TRAITÉ PRATIOUR DES MALADIES DES OVAIRES
progrès noiables, surtout celle de droite, qui a aujourd'hui le volume d'un œuf de pigeon. Le siège de ces tumeurs est exactement celui des hernies inguinales; toutes deux sont solides et présentent môme une consistance assez ferme ; la- tumeur du côté gauche est réductible, celle du côté droit est beaucoup trop volumineuse, pour pouvoir rentrer dans le ventre à travers l'anneau et le canal inguinal; cette dernière est douloureu'se surtout au toucher ; elle s'est accrue d'une manière sensible depuis quelque temps. A l'autopsie, qui fut faite quelques mois après, on constate que les deux fosses iliaques sont remplies par deux énormes tumeurs qui se touchent vers la ligne médiane, et sont à peine séparées vers le bas, par une vessie de petite dimension ; ces deux tumeurs sont formées par les ovaires hypertrophiés et dégénérés, elles sont encéphaloïdes. Une partie de l'ovaire, de la grosseur d'un œuf de poule, occupe le canal inguinal droit; le canal inguinal gauche est rempli par une portion de l'ovaire, qui ne rentre qu'en partie dans la cavité abdominale, et qui a le volume d'un œuf de pigeon ; il existe un vice de conformation, qui, dans un cas à peu près semblable, avait déjà été remarqué parCazeaux, c'est l'absence de l'utérus. Le vagin est très-étroit, peu profond, et se termine, comme un doigt de gant, par un cul-de-sac, entouré par les ligaments larges qui servent de points d'attache aux ovaires malades, qui d'ailleurs sont libres de toute adhérence {Bulletins de la Société de chiritrrjie de Paris, tome Vlll et IX, p. 552 et 111). M. Cruveilhier a observé, chez des femmes adultes, des cas assez nombreux de hernies inguinales de l'ovaire. La malade, observée par Lallement, s'aperçut pour la première fois d'une grosseur à l'aine, vers l'âge de cinquante ans; une autre, qui était
MALADIES DliS OVAIRES. 29 âgée de cinquante ans, portait une double licmie depuis quinze ans; et une autre, qui a été opérée par Deneux h l'âge de quarante-deux ans, ne présenlait de symptômes de hernies, qu'après une chute qu'elle fit pendant sa dixième grossesse. On pourrait facilement multiplier ces exemples.
Hernies de F ovaire par le canal crural. — Celte variété de la hernie de l'ovaire, qu'on supposerait a priori devoir être plus fréquente que la hernie inguinale, à cause de la disposition plus longue et plus large de l'arcade crurale chez kl femme, est cependant assez rare. Lassus en cite quelques exemples dans ses œuvres; Mérat {Dicl. des scienc. méd.^ tom. XXXIX, page 35) dit avoir vu, à l'hospice de la Salpètrière (année 1815), une hernie crurale contenant l'utérus, les trompes de Fallope, les ovaires, une partie du vagin et une quantité considérable d'épiploon, Tartra et Verdier croient également avoir observé un cas de hernie crurale de l'ovaire chez une dame de trente ans (Verdier, Traité prat. des hernies, etc., 1840, p. 594).
Hernies de rovaire par l'échancrure ischialique. — Elle est également peu fréquente; elle a été signalée pour la première fois par Papen (de Gœttingue), dans une lettre qu'il adressa à Haller en 1750, et dans laquelle il démontrait que l'ovaire pouvait quelquefois sortir du bassin par l'échancrure ischialique. C'était l'ovaire droit (llaller, Dispiilat. chirurg. select., t. III, p. 515). Quelques années plus tard, en 1759, Camper montra, dans le collège médical d'Amsterdam, que le péritoine passait à travers l'échancrure ischialique gauche pour former un sac herniaire, dont le fond élait assez spacieux ; celte poche ne contenait aucun organe, mais l'ovaire gauche, plus
volumineux qu'il ne l'est ordinairement, y entrait aussitôt qu'on l'abandonnait à lui-même (Camper, dePelvï, cap. vi, §11, p. 17).
Hernies de l'ovaire par V ombilic. — Tant que la matrice reste à sa place dans le petit bassin, l'ovaire ne peut pas sortir par l'anneau ombilical ; mais si elle est distendue par le produit de la conception, par un polype, un corps fibreux, ou une cause quelconque et poussée en dehors de l'excavation du petit bassin, on conçoit sans peine que l'ovaire, entraîné en haut par l'utérus, puisse sortir par l'ombilic. Camper, dit Portai {Anatojn. méd.,t. V, p. 556), a vu, chez une femme morte en couches, l'ovaire droit sorti par l'échancrure ischiatique, et le gauche, qui était malade, faire hernie par l'anneau ombilical.
Hernies des ovaires par les plaies de l'abdomen. — Les ovaires peuvent encore s'échapper de l'abdomen, par des plaies de la paroi abdominale ; mais ces lésions, auxquelles on a donné le nom de hernies ventrales, ne sont pas de véritables hernies, dans l'acception propre du mot, parce qu'elles ne s'échappent pas par une ouverture naturelle, et qu'elles ne sont pas contenues dans un sac herniaire ; Mérat a eu réuni plusieurs exemples intéressants. Ruyscli [Observ. anat. chirurg., c. xvi, p. 22) rapporte qu'un chirurgien, en ouvrant un abcès à la partie inférieure et latérale du ventre, pénétra dans la cavité péritonéale ; à l'instant môme, un des ovaires sortit avec le pus, l'ovaire put être facilement réduit, et il n'en résulta aucun accident. Stein [Biblioth. (jerman'iqiie, t. P'', p. 127) s'aperçut, après avoir délivré une femme au moyen de l'opération césarienne, que l'épiploon et un des ovaires sortaient par l'angle supérieur de la plaie; l'un et l'autre furent réduits. Lauverjat {Nouvelle manière de pratiquer Vopcra^
tion césarienne) \it sorlir une ovaire à la suilc d'une opération césarienne, sur une femme enceinle de huit mois, qui venait d'expirei'.
Hernies de l'ovaire par le vagin. — L'ovaire, sujet à autant de déplacements que l'utérus, peut sortir par certains écartements ou anneaux qui se forment accidentellement dans les tuniques du vagin, et donner lieu à une tumeur toute particulière dans ce canal ; tel est l'accident auquel Deneux a réservé le nom de hernie vaginale, bien qu'il n'en ait rencontré aucun exemple dans les auteurs ou dans sa pratique. Thomas Denman, accoucheur anglais, assure que son ami Everard Home a vu l'ovaire droit, de la grosseur d'un œuf de poule, se créer une espèce, de loge entre le vagin et le rectum, et déterminer, par cette espèce de déplacement, une rétention d'urine, dont la cause ne fut reconnue qu'après la mort [Introduction à la pratique des accouchements, t. P'', p. 147). Madame Boivin a observé, dit-elle, plusieurs exemples d'un déplacement analogue et môme plus avancé : elle a vu la tumeur formée par l'ovaire libre, et sans adhérence, se développer dans l'excavation du bassin, en poussant au-devant d'elle la paroi postérieure du vagin, de manière à obstruer ce canal, au point de ne pouvoir y introduire le doigt ; le rectum était comprimé en arrière, le col de la vessie en avant, l'utérus entraîné, formait une rétroversion complète; l'orifice utéro-vaginal était si élevé derrière le pubis, qu'il était inaccessible. Dans un cas semblable, avec dégénérescence de l'ovaire. Roux fit une incision à la paroi postérieure du vagin et pratiqua l'extraction du kyste.
Les hernies de l'ovaire peuvent n'exister que d'un seul cote a la fois, ou bien se rencontrer des deux côtés en
32 TRAITÉ PRATIOUli DES MALADIES DES OVAIRES.
Jiième temps; tel élait le cas de la malade opérée par Poil. Dans celle circonstance, les deux hernies peuvent èlre sorties par les deux ouvertures correspondantes, ou bien cire faites par deux ouvertures difiérenles. Nous avons parlé de la malade de Camper, dans laquelle l'ovaire droit était sorti par l'échancrure ischia tique, et le gauche faisait hernie par l'anneau ombilical; elles peuvent être compliquées de la sortie de l'épiploon et de l'intestin. Une des malades de Lallement portait à gauche une entérocèle inguinale, et à droite une hernie de l'ovaire conlenanl un sac hydalique. Lorsque la hernie de l'ovaire est congénitale et qu'on a l'occasion de l'observer vers les premiers temps de la vie, on peut rencontrer cet organe seul et ne présentant aucune altération ; tel était le fait observé par Veyret (J, Verdier, Mém. de VAcad. roy. de c/tir., in-4, t. 11, p. 3); celui de Lassus [Méd. opérai..) t. 1, p. 211) ; celui de Billard (Traité des maladies des enfants nouveau-nés, p. 474). 11 peut en être encore de même, lorsque la hernie se produit à une époque plus avancée de la vie ; ainsi Balin a vu, sur le cadavre d'une femme, un ovaire engagé dans l'anneau inguinal, et offrant les vestiges d'un germe fécondé [Art de guérir les hernies, Paris, 1768). Tel était encore le cas de la malade observée par Tarira et P. Yerdier, et de celle opérée par Deneux (Obs.xii) . D'autres fois, et surtout lorsque la hernie est ancienne, elle peut entraîner avec elle les trompes, l'utérus ; Lallement,Desault, Mérat, Sorannus(d'Éphèse), M. Cruveilhier en ont cité des exemples. Si dans certaines circonstances, l'ovaire est sain, dans d'autres, cet organe peut présenter diverses transformations morbides; les auteurs disent qu'ils y ont fréquemment rencontré des kystes hydaliques ; mais, comme les hydalides des ovaires sont assez
UERMES DES OVAIRES. 33 rares, je suis disposé à croire qu'ils onl piis pour des hydatides, à une époque où ces produits n'étaient pas encore ijien connus, diverses altérations qu'on rencontre en effet fréquemment dans les kystes de l'ovaire, dans lesquels ori trouve, comme dans l'exemple de Papen et dans celui présenté à la Société de chirurgie, du tissu cancéreux ; ordinairement l'ovaire est plus volumineux qu'à l'élat normal, ce qui ne l'empêclic pas d'être réductible; tel était le cas de Camper. Chez la petite fille de cinq ans opérée par Lassus (Pathologie chirurgicale, t. 11, p. lOi ), il était double de volume. L'augmentation de volume est souvent la cause de l'irréductibilité, ou bien les adhérences qui se sont formées.
Les causes de la hernie des ovaires ne sont pas toujours bien faciles à apprécier, surtout cliez les enfants, où l'on •ne reconnaît le mal, que lorsqu'il existe depuis longtemps déjà. Parmi les causes prédisposantes, on a rangé I hydropisie ascite, l'amaigrissement, l'usage immodéré des aliments gras, huileux, l'existence du canal de Nuck; dans l'enfance, le peu de développement du petit bassin, qui maintient la matrice plus élevée et la met en rapport avec l'anneau inguinal, la forme droite, allongée, et la surface lisse des ovaires, leur situation au-devant du psoas, et presque vis-à-vis l'ouverture inférieuredes parois abdominales; dans l'âge adulte, les différents déplacements auxquels la matrice est sujette, surtout celui connu sous le nom d'antéversion, l'obliquité ou l'inclinaison de son fond vers l'un ou l'autre côté.
Toutes les causes des hernies, en général, peuvent délerminer la sortie des ovaires, comme les cris des enfants, l'application peu méthodique d'un bandage ombilical dans les premiers mois de la naissance, toute compression
U TRAITÉ PRATIQUE DES MALADIES DRS OVAIRES, circulaire exercée sur l'abdomen, le développement de l'ulérus, quelle qu'en soit la cause. Les tumeurs fibreuses, peuvent être à la fois causes prédisposantes et causes efficientes des déplacements des ovaires, en changeant leurs rapports ; le développement pathologique des ovaires, circonstance qui augmente toujours leur volume et leur pesanteur, peut être aussi considérée comme une cause de hernie.
La hernie de l'ovaire se présente sous la forme d'une tumeur ovoïde, circonscrite, rénitente, sans changement de couleur à la peau, et toujours plus ou moins douloureuse. Son volume est celui d'un œuf de pigeon, lorsque l'ovaire est sain, mais il peut devenir beaucoup plus considérable, lorsqu'il est altéré. La pression augmente la douleur, qui ordinairement ne se borne pas à la hernie et se propage dans le bassin, vers l'utérus, lequel est souvent dévié, de manière que son fond est incliné vers l'ouverture par où sortent les parties déplacées. Si la femme reste debout, ou se couche du côté opposé à la tumeur, la douleur devient plus vive, et est accompagnée d'un sentiment pénible de tiraillement; sous l'influence de certaines causes, de la puberté, des règles, par exemple, la douleur peut prendre un plus grand développement, parce que la turgescence qu'on remarque alors chez les jeunes femmes atteintes de hernies de l'ovaire, et la tumeur qui, avant les règles ou la puberté, n'avait pas encore donné naissance à des signes suffisants pour la faire reconnaître, prenant tout à coup un accroissement inaccoutumé, donne lieu à des douleurs qui augmentent d'intensité, et peu à peu, l'engorgement devenant plus considérable, l'étranglement peut se produire. Il en est de môme des contusions, des fi'oissements auxquels la tumeur est exposée.
pendant la marche ou pendant les travaux de la malade. Cette espèce de hernie, si elle n'est pas compliquée de la présence d'une anse intestinale ou d'une partie épiploïque, n'entraîne à sa suite, ni coliques, ni vomissements, ni constipation, et ne rentre pas d'elle-même, comme celle qui est formée par les intestins, et lorsqu'on essaye de la réduire, si elle est réductible, elle ne rentre que difficilement et sans faire entendre de gargouillements.
Quand l'ovaire est enflammé ou dégénéré, il éprouve des changements dans sa forme et son volume, et le diagnostic peut devenir plus difficile; on peut alors les confondre avec des tumeurs glandulaires (Lassus, Pathol. chir., t. II, p. 99), un abcès (Lassus), un épiplocèle (Potl, (JEuv. chirurg., t. I, p, 492), avec une entéro-épiplocélc (Deneux, Recherches sur la hernie de l'ovaire^ip. 43 et suiv. ), avec une hernie graisseuse, etc. Les ganglions qui siègent dans le pli de l'aine ont quelquefois tant de ressemblance avec l'ovaire par leur forme ovoïde, leur densité, leur surface inégale et le volume qu'ils acquièrent dans certaines circonstances, qu'on a pris plusieurs fois l'ovaire, lorsqu'il sort par l'anneau inguinal ou par l'arcade crurale, pour un de ces ganglions. On conçoit aussi que lorsqu'une hernie pareille est méconnue ou n'est pas réduite sur-le-champ, l'ovaire comprimé par l'anneau inguinal, l'arcade crurale, ou froissé par le mouvement des membres abdominaux, peut s'enflammer et donner lieu à un abcès.
On peut distinguer la hernie de l'ovaire des engorgements ganglionnaires, aux' signes suivants. Chez les femmes qui ont atteint Fàge de la puberté, la tumeur formée par l'ovaire éprouve du gonflement à l'époque des règles, gonflement qui disparaît presque en totalité au
56 TRAITÉ PRATIQUE DliS MALADIES DES OVAIRES, moment de leur disparition. La malade de P. Vcrdier, Inquelle portait une ovarioncie crurale irréductible, offrait cette particularité d'une manière fort remarquable (ouvr. cité); d'un autre côté, la hernie de l'ovaire survient subitement, après une chute ou un effort violent; la tumeur, dont la douleur se propage jusqu'à la matrice, est isolée et a toujours des connexions directes avec l'anneau inguinal ou l'arcade crurale ; elle se porte plus en devant et paraît augmenter toutes les fois que la femme fait quelques efforts. Un ganglion, au contraire, est plus mobile, rarement seul, n'éprouve ni augmentation, ni déplacement par l'impulsion communiquée aux viscères abdominaux ; ses rapports avec les ouvertures de l'abdomen ne sont qu'indirecis, et celles-ci restent constamment libres. Quand le ganglion s'enflamme, qu'il devient le siège d'une douleur plus ou moins vive, on observe que cette douleur est circonscrite et bornée aux parois du ventre. Cette dernière circonstance, qui se remarque toujours dans les abcès cutanés, les fait également distinguer de la hernie de l'ovaire.
Le toucher recommandé par Lassus {PctthoL chirimj., t. II, p. 108) peut fournir de très-bons renseignements pour le diagnostic; il recommande de ramener le col de l'utérus au centre du bassin, quand cet organe est dévié, ou bien s'il a conservé sa position normale on doit le pousser vers l'ouverture par laquelle s'est faite la hernie; de cette manière on éloigne le fond de la matrice qui s'en est ordinairement rapproché, et il résulte un ccriuin mouvement ou déplacement dans la tumeur herniée, attirée par le fond de l'ulérus, et une augmentation de la douleur qui existe dans l'ovaire et le long du ligament large; on peut encore obtenir cet éloignement du fond
HERNIIÎS DES OVAIRES. 37
de l'utérus , de l'ouverture qui donne issue à l'ovaire liernié et les tiraillements du ligament large, en comprimant méthodiquement la région hypogastrique.
La hernie de l'ovaire peut encore offrir des modifications qui peuvent faire croire à une épiplocèle; mais si l'on fait attention que la tumeur formée par l'ovaire est ordinairement plus circonscrite, plus rénitente, plus douloureuse à la pression que celle qui renferme une portion d'épiploon, dans ce cas, le changement de l'utérus ne fera éprouver aucun changement à l'épiplocèle. Il est vrai que dans la hernie épiploïque, on note souvent des coliques, des nausées, des vomissements et des tiraillements qui s'étendent jusque dans la région épigastrique, surtout après que l'individu a mangé, lorsqu'il reste debout quelque temps ou lorsqu'il se renverse en arrière; les tiraillements qu'on observe dans la hernie de l'ovaire n'ont rien de semblable; en elfef, ils ne sont augmentés que quand la femme se couche sur le côté opposé à la tumeur, qu'on en éloigne la matrice ; de même que la douleur dont elle est le siège, les tiraillements partent de l'ouverture qui donne issue à l'ovaire, se propagent dans l'abdomen au-dessus des os pubis, et dans la direction du bord supérieur du ligament large, jusqu'à la matrice. L'absence de ce dernier phénomène peut servir à distinguer une tumeur graisseuse d'une hernie ovarienne; car, outre qu'on trouve celle-là plus molle, moins circonscrite, sa douleur est (ixe, et si parfois elle se porte dans l'abdomen, on ne l'augmente pas en déplaçant l'utérus,
La hernie formée par un ovaire altéré, et renfermant de petits kystes remplis d'un liquide quelconque, offre de plus grandes difficultés et peut ôlre facilement confondue avec une entéro-épiploccle ; cependant l'absence de coli-
qucs, de mouvement et de bruit occasionnés par un déplacement d'air, la rénitence plus marquée, la compression et la diminution moins marquées, que dans celle qui reconnaît pour cause la présence de l'épiploon et d'une portion du tube intestinal, la localisation des douleurs vers l'hypogastre, l'absence ou la rareté des vomissements, la difficulté et souvent l'impossibilité de réduire, pourraient mettre sur la voie de la vérité. Ajoutons que dans les circonstances où la tumeur est réductible, on entend toujours le gargouillement ou des borborygmes, si c'est une anse inteslinale qui est herniée, tandis qu'il ne se produit rien de semblable lorsqu'il s'agit de la sortie de l'ovaire. Quoi qu'il en soit, la difficulté du diagnostic pourrait être plus grande, s'il y avait à la fois hernie de l'ovaire et hernie de l'intestin. L'examen minutieux des parties et l'appréciation attentive des divers symptômes, qui caractérisent l'entéro ou l'épiplocèlc, pourraient seuls conduire à un diagnostic éclairé (voyez Hernies).
Quand l'étranglement survient, on le reconnaît à la persistance des douleurs, à l'exagération des principaux SYmptômes que nous avons énumérés; plus tard enfin, au développement de la péritonite, qui peut s'annoncer dès le début de la maladie par des symptômes graves ; néanmoins lorsque l'inflammation est très-intense et se borne à la tumeur, celle-ci peut devenir le siège d'un foyer purulent.
Pour le traitement, il faut procéder, pour les hernies de l'ovaire, comme pour toutes les autres espèces de hernies; s'il n'y a pas d'adhérence et si elles sont réductibles, il faut les réduire dès qu'on les reconnaît; car, si l'on attend trop longtemps, l'ovaire comprimé, étranglé, se tuméfie, cause de la douleur, s'enflamme et contracte
HERNIES DES OVAIRES. 39 des adhérences qui l'empêchent de rentrer dans le ventre; les moyens pour réduire sont les mêmes que ceux usités dans les cas de hernie.
S'il survient des accidents d'étranglement, il faut les combattre par la position, les saignées locales et générales, les fomentations, les cataplasmes, les bains, les lavements, les boissons délayantes, etc.; si ces moyens deviennent insuffisants, il faut en venir à l'opération, qui se pratique, comme dans la hernie étranglée... L'ovaire mis à découvert, on cherche à en faire la réduction, après avoir débridé l'anneau, pourvu toutefois que l'ovaire ne présente pas des altérations, et si l'on ne peut arriver à séparer l'ovaire des parties auxquelles il adhère, il faut, après avoir opéré le débridement, panser à plat, et après la chute des accidents inflammatoires, exercer une douce compression qui aurait pour but de maintenir l'organe dans l'anneau ou sous l'arcade crurale et de s'opposer ainsi à l'issue des intestins ; cette pratique qui est conseillée par Lassus, est préférable à l'excision de l'ovaire. Il ne faudrait recourir à l'ablation, que dans le cas où l'ovaire serait altéré, squirrheux, et dans ce cas, il faudrait préférer l'instrument tranchant ou l'écraseur linéaire à la ligature, qui a donné lieu à des accidents assez graves entre les mains de Lassus {ouvr. cité, p. 99), dans le cas où l'ovaire serait irréductible, mnis sans autres complications ou accidents, on pourrait temporiser, éviter tout ce qui pourrait augmenter la hernie, et prévenir en partie les accidents ultérieurs par un bandage approprié. Le fait cité par P. Verdier autorise à conseiller cette précaution. Après le débridement, soit que l'on ait réduit ou excisé l'ovaire, il faut panser comme dans une plaie simple, maintenir légèrement écartés les
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bords do la plaie afin de pouvoir diriger convenablement
la compression que l'appareil doit exercer sur cet organe.
L'excision des ovaires a été pratiquée plusieurs lois avec succès. Lorsque nous traiterons de Vovariolomie, nous rapporterons avec soin tout ce qui concerne cette opération; mais ici, nous nous bornerons à rappeler quelques faits de l'ablation de l'ovaire, pratiqués dans certaines circonstances indépendantes de la volonté des opérateurs. Frankenau [Satirse. medicss, p. 41) dit qu'une femme reçut une blessure faite par un instrument tranchant, qui pénétra dans la cavité de l'abdomen. L'ovaire {testis muliehris) fut coupé et la malade guérit parfaitement. Percival Polt [Œuvres chirurg., t.l, p. 492) rapporte qu'une femme âgée de 23 ans, d'une bonne complexion, entra à l'hôpital Saint-Barthélemy à cause de deux petites enflures qu'elle avait aux aines, et qui, depuis quelque temps, étaient si douloureuses, qu'elles l'avaient empêché de remplir les fonctions de servante; ces tumeurs, absolument exemptes d'inflammation, étaient molles, inégales dans leur surface, trés-mobiles et placées précisément à l'extérieur de l'ouverture tendineuse de chacun des muscles obliques, par laquelle elles paraissaient avoir passé; cette femme n'avait d'autre incommodité que celle que lui causaient ces tumeurs, lorsqu'elle se baissait ou faisait quelque mouvement qui les comprimait. On fit des tentatives réitérées, mais inutiles, pour faire rentrer les parlies par les ouvertures par lesquelles elles étaient évidemment sorties. On se détermina à lui faire l'opération; la peau ayant été divisée, on découvrit un sac membraneux et mince où était un corps si ressemblant à un ovaire humain, qu'il était impossible de le prendre pour autre chose ; on en fit la ligature tout près du tendon et on le
coupa. La même opération fut faite de l'autre côté, et on découvrit absolument la même chose, tant en faisant l'opération qu'en examinant les parties extirpées. Cette femme a toujours joui depuis d'une bonne santé, mais elle est devenue plus maigre, et en apparence plus musculaire; son sein qui était très-gros s'est affaissé, et depuis l'opération, elle n'a point été réglée.
Une fdie âgée de 16 à 18 ans, avait d'un seul côté une hernie, que l'on prit pour une glande ou une tumeur lymphatique ; comme elle causait des douleurs assez vives depuis longtemps, on conseilla de l'enlever en la liant. On suivit ce conseil, mais la ligature détermina des douleurs si insupportables pendant la 'journée que, pour les calmer, on fut obligé de faire l'excision des parties liées au niveau de l'anneau inguinal. L'examen attentif qu'on en fit aussitôt, prouva que c'était l'ovaire qui avait passé hors de l'abdomen par cette ouverture. Cette jeune fille, au rapport de Lassus, fut guérie en fort peu de temps et n'éprouva clans la suite aucun des phénomènes mentionnés dans l'observation de Pott. Deneux dit avoir emporté la presque totalité d'un ovaire , la femme fut guérie le vingt-neuvième jour de l'opération. Jusqu'ici il n est question que de l'extirpation des ovaires sains et herniés, et par un procédé qui consiste à exciser seulement les parties placées en dehors du canal inguinal, mais nous verrons en parlant de l'ovariotomie que l'idée de lier, d'exciser et d'enlever les ovaires malades, encore rejetée par un grand nombre de chirurgiens, vient d'être conseillée et mise en pratique avec succès par plusieurs chirurgiens de nos jours; nous traiterons de cette opération dans un chapitre spécial, à l'occasion du traitement des kystes de l'ovaire.