TRAITÉ PHATIQUI-: DES MALADIES DES OVAIRES
venir à une nouvelle ponction et suivre encore la môme marche que nous venons de tracer.
Une autre précaution qu'il ne l'aut pas perdre de vue, est de ne pas trop enfoncer la sonde, ni de laisser son extrémité interne ou abdominale toujours à la même place, dans la crainte que cette extrémité, toujours en contact avec le même point, ne vienne à l'irriter, à l'enflammer, à l'ulcérer et à le perforer ensuite.
Quand l'ouverture fistuleuse est bien établie, bien directe, que tout épanchement dans le péritoine est devenu impossible, par suite de la solidité des adhérences établies autour de la sonde. Il est convenable et commode pour les malades, de remplacer les sondes de gomme élastique, qui se ramollissent et s'écaillent facilement, par une espèce de long clou à tête, également en gomme élastique, ou mieux par une canule d'ivoire ou de platine, espèce de sonde de femme que nous avons fait fabriquer par Charrière. Cette canule, dont la longueur peut varier de 12 à 18 centimètres, suivant le retrait du kyste, est plus renflée à son centre qu'à ses extrémités, dont l'une, celle qui est introduite dans le kyste, est arrondie et percée dé deux larges ouvertures latérales, comme les sondes en gomme élastique, tandis que l'autre extrémité, celle qui est hors du ventre, est garni d'un robinet d'argent ou de platine que les malades peuvent ouvrir et fermer à volonté, de telle sorte qu'elles peuvent laisser sortir le liquide des kystes quand bon leur semble, et y faire des lavages ou des injections. Au lieu d'un robinet, on peut tout simplement fermer cette canule ou ce clou creux avec un fausset en bois, qu'on ôte et qu'on remet à volonté. Cette canule o*u ce clou une fois appliqués, sont peu gênants pour les malades, qui les maintiennent faci-
TRAITEME^iT PAR DES INJECTIONS IODÉES. 263 lemenl, soit îi l'aide d'un bandage de corps, ou d'un Jjandage à ressort, percés au point qui correspond au robinet de la canule. Avec cette canule, facile à changer et à nettoyer, les malades peuvent aller et venir, et vaquer à toutes leurs occupations, sans être trop incommodées, ni par la présence de cet instrument, ni par l'écoulement continu du liquide du kyste.
Dans les cas où le kyste se vide mal et ou des adhérences existent dans une assez grande étendue, on peut avec un bistouri agrandir l'ouverture fistuleuse de plusieurs centimètres comme nous l'avons lait plusieurs fois avec succès et traiter le kyste comme un véritable abcès.
Comme il est facile de le prévoir, d'après tous ces détails, la durée de ce traitement est longue, et quoi qu'on fasse d'ailleurs, on ne peut espérer une guérison radicale en moins de plusieurs mois, et souvent il exige plusieurs années. Il est donc impossible d'indiquer le nombre des lavages et des injections qu'il faudra faire, pour arriver à une guérison radicale. Ces injections et ces lavages seront indispensables, tant que le kyste ne sera pas entièrement revenu sur lui-même, tant qu'il conservera une certaine capacité et surtout toutes les fois que le liquide du kyste exhalera une odeur désagréable. On comprend le danger qu'il y aurait à laisser la fistule s'oblitérer. Si le kyste n'était pas complètement revenu sur lui-même, la plus petite quantité de liquide qui y séjournerait, une cuillerée par exemple, pourrait donner lieu à la reproduction du kyste.
Dans les cas où le liquide du kyste ne s'altère pas et ne prend aucune mauvaise odeur, des injections iodées faites tous les huit ou dix jours, tous les quinze jours même, paraissent suffire. Seulement on doit les moditier, c'est-à-dire se servir d'une teinture d'iode plus ou moins
264 TftAlTÉ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES.
conceilirée ou étendue d'eau, suivant l'état du kyste, ou si on juge à propos d'activer ses propriétés vitales et d'y produire des modifications plus ou moins sensibles.
C'est surtout lorsqu'on emploie la méthode de la sonde àdcmeurii, qu'on doit prendre toutes ses précautions pour faire la ponction et placer la sonde du côté où le kyste a pris naissance; autrement on s'exposerait, le kyste étant ponctionné dans un point opposé à son origine, à lui faire contracter des adhérences, qui l'empêcheraient de revenir sur lui-même et par conséquent de s'oblitérer. La ponction faite pour placer une sonde à demeure, ne doit jamais être pratiquée que sur la paroi abdominale, et, comme nous l'avons déjà dit, le plus près possible du point où il a débuté. On sait, que lorsque les tumeurs ovariques atteignent un certain développement, elles prennent la forme sphérique, dont la grosse extrémité se trouve en haut, puis elles s'élèvent graduellement, comme l'utérus dans la grossesse, et bientôt leur segment inférieur repose sur la partie supérieure des os pubis, ne faisant qu'une légère saillie à l'entrée de l'excavation pelvienne. Ces remarques que nous faisons dans le but de montrer les inconvénients de la ponction par le vagin, nous semblent tout naturellement amener à cette déduction pratique, que le lieu d'élection pour la ponction des hydropisies enkystées de l'ovaire, doit être le point qui se rapproche le plus du siège primitif de Thydropisie. Ce lieu d'élection doit donc être à la partie inférieure du bas-ventre, au-dessus du ligament de Poupart. En procédant de la sorte, le kyste se débarrasse plus facilement des matières qu'il renferme, et a toujours de la tendance à se vider, que la malade soit debout, assise ou couchée, et aucun obstacle, aucune adhérence due à l'opération, ne vient s'opposer à son
TRAITEMENT PAR DES INJECTIONS IODÉES. 265 retrait complet. 11 en résulte encore un autre avantage non moins important, c'est que tout épancliement devient impossible dans le petit bassin et dans les culs-de-sac, recto et vésico-vaginal, comme il est arrivé lorsqu'on a pratiqué la ponction par le vagin.
Dans certains cas, en même temps qu'il existe un kyste de l'ovaire, il existe une ascite, et pour peu que cettte complication n'ait pas été reconnue avant l'opération, on opère croyant avoir affaire à un kyste multiloculaire où à un kyste à plusieurs loges. Si la ponction ne pénètre que dans la cavité peritonéale, prise pour une cavité ovarique, ou pratique dans le péritoine une injection iodée, qu'on croyait faire dans un kyste. Alors se développent tous les phénomènes graves de la péritonite et souvent la mort; et ceux qui croient encore que les injections iodées enflamment les kystes, de s'écrier et d'écrire : Encore une injection iodée faite dans un kijste^ qui a amené une inllammation mortelle.
On peut rencontrer des cas où plusieurs poches kystiques sontaccollées les unes aux autres, autrement dit où le kyste est formé de plusieurs poches d'égale grandeur à peu prés. Si l'une de ces poches vient*à se rompre, le liquide qu'il contient peut s'échapper entre les poches kystiques et amener des accidents de péritonite qu'on attribue aux injections iodées ; ou bien, en ponctionnant une poche, il peut arriver qu'on pénètre jusques dans une seconde ; alors si l'on fait une injection iodée dans ces conditions, l'injection, étant faite dans la poche la plus éloignée, peut tomber entre les deux poches et produire des accidents. Nous croyons utile d'appeler l'attention sur ces particularités, pour montrer que certains accidents attribués à des injections iodées qu'on croyait avoir faites dans des kystes,
26G TRAITÉ TRAÏIOUE IJKS MALADIES DES OVAIRES,
provenaient de ce qu'une partie de la teinture iodiquc s'était échappée dans le péritoine. De tels accidents se produisent toujours, lorsque par une cause ou par une autre, la teinture d'iode, au degré où on l'emploie pour injecter les kystes ovariques, pénètre dans le péritoine.
Est-il quelquefois avantageux de faire des injection^ iodées dans les kystes multiloculaires, dans ceux où l'on rencontre une foule de cavités de grandeur variable, sans communication les unes avec les autres. Il est certain que ces kystes offrent une structure et des produits qui rendront difticile et impossible le succès des injections iodées. Le plus souvent ces kystes ont des adhérences avec les organes qui les entourent. Par suite des irritations, des inflammations plus ou moins étendues, plus ou moins répétées dont ils ont été le siège, leurs parois ont une plus grande épaisseur et il est fort ordinaire d'y trouver diverses tumeurs, diverses dégénérescences. Le liquide qu'ils contiennent est épais, gélatineux, filant, ressemble à de la colle, du miel, etc., et est difficile à évacuer, il est donc indiqué, dans ce cas, sinon de s'abstenir des injections iodées puisqu'elles sont encore utiles pour empêcher le retour trop prompt du liquide, au moins de ne les employer que comme un moyen palliatif, qui ne pourra amener une guérison radicale. On ne doit donc avoir d'autre but et d'autre espoir alors, que de prolonger l'existence du malade. Encore faut-il, pour que ces injections soient possibles, que le kyste offre une loge plus considérable que les autres.
De nombreuses objections ont été faites aux injections iodées dans les kystes de l'ovaire, nou^s allons examiner les principales. D'abord on a invoqué la crainte d'un empoisonnement par l'iode, puis l'inflammation que pour-
TRAITEMENT PAR DES INJECTIONS lOrJÉES, 267
rait tlélerminer, sur les parois d'un kyste très-vaste, la grande quantité de teinture iodiquc qu'il faut injecter. La crainte d'un empoisonnement, d'une inflammation, d'une gangrène, parait être le résultat d'idées anciennes et mal fondées, qu'on avait des effets de la teinture d'iode sur nos organes. Nous avons fait des injections iodées par centaines, dans des kystes de l'ovaire de toute grandeur et de toute nature, dans des abcès chauds ou froids, dans les plèvres, dans des kystes de toute espèce, etc., et jamais nous n'avons vu que l'iode ait produit des symptômes d'empoisonnement... Jamais non plus, nous n'avons observé ni inflammation, ni gangrène, et cependant, il nous est arrivé bien des fois, de laisser une assez grande quantité de teinture d'iode, dans les cavités que nous avions injectées. Bien des médecins encore, confondent l'ivresse iodique avec l'intoxication, et disent avoir observé cette intoxication après des injections, seulement parce que les malades accusaient un goût d'iode dans la bouche. Parler ainsi, c'est faire preuve d'une ignorance complète des effets de l'iode sur notre économie.
Parmi les médecins qui n'ont jamais pratiqué ou vu pratiquer d'injections iodées dans les kystes de l'ovaire, il s'en trouve encore un grand nombre, qui, se basant sur des idées préconçues, pensent que les injections peuvent amener la mort en quelques heures, par suite des inflammations violentes et instantanées, qu'elles peuvent déterminer dans les kystes. L'observation attentive des faits a démontré depuis longtemps déjà, et démontre encore tous les jours que cette opinion est une grosse erreur, et tous les faits sans exception qu'on a apportés à l'appui de cette nrianière de voir, prouvent tout le contraire de ce qu'on veut leur faire prouver; car si les ma-
268 TRAITÉ PRATIQUE MS MALADIES DES OVAIRES. Jades ont succombé, ce n'est pas parce que des injections iodées, faites dans la cavité des kystes, ont enflammé ces kystes, mais parce que ces injections, qu'on croyait avoir faites dans le kyste, ont été faites en dehors de cette cavité, c'est-à-dire dans le péritoine... Alors on a attribué à l'inflammation de la cavité du kyste, des accidents graves, qui étaient dus à l'inflammation du péritoine, et cela parce que ceux qui avaient fait de telles injections dans le péritoine, n'ont pas vu leur erreur ou n'ont pas voulu l'avouer, préférant accuser la méthode, plutôt que leur ignorance.
Voici comment agissent les injections iodées dans les kystes ovariques, et les phénomènes locaux et généraux qu'elles produisent. Nous avons dit ailleurs, que les kystes de l'ovaire étaient des poches fibreuses inertes et à peu près insensibles, des espèces de parasites en un mot, qu'on détruirait facilement si on pouvait les atteindre et les enlever, sans agir sur le reste de l'organisation. Alors, il est facile de comprendre, sans qu'il soit besoin d'insister plus longtemps sur ce point, pourquoi les injections iodées pratiquées dans de pareilles cavités, doivent ne produire aucun symptôme d'inflammation, et si ces poches fibreuses ou ces kystes, au lieu d'être placées dans l'intérieur de l'économie, étaient placées en dehors, on serait certain d'avance de ne jamais voir survenir la moindre trace d'inflammation.
C'est donc bien à tort, et faute d'avoir bien observé ou pratiqué convenablement les injections iodées, qu'on a mis en avant la susceptibilité inflammatoire des kystes de l'ovaire, comme une raison qui doit empêcher d'injecter une poche ovarique, mais cette susceptibilité n'existe pas, et ne se trahit par aucun phénomène de sensibilité ou de réaction, quelle que soit la concentration de la tein-
TRAITKMIÎNT PAR DES INJECTIONS IODÉES. 269 ture iodique, et quelle que soit la capacité du kyste. Qu'on le sache donc bien, et qu'on ne tienne plus mettre en avant ces prétendues inflammations des kystes, qui font mourir les malades en quelques heures, en quelques jours. Nous le répétons, le kyste, qu'il soit uniloculaire ou multiloculaire, est une poche inerte, insensible, et si les malades n'étaient pas prévenues qu'on leur fait une injection iodée, elles ne s'en douteraient pas, car l'injection iodée, loin de produire de l'inflammation, ne produit même pas de la douleur ; mais cependant, diront quelques-uns, cette douleur que vous niez d'une manière si absolue, nous l'avons observée au moment où l'injection iodée était faite dans un kyste et vu produire des inflammations aiguës, violentes, qui ont promptement emporté les malades... En effet, ces graves accidents ont eu lieu quelquefois à la suite des injections iodées, mais soyez certains que dans ces cas, l'injection iodée n'avait pas pénétré dans le kyste, rien que dans le kyste, mais qu'elle avait été faite dans le péritoine, ou que si une partie avait pénétré dans le kyste, une autre partie s'était échappée dans le péritoine.
La première de ces causes et la plus grave arrive lorsqu'on a commis une erreur de diagnostic, et pris une ascite pour un kyste de l'ovaire : alors on injecte de la teinture d'iode en plein péritoine, alors qu'on croit l'injecter dans une cavité ovarique; nous en avons cité un exemple remarquable. Celte erreur de diagnostic est encore plus commune qu'on ne croit... Alors il survient une péritonite des plus intenses, et la mort en est presque toujours la suite.
Une autre circonstance qui quelquefois encore, en a imposé au chirurgien et fait pratiquer une injection
iodée dans le péritoine, c'est la complication d'une ascite avec une hydropisie de l'ovaire... Si dans ce cas la ponction pénètre d'abord dans le kyste, le ventre conservant encore un certain volume et offrant une fluctuation évidente, on se figure, le kyste étant vidé, que le kyste a plusieurs loges; alors, ou bien on fait une double ponction et une double injection, ou bien on se contente de ne faire qu'une simple injection dans le kyste qu'on vient de ponctionner, se réservant de vider plus tard l'autre poche. Dans ce cas, l'injection faite dans le kyste n'est nullement douloureuse, mais au moment où l'on retire la sonde ou la canule du kyste, on voit sortir tout à coup un jet de liquide, et on suppose que la canule est placée dans une nouvelle poche qu'on avait traversée, en ponctionnant la première. Ce nouvel écoulement se montre à l'instant où la canule abandonne le kyste pour arriver dans la cavité péritonéale, alors on laisse écouler ce nouveau liquide et le ventre 's'affaisse complélement, et si on n'a pas songé à la complication d'une ascite et qu'on suppose l'existence d'une nouvelle poche kystique, on peut faire une nouvelle injection iodée, ce qui est un malheur, parce que c'est dans la cavité péritonéale que l'injection iodée est faite; alors apparaissent promptement ces symptômes d'inflammation violente, qu'on a attribués à tort à l'inflammation du kyste.
Des accidents graves peuvent également avoir lieu quoique l'injection ait été faite dans la cavité du kyste, alors qu'il n'existe aucune complication, et voici comment. Ainsi dans le cas que nous venons de supposer, lorsqu'on voit sortir de nouveau du liquide, au moment où l'on retire la sonde ou la canule, on laisse s'écouler ce liquide, dans le but de vider complètement le ventre, et
TPxAlTEMEiNT l'Ail DES INJECTIONS IODÉES. 271 l'on ne prend pas les précautions qu'on doit toujours prendre pour retirer la sonde; alors l'ouverture du kyste n'étant pas comprimée, reste béante, et il peut arriver qu'une certaine partie de l'injection restée dans le kyste, tombe dans le péritoine; de là, douleur vive, péritonite, et accidents souvent mortels, etc.
Comme certains kystes sont quelquefois compliqués d'ascite et enveloppés d'une certaine couche de liquide, il peut arriver que la ponction n'atteigne pas jusqu'au kyste et ne pénètre que dans la cavité péritonéale... Persuadé alors qu'on a devant soi un kyste à plusieurs loges, on agit avec hardiesse, et on pousse l'injection iodée dans le péritoine, convaincu de l'avoir faite dans une poche kystique à liquide séreux... Alors se produisent instantanément les accidents de la péritonite, puis la mort... Il n'y a que l'autopsie qui peut convaincre ceux qui commettent de pareilles erreurs de diagnostic, en leur révélant que c'est la cavité péritonéale qui a été injectée, et non une cavité kystique.
On peut encore prendre des hématocèles rétro-utérines anciennes et enkystées, pour des kystes de l'ovaire, et la nature du liquide qui est rouge, noirâtre, laisse croire qu'on a eu affaire à un kyste, renfermant un liquide sanguinolent; cette erreur est assez facile à commettre, et si au moment de la ponction, on ne reconnaît pas la nature de la tumeur fluctuante qu'on a ponctionnée on agit comme on le ferait pour un kyste ovarique, une injection iodée pratiquée dans les cavités enkystées formées par le péritoine, est toujours suivie de douleurs plus ou moins vives ; alors, les médecins qui n'ont pas reconnu leur erreur de diagnostic, qui ont fait une injection dans une hématocèle, croyant le faire dans un kyste de l'ovaire, concluent que
l'injection iodée est douloureuse dans les kystes ovariqucs. Heureusement que, dans ces cas, la douleur, quoique trèsvive quelquefois, ne dure que quelques heures, diminue peu à peu, et que le résultat de l'injection iodée y est très-favorable et amène souvent une guérison radicale.
L'injection iodée peut encore s'échapper du kyste et tomber dans le péritoine de plusieurs autres manières : d'abord lorsque le kyste en se rétractant, ou par suite de pressions inconsidérées, pour faire écouler tout le liquide, abandonne la canule, si on a eu le grand tord de se servir de la canule du trocart pour faire l'injection; ensuite lorsqu'on retire sans précaution la canule ou la sonde du kyste après l'injection; les quelques gouttes d'injection qui restent dans le kyste ou dans la sonde qui a servi à faire l'injection, tombent dans le péritoine et peuvent amener des accidents mortels. Lorsque la tienture d'iode s'échappe ainsi dans le péritoine, à l'instant même il se manifeste une douleur très-vive, et ensuite des signes plus ou moins intensesdepéritonite; accidents qui peuvent devenir très-graves, si une certaine quantité de teinture d'iode est ainsi tombée dans la cavité péritoniale. On peut facilement et sûrement éviter ces accidents, si on veut se conformer au procédé que nous avons indiqué et prendre toutes les précautions que nous avons recommandées, c'est-à-dire : faire usage d'une sonde en gomme élastique pour faire l'injection et la retirer jusqu'à la dernière goutte en l'aspirant avec une seringue, et tenir bien rapprochées les unes des autres les parois abdominales et la paroi du kyste, en exerçant une légère pression autour delà sonde.
Les effets primitifs d'une injection iodée, dans la cavité d'un kyste de l'ovaire, au point de vue de la douleur et de l'inflammation, sont donc absolument nuls. Les effets
TKAri'KMKiNT l'Ali OKS INJECTIONS lUUJÏliS. 275 (le ces injections sont dans la inodilicalion que subil la surface du kysie, qui cesse de sécréter du liquide, et c'est de la cessation de la sécrétion du .kyste et de son retrait que résulte la guérison.
Ignorant les effets de la teinture d'iode sur nos différents tissus, et toujours dirigés par des idées erronées sur l'action locale de l'iode, bien des médecins le considèrent encore comme un agent devant enflammer, irriter, les parlies avec lesquelles il se trouve en contacl, et dès lors, ils pensent qu'il ne peut guérir qu'en provoquant l'inflammation, et pour ce qui est des kysles de l'ovaire, beaucoup croient encore et écrivent, qu'ils ne guérissent que par. l'mflammation adliésive, produite sur leurs parois, par la teinture iodiquc. Dans ce cas^ comme dans beaucoup d'autres, la teinture d'iode n'est qu'un modificateur puissant, agissant d'une manière toule spécicik sur les surfaces, dont elle modifie très-avantageusement et trésheureusement les sécrétions morbides. Celle propriété qu'a l'iode de modifier les surfaces irritées, enflammées, altérées, les sécrétions de toute nature, nous l avons signalée, dans tous nos écrils sur les applications tbérapeutiques locales de l'iode, depuis 1840, et nous a\ons montré que ce n'est pas par inflammalioii adhésive que s'opère la guérison des kystes, mais par simple rétraction; que les kysles guérissent en diminuant peu à peu de capacité, en revenant sur eux-mêmes et en cessant de sécréter du liquide.
Les kystes purulents surtout démontrent la puissance modificatrice de l'iode; après quelques injections leur, surface interne est tellement modifiée, que les matières purulentes et de mauvaise nature, sont changées en matière séreuse et de bonne nature. Ces faits sont tellement
'274 TIUITÉ l'UATlQUE DES MALADIES DES OVAIUES.
curiiiLis aujourd'hui, qu'il irie paraît inulilo de m'y arrèlc.iplus longtemps, et si je les ai rappelés, c'est que je crois utile de répéter, que jamais la teinture d'iode, n'a guéri un kyste de l'ovaire par Inllammalion adliésive, et ceux qui disent le contraire n'ont jamais fait d'injections iodées ou ont mal observé les effets primitifs et consécutifs de ces injections, dans les kystes de l'ovaire.
Ces kystes guérissent, ai-je dit, en diminuant peu à peu d'étendue, par un mouvement de retrait, et en se rétractant quelquefois d'une manière si complète, qu'on ne trouve plus après la guérison, la moindre trace de leur existence. Lorsqu'on a fait des ponctions et des injections successives, il est facile de suivre la rétraction successive des kystes; assez souvent, non pas toujours, lorsque la guérison a lieu, on trouve à leur place, une tumeur plus ou moins dure, insensible, qui diminue de volume avec le temps et finit parfois par disparaître tout à fait.
Les effets immédiats produits par les injections iodées dans les kystes de l'ovaire, varient aussi suivant l'étal particulier des malades, effets qu'il est impossible de déterminer à l'avance. Au moment de l'injection, bien des malades n'éprouvent aucune sensation, ni désagréable, ni autrement, et si on ne les prévenait, elles ne se douteraient pas de l'opération qu'elles viennent de subir; d'autres ressentent une chaleur légère, mais non accompagnée de douleurs, ni de coliques. Cette chaleur dépend souvent de la piqûre du trocart et de la présence de ki sonde dans l'ouverture faite par le trocart, et c'est presque toujours à l'endroit de la piqûre, qu'elles rapporteul la sensation plus ou moins désagréable qu'elles éprouvent. Dans certains cas assez rares, cette chaleur est assez loi'le, et va jus([u'à une sensation de cuisson, de doulcui'
thaitemeiM I'Ar des injections iodées. 275
vive, mais ces pliéiioinènes ne se produisent, que lorsque quelques {•outtes du liquide iodique, s'éeoulanl le long de la sonde ou sortant par ses trous, touchent le péritoine et le trajet de la piqûre du trocart, ou bien lorsqu'on retire la sonde, et que la partie de la sonde qui était dans le kyste, et qui par conséquent, a trempé dans le liquide de l'injection, louche le péritoine dans les points où il a été traversé par le trocart. Quand les douleurs sont plus vives, qu'elles persistent plus longtemps, on doit craindre que quelques gouttes de l'injection, ne soient tombées dans la cavité péritonéale, ou bien, ce qui est plus grave, et souvent mortel, que l'injection, au lieu d'avoir été laite dans le kyste, ait été poussée toute entière dans le péritoine, ou ce qui est de beaucoup moins grave, dans une hématocèle rétro-utérine, qu'on a prise pour un kyste de l'ovaire. Dans ce dernier cas, c'est surtout dans le bas-veritre, vers l'utérus, que les douleurs se font sentir le plus vivement, mais elles sont moins instantanées que lorsque l'injection pénètre dans le péritoine proprement dit. Quand quelques gouttes de l'injection se sont échappées dans le péritoine, soit au moment de l'injection, soit en retirant la sonde ou autrement, il survient quelquefois des symptômes de péritonite légère; alors les malades ont une fièvre plus ou moins forte, la peau devient chaude, le ventre est plus ou moins sensible, surtout dans les points en rapport avec la piqûre du kyste, mais tous ces phénomènes sont de courte durée et disparaissent prompteinent avec le repos, des cataplasmes eniollients laudanisés, les badigeonnages avec la teinture d'iode, le coUodion riciné ou quelques onctions mercurielles.
Au bout de quelques minutes, quelquefois, mais rare-
270 TRAITÉ PHATIQUE DES WALADItS UES UVAIHES. menl à l'inslant même, d'autres ibis après plusieurs heures, les malades éprouvent un goût particulier, désagréable dans la bouche, un goût d'iode en un mol; rarement des nausées, des envies de vomir; quelquefois une céphalalgie plus ou moins forte, un peu de malaise, d'inquiétude générale ; d'autres fois de l'agitation, de l'insomnie, enfin tous les phénomènes de l'ivresse iodique, et non de l'intoxication iodique, comme l'appellent quelques médecins, qui confondent l'ivresse iodique avec l'intoxication du même nom. Tous ces phénomènes immédiats sont assez rares, et quand ils se manifestent, ils sont habituellement très-légers, de peu de durée, cèdent spontanément assez promplemenl, et disparaissent complètement dans les premières vingt-quatre heures; jamais ils ne durent deux ou trois jours et n'ont d'ailleurs aucune importance.
La composition des injections iodées ne doit pas être la même dans toutes les circonstances. Au début et jusqu'à ce que la cavité du kyste soit considérablement réduite, nos injections sont composées de parties égales d'eau et de teinture d'iode, dans laquelle nous ajoutons une certaine quantité d'iodure de potassium ou de tannin. Voici notre formule, quelle que soit la grandeur du kyste, qu'il contienne 1 ou 2 litres ou 25 litres et même pJus de liquide : Eau distillée 100 grammes, teinture d'iode 100 grammes, iodure de potassium 4 à 5 grammes; on peut remplacer l'iodure de potassium par 1 ou 2 grammes d'acide lannique. Dans le cours du traitement, et à mesure que le kyste revient sur lui-même, nous augmentons progressivement la dose de la teinture d'iode, et nous arrivons sans crainte à faire usage de. la teinture d'iode pure, mais toujours additionnée d'iodure de potassium
TR.MTKMEM PAR DES INJECTIONS lODltES. 277 OU de tannin. Cet acide a, comme l'iodure de potassium, et mieux que lui encore, la propriété de dissoudre complètement l'iode. Jamais nous n'injectons plus de 100, 120 à 150 grammes du liquide iodé, et quelquefois moins, quelle que soit l'étendue du kyste, dans lequel nous le laissons séjourner de huit à dix minutes ; après ce temps on le laisse ressortir par la sonde, ou ce qui vaut mieux, on le retire avec une seringue, en prenant toutes les précautions que nous avons indiquées plus haut; dans le cas où une partie de l'injection ou même l'injection toute entière resterait dans la poche injectée, ce qui nous est arrivé plusieurs fois dans certains kystes multiloculaires, il ne faudrait pas s'en tourmenter, il n'en résulterait aucun danger, seulement les symptômes de l'ivresse iodique, pourraient être plus intenses et auraient une durée plus grande.
Dans un tableau que nous avons publié dans la seconde édition de notr.e traité d'iodothérapie, à la page 664, nous avons donné le résultat général de nos 100 premières malades traitées par les injections iodées, en indiquant le nom des médecins qui ont assisté à nos opérations. Nous ferons remarquer, avant d'aller plus loin, que ce tableau ne doit pas être considéré comme le résumé exact des résultats que peuvent fournir les injections iodées dans les kystes ovariques, parce que lorsque nous avons commencé à mettre cette méthode en usage, nous l'avons employée dans des cas où elle ne pouvait amener une guérison radicale, et qu'aujourd'hui, mieux éclairé sur la nature des kystes qui peuvent guérir par les injections iodées, nous ne les employons que dans les cas où les chances de succès sont presque certaines, d'où il résulte, qu'en choisissant les cas qui conviennent pour
278 TRAlTfi PRATIQlll!; DKS ^lALADlKS DES OVAIRES.
les injections iodées, on est presque toujours sûr d'une guérison radicale.
Les 100 premières malades que nous avons opérées ont fourni 02 guérisons et 58 insuccès. Parmi ceux-ci, M) malades sont mortes et 22 n'ont pas guéri. Des 10 malades qui ont succombé, 4 seulement sont mortes quelques jours après l'opération, mais chez 5, des imprudences ont été commises ; dans les 12 autres cas, la mort a eu lieu par les progrès de la maladie ; chez les 22 qui n'ont pas guéri, il y a eu dans la grande majorité des cas une amélioration notable de la santé, et des malades ont pu prolonger leur existence H ou G années, ce qui n'aurait pas eu lieu, si elles n'avaient pas été opérées, puisque les opérations ont été faites d'urgence et par nécessilé, alors que les malades ne pouvaient plus ni respirer, ni digérer, et qu'elles étaient menacées de mourir promptemenf. Parmi les morts, il y a eu 10 kystes multiloculaires, 1 kyste celluleux et 5 kystes uniloculaires ; parmi les insuccès, il y avait 20 kystes multiloculaires et 4 kystes uniloculaires; dans tous les kystes, les injections iodées n'ont jamais amené le moindre accident. Sur ces 38 malades où la guérison n'a pas eu lieu, on remarquera que 29 kystes étaient multiloculaires et 9 seulement uniloculaires, parmi lesquels 4 renfermaient un liquide filant, et les 5 autres un liquide plus ou moins coloré; il en résulte donc que sur ces 58 kystes, 55 au moins n'étaient pas susceptibles de guérir par les injections iodées, et si on les retranche du tableau que nous avons donné, on arrivera à un résultat très-beau en faveur des injections iodées, lorsqu'on les pratique dans les cas où elles sont applicables ; aujourd'hui ces 55 cas seraient soumis, ol avec raison, à l'ovariolomie ; depuis que nous avons ré-
TRAITEMENT PAR DES INJECTIONS lODÉKS. * 270
servé les injections iodées pour les kysles simples, unilocnlaires, renfermant des liquides séreux, hydatiques ou purulents, nos succès ont augmenté dans une grande proportion et nous ont donné près de 90 pour 100 de succès ; ainsi no§ 29 dernières opérations d'injections iodées nous ont donné 27 succès.
Dans le tableau que nous avons publié, se trouvent indiqués l'âge des malades, la variété des kystes, la nature du liquide, le nombre des ponctions, celui des injections iodées, l'état de santé des malades au moment de l'opération, et enfin le nom des médecins qui ont adressé les malades, assisté aux opérations ou qui ont vu ou suivi les malades pendant ou après le traitement. L'âge des malades a varié de 15 à 78 ans, mais c'est de 20 à 50 ans qu'on rencontre le plus grand nombre de kystes.
Durée de la maladie avant l'injection. — Dans 67 cas, elle a varié de 5 mois à 10 ans; elle n'est pas indiquée dans les autres cas, mais dans 86 cas, il est dit qu'elle était ancienne et existait depuis plusieurs années.
Nature du liquide. — Parmi les kystes uniloculaires, 7 étaient liydatiques, 54 séreux (5 compliqués de tumeurs fibreuses, 7 d'ascite) , 2 multiples, 4 séro-purulents, 2 sanguinolents, 5 purulents, 4 avec liquide épais, plus ou moins filant; 15 avec liquide plus ou moins coloré, 57 avec liquide cilrin. Les kystes mulliloculaires au nombre de 42, contenaient, 55 un liquide épais filant, coloré, verdàtre, et 9 un liquide séreux, chocolat ou café.
Constitution et état de santé des malades au moment de l'opération. — Chez presque toutes, la santé était plus ou moins altérée, mais chez 61 , elle était mauvaise, délabrée, et l'existenre était prochainement compromise; dans 54 cas, la santé était encore passable, la constitution
280 • TRAITÉ rRATFOIIE DKS MALADIIÎS HKS OVAIRES, était bonne; l'état général de la santé n'est pas indiqué dans 5 cas. Dans tous, l'opération a été pratiquée d'urgence.
Nombre des ponctions et des injections iodées. — Sur ces 100 malades, 554 ponctions et 527 injections iodées ont été pratiquées. Jamais ces ponctions et ces injections n'ont amené le moindre accident, ni an moment de l'opération, ni les jours suivants, c'est-à-dire pendant la première semaine. 45 fois une seule ponction et une seule injection ont été faites, et 57 fois la guérison a été obtenue, môme pour des kystes, dont la quantité de liquide dépassait 20 litres. 18 fois, 2 ponctions et 2 injections, et '10 fois il y a eu succès; 8 fois 5 ponctions et 5 injections, et 5 .''ois la guérison s'en est suivie ; 10 fois 4 ponctions et
4 injections, et guérison 5 fois ; dans 5 cas, 5 ponctions et
5 injections, pas de guérison ; dans 7 cas, 6 ponctions et
6 injections, et 4 succès; dans 5 cas 9 pondions et 9 injections, une guérison; dans un cas 15 ponctions et 15 injeclions, insuccès; 2 fois 17 ponctions et 17 injections, une guérison. Enfin 20 ponctions et 20 injections, et 26 ponctions et 19 injeclions, n'ont pas amené la guérison dans deux autres cas, mais ont considérablement amélioré la vie des malades, et les ont fait vivre pendant longtemps.
En résumé, il ressort de ce relevé, basé sur cent observations qui n'ont pas élé choisies, et qui ont été prises dans l'ordre où les opérations ont été faites :
1" Qu'une ou plusieurs ponctions suivies d'injections iodées, dans les hydropisies enkystées des ovaires, n'ont jamais offert le moindre danger, que les kystes fussent uniloculaires, simples, compliqués et mulliloculaircs ;
2° Que ces injections, dans les kystes simples, on! pros-
que toujours procuré la guérison et souvent une amélioration remarquable dans les kystes où la guérison n'était pas possible, comme dans les kystes mulliloculaires ;
5" Que les kystes uniloculaires simples, à liquide aqueux, citrin, hydatique, sanguin, purulent, quelle que soit leur étendue, guérissent souvent avec une seule ponction et une seule injection, et que le relevé de nos 29 dernières opérations nous a donné 27 guérisons.
4° Qu'on peut pratiquer sans inconvénient aucun, plusieurs ponctions et plusieurs injections successives dans le même kyste ;
5° Qu'il est important d'injecter les kystes de bonne heure et avant qu'ils aient acquis un grand développement, contracté des adhérences, et avant que la santé- générale des malades soit altérée ;
• G° Que la sonde à demeure doit être réservée pour les kystes uniloculaires, renfermant un liquide filant, huileux, etc., ou lorsqu'un grand nombre de ponctions et d'injections ont échoué et que le liquide se reproduit avec une grande rapidité ;
7" Enfin que l'ovariotomie doit être appliquée à tous les kystes multiloculaires et à ceux des kystes uniloculaires qui renferment un liquide épais, filant, et à ceux qui ont résisté aux injec'ions iodées.
CHAPITRI^ X OVAlt [OTOMIK
L'ovariotomie est une opération qui a pour but d'extirper les ovaires. L'idée d'enlever ces organes n'est pas nouvelle, elle paraîtrait remonter à l'antiquité la plus reculée, et l'on en trouve des traces dans plusieurs auteurs anciens. Seulement nous ferons remarquer que cette opération n'en est pas moins une conquête de la chirurgie moderne, et qu'elle n'avait été proposée, ni pratiquée d'abord, comme moyen curatif, mais bien dans l'unique but de rendre les femmes stériles, ou encore dans celui de combattre la nymphomanie. L'histoire rapporte que certains rois de Lydie (As'.Tîvoaoow-wv , lib. XII, ch. m, fol. 515) faisaient extirper les ovaires des femmes qu'ils destinaient, les uns à leur service, les autres à leur plaisir. Ce serait Andrimétés, qui le premier aurait fait châtrer des femmes, pour s'en servir en place d'eunuques: un autre du nom de Gygès, espérait, en leur faisant enlever les ovaires, conserver à ces femmes une jeunesse perpétuelle. Je ne sais si ce roi dépravé atteignait bien son bul, car on sait que les femmes privées d'ovaires
OVARIOTOMIR, m
perdent tous les attributs de la femme, pour prendre ceux de l'homme, et que l'homme privé de testicules, éprouve dans sa constitution des phénomènes, qui lui donnent les apparences de la femme. Mais devons-nous accepter, comme très-vraies, ces histoires de castration des femmes, alors que les auteurs qui les rapportent ne sont pas d'accord sur la manière dont on pratiquait l'opération. Selon les uns, cette prétendue castration aurait été ràMation de la matrice (Adolphe, Diss. de morho freq. et grave, g 55). Selon d'autres, ce n'était que l'opération de la circoncision, ou plutôt la nymphotomie {Marc. Anton. Ulmus , apnd Zacchiam) \ d'autres enfin, affirment qu'on enlevait véritablement les ovaires (Strabon, Voy. Diemerbroeck, Anat, liber I, cap. xxiv). Quoi qu'il en soit, il n'y a rien d'étonnant qu'on ait songé à extirper les ovaires chez la femme, quand il est avéré que cette opération, au dire d'Arjsloie {Hist. nat., lib. VllI, cap. li) et de Gallien (de Semine, cap. xv) se pratiquait sur les truies et beaucoup d'autres animaux domestiques.
Si, d'ailleurs, l'idée d'extirper les ovaires malades n'avait pu naître des faits que nous venons de citer, elle aurait certainement trouvé son origine, dans l'incurabililé elle-même de certains kystes de l'ovaire, car la possibilité d'extirper un ovaire malade, a dû se présenter à l'esprit de tous ceux qui ont eu à faire des autopsies do femmes atteintes de kystes ovariens.
D'un autre côté, plusieurs autres circonstances, indépendantes de la volonté des opérateurs, auraient pu encore conduire à l'extirpation des ovaires malades. Toi est le fait rapporté par Vierus et cité par Boerliaave {Prxlecl. Acad. in propr. inslit., t. V, pars 2, § 669), Graaf (de MuHenim organ. générât, [met. nnv., cap. xnr) et par
284 TRAITÉ l'fiATIQUIÎ DES MALADIKS DES OVAIRES bien d'aulrcs ailleurs, de ce cluUrewr hongrois, qui Ail tellement irrité de l'incontinence de sa fille, qu'il lui ouvrit le côlô et la châtra. Plater {Observ. ïïbri très., Bàle, 1680, p. 248), en 1680, se demandait s'il ne serait pas possible d'enlever les ovaires aux femmes dominées par un penchant excessif à la sensualité, opération que Riolan {Opéra omriia. Paris, 1610. Anatomie, p. 142) et Diemerbroeck [Anatomia coiporis Immani. Lyon, 1679, t. I, ch. xxiii) avaient blâmée, la considérant comme Irésgrave.
Frankenau {Scitira medkae , p. 41) rapporte qu'une femme reçut une blessure faite par un instrument tranchant, qui pénétra dans l'abdomen; l'ovaire (testis muliebris) fut coupé et la malade guérit parfaitement. Percival Pott {Œuvres cJiirur g.:, 1. 1, p. 492.), cite une femme âgée de 25 ans, d'une bonne complexion, qui était entrée à I hôpital Saint-Barthélemi, à cause de deux petites enflures qu'elle avait aux aines, et qui depuis quelque temps étaient si douloureuses, qu'elles l'avaient empêchée de remplir les fonctions de servante. Ces tumeurs absolument exemples d'inflammation, étaient molles, inégales dans leur surface, très-mobiles et placées précisément à l'extérieur de l'ouverture tendineuse de chacun des muscles obliques, par laquelle elles paraissaient avoir passé.
Cette femme n'avait d'autre incommodité que celle que lui causaient ces tumeurs, lorsqu'elle se baissait, ou faisait quelque mouvement qui les comprimait. On fit des tentatives réitérées, mais inutiles pour les faire rentrer; alors on se délermina à l'opération. La peau ayant été divisée, on découvrit un sac membraneux et mince, où était un corps rouge, si ressemblant à un* ovaire Iiumain qu'il était impossible de \c prendre ]iouraulro chose ; on
OVAlilUTOiMlE. 285
en lit la ligature tout près du tendon et ou le coupa. La même opération fut l'aile de l'autre côté, et on découvrit absolument la même chose, tant en faisant l'opération, qu'en examinant les parties extirpées. Cette femme a toujours joui depuis d'une bonne santé, mais elle est devenue maigre et en apparence plus musculaire ; son sein qui était ti^és-gros s'est affaissé, et depuis l'opération, elle n'a point été réglée.
Une fille âgée de 16 à 18 ans, avait d'un seul côté, une hernie que l'on prit pour une glande ou une tumeur lymphatique ; comme elle causait des douleurs assez vives depuis longtemps, on conseilla de l'enlever en la liant; on suivit ce conseil, mais la ligature détermina des douleurs si insupportables, pendant la journée, que pour les calmer, on fut obligé de faire l'excision des parties liées, au niveau de l'anneau inguinal; l'examen attentif qu'on en fit aussitôt, prouva que c'était bien l'ovaire qui avait passé hors de l'abdomen par celte ouverture. Celle jeune fille, au rapport de Lassus, fut guérie en fort peu de temps, et n'éprouva dans la suite, aucun des phénomènes mentionnés plus haut dans l'observation de Potf. 11 est vrai, qu'elle n'était pas privée des deux ovaires.
Ueneux dit avoir emporté la presque totalité d'un ovaire : la femme fut guérie le vingt-neuvième jour de l'opération. Nous pourrions encore citer quelques autres fails, mais ils n'auraient qu'une importance secondaire, pour le sujet qui nous occupe.
Nous avons dit plus haut, que l'idée d'extirper les ovaires malades, avait dû venir à plus d'un médecin en présence de l incurabilité des hydropisies de l'ovaire, et nous en trouvons la preuve dans plusieurs écrits de nos devanciers.
m TKAITÉ l'KATlOUE DES MALADlliS DES UVAIHES.
Tliéodore Schorkopl'l" {Disserl . medkiii, de Hydrope uvarii. Fév. 1685) est un des premiers auteurs, peut-être le pirinier, qui ait parlé de l'extirpation de l'ovaire; il s'exprime ainsi : « L'extirpation de l'ovaire lui-môme procurerait plus sûrement la guérison, si elle ne paraissait pas aussi, cruelle et aussi dangereuse. »
Sclilenker {de Singulari ovarii morbo. Leyde, 1722, thèse 21) se demande à son tour, après avoir fait remai"quer que tous les praticiens sont unanimes pour déclarer l'hydropisie de l'ovaire incurable, s'il ne serait pas possible, d'après ce que raconte Athénée, d'extirper les ovaires, en ouvrant le ventre, mais il abandonne la solution de celte question, à la prudence et à la sagacité des maîtres de l'art.
Après lui, en 1751, Willius {Specim. medicum sistens stupendum abdominis tumorem. Bâle, 1731, p. 55, thèse 16), à l'occasion d'un kyste multiloculaire énorme, entre dans des détails intéressants au sujet de l'ovarjiotomie ; il rappelle que des plaies très-larges et très-grandes du basventre ont été guéries, et que des femmes ayant subi l'opération césarienne, ont également guéri ; qu'alors il est assez rationnel de croire qu'on pourrait enlever des ovaires malades, atin que le mal coupé dans sa racine ne revint pas, mais tout en recommandant de faire l'opération au début, alors que personne n'oserait encore la conseiller, car en attendant plus longtemps et lorsque la tumeur a acquis un volume considérable^ on s'expose à la voir contracter des adhérences, et son extaaction exige l'incision de toute la paroi abdominale; de plus la douleur est plus grande et les hémorrhagies plus à redoutei', sans compter les accidents qui résulteraient de l'exposition à l'air des viscères abdominaux. Dans ces cas, il vaut
OVAIUOTOMIE. 287
mieux, dil-ii, i cjelci' l'opérulioii cl laisser mourir les malades, que de leur donner la mort de propos délibéré.
De son côté Payer Ulric {Acta Helvetka. Phijs. mathem. liotan. medic. tom. I, m Appendice. Thèse 32, pag. 38. Bâle 1751), en citant l'observation d'une jeune tille morte d'une tumeur volumineuse de l'ovaire, pense qu'il vaut mieux s'en tenir aune cure palliative, après avoir soulevé la question de savoir si on aurait pu enlever cette tumeur, avant qu'elle n'eût acquis un développement aussi considérable.
Giavoni Targioni Tozetti [Prima raccolta di observaziuni mediche. Florence 1752, page 78), se basant sur les extirpations des ovaires faites à des femelles d'animaux et surtout sur le fait de ce porcher allemand, qui avait châtré sa fille, propose comme ressource extrême, mais avec une grande timidité, l'extirpation de l'ovaire malade, dès que la maladie se montrerait rebelle aux médications ordinaires, et cette proposition lui paraît si peu praticable, qu'il se demande aussitôt s'il convient de s'y arrêter sérieusement.
D'autres encore, Theden [Nova ada naluv. curios., tom. V, p. 289), de Haen {Ration, meden.^ par. lY, cap. m §2), Morgani, W. Hunter, etc., ont parlé de l'extirpation des ovaires malades, mais c'était pour dire qu'il ne fallait pas la pratiquer, quoique Theden ait décrit une méthode pour exécuter l'opération et que van Swieteu {Comment, in H. Buerhaave Aphor. Liège 1770, t. IV, §1225) ail conseillé de recourir à ^opération, si la maladie n'était pas ancienne, ou si la tumeur n'avait pas con- Iraclé d'adhérences.
El bien, malgré ces faits d'extirpation des ovaires chez ■certains animaux; malgré cette opération cruelle faite par
i28S Ï15A1TÉ PRATKjrii i)tS MALAlJlES DES OVAIRKS. un pùre dénaliiré sur sa lille, niulgré ces ablations d'(jvaii-es praliquôes sans accidenls, par suite d'erreur tle diagnostic, malgré toutes ies propositions et les vues théoriques de plusieurs hommes célèbres, qui reconnaissaient la possibilité d'extirper certains ovaires malades et qui môme la conseillaient, l'ovariotomie ne fut pas exécutée et l'idée en était à peu prés abandonnée, lorsque Dekiporte {Mémoires de rAcadémie royale de chirurgie) vint proposer de nouveau l'extirpation des tumeurs ovariennes. Un chirurgien dont l'autorité était trés-grande, le célèbre Morand, secrétaire de l'Académie de chirurgie, se lit le défenseur zélé de cette proposition et s'écria : « La chirurgie moderne est capable de grandes choses, on ne saurait lui ouvrir trop de voies pour guérir. » Mais nous devons le dire, Morand à l'Académie de cliirurgie, comme Cazeaux à l'Académie de médecine en 4856, furent les seuls de cet avis etilavin [Mémoires de T Académie royale de chirurgie)^ à l'occasion de la proposition de Delaporte, écrivit sur l'extirpation des ovaires un excellent mémoire, dans lequel se trouve le plus grand nombre des renseignements historiques que nous avons cités, et dont les conclusions n'étaient pas favorables, à l'opération proposée par Delaporte et si chaudement défendue par Morand. Voici comment il termine son mémoire : « L'extirpation des ovaires « malades, soil simplement squirrheux,soil affectés d'une « liydropisie commençante, n'est aucunement pratiqua- « ble; ce serait même une témérité, pour ne rien dire de « plus, d'entreprendre inconsidérément une opération « effrayante par elle-même et dont les suites, nécessairea ment funestes, seraient incomparablement plus redouta- « bles que la maladie même qu'on aurait eu le dessein « de combattre, en un mot ; où il y aurait eu un péril émi-
« ncnt, sans aucun espoir de guérison; celte conséquence, « qui esl tirée d'après un examen attentif de la nature de « la maladie, de l'importance des parties qu'intéresse- « rait celle opération et des accidents insurmontables « qu'elle ne manquerait pas d'occasionner, se trouve « d'ailleurs appuyée sur la décision bien réfléchie des au- « leurs recommandables. »
Cependant il existait dans la science un l'ail qui était resté inaperçu aux yeux de tous, quoique le nom du cliirurgien eût été mentionné par M. Velpeau en 4840, dans le Dictionnaire en trente volumes à l'article Ovaire, p. 591 . Peut-être ce fait aurait pu, s'il avait été connu, lixer l'attention de quelques chirurgiens et les amener à tenter l'ovariotomie. Ce fait a été rappelé par M. le docteur Kœberlé, dans la Gazette hebdomadaire, année 1866, p. 456 ; il date de 1701, et a été publié dans un ouvrage anglais, à Londres en 1726 \ Les médecins anglais eux-mêmes paraissent l'avoir ignoré, une ovariolomie aurait été pratiquée avec succès, pour un kyste volumineux de l'ovaire, dans les environs de Glascow, par un médecin anglais, le docteur llonstoun. Voici ce fait, tel qu'il est consigné dans Pliilosophical transactions, \o\. Wllll, p. 8; Londres 1726.
Une femme de 58 ans était affectée depuis treize ans d'une tumeur volumineuse de l'ovaire. Elle consulta le docteur llonstoun, le suppliant de la soulager, et accepta avec empressement la proposition qu'il lui fit d'enlever cette tumeur, la prévenant que, dans ces circonstances graves, on serait obligé de lui ouvrir une grande partie du ventre. Avec une lancette à abcès, dit llonstoun, je fisune incision d'un pouce; mais trouvant cette ouverture trop petite, je l'agrandis de 2 pou-
1 An nccnuiU of a dropsy in the lefl ovanj of a luoman aged 58, cured by a large incision màdc in thc side of ihe abdomen, by doclor Robert llonstoun.
'2:)U rUAlTÉ l'ItATIOUE DliS MAIADIES DKS OVAIHES.
ces, cl coiiiiiie il no sortait qu'un peu de sérosité jaunâtre, je me liasardai de Taugmeiitor ciicoi'o de 2 pouces. Je fus Irés-alamié, après avoir l'ait une aussi gnmde incision, de trouver seulement une substance glntineuse qui faisait saillie à travers cette ouverture ; la dillicullé était de l'enlever; je l'essayai en vain à l'aide du doigt. Cette matière était tellement glissante, qu'elle ne pouvait être saisie, malgré les plus grands efforts. Je man(|uai,s, dans cette localité, de presque tout ce qui m'était nécessaire, mais je chercliai à .me tirer d'embari-as, à l'aide d'un instrument fort bizarre, bon néanmoins et le meilleur dans ces circonstances, parce qu'il répondait au but que je me proposais. Je pris un fort éclat de bois de chauffage, pareil à ceux dont les pauvres se servent d'ordinaire dans cette contrée, pour les brûler eu guise de chandelle. J'entortillai, autour de l'e.vtrémité de celte pièce de bois, un peu de filasse et je l'introduisis dans la plaie, en l'y tournant çiv et là; j'attirai dehors une substance plus épaisse qu'une gelée, ou plutôt semblable à de la colle toute fraîche, que l'on verserait avant qu'elle fût ligée, de la longueur de 2 yards (l^^SO), la largeur en haut était de 10 pouces; on enleva ensuite 9 quarts (10 litres) d'une pareille matière, en même temps que je rencontrai une tumeur stéatomateuse et athéromateuse avec quelques hydatides de grandeur variable, contenant une sérosité jaunâtre; la moindre d'entre elles était plus grosse qu'une orange ; à ces diverses parties étaient joints quelques grands lambeaux de membrane, qui semblaient être des parties de l'ovaire distendu; alors j'exprimai, je serrai dehors tout ce que je pus et je cousis la plaie en trois endroits, à des distances à peu prés égales. Je fus ensuite obligé de faire usage d'un baume de Lucatel, qui avait été préparé par celte dame pour les pauvres : je couvris d'une couche de ce baume une compresse quej'étendis sur toute la longueur de la plaie ; par-dessus je plaçai quelques compresses trempées dans de l'eau-de-vie française chaude, et pensant que les tissus pouvaient bien avoir perdu leur ressort, à la suite d'une si grande et si longue distension, je trempai dans la même eau-de-vie une grande serviette pliée en quatre, et je l'appliquai par-dessus tout le pansement, ensuite j'emmaillotai le corps tout alentour avec deux forts essuie-mains mouillés de la même manière; entin je prescrivis à l'opérée environ 4 onces d'un mélange d'eau de cannelle, la meilleure que j'aie jamais rencontrée et qui avait été préparée avec la plus line cannelle des Canaries, d'eau de menthe et de sirop diacode, qu'elle avait également en sa possession.
Le lendemain, je trouvai l'opérée en transpiration, et elle m'apprit avec de grands signes de joie qu'elle n'avait jamais dormi autant et qu'elle n'avait pas été dans d'aussi bonnes dispositions depuis trois
OVAIUOTOMIE.
mois. Les huit jours suivants, je lui fis ciiaque jour une visite, en pansant constamment avec soin la plaie de la même manière. J'entretins une petite mèche de charpie, dans l'angle inférieur de la plaie, qui laissa écouler un peu de sérosité à chaque pansement, pendant quatre ou cinq jours. Mes afïaires m'appelant ailleurs, je laissai l'opérée, après avoir appris à ses deux filles à faire le pansement; j'indiquai le régime à suivre qui me parut le plus convenable et je recommandai bien d'observer mes prescriptions : la principale nourriture consistait en un fort bouillon préparé avec un vieux coq; dans chaque écuelle de ce bouillon ou ajoutait une cuillerée de l'eau de cannelle de cette dame, ce que l'on répétait quatre fois par jour, afin de lui donner des forces.
Après une absence de trois semaines, je fis par occasion une visite dans sa maison, que je trouvai close, ce qui me surprit un peu ; mais je fus surpris bien davantage, lorsque je la rencontrai assise, non loin de là, enveloppée dans des couvertures, donnant des instructions à quelques ouvriers qui devaient faucher ses blés.
Elle se rétablit très-vite, à l'admiration de tous les habitants de la contrée; elle guérit, ce qui peut paraître surprenant, et elle vécut en bonne santé, depuis cette époque, qui correspond au mois d'août 1701, jusqu'au mois d'octobre 171 4, où elle mourut après une maladie qui avait duré dix jours.
Si cette observation, publiée en 1726, avait été connue, il est bien probable que depuis longtemps l'ovariotoraie serait entrée clans le domaine de la science. Les détails qui l'accompagnent ne laissent aucun doute sur la nature de la maladie ; c'était bien un kyste multiloculaire : ils sont môme assez précis, pour amener à cette conclusion que l'opération de Honstoun n'est pas une ovariotomic complète, c'est-à-dire une extirpation de l'ovaire, mais une simple incision d'un kyste ovarique. Cette opinion nous paraît ressortir clairement de l'observation ellemême. En effet, quelle opération a pratiquée le chirurgien? D'abord une incision de 5 pouces, âu travers de laquelle une substance gélatineuse vient faire saillie; ccttcsubstance est tellement glissante, qu'il estimpossiblo
de l'extraire avec les doigts, et que l'opérateur est oblige de recourir à un éclat de bois, dont l'extrémité est entortilléede lilasse. Avec cet instrument improvisé, qu'il tourne et retourne dans le kyste, qui probablement avait été ouvert d'emblée, il retire plus de 10 litres d'une substance plus épaisse qu'une gelée, semblable à de la colle fraîche; il l'etire des hydatides de grandeur variable, contenant une sérosité jaunâtre ; il retire encore quelques grands lambeaux qui semblaient être des portions de l'ovaire distendu, puis il constate la présence d'une tumeur stéatomateuse et athéromateuse. Alors, dans le but de débarrasser complètement ce kyste de son contenu, « j'exprimai, dit-il, et je serrai dehors tout ce que je pus, et je cousis la plaie en trois endroits. » Cette dernière manœuvre (Vexprimer et de serrer dehors tout ce qu'il put, indique évidemment, qu'après avoir vidé le kyste avec l'instrument dont il a été parlé, il avait, pour le vider plus complètement encore, exprimé, serre de/iors ce kyste, comme on pourrait le faire, par exemple, d'une orange dont on voudrait exprimer ou f^ire sortir tout le contenu. C'est la seule interprétation qui nous parait découler des détails eux-mêmes de l'observation. Cette manière de faire de la part de Honstoun, prouve qu'il n'a pas extirpé le kyste, et qu'il s'est borné seulement à le vider de son contenu; peut-être des adhérences existaient-elles entre les parois du kyste et la paroi abdominale, dans toute l'étendue de l'incision, et a-t-il pénétré dans le kyste, sans ouvrir, à proprement parler, la cavité abdominale ; alors ce kyste vidé serait revenu peu à peu sur luimême, en se débarrassant chaque jour et à chaque pansement de la sérosité qui se formait et s'écoulait par l'angle inférieur de la plaie, dans laquelle le chirurgien entrete-
nait une mèche de charpie. Celle observation, telle qu'elle est rapportée, ne peut donc donner au chirurgien anglais droit à la priorité de l'extirpation des ovaires malades, puisque rien n'indique que le kyste ait été extirpé ; il n'est dit nulle part que le kyste a été lié, puis excisé, et que cette tumeur stéatomateuse dont il est parlé ait été enlevée. Tout, au contraire, porte a croire qu'il a été pratiqué une simple incision du kyste, qui, après plus d'un mois de traitement, a produit une guérison radicale; nous disons après plus d'un mois, car il n'est pas dit, dans l'observation, que la malade fût entièrement guérie, lorsque le chirurgien eut l'occasion de la revoir, mais qu'elle était hors de chez elle, enveloppée dans des couvertures, et il ajoute : elle se rétablit très-vite, et elle guérit ; ce qui fait supposer que la guérison n'était pas encore achevée, lorsqu'il lui fit une visite trois semaines après l'avoir quiitée, et il ne l'avait quittée que huit ou dix jours après l'opération. Quoi qu'il en soit, cette observation est trèsremarquable et mérite d'être connue.
Je ne puis terminer ces réflexions sans faire remarquer qu'en 1701, les pansements à l'alcool étaient connus et qu'ils ont été largement employés chez cette malade et continués pendant tout le temps du traitement. Avis aux novateurs!
Mais revenons à notre historique. La proposition faite par Delaporte et soutenue par Morand, avait eu du retentissement, et un chirurgien de Rouen, Laumonier {Histoire (le In Société roijale de médecine^ 1782, t. Y, p. 296), extirpa un ovaire malade; c'était en 1776. Cette opération de Laumonier a été le sujet de plusieurs interprélations, et les uns ont cherché à lui en enlever la priorité, en disant qu'il n'avait pas fait son opération
m TRAITÉ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAlllES. dans le but arrêté, rélléclii, d'extirper un ovaire malade, et que c'est en ouvrant un abcès pelvien, six ou sept semaines après un accouchement, chez une femme atteinte d'une hydropisie enkystée de la trompe, compliquée d'une ovarite, qu'il avait été amené par hasard à faire l'exLirpation d'un ovaire. Cet avis sera facilement adopté, si on lit l'observation de Laumonier ; la voici en abrégé.
Une femme de 21 ans, relevant de couche, était affectée depuis six ou sept semaines d'une fièvre lente, d'une diarrhée colliquative et d'un écoulement vaginal abondant et fétide ; elle présentait dans la région hypogastrique, qui étaittendueet douloureuse, unetnmeur dure, dont la pression faisait couler une humeur puriforme par le canal vaginal. On considéra l'affection comme résultant d'un dépôt laiteux dans l'ovaire et dans la trompe, qu'on se décida à ouvrir. Laumonier fit une incision de 12 centimètres, parallèle au pli de l'aine, et mit à découvert une tumeur bleuâtre, adhérente par sa partie inférieure, surmontée par une autre tumeur delà grosseur d'un œuf, formée par l'ovaire. La pression exercée sur cette tumeur fluctuante, qui était formée par la trompe, fit sortir une petite quantité de pus par levagin; il fendit cette poche fluctuante depuis la petite tumeur formée par l'ovaire jusqu'à l'endroit où la trompe s'unit à l'angle de la matrice, et donna issue à une pinte de liquide purulent, noirâtre, extraordinairemeut infect ; l'ovaire, ayant été considéré comme étant devenu squirrheux, fut détaché de la trompe, ce qui donna lieu à une hémorrhagie insignifiante.
La cavité de la trompe fut ensuite remplie avec de la charpie, imbibée d'un mélange de miel et de jaune d'œuf.
L'appareil du pansement ayant été levé au troisième jour seulement, il s'échappa de la plaie 5 à 6 onces de matière sanieuse et infecte. Comme les intestins étaient enflammés et adhérents dans toute la circonférence de la tumeur avec la paroi abdominale, Laumonier voulut les décoller, pour éviter, dit-il, des th^aillements douloureux, que ces sortes d'adhérences occasionnentsouvent après la guérison des maladies qui leur ont donné lieu; mais heureusement, il éprouva une trop grande résistance, et la malade des douleurs trop vives, et il ne put exécuter son entreprise, qui aurait été infailliblement suivie d'une péritonite mortelle.
Vei-s le seizième jour, la cavité de la trompe était réduite à uii
volume à peu près égal à celui d'un œuf. Au bout d'un mois, l;i cicatrisation de la plaie était complète.
Cette opération de Lamiionier n'est certainement pas une opération d'ovariotomie basée sur les mêmes principes que nous désirons remplir aujourd'hui, lorsque nous pratiquons l'ovariotomie : c'est le hasard qui l'a conduit à enlever l'ovaire, le ventre ayant été ouvert pour vider un abcès, ou au moins une cavité renfermant du liquide purulent; aussi cette opération de Lauraonier n'eut-elle aucune influence sur la question de l'extirpation des ovaires, et ne fut considérée que comme un cas curieux et heureux. On doit la ranger dans la même catégorie que celle du chirurgien anglais Honstoun. Ces deux observations renferment cependant une donnée pratique qui pourrait bien dans quelques cas trouver son application : dans les cas, par exemple, de kystes purulents ou autres, entourés de fortes et nombreuses adhérences qui forcent à laisser l'ovariotomie inachevée. Ne pourrait-on pas dans ces cas, imitant Honstoun et Laumonier, inciser largement ces kystes, comme on le ferait pour un abcès, et les remplir de charpie, pour les panser ensuite, comme une cavité suppurante? Il me semble que cette conduite serait plus chirurgicale et aurait des suites plus avantageuses pour les malades, que de laisser le kyste et de l'abandonner après avoir recousu le ventre. J'avoue, pour mon compte, que si l'occasion s'en présentait, je n'agirais pas autrement.
Le mémoire de llavin, dont la conclusion était qu'il ne fallait pratiquer l'ovariotomie en aucun cas, n'avait pas porté la conviction dans tous les esprits, et, quelques années plus lard, en 1786 (J. Himter, OEuvres complètes,
296 TIUITK PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES, trad. Riclielol, Pnris, 187)9, (omc I, page 055), la proposait de nouveau. « Au début de leur formation, écrit-il, on pourrait pratiquer l'extirpation des liydalides de l'ovaire, car elles rendent la vie pénible pendant une année ou deux, et finissent par amener la mort. » Il n'y a aucune raison pour croire que les femmes ne pourraient pas supporter l'extirpation des ovaires, aussi bien que les autres femelles d'animaux; il ne s'agirait que d'ouvrir la cavité abdominale, ce que l'on fait souvent sans inconvénient sur des sujets sains.
Un autre auteur, Chambon {Maladies des femmes, Maladies chroniques à la cessation des rècjles. Paris, 4798, chap. XXXIX dé V Extirpation des ovaires), qui avait écrit un Traité sur les maladies des femmes, recommande d'une manière très-positive l'extirpation des tumeurs de l'ovaire : « Je ne crois pas, dit-il, que toute espèce d'adhérence fasse obstacle à la castration. En considérant quelles sont les parties avec lesquelles les ovaires se réunissent d'une manière un peu fixe, on observe dans les dissections que c'est avec le péritoine, les ligaments larges, la trompe, son pavillon, le morceau frangé, quelquefois l'épiploon et les intestins. Lorsque la tumeur est immobile, on ne peut pas juger de l'étendue des adhérences et de la nature des parties ainsi agglutinées ; on ne peut donc pas tenter une opération dont il a été impossible de prévoir les suites. Lorsque la tumeur est libre, l'opération ne présente pas de grandes difficultés et n'est susceptible d'aucun accident redoutable; car je suppose qu'on ne lente aucune espèce d'opération majeure dans un sujet dont le sang est vicié, la faiblesse extrême, etc. ; les adhérences de la tumeur avec l'épiploon ne détruisent point sa mobilité, mais quand il s'en
ronconlrcrait qu'on n'iuirail pas pu prévoir, faule de signes certains pour les faire reconnaître, il n'y aurait aucun inconvénient à emporter le bord de l'épiploon qui aurait contracté adhérence. L'union contre nature des intestins ou d'une portion d'intestins avec la tumeur ne conlre-indique l'opération, que dans le cas oùl'inllammation à la faveur de laquelle l'adhésion s'est contractée, aurait été violente. Dans ce cas, la tumeur se colle fixement à toutes les parties voisines, et nous n'en proposons point l'extirpation, car ces sortes d'adhérences sont nonseulement très-étendues, mais encore si fermes, que les organes réunis forment des productions en quelque sorte de nouvelle création, par la consistance et l'épaississement qu'elles acquièrent. H y a alors impossibilité d'enlever les parties malades, car il faudrait faire la section dans la substance même de la tumeur à détruire, et par conséquent attendre les suites d'une suppuration longue et périlleuse, ou emporter des organes trop adhérents à la tumeur, ce qu'on ne pourrait exécuter sans les plus grands périls pour les sujets opérés. Toutes les tumeurs des ovaires, soit squirrheuses, soit stéatomateuses, cartilagineuses, pierreuses, charnues, les kystes contenant des kystes épais ou ténus : toutes ces tumeurs sont de nature à être opérées dans les circonstances dont j'ai fait ci-dessus l'énumération. La même doctrine est applicable aux engorgements et à l'hydropisie des trompes. Il existe des tumeurs des ovaires qui, après avoir acquis un certain volume, ne prennent plus de nouvel accroissement ; quelques squirrhes se comportent de la môme manière, nous n'en proposons pas l'opération, tant qu'ils sont dans cet état d'inaction. Nous sommes persuadé qu'il viendra un temps où cette opération sera étendue à des cas plus
298 TRAITI': ]>nATIQUI'] DiïS MALADIIÎS DES OVAIRES.
nombreux que ccux^ où nous l'avons proposée, el qu'on no fera pas difficulté de la pratiquer. »
Ce qui nous a paru remarquable dans ce chapitre de Chambon, c'est que les indications et les contre-indications y sont exposées avec une clarté et une précision qu'on croirait ne pouvoir rencontrer que ciiez ceux qui ont pratiqué cette opération un grand nombre de fois ; et sans l'avoir jamais faite, il l'a jugée aussi sûrement que nous pouvons le faire aujourd'hui, alors que les faits se multiplient de tous les côtés.
En 1807, on trouve encore une thèse d'Ischier {Considérations médico-chirur (jiccd es sur rJnjdropisie enktjstée des ovaires, Thèse de Montpellier, 1807), où est décrit, d'après Thumin, le procédé opératoire suivant : Faire une incision le long du bord externe du muscle droit, détacher avec les doigts ou même avec le bistouri, les adhérences qui peuvent exister, extraire et exciser la tumeur, après avoir lié son pédicule, et placer le fd de la ligature à l'un des angles de la plaie, dont les lèvres devaient être rapprochées et maintenues réunies par des compresses latérales et par un bandage de corps.
Complètement repoussée en France, l'ovariotomie n'a trouvé de partisans qu'en Angleterre et en Amérique ; mais cette fois elle est devenue un fait accompli. C'est au docteur Éphraïm Mac-Dowel,de Kentucky (Lizars, Observ. on extract of disease ovari; 1825, Bulletin de Férussac, tom. ÏV, page 144), si cette priorité ne lui était pas contestée, qu'appartiendrait la première extirpation d'un kyste de l'ovaire. Ayant suivi à Edimbourg, en 1794, le cours de John Bell, il fut tellement enchanté de l'éloquence du professeur, qui avait surtout insisté sur les funestes conséquences des maladies organiques de l'o-
nVARIOmiîK. 200
vaire, en môme temps que sur la possibilité de son extirpation, qu'il se détermina de suite à tenter cette opération dans le premier cas qui se présenterait.
Ce fut en 1809, quatorze ans après, qu'il fut consulté par la dame Crawfort, sur laquelle il pratiqua la première opération d'ovariolomie. Celle dame vécut jusqu'en 1841, où elle mourut âgée de 78 ans. Jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 1830, ce hardi chirurgien fît 15 opérations d'ovariolomie, sur lesquelles il eut huit succès. (Gross, Vie des chirurgiens et des médecins éminents de l'Amérique, p. 212). Je viens de dire que la priorité de cette opération était conteslée à Mac-Dowel, et on prétend que ce chirurgien aurait dû l'idée de la première opération à un chasseur nommé King, qui aurait, dit-on, opéré avec succès une femme que Mac-Dowel avait abandonnée et condamnée comme incurable {Gazette hebdomadaire, p. 436,1806). Plusieurs autres chirurgiens américains parmi lesquels il faut citer Dzondi, Nathan et Alban Smith du Conneclicul {North AinericMed. and Surg. Journal, janvier 1826; Journal du progrès^ t. V, p. 275), pratiquèrent cette opération avec succès.
Ce n'est qu'en 1825, encouragés par les succès des chirurgiens américains, que les chirurgiens d'Europe osèrent faire l'ovariotomie. Les premiers cas ne furent pas encourageants. Le premier qui tenta cette opération fut Lizars {Edinburgh Med. and Surg. Journal, octobre 1824, n" LXXXI, 1825; R. Lee, Med. chir. Transact., tom. XXXIV, p. 10), professeur d'anatomieel de physiologie à Edimbourg; son premier essai ne fut pas heureux ; il ne trouva dans l'abdomen une fois ouvert que de la tympanile et de l'obésité; la malade guérit néanmoins, c'était 'Ml 1825, Ce fut prouve que le diagnostic des tumeurs du
nOO TRAITÉ PRATIQUE DES MALAfilES DES OVAIHES. venlre n'avait pas encore la perfection qu'il a acquise aujourd'hui. La seconde opération de Lizars fut un succès; elle fut pratiquée, en d825, chez une malade âgée de 50 ans, qui avait un kyste compliqué d'ascite; plusieurs autres opérations pratiquées encore par Lizars, Granville, n'encouragèrent pas les chirurgiens anglais, et ce ne fut qu'en 1856, que Jeafferson (de Tramlingham), d'après les indications de G. Ilunter, extirpa avec succès un kysie hiloculaire. La malade a eu trois filles et un garçon après l'opération.
A partir de cette époque, plusieurs chirurgiens se mirent à opérer. Nous pourrions citer King, West, Crisp, Morgan, Benjamin, Phillips, Aston Key, etc., mais le peu de succès qu'ils obtinrent engagea les autres à se tenir dans une réserve prudente ; cependant plusieurs chirurgiens de province avaient obtenu des succès remarquables. M. Clay (de Manchester) comptait 5 succès sur 4 opérations, et de 1842 à 1846, Walne, Bird, Lane, Soli- Iham, Dickson, Burd, Ilankins, etc., pratiquent des opéralions qui servent à fixer l'attention par leurs résultats heureux. En 1850, M Duffin appela l'attention des chirurgiens sur le danger qu'il y a à abandonner le pédicule dans la cavité abdominale, où il se décompose, et conseille, pour éviter des accidents graves, de le fixer au dehors. Alors des discussions ont lieu dans les sociétés savantes sur cette opération; les journaux de médecine l'étudient et plusieurs chirurgiens, parmi lesquels nous devons citer Spencer Wells, Baker Brovvn, Clay, llutcliinson, etc., se mirent à pratiquer une opéralionqui jusquelà n'avait pas gagné dans l'esprit du public et des médecins. Après M. WeJls, dont le premier succès date de 1858, M. Ilutchinson est le premier à marcher sur ses
ÛVARIOTÛMIE. SOI
traces, et c'est à lui que nous devons riieurcuse invention du clamp, qui depuis a été modifié par plusieurs, et par nous en particulier. Baker Brown, qui, de 1852 à 1856, comptait sept cas de mort sur neuf opérées, probablement encouragé par les succès de Spencer Wells, d'IIutchinson, de M. Clay (de Birmingliam), se remit à pratiquer cette opération qu'il avait abandonnée depuis quatre ans^ On trouve dans la thèse de M. Herrera- Vegas (Thèse de Paris i 864, Étude sur les kystes de Vovaire et l' ovariotomie) , des statistiques bien faites, qui indiquent le résultat exact des opérations qui ont été pratiquées par divers chirurgiens, et le docteur Clay a fait une analyse complète de toutes les statistiques : il présente, pour chaquecas, la date de l'opération, le nom de l'opérateur, l'âge de la malade, la durée et le progrès de la maladie, les conditions de la malade avant l'opération, la nature de l'anesthésique employé et son mode d'administration, la longueur des incisions, les adhérences, la nalure de la tumeur, le procédé opératoire, et les accidenls pendant l'opération, le pédicule laissé dans l'intérieur de la cavité abdominale ou retenu au dehors, la méthode de la réunion de la plaie, les sutures comprenant le péritoine ou non, les symptômes de réaction, la durée de la convalescence et du traitement, l'état consécutif et les sources d'information, etc.; ce tableau du docteur Clay est le résumé de 595 opérations sur lesquelles il y a eu 212 succès et 183 insuccès (Clay, Appendice à la traduction de Kniwish) .
• Voir pour plus de détails sur fliistoire de rovariotomiu en Angleterre, un travail publié à Londres, en 1862, par M. Spencer Wells, eL iytilulé: sur l'Histoire et les progrès de f ovariotomie dans la Grande- Bretagne, avec des observations sur l'opéralion fondées dans l'expérience personnelle de ûO ans ; par M. S. T. Spencer Wells, Londres.
7m TI5AITÊ PRATIQUE DES MALADIES DES OVAIRES.
Dans un autre résumé, fourni également par M . Ilerrera- Vegas, et qui se borne aux seules opérations pratiquées jusqu'en avril 1864, par MM. Thiler Smith, Spencer Wells, Backer Brown, Ch. Clay et Bryant, on trouve que, sur 295 opérations, il y a eu 195 succès et 102 insuccès, autrement dit, environ 2 succès sur 3 opérations; cette proportion nous paraît être l'expression exacte de l'état actuel de l'ovai'iolomie , dans la Grande-Bretagne, entre les mains des hommes qui ont une pratique et une expérience suffisantes, et il est probable que les succès ne feront qu'augmenter à mesure que les chirurgiens seront plus familiarisés avec les indications de l'opération et avec les soins qu'elle réclame.
D'après ces relevés, et en supposant que des cas malheureux aiént été dissimulés, ce qui arrive également pour toutes les grandes opérations, on peut conclure que l'opération de l'ovariotomie doit être aussi bien pratiquée par tous les chirurgiens que les autres opérations.
L'ovariotomie donne 55 à 40 morts sur 100 opérées. Mais que seraient devenues ces 100 malades abandonnées à elles-mêmes? Nous avons vu que les relevés des malades chez lesquelles on s'est borné à un traitement palliatif, d'après Bobert Lee, que sur 100 femmes atteintes de kystes de l'ovaire, il en était mort plus de 90. D'après tous ces faits, on doit donc conclure que l'ovariotomie doit être pratiquée, toutes les fois qu'elle est indiquée et lorsqu'on se bornera à n'opérer que les cas où les indications seront bien établies, on arrivera encore à un plus grand nombre de succès.
L'ovariotomie n'a pas trouvé de chauds partisans en Allemagne, parce que les premières opérations donnèrent des résultats peu encourageants, et une statistique de
OVARIOTOMll-]. 303
Simon Gustave {Der exlirpaiiou der MHz am Menschen, C.ncisscn, 1857) nous apprend que, sur 61 opérations, il il y en a eu 44 suivies de mort. C'est Crysmar, d'isny (Wurtemberg), [Bulletin de Fénissac, t. XVIll, p. 86 ; — Journal der Chir. und AugenheUlmnde, de Ilopfer, V. Grafe, t. Xll, p. 62), qui a pratiqué la première opération en 1819. Sa malade mourut quelques jours après de péritonile : il fut plus heureux dans une seconde opération, pratiquée l'année suivante sur une femme de 58 ans, qui élait guérie au bout de six semaines : deux ans après, elle devint enceinte et accoucha heureusement à terme. D'autres opérateurs, dont le mérite est bien connu, tels que Dohlhoff {Expérience, t. 1, p. 625 et suiv.), Martin, Langenbeck (Clay, Appendice à la traduction de Kniwisch), Knivvisch, Diefiénbach {Riist's Magazin fur die (jesammte Heilk, t. XXV, 1. II, p. 594), Siebold, Ileyfelder, Knorre, Scanzoni, etc., ont aussi pratiqué l'ovariotomie, avec des résultats très-peu encourageants : le discrédit dont elle fut atteinte à cette époque, fut encore accru par les sarcasmes de Dielïénbach, qui la repoussait d'autant plus vivement, qu'elle avait eu entre ses mains de nombreux échecs, et jusqu'en 1856, aucune opération ne parait plus avoir été pratiquée en Allemagne.
Pendant cette période d'expérimentation, l'ovariotomie a élc repoussée, en France, par tous les chirurgiens en renom, qui prétendaient que toutes les statistiques publiées n'avaient pas toute la valeur désirable, et, loin de cliercher à juger cette opération par eux-mêmes, ils la condamnaient, se basant sur les prétendus dangers qu'il y avait à ouvrir le ventre et à mettre le péritoine et les viscères abdominaux au contact de l'air; cette opinion, que les lésions Iraumatiqucs du péritoine étaient mor-
504 TIIAITÉ l'RATIQUE DKS MALADIES DES OVAIUES.
telles, dans l'immense majorité des cas, n'est plus aussi absolue aujourd'hui, et de nombreux laits sont venus démontrer que le péritoine supporte mieux les opérations et la présence de l'air qu'on ne le croyait autrefois. M. Velpeau {Traité de médecine opératoire, t. IV, p. 24; — Dictionnaire en trente volumes, t. XXIl, art. Ovaire, p. 594), qui, en 1840, conseillait l'opération dans des cas bien déterminés, c'est-à-dire lorsque la tumeur est mobile, n'adhère pas aux intestins, ni à d'autres organes et a un pédicule peu volumineux ; le mémoire de M. A. Chereau {Journal des connaissances méd.-chir., juillet 1844), qui rapportait que, sur 65 opérations, il y avait en 42 succès, n'avaient eu aucune influence pour faire pratiquer cette opération, qui était entièrement repoussée.
Malgré l'anathème porté en France par les maîtres de la science, deux médecins de province osèrent se mettre au-dessus de l'opinion générale et tentèrent l'ovariotomie; deux malheureuses femmes vouées à une mort certaine lurent sauvées. Loin de féliciter ces deux confrères sur leurs tentatives hardies et heureuses, certains qui s'empressent de les imiter aujourd'hui, et cela pour se donner plus d'importance sans doute, prétendent que ces médecins de campagne n'ont pratiqué l'ovariotomie que par hasard et sans trop savoir ce qu'ils faisaient : ceux qui voudront se donner la peine de lire leurs observations, qui sont très-détaillées, seront bien vite convaincus que ce n'estpas par hasard, comme l'avait fait Laumonier, qu'ils avaient eu recours à l'ovariotomie, mais bien de propos délibéré, et parce que c'était la seule ressource qui restait à leur disposition pour guérir leurs malades.
La première opération, pratiquée le 29 avril 1 844, appartient à M. le docteur Woyerkowsky {Journal de médec. et de
OVAHIOTUMIE. 305
ch'minj. prat. Paris, 1847) de Quingcz (Doubs). 11 s'agissait d'une tumeur ovarique du poids de 3"", '250, compliquée d'une a soi te considérable. 25 jours après l'opération, la malade était guérie, et depuis elle a eu deux enfants. Dans la même année, M. Rigaud, professeur à l'École de médecine de Strasbourg (Gazette médicale de Strashourij, 1852), opéra une femme de 32 ans; il s'agissait d'un kyste multiloculaire mobile, sans adhérences, du poids de 4 kilogr. environ. L'opération n'a pas été achevée et la malade est morte de péritonite le quatrième jour. La seconde opération, faite avec succès, a été pratiquée, le 15 septembre 1847, par M. VauUégeard [ de Condé-sur- Noireau (Calvados)] {Journal des connaiss. méd.-chir. Juin 1848); la tumeur ovarique pesait 9 kilogr., et 25 jours après, la guérison était complète. C'était chez une jeune fille de 25 ans, qui, dans l'espace de 3 ans, avait été ponctionnée 52 fois pour une ascite qui compliquait la maladie ; chaque ponction avait donné issue à 25 ou 30 litres de liquide. En 1849 (Bulletin de la Société de chirurgie, t. II), M. Maisonneuve a pratiqué l'ovariotomie sur une jeune religieuse de l'hôpital Cochin; la malade mourut 22 heures après l'opération.
En 1852, M. Back (de Strasbourg) {Gazette médic. de Strasbourg, 1 852, p. 424) fait sans succès une ovariotomie, de môme que M. Jobert (de Lamballe) en 1856 {Bulletin de l'Académie de médec, 18 novembre 1856, t. XXII, p. 142. Enfin en 1859, MM. Ilerrgott et Michel {Gazette médic. de Strasbourg, 1859) tentent cette opération qui ne réussit pas. Je ne fus pas plus heureux sur une femme que j'ai opérée, le 28 février 1859, à Saint-Germainen-Layc ; la malade, qui était atteinte d'une tumeur fibreuse dégénérée, mourut d'hémorrhagic quelques heures
après l'opéralion. {Gazette des hôpit., p. 571, séance delà Société de chirurgie, 28 novembre 1861. Celte observation est rapportée au chapitre du diagnostic des kystes des ovaires.)
Ces opérations forment ce qu'on pourrait appeler la première période de l'ovariotomie en France, et prouvent que les chirurgiens français, avant la brochure de M. J. Worms et le voyage de M. Nélaton à Londres, s'étaient montrés peu partisans de cette opération, malgré le vigoureux plaidoyer fait par le professeur Cazeaux à l'Académie de médecine en 1856. Ce savant médecin, lors de la mémorable discussion, à l'Académie de médecine, sur le traitement des kystes de l'ovaire par les injections iodées, après un résumé appréciatif des diverses méthodes opératoires qui avaient été discutées, termina son discours par une énergique protestation contre l'anathème dont l'Académie tout entière avait frappé l'opération de l'ovariotomie, et, seul, il osa défendre cette grande et belle conquête de la chirurgie moderne, en disant : « Mais enfin, n'y a-t-il rien de mieux à faire, dans ces cas « malheureux, que d'abandonner les malades aune mort « certaine? Je ne veux que toucher à cette question, car « je sais que ma réponse rencontrera, dans cette enceinte, « peu de sympathies, et que, pour la justifier, je serais M forcé d'entrer dans de trop longs développements... Je « crois qu'avant de proscrire, il faut examiner, et qu'on « n'a pas assez sérieusement examiné... Réservée pour les « kystes multiloculaires et aréolaires, pour ceux dont le « liquide est albumineux ou gélatineux, je n'hésite pas à « déclarer que, dans ma conviction, l'opération est plei- « nement justifiable.
« Or n'oublions pas, ajoutait-il, qu'il s'agit d'un kyste
OVAllIOTOMIE. 307
« de l'ovaire, et d'un kysie de la pire espèce; que lorsque « ces tumeurs malignes ont acquis un volume considéra- « ble, elles tuent dans un temps très-court, et qu'avant « de tuer, elles déterminent des souffrances telles, que « pour plusieurs de ces malheureuses, la mort semble pré- « férable à la vie. Eh bien, dans ces circonstances, on « vient proposer une opération qui a déjà donné de nom- « breux succès, et vous la rejetez avec dédain ; eh bien, je « dis que votre indignation n'est pas légitime, et que vous « n'avez pas le droit de ne pas instruire les familles des « ressources qu'elle offre aux malades. Tous les jours les « chirurgiens pratiquent des opérations tout aussi graves, « pour des maladies dont les indications ne sont pas plus « pressantes. »
Il étaitdoncvrai, qu'à cette époque encore si peu éloignée de nous, 1856, l'opération de l'ovariotomie était repoussée par tout le monde en France, et cela malgré l'opinion de M. Velpeau, qui admettait l'ovariotomie dans des cas bien déterminés, malgré les faits cités par M. Chereau, qui faisait connaître les résultats de 65 opérations qui avaient fourni 42 succès et 25 morts, malgré les succès obtenus par MM. Voyerkowsky et VauUégeard. Cette résistance à l'ovariotomie n'a rien qui doive surprendre, quand on se rappelle toutes les objections qui ont été faites à la litholritie, à l'amputation du maxillaire, à l'extraction et à l'amputation des polypes utérins, aux injections iodées, etc. Eh bien, malgré toutes ces oppositions à outrance, ces opérations n'en ont pas moins pris, dans la science, un droit de domicile que rien désormais ne pourra leur enlever ; il en sera de même pour l'ovariotomie, lorsque le temps et l'expérience l'auront encore perfectionnée.
La vive protestalion de Cazcaux n'est donc pas resiée stérile, et plusieurs chirurgiens, préoccupes comme lui des dangers que font courir aux malades les kystes multiloculaires de l'ovaire, se sont empressés d'étudier celte opération et de recueillir tous les documents qui lui sont relatifs; les uns, comme M. Ch. Bernard {Archives génér. deméd., octobre 1858) et surtout M. Jules Worms (Gazette hebdomadaire de méd. et de chirurgie, 1860), ont cherché à établir le bilan des résultats de celte opération, pratiquée en Amérique, en Angleterre et en Allemagne : M. Worms, analysant avec sévérité toutes les observations, est arrivé à une conclusion des plus encourageantes ; son travail, fait avec un soin tout particulier, n'a pas laissé que d'avoir une grande influence sur l'esprit des chirurgiens français. D'autres, comme M. Nélaton*, désireux de bien connaître et déjuger une question aussi importante, sont allés en Angleterre voir opérer les chirurgiens de ce pays, suivre les malades et constater les résultats.
C'est à partir de ce moment surtout, qu'on a commencé en France à considérer l'ovariotomie comme parfaitement acceptable, et que de rares chirurgiens ont osé la pratiquer, mais, nous devons le dire, dans des cas très-graves et chez des malades qui avaient à peine la force de subir une telle opération, tant elles étaient épuisées et dans de mauvaises conditions ; il y a eu des succès, mais le nombre des insuccès a été bien plus considérable.
Cette question de l'ovariotomie était donc devenue l'objet d'une attention toute particulière, à mesure que les journaux de médecine ne cessaient d'enregistrer avec soin
1 C'est le 25 octobre 1861, que M. Nélaton fit, à l'hôpital des Cliniques, une leçon sur les cinq opérations d'ovariotomie, qu'il avait vu pratiquer à Londres par Baker Brown.
OVARIOTOMIE. 509 tous les succès annoncés par la presse étrangère, et ces succès paraissaient entourés d'une authenticité de si bon aloi et appartenaient à des hommes si considérables dans la science, que le doute s'affaiblissait de plus en plus, et que chacun se demandait pourquoi l'ovariotomie n'était pas pratiquée en France, alors qu'elle fournissait de si beaux succèsà l'étranger. C'est sur ces entrefaites, et nous devons lui en rendre grâce, que M. J. Worms, médecin aussi instruit que bon observateur, et auquel les langues anglaise et allemande sont aussi familières que la langue française, prit la résolution de voir par lui-même, et, pour résoudre cette question importante, il voulut s'assurer si les opérations d'ovariotomie pratiquées en Angleterre avaient toute la valeur désirable; non-seulement il analysa toutes les observations publiées, mais il prit la peine de les étudier à leur source, de se mettre en relation avec les chirurgiens et les malades opérées, et de cette étude, faite avec beaucoup d'intelligence, il résulta un mémoire très-important, qui fut publié dans la Gazelle hebdomadaire. Cette appréciation si rigoureuse et si consciencieuse de M. J. Worms, sur l'extirpation des ovaires, a eu, comme nous le disions plus haut, une grande influence sur l'opinion des chirurgiens français et les a amenés à examiner sérieusement une opération qu'ils avaient rejetée jusqu'alors, dominés qu'ils étaient par cette opinion qu'il fallait s'abstenir, autant que possible, de toute opération sur le péritoine. Ce qui donne plus de valeur au travail de M. J. Worms, c'est qu'il s'est bien gardé, dans l'étude qu'il a faite de l'ovariotomie, de s'attacher aux seuls résultats des statistiques; il a fait mieux... il a choisi avec soin et avecintelligence, parmi les observations publiées, celles qui se distinguaient par la plus grande
précision et la plus grande authenticité, et les prenant pour point de départ de son examen, il est arrivé à cette conclusion, que l'ovariotomie était une précieuse ressource, et que, sans nul doute, elle sauverait un jour dans notre pays bien des existences.
Jusque-là, les opérations qui avaient été pratiquées en France n'étaient guère de nature à entraîner les chirurgiens, d'autant mieux que les insuccès avaient été plus remarqués, que les deux seuls succès obtenus par nos deux confrères de province, MM. Woyerkowsky et Vaullégeard, ces succès avaient laissé si peu de trace, qu'ils étaient pour ainsi dire oubliés ou considérés comme des faits sans importance, puisque personne ne les rappela, au moment où l'Académie, en 1856, condamnait si formellement l'ovariotomie.
Dans cette première période de l'ovariotomie en France, nous ferons remarquer avec quelle timidité, quelle hésitation, quelle inexpérience, les opérateurs agissaient, à ce point que l'un d'eux. M, Rigaud (de Strasbourg) , n'ose pas terminer une opération qui, comme l'autopsie est venue le démontrer, offrait toutes les chances d'uneréussite, tant la tumeur ovarique se trouvait dans de bonnes conditions pour être extirpée. En 1860, le bilan de l'ovariotomie en France était donc de deux succès et six insuccès sur huit opérations.
A partir de cette époque, et surtout après la publication du travail de M. J. Worms et le voyage de M. Nélaton à Londres, en 1861, d'où il revint plein d'enthousiasme pour l'extirpation des ovaires, faisant un énergique appel aux chirurgiens et les engageant à se défier des craintes exagérées que celle opération leur faisait concevoir, commence en France la seconde période de l'ovariotomie.
Parmi les chirurgiens qui résolurent de pratiquer celte opération, celui qui le premier eutl'occasion delà tenter, fut M. A. Riciiard. Malheureusement sa malade, opérée dans les environs de Troyes, succomba 15 ou 20 heures après l'opération. Un autre chirurgien de Paris, M. Demarquay, ne fut pas plus heureux ; une jeune fille de 19 ans, qu'il opéra, le 2 février 1862, à Saint-Germain-en-Laye, mourut 5 jours après l'opération ; puis après vinrent d'autres chirurgiens, MM. Kœberlé, Nélaton, Boinet, Parisse (de Lille), Desgranges et Valette (de Lyon), Maisonneuve, Landouzy et Luton (de Reims), Daviers (d'Angers), Huguier, Regnault (de Rennes), Lacroix (deBéziers), Berrut (de Marseille), Péan, etc., qui tentèrent cette opération et plusieurs d'entre eux eurent de remarquables succès. Dans un relevé statistique des opérations pratiquées en France, que nous donnerons plus loin, nous indiquerons le nom des opérations et leur résultat, et sur 122 opérat ions que nous avons pu réunir jusqu'au 31 mars 1867, nous avons trouvé 49 succès et 73 insuccès.
Il est bien certain, que malgré le zèle que j'ai mis à rechercher toutes les opérations d'ovariotomie pratiquées en France, j'ai dû en laisser échapper plusieurs, surtout parmi celles qui n'ont pas été publiées, et, à n'en pas douter, ce sont les insuccès qui sont restés inédits. Je sais, par exemple, que M. Kœberlé a fait un grand nombre de ces opérations. J'aurais été heureux d'en connaître le chiffre pour que mon relevé fût plus complet, mais l'habile chirurgien de Strasbourg, à qui je me suis adressé, n'a pas jugé convenable de me répondre; je n'ai donc pu tenir compte que des opérations qu'il a publiées. La dernière opération qu'il a publiée, dans la Gazette des hôpitaux, a été pratiquée le 22 janvier 1866; or, à cette
époque, d'après mon relevé, M, Kœberlé avait pratiqué 24 opérations; toutes celles qu'il a pratiquées depuis le 22 janvier jusqu'à ce jour, 51 mars 1867, manquent. Dans une note que ce savant confrère a publiée dans la Gazette des hôpitaux, le 7 juillet 1866, page 314, il ne donne le relevé que de ses 14 premières opérations. Pourquoi dans ce relevé, publié en juillet 1 866 , ne trouve-t-on pas le chiffre des opérations qu'il a faites en 1865 et 1866, jusqu'au 7 juillet? Est-ce que ses résultats auraient été moins favorables et seraient venus changer la proportion de ses succès? Dans le mémoire qu'il a publié sur l'ovariotomie, il s'arrête à sa douzième opération, pratiquée le 23 juin 1864, quoique son mémoire n'ait été publié qu'en 1865. Malgré bien des recherches, nous n'avons pu trouver la quatorzième opération de M. Kœberlé; sa treizième opération est du 12 septembre 1864 et la quinzième du 13 février 1865. La quatorzième opération a-t-elle été publiée? Tout ce que nous avons appris en parcourant la Gazette des hôpitaux, à la page 314, année 1866, c'est que cette quatorzième opération a été un cas de mort, due à une ligature perdue, et que la malade a succombé à une résorption purulente ; c'est donc un cas d'insuccès que j'ai dû ajouter à mon relevé général. Quoi qu'il en soit, et malgré les lacunes que nous venons de signaler, le nombre des femmes ovariotoraisées en France nous paraît assez élevé pour qu'on puisse porter un jugement sur l'ovariotomie, alors même que nous n'aurions pas, pour nous aider dans cette appréciation, tous les faits publiés à l'étranger.
L'historique que nous venons de faire nous montre quelle est la marche que l'ovariotomie, née au sein de la chirurgie américaine, a suivie jusqu'ici. Accueillie avec défiance en Europe, elle a été admise avec enthousiasme
par les uns, et repoussôe avec méfiance par les autres ; aujourd'hui même que les faits sont nombreux, elle n'a pas encore reçu une adhésion unanime, mais elle n'en aura pas moins sa place dans la pratique chirurgicale, où personne aujourd'hui ne conteste plus son admissibilité dans des cas bien déterminés.
Avant de décrire l'opération, ses indications et ses contre-indications, eic, nous allons d'abord présenter très-succinctement tous les faits de notre pays que nous avons pu réunir, après quoi nous rappellerons les résumés des différentes statistiques étrangères que nous avons pu consulter. Nous espérons que cette manière de faire dissipera les préventions de ceux qui jusqu'ici ont repoussé cette opération, et que les idées théoriques qui interdisaient, pour ainsi dire, jusqu'à la pensée d'une semblable opération disparaîtront devant l'expérience.
Le tableau suivant renferme toutes les opérations pratiquées en France, jusqu'au 31 mars 4867, et qu'il nous a été possible de recueillir, qu'elles aient été publiées ou non. Nous les rapporterons par ordre de dates, en mentionnant le nom des opérateurs, l'âge des malades, leur état de santé au moment de l'opération, les complications qu'elles ont présentées, le lieu où elles ont été pratiquées, et enfin leur résultat définitif.
ANALYSE DE 129 CAS D'OVARIOTOMIES PRATIQUÉES EN FRANCE JUSQU'AU 51 MARS 1867.
Ladmonier, 5 janvier 1781.
Succès.
WOYERKOVVSKY,
avril 1844.
Succès.
RiOAUD,
juillet 1844.
Insuccès.
VAUtLÉGEARD,
septembre 1847.
Succès.
Maisonnecve, 5 octobre 1848.
Insuccès.
Back,
Insuccès.