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DÉPLACEMENTS DES OVAIRES

Les déplacements que peuvent éprouver les ovaires sont assez nombreux, ils dépendent de différentes causes, tantôt des altérations survenues dans leur tissu, tantôt des altérations de l'utérus ou des déplacements de cet organe lui-même ; c'est ainsi que l'inflammation, les dégénérescences diverses des ovaires modifient la forme et le volume de ces organes, leur font contracter des rapporls nouveaux et éloignés de ceux qu'ils affectent dans l'état normal ; tous ces déplacements seront étudiés dans cet article, lorsque nous traiterons des rapports généraux des kystes de l'ovaire, avec les parois abdominales, les intestins, la vessie, l'utérus, etc. Quant aux déplacements qui suivent ceux de l'utérus, ils sont aussi très-fréquents, soit que l'utérus soit gravide, ou le siège de tumeurs fibreuses, ou qu'il ait subi des changements de position. Dans la grossesse, ou lorsque des tumeurs fibreuses sont développées dans l'utérus ou ses parois, les ovaires sont entraînés en haut, et collés sur l'utérus, et les déplacements qu'ils éprouvent, sont en rapport avec les changements de position et de volume qu'éprouve cet organe. Dans les chutes et les abaissements de l'utérus, les ovaires sont attirés en bas et entraînés vers le vagin. Tous ces déplacements

ne peuvent avoir lieu sans apporler une gône plus ou moins grande, pour les fonctions des organes de l'excavation du bassin, et deviennent la cause de plusieurs dérangements organiques, qui peuvent donner lieu à toutes espèces de méprise sur leurs causes et leur nature, ainsi que nous l'indiquerons en parlant des hernies et des kystes des ovaires. Une fois qu'ils sont déplacés, il est bien rare qu'ils ne contractent pas des adhérences avec les organes voisins, et l'inflammation qui résulte de ces déplacements, est la cause de ces adhérences, qui entravent leurs fonctions et s'opposent à certaines opérations, comme nous le verrons en parlant du traitement des kystes ovariens. Déjà Walter, avait fait la remarque, que chez les tilles publiques, les ovaires adhèrent souvent avec les organes voisins; Vogel, qui avait constaté la fréquence des adhérences pathologiques des ovaires avec les trompes et la matrice, pensait que ces adhérences étaient une cause de stérilité [Handbuch cler prad. Arzeneiwissenschaft. Stendal, 1795, p. IV, p. 454). Madame Boivin, de son côté, a constaté [Recherches sur une des causes les plus fréquentes et la moins connue de V avortement) l'adhérence de l'ovaire avec les principales portions du tube digestif, telles que le cœcum, le côloUj l'S iliaque, mais surtout avec le rectum ; dans d'autres cas, les adhérences avaient lieu avec les parois de l'excavation du bassin, ou avec les organes qu'il contenait, et par ordre de fréquence, c'était avec la trompe et l'utérus, etc. ; tantôt l'ovaire avait conservé, à peu de chose près, la position normale, tantôt, au contraire, il avait subi des déplacements plus ou moins considérables; M. Ituguier, a même signalé la transposition complète d'ovaires envahis par des kystes, ou autres altérations; Madame Boivin, tout en admettant que l'accou-

chement peut bien quelquefois être la cause de ces adiiérences, pense qu'elles sont souvent antérieures à la grossesse et à l'accouchement, et qu'on les rencontre assez Iréquemment chez les jeunes filles faibles exposées, pendant leur enfance aux phlegmasies et aux engorgenienls abdominaux, et. chez les femmes qui, par des tentatives criminelles d'avortement, ont fait naître des inflammations aiguës et chroniques de la matrice, des trompes et des ovaires ; ces adhérences, selon leur étendue, leur disposition, leur solidité, deviennent un obstacle au développement de l'utérus par le produit de la conception, et produisent l'avorlement. Quand , avec ces adhérences, il n'existe pas de déplacement de l'utérus, il est bien difficile de les constater ; cependant le toucher apermis quelquefois de soupçonner les lésions que nous venons de signaler, lorsque l'utérus est fixé dans le petit bassin et qu'il est difficile ou impossible de lui faire éprouver des mouvements.

Un autre genre de déplacement des ovaires, c'est leur sortie par les ouvertures naturelles, par lesquelles s'échappent les intestins et l'épiploon ; ces hernies de l'ovaire sont peu fréquentes et on ne les reconnaît souvent, que lorsque l'ovaire, formant en totalité ou en partie la tumeur iierniaire, a été mis à découvert, soit à l'aulopsie, soit dans des cas d'opération de hernie étranglée ; il faut arriver jusqu'au dix-septième siècle, pour en rencontrer une observation détaillée, que l'on doilàBcssière, chirurgien de Paris. Un accoucheur dislingué de Paris,

Deneux, dans un Iravail qu'il a publié sur ce sujet {Recherches sur la hernie de l'ovaire)', a réuni toutes les observalions connues de hernies de l'ovaire, et a signalé presque toutes les particularités que l'on observe, dans les hernies formées par les autres viscères, ce qui a fait connaître toutes les variétés que nous allons indiquer.

Si on consulte les annales de la science, dit Deneux, on y trouve un certain nombre de faits qui se rattachent aux hernies des ovaires. Le premier est dû à Soranus (d'Ephèse; on n'en découvre un nouvel exemple qu'environ quinze siècles après, publié par Verdier. Haller en cite un troisième exemple en 1755 {Disputât chirurg select, t. III, p. 515); mais les chirurgiens niaient encore cette espèce de hernie, qu'ils ne voulurent admettre qu'après la publication d'un fait observé et décrit en 1756 ou 1757, par Percival Pott {OEiivres chirurgicales, t. I, p. 492). Deux ans plus tard, en 1759, Camper montra l'ovaire gauche sorti de l'abdomen par l'échancrure ischiatique, et, en 1785, il remontra encore cet organe dans une tumeur inguinale. Balin rapporte {l'Art de guérir les hernies. Paris 1768) , que, dans une autopsie faite à la Salpêtrière, on vit engagé dans l'anneau un des ovaires, qui offrait des vestiges d'un germe fécondé. Plusieurs années après, Desault {Traité des maladies chirurgicales, t. II, p. 525. Paris 1779) trouva sur le cadavre d'une femme, destiné aux préparations anatomiques, l'ovaire gauche, la trompe du même côté et la matrice, renfermés dans un seul sac herniaire. Lallement fît une semblable observation à la Salpêtrière, en 1799 {Mémoire de la Société méd. d'émulation, tom. lll). Lassus cite trois exemples de la hernie de l'ovaire par l'anneau inguinal {Pathologie cliirurg. t. 11) ; Deneux a rencontré la hernie de l'ovaire compliquée d'hydatides. Mérat a vu

une hernie crurale contenant l'utérus, les trompes de Fallope, les ovaires, une partie du vagin et une quantité considérable d'épiploon. J'ai eu moi-même l'occasion de disséquer une hernie de l'ovaire sur une femme morte à l'hôpital Necker en 1854; cette observation a été publiée par Vidal (de Cassis). Deux autres cas, que j'ai vus et dont je parlerai plus loin, sont publiés dans les bulletins de la Société de chirurgie. 11 résulte de tous ces faits que l'ovaire peut donner lieu à la hernie inguinale, crurale, ischiatique, ombilicale, ventrale et peut-être même à la hernie vaginale. Parmi ces différentes espèces de hernies, il en est plusieurs qui se rencontrent d'un seul côté» ou des deux tout à la fois ; elles sont congénitales ou acquises. C'est le plus souvent sur de très-jeunes sujets qu'on observe les hernies de l'ovaire. Dans certains cas, la hernie est formée par l'ovaire seul, tandis que, dans d'autres, cet organe est accompagné de la trompe, de la matrice, des intestins, de l'épiploon; la hernie de l'ovaire amène presque toujours celle delà trompe.

Ouarioncie inguinale. — Cette variété paraît être la plus commune, malgré les dispositions anatomiques qui rendent, chez la femme, les hernies crurales plus fréquentes que les hernies inguinales ; on ne connaît que deux ou trois cas de hernie de l'ovaire par l'anneau crural, tandis qu'il en existe au moins douze ou quinze de la hernie inguinale. On en connaît plusieurs exemples fort circonstanciés, recueillis soit sur des enfants, soit sur des adultes. Une petite fille de trois ans fut adressée à M. Guersant, par M. Demonchaux (de Saint-Quentin), et présentée à la Société de chirurgie, 1858; elle portait deux tumeurs inguinales, dont la première a été reconnue il y a six mois ; ces deux tumeurs ont depuis lors fait des

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