde de zinc se donne souvent seul ou combiné avec l'extrait de jusquiame noire. Ce médicament est très en faveur auprès des médecins qui s'occupent des maladies des enfants, 'fous le citent comme très-efficace dans le traitement desconvulsions. Il faut, chez les jeunes enfants, le faire prendre en poudre mêlée à du sucre à la dose de -2~> centigrammes à I gramme et plus pour les vingt-quatre heures.
If Oxyde de zinc 0^,50 à 1 et 3 grammes.
Sucre 0",.M> à 1 gramme.
Mêlez et divisez en paquets de 25 centigrammes. — Pour deux à six prises dans les vingtquatre heures.
BOUCIIUT. — NOUV.-HÉS. — 7° ÉDIT. 1 1
V oxyde de zinc a été associé au musc par Guersant et Blache. Ces médecins en ont obtenu des résultats très-favorables. L' acétate d'ammoniaque*
1 gramme en potion, — le camphre, — la valériane, — ïasa fœtida en lavements, avec des avantages diversement appréciés et fort incertains. La plupart des autres antispasmodiques ont été tour à tour mis en usage sans qu'aucun d'eux, par une valeur bien réelle, ait acquis les suffrages unanimes. On pourrait compter les succès qui ont suivi leur administration; quant aux revers, on n'ose en parler.
V opium a été fort souvent employé dans le traitement des convulsions; il paraît être surtout efficace dans les convulsions de longue durée et dans celles qui succèdent à des dilacérations de la peau, des piqûres d'épingle, etc. Mais ici, comme dans toute circonstance, chez l'enfant, l'emploi de ce médicament exige beaucoup de prudence et de grandes précautions. Il peut augmenter la congestion cérébrale, et entretenir les phénomènes nerveux que l'on veut faire disparaître. Il détermine, en outre, une constipation plus ou moins opiniâtre qui n'est pas toujours sans dangers. Lorsque j'administre l'opium chez des enfants à la mamelle, je fais choix du laudanum ou de la teinture de Rousseau à la dose de 2 à 4 gouttes pour 40 grammes de véhicule.
Les convulsions qui sont sous la dépendance de l'anémie et qui se développent chez les enfants qui ont eu des pertes de sang considérables sont avantageusement combattues par les préparations martiales. — Le sous-carbonate de fet\ — la limaille bien porphyrisée, peuvent être indifféremment mis en usage. — L'une comme l'autre de ces substances sont facilement avalées par les enfants, lorsqu'on les associe à du sucre ou à une conserve agréable. On les donne à la dose de 15 à 25 centigrammes par jour.
Aphorismes.
85. Dans la première enfance, les hallucinations et l'éclampsie remplacent le délire.
86. Chez les jeunes enfants, l'hallucination est caractérisée par des mouvements de peur et par des gestes qui semblent écarter ou attirer l'objet de la préoccupation'.
87. Les convulsions dites éclampsies résultent d'une perturbation directe ou sympathique, primitive ou consécutive, des fonctions nerveuses.
88. Les convulsions éclamptiques se produisent sans lésion matérielle appréciable du système nerveux.