ÉPILEPSIE ET VERTIGES ÉPILEPTIQL'ES
A côté de l'éclampsie, maladie convulsive accidentelle et passagère chez les enfants, provoquée par l'invasion d'une maladie aiguë fébrile, par la chaleur exagérée d'un appartement, par le travail réflexe de la dentition ou d'une autre lésion, etc., il y a l'épilepsie et sa variété, le vertige épileptique.
L'épilepsie, chez les enfants, est très-fréquente et diffère beaucoup de l'épilepsie chez l'adulte par l'étiologie et par le pronostic. Elle se montre sous deux formes : le vertige épileptique ou petit mal, et X attaque convulsive épileptique ou le haut mal. J'en ai observé 118 cas qui se divisent ainsi : vertiges épileptiques 36, et convulsions épileptiques 82.
Le vertige épileptique se présente sous les formes les plus variées. Toujours brève et de courte durée, la crise est caractérisée par une perte de connaissance fugitive de quelques secondes ou d'une minute dans laquelle le visage conserve sa couleur, les yeux restent fixes ou tournés en haut, la tête immobile, quelquefois renversée en arrière ou tournée à droite. Les bras cessent d'agir sans se convulsée ni se roidir, et les membres inférieurs sont immobiles. La main garde ou lâche ce que tenaient les doigts. Si l'enfant est assis, il peut ne pas bouger, ou bien il fléchit en avant ou de côté, comme quelqu'un qui dort assis, tombe à demi et se relève pour reprendre la verticale. Si le malade est debout, il peut fléchir et se redresser ou rester sur place sans bouger; parfois la parole s'arrête, coupée par une crise, et elle continue après un moment d'interruption. Rarement il \ a émission involontaire des excréments ou des urines, mais j'en ai observé des exemples.
Ces vertiges épileptiques, d'abord rares, deviennent de plus en plus fréquents. Ils passent souvent inaperçus, tant ils sont de courte durée ou parce qu'ils se produisent la nuit. Ils viennent tous les mois, tous les quinze jours, tous les jours cl même plusieurs fois par jour et par heure. J'ai \u un enfant, à Versailles, a\cc le docteur Hemilly, qui en avait cent quatre-vingts par joui-. Il en a eu trois en ma présence dans l'espace d'une demi-heure. Cela dépend des cas. D'autres enfants en ont jusqu'à huit ou dix toutes les heures, pendant une partie de la journée seulement.
Les crises peuvent durer ainsi plusieurs mois sous cette forme qui est variée à l'infini, puis elles se mêlent à des crises cbnvulsives plus ou moins loi les, et, enfin.
elles sont remplacées tout à fait par des crises de cette nature qui constituent l'épilepsie. C'est le cas le plus grave et le plus fâcheux. Mais, dans d'autres exemples, les vertiges peuvent cesser naturellement ou par suite d'un traitement approprié.
J'en ai vu guérir un grand nombre à l'hôpital, mais, une fois sortis, les enfants ne m'ayant pas été représentés, on ne peut affirmer que la guérison se soit maintenue.
L'épilepsie convulsive, ou grand mal. est au contraire caractérisée par des attaques convulsives foudroyantes et violentes, ou accompagnée de symptômes prémonitoires connus sous le nom à' a ura.
Quand les enfants éprouvent des symptômes prémonitoires, on observe alors dans un point du corps un frémissement, un tournoiement ou une douleur qui remonte vers le tronc jusqu'à la tête, et alors arrivent la perte de connaissance et l'attaque convulsive. Cette aura ou vapeur, ou frémissement, part quelquefois du pied comme un petit chatouillement et gagne le tronc pour déterminer l'attaque. Dans un cas publié par Cazenave, l'épilepsie avait toujours ce phénomène prémonitoire; et un jour que, dans une attaque, le malade étant tombé dans le feu, le pied et le bas de la jambe se calcinèrent, Yaura étant détruite, l'épilepsie disparut.
Ailleurs il part du testicule, et la castration a guéri quelques-uns de ces malades. Chez d'autres, il a pour origine les ovaires ou l'utérus, l'intestin, l'estomac, les mamelles, le fond de l'œil, les doigts et, toujours après cette sensation intime de quelques secondes, arrive la grande attaque convulsive.
Dans un cas que j'ai observé, Varna partait du petit doigt, dont il entraînait la ilexion, remontait à la poitrine et déterminait les convulsions épileptiques. L'enfant appelait sa mère pour lui redresser le doigt, et, si celle-ci arrivait assez tôt pour faire ce qu'on lui demandait, l'attaque n'avait pas lieu. Il y a dans la science une foule de faits analogues qu'il est inutile de citer en ce moment, mais tous prouvent : 1° l'existence de Yaura épileptique : ~2 l'influence de la destruction de Yaura sur la guérison de l'épilepsie : 3° la possibilité d'arrêter une attaque par une ligature ou une forte pression exercée sur le trajet de cette aura.
S'il n'y a pas de symptômes prémonitoires, l'attaque convulsive débute d'emblée, subitement et n'importe où, dans la rue et sous les voitures au risque d'être écrasé, dans l'appartement, près du feu et dans le feu, enfin sur un meuble dont les arêtes font des blessures considérables. Le caractère instantané de l'invasion est caractéristique ; souvent les enfants jettent un cri et tombent sans connaissance : parfois leur visage est pâle, exsangue et leurs lèvres blanches; ou bien la face est rouge, violacée, les lèvres noires, le cou gonflé, et alors arrivent des convulsions de tous les muscles du visage, de la bouche et des yeux, le renversement de la tête en arrière ou sur le côté, des secousses convulsives dans le tronc, dans les bras, dans les doigts, qui recouvrent le pouce, et dans les jambes. Pendant cette attaque, l'écume blanche ou sanguinolente se montre aux lèvres ; il peut y avoir incontinence d'urine et des matières fécales, et, comme j'ai eu l'occasion de le voir exceptionnellement, il se fait sur le visage un grand nombre d'hémorrhagies miliaires qui ressemblent à des pétéchies.
A l'oplithalmoscope, le fond de l'œil est pâle si le visage est pâle, et les veines très-rouges, très-dilatées, si la face est cyanosée.
Cette attaque dure quelques minutes ou bien elle se calme un instant pour recommencer, et alors la crise peut durer une ou plusieurs heures.
Une fois le ealme rétabli, l'enfant tombe dans un état de sommeil comateux plus ou moins profond qui dure de une à trois heures. Il se réveille ensuite brisé de fatigue et ne se rappelle rien de ce qui s'est passé.