ÉPILEP5IE ET VERTIGES ÉPILEPTIQUES
Sous cette forme, les c lises convulsives de l'épilepsie reviennent rarement plusieurs fois par jour. Elles reparaissent irrégulièrement toutes les semaines, ou tous les mois, ou chaque année, sans époque fixe. Ce n'est que par exception qu'elles sont périodiques, mais alors c'est surtout chez les filles pubères qui sont formées et au moment des règles.
Quand les crises nerveuses que présentent les enfants se manifestent sous la forme d'un vertige passager avec perte de connaissance de quelques secondes, le diagnostic n'est pas difficile, il est évident : c'est le vertige épileptique, et il ne reste plus qu'à en découvrir la cause.
Dans le cas d'attaque convulsive, le diagnostic est moins facile, L'épilepsie se confond alors très-souvent par ses symptômes avec l'éclampsie,. et chez les filles avec Yhystéro-épilepsie.
Entre l'éclampsie et l'épilepsie la distinction est impossible si on ne tient compte que des symptômes observés. Les accidents sont les mêmes, et rien dans la forme convulsive ne permet de les distinguer. Il n'y a que les circonstances accessoires du début et du retour des convulsions qui permettent de se prononcer.
Ainsi la convulsion débute-t-elle très-subitement et est-elle suivie de fièvre, c'est de l'éclampsie. Alors, comme je l'ai démontré il y a vingt ans, cette convulsion, suivie de fièvre, est l'indice dune pneumonie, d'une angine, d'une bronchite, d'une fièvre éruptive ou d'une maladie aiguë qui va paraître.
La convulsion est-elle accompagnée d'oedème albuminurique ou d'oedème puerpéral, c'est encore de l'éclampsie, et de l'éclampsie due à un œdème cérébral plutôt qu'à de l'urémie.
La convulsion est-elle un elfet de chaleur, d'encombrement des enfants dans une très-petite salle, ou de l'indigestion par aliments trop durs pour l'estomac, c'est également de l'éclampsie.
La convulsion se manifeste-t-elle sans cause connue, d'une façon passagère, sans répétition ultérieure, c'est aussi de l'éclampsie.
Comme on le voit, tout le diagnostic repose sur des considérations étrangères aux phénomènes intrinsèques de la maladie convulsive et à la forme des accidents convulsifs. On pourrait presque dire que l'éclampsie n'est qu'une épilepsie passagère.
Dans la distinction de l'hystérie et de l'épilepsie chez les enfants, on a plus égard à la forme des accidents convulsifs. Ainsi, quand la perte de connaissance n'est pas très-complète, qu'il en reste un petit souvenir, qu'elle est annoncée par un sentiment intime, autre qu'une aura, et qu'elle est accompagnée ou suivie d'oesophagisme, de strangulation, de rire et de larmes, d'analgésie ou d'anesthésie cutanée» c'est de l'hystérie ; mais, comme dans quelques cas il y a perte de connaissant :e absolue, pas de rire ni de larmes, et après l'attaque un profond sommeil, comme dans les attaques épileptiques, c'est de V hystéro-épilepsie.
Cette forme n'est pas très-fréquente chez les enfants. C'est surtout chez les petites filles, à partir de douze ans, qu'on l'observe. Je ne l'ai vue que très-rarement riiez les garçons. Mais, dans tous ces cas, il y a une association si variable de tous les phénomènes spasniodiques et coimilsils, (pie bien souvent toute affirmation n'est que présomption de la part des médecins qui se les permettent. L'homme consciencieux qui a beaucoup vu est toujours plus réservé (pie l'ignorant.
Il y a toujours un point important et difficile dans le diagnostic de l'épilepsie, c'est celui de savoir si la maladie est essentielle, c'est-à-dire causée par un trouble temporaire de circulation cérébro-spinale, ou si elle est s\mptomutique et dépend d'une lésion organique nerveuse. Cette difficulté n'en est souvent plus une aujourd'hui depuis mes recherches de Cérébroscopie. Lu effet, si avec des attaques épi-
leptiques il y a dé l'œdème papillaire avec hyperhémie, de la névro-rétinite ou des tubercules de la choroïde, il est certain que l'épilepsie dépend dune sclérose cérébrale ou spinale, d'une encéphalite partielle ou d'une tumeur nerveuse quelconque, parfois tuberculeuse. C'est là un résultat considérable et qui permet de distinguer certaines épilepsies symptomatiques de celles qui ne le sont pas. Sous ce rapport, les recherches dont j'ai pris l'initiative rendent le diagnostic plus sûr et plus précis qu'il ne pouvait être avant leur publication. On les trouve dans mon Atlas (Vophthalmoscopie médicale et de cérébroscopie, où se trouvent plusieurs figures chromo-Iithographiécs d'épilepsie symptomatique. En résumé, sous le rapport du diagnostic ophthalmoscopique, si l'on ne trouve point d'altération du fond de l'œil, on peut croire, sans être tout à fait certain, que l'épilepsie sera temporaire ; mais, s'il y a névrite ou névro-rétinite, il faut affirmer que l'épilepsie est symptomatique d'une lésion cérébro-spinale et par conséquent incurable.
Les causes du petit et du grand mal, c'est-à-dire du vertige épileptique et de l'épilepsie chez les enfants, sont prédisposantes et occasionnelles ou déterminantes. Chez l'adulte il y a une cause que l'on ne voit jamais chez les enfants, c'est V alcoolisme.
Les prédispositions résultent : de l'hérédité dont l'influence n'est contestée que par les ignorants ; du travail de la première et seconde dentition; mais la dentition première fait surtout l'éclampsie, tandis que la seconde dentition créé l'épilepsie. Ce sont là des actions réflexes, dont j'expliquerai dans un instant l'action sur la constriction et sur la paralysie vaso-motrice de l'encéphale. A côté de la seconde dentition, et par le même mécanisme, il faut mentionner : l'action inconsciente sur l'intestin, produite par les lombrics et par le taenia ; le travail ovarique et utérin qui coïncide avec la puberté; certaines dyspepsies de l'enfance, quelquefois la névralgie intercostale, une fois les calculs bronchiques, ainsi que le docteur Charpignon en a rapporté un exemple (1); enfin les tubercules et les gliômes du cerveau, ainsi que certaines lésions cérébro-spinales, qui de temps à autre provoquent un trouble de la circulation capillaire amenant les attaques convulsives.
J'ai vu plusieurs fois l'épilepsie déterminée par une simple frayeur. Dans un cas, une petite fille effrayée dans une cave par la vue d'un homme tombe sans connaissance, et le lendemain elle est en proie à des attaques convulsives d'épilepsie.
Ailleurs, c'est un enfant qui assiste à une exhumation et qui, au bout de quelques jours, rêvant du cadavre, a des attaques d'épilepsie qui durent pendant plusieurs mois. Chez d'autres, ce sont, à la retraite de la première communion, des enfants qui, effrayés par le tableau de peines éternelles infligées au péché, tombent sans connaissance, et les jours suivants deviennent épileptiques. Ces faits sont extrêmement nombreux.
Ce -groupe constitue les causes réflexes et directes de l'épilepsie.
Mais comment agissent ces causes ? D'après ce qu'on sait des troubles de la circulation capillaire locale, ces influences provoquent soit un état congestif de la moelle ou du cerveau par relâchement des capillaires, soit un état d'anémie par constriction de ces mêmes vaisseaux, c'est-à-dire par ischémie.
Hyperhémie et ischémie passagères, telles sont les causes de l'épilepsie, du vertige et d'un grand nombre des maladies appelées névroses. Du siège de l'hyperhémie ou de l'ischémie résulte le trouble nerveux qui sera le spasme, la douleur, la vésanie, la paralysie ou la convulsion. Dans chaque organe, ou dans chaque partie d'organe, il peut se faire une de ces modifications de circulation générale, et alors du point
(1) Charpignon, Gazette des hôpitaux du 1er juin 1876.
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hyperhémié ou anémié naissent des désordres qui cessent avec le retour de l'état normal et qui durent autant que le trouble circulatoire lui-même.
Un fait bien connu permet de comprendre ce qui se passe à l'intérieur. Ou voit des femmes, habituellement pâles, et qui, à table, dès qu'il y a quelque chose dans l'estomac, deviennent rouge écarlate ; elles sont parfois si honteuses de manger que, chez des amis, elles n'osent rien prendre. Eh bien, cette boudée de rougeur et de chaleur n'est autre qu'une paralysie ou laxité vaso-motrice passagère réflexe due à une action sympathique de l'estomac. Pareil phénomène se montre sur le visage des enfants atteints de méningite, mais par une autre cause. Certaines personnes ont ainsi des pâleurs ou'des rougeurs subites du visage qui attestent l'existence de ces troubles locaux de la circulation capillaire.
11 en est de même dans l'épilepsie. Pendant les attaques, on voit les malades ayant le visage pale ou cyanose, exsangue ou offrant une congestion considérable, et cela atteste au dehors un trouble circulatoire qui existe peut-être au dedans dans les méninges ou dans la substance cérébrale. En effet, si, à mon exemple, on veut bien étudier le fond de l'œil avec l'ophthalmoscope pendant les attaques, on trouve un resserrement ou une hyperhémié des veines et des artères de la rétine, qui est en rapport avec l'anémie ou l'hyperhémie extérieure du visage.
Quand l'hyperhémie ou l'ischémie du cerveau et de la moelle épinière résulte d'une irritation périphérique, telle qu'une aura des orteils ou de l'intestin, l'épilepsie est réflexe. Mais, au contraire, quand ces troubles locaux de la circulation sont directs et causés par un noyau d'encéphalite chronique ou de sclérose ou par une tumeur cérébrale, alors l'épilepsie est symptoma tique.
Ainsi donc, épilepsie réflexe ou symptoinatique, par ischémie ou par hyperhémié, voilà la cause anatomique du mal. Maintenant, si l'action part du cerveau, c'est une épilepsie cérébrale, tandis que si elle a pour origine un trouble de circulation de la moelle, c'est une épilepsie spinale.
Le chat auquel le grand Barthez avait coupé le bout de la queue, et qui avait des attaques (l'épilepsie quand on lui pinçait la cicatrice, avait une épilepsie spinale, forme particulière que l'on fait bien de distinguer.
Sous le rapport du pronostic, l'épilepsie et le vertige des enfants doivent être jugés tout autrement que chez l'adulte.
Jusqu'à quinze ans, la plupart des enfants épileptiques guérissent. Ce n'est que chez l'adulte que l'épilepsie est généralement incurable. Mon opinion a pour appui l'autorité d'Hippocrate, qui a dit : « L'épilepsie de l'enfance guérit après la puberté. » Je crois cet aphorisme profondément vrai, et je l'explique en disant que, comme la plupart des épilepsies de l'enfance ont pour origine la seconde dentition, c'est-à-dire des dents d'homme dans une mâchoire d'enfant, du moment qu'à la puberté les dents ont pris aisément leur place, il n'y a plus d'action réflexe, et par conséquent plus d'épilepsie.
Toutefois, si les épilepsies réflexes de L'enfance guérissent presque toujours, les épilepsies directes m'inspirent un pronostic loul différent. Celles qui dépendent de la sclérose ou d'une tumeur cérébrale ou d'une lésion quelconque (lu ceneau et de la moelle peuvent s'améliorer, mais il est raie qu'on puisse en obtenir la guérison. Mois elles amènent l'hébétude, L'imbécillité, la démence et la folie.
Je n'indiquerai pas ici tous les traitements qui oui éié employés et que l'on emploie (outre le vertige et contre les attaques d'épilepsie. Il me suffira de dire quelle est la méthode que j'emploie depuis \ inul ans cl avec laquelle j'ai guéri un grand nombre de malades.
S'il y a uu<> aura epileptica, il faut chercher à la détruire, puisqu'il est
établi qu'en faisant disparaître cette névralgie périphérique on arrête les attaques d'épilepsie. Ainsi, dans deux cas de névralgie du filet sous-cutané antérieur d'un nerf intercostal produisant la crise, j'ai appliqué au point de naissance de l'attaque un cautère profond détruisant le nerf et j'ai fait cesser l'épilepsie. La castration et l'ablation d'une partie de membre, faite volontairement ou accidentellement, ont produit les mêmes résultats.
Lorsque l'épilepsie dépend de la présence de lombrics ou d'un taenia de l'intestin, il faut donner :
1° Dans le premier cas :
Santonine pulvérisée 15 à 60 centigrammes.
Sirop de miel 30 grammes.
Pour prendre à jeun.
La quantité de santonine dépend de l'âge des enfants, et il faut prescrire autant de fois 5 centigrammes qu'ils ont d'années. Ainsi 60 centigrammes à douze ans, 35 centigrammes à sept ans, etc.
Après six jours de santonine, on donnera, aussitôt après la dernière prise :
Calomélas 20 à 50 centigrammes, selon l'âge.
Sirop de groseilles 30 grammes.
Prendre à jeun, une heure après la dernière dose de santonine.
2° Dans le cas de taenia supposé ou démontré, on donnera :
Kousso 5 à 10 grammes.
Sirop de menthe 30 grammes.
A prendre trois jours de suite le matin à jeun, et ensuite on prescrira 10 à 15 grammes d'huile de ricin, ou bien de Y extrait éthéré de fougère mâle, 5 grammes.
Dans certaines dyspepsies liées à l'apparition des crises convulsives et qui pourraient bien en être la cause, il faut essayer de guérir les souffrances de l'estomac par le régime végétal et lacté, par la pepsine et la diastase, enfin parle bicarbonate de soude à petite dose et les eaux de Plombières ou de Fougues.
Lorsque l'irrégularité de la seconde dentition est telle qu'on peut supposer que les dents sont trop à l'étroit dans les mâchoires ou que les dents permanentes ne peuvent sortir à cause des dents de lait trop lentes à tomber, il faut faire enlever les dents qui gênent. Je l'ai fait pratiquer bien des fois avec avantage.
Maintenant, en dehors du traitement rationnel des causes du vertige épileptique et de la véritable épilepsie, il faut prescrire les médicaments réputés antispasmodiques et qui régularisent les mouvements de la circulation capillaire. Ces médicaments sont ceux qui font cesser le spasme des petits vaisseaux, d'où résulte l'ischémie locale du cerveau ou de la moelle, ou qui font resserrer les capillaires d'une partie hyperhémiée par suite des paralysies vaso-motrices locales. Dans le nombre, il faut indiquer et choisir : la belladone, les fleurs de zinc, le bromure de potassium, l'éther, le chloroforme, etc.
La belladone se donne en poudre de feuilles et de racines, à doses progressivement croissantes, tous les jours pendant plusieurs mois.
On commence par 5 centigrammes, pour passer à 10, 15, 20, 30 et 50 ou plus en deux ou plusieurs fois, selon la tolérance des malades. Tant qu'il ne se produit pas de sécheresse de la gorge ni de dilatation des pupilles ou de rêves fantastiques étranges, on peut élever la dose ; mais si l'on observe des phénomènes de ce genre» il faut suspendre l'emploi du médicament ou diminuer les doses d'emploi.