DE È A PREMIÈRE ÉDITION
Il n’a point encore été publié en France de traité des maladies des vieillards; à peine même existe-l-il quelques rares travaux sur la pathologie de la dernière période de la vie.
Attaché pendant plusieurs années, comme interne, aux hospices de Bicêtre et de la Salpétrière, nous avons, depuis plus de quinze ans, fait des maladies des vieillards l’objet constant de nos recherches et de nos observations. C’est le résullat de ces éludes que nous avons consigné dans cet ouvrage. Il y a déjà plus de dix ans que nous en avons publié une partie, relative au ramollissement cérébral (1); l’accueil fait à celte publication n’a pas peu contribué à nous encourager dans l’entreprise, plus considérable, que nous soumettons aujourd’hui au jugement des médecins.
11 ne nous paraît pas nécessaire d’insister sur l’intérêt particulier que peut offrir l’étude des maladies des vieillards : chaque âge emprunte aux changements qu’amène le cours de la vie des conditions anatomiques et physiologiques nouvelles, dont l’empreinte modifie plus ou moins profondément la forme des maladies, et surtout les modes thérapeutiques applicables à ces dernières. C’est à l’étude de cette physionomie particulière des maladies des vieillards, de leur pathogénie, de leurs successions, de leurs terminaisons possibles, de leur traitement enfin, que cet ouvrage est consacré : c’est donc surtout sous un point de vue pratique que nous avons envisagé les maladies de la vieillesse.
La médecine, hygiène et thérapeutique, a un rôle important à
accomplir, dans un âge avancé comme à toutes les autres époques
(1) Durand-Eardel, Traité du ramollissement du cerveau, 1843, ! vol. i«-8° de 540 pages ; ouvrage coi^ronné par l’Académie royale do médecine,
VI PRÉFACE
<lo la vie. Nous ajouterons môme que c’esl dans la vieillesse, surtout, que 1 intervention de la médecine est nécessaire et efficace, car c est surtout alors que la nature, la nature médicatrice, non pas cette ontologie à laquelle on a quelquefois aveuglément sacrifié, mais cette laculté inhérente à la vie, qui seule permet aux êtres organisés de réagir contre toutes les causes de trouble et de destruction qu’ils renferment en eux-mêmes ou rencontrent au dehors; c est alors que la nature, insuffisante en face d’un organisme en partie détruit déjà, doit emprunter à l’art des ressources qu’elle trouvait en elle-même auparavant.
Ce n’est donc pas seulement par suite d’une avidité plus grande à prolonger leur vie que l’on voit un si grand nombre de vieillards se jeter dans les bras de la médecine, et lui abandonner l’entière direction de ce qu’il leur reste de jours : c’est qu’ils sentent bien qu’à cet âge, où chaque heure vient séparer de l’organisme quelqu’une des parties qui n’en faisaient naguère qu’un tout également actif et vivant, ce n’est qu’à l’aide de moyens artificiels et énergiques que cet organisme peut résister aux causes morbides qui le menacent incessamment. Ce serait donc une erreur de croire que la médecine doive rester impuissante et désarmée devant les maladies de la vieillesse; si l’on ne peut nier que ses efforts aient à s’exercer sur un champ infiniment plus restreint et moins fécond, d’un autre côté, c’est alors surtout qu’elle doit redoubler de ressources et chercher, principalement dans l’hygiène et la médecine préventive, les moyens de compenser les changements organiques et d’en retarder les conséquences inévitables.
On nous permettra cependant de signaler ici les difficultés que nous avons rencontrées pour remplir le plan que nous nous étions tracé. Dans un sujet qu’on a jusqu’ici laissé si nouveau, il nous a presque toujours fallu travailler sur notre propre fonds, et privé de cette aide naturelle que les ouvrages semblables rencontrent ordinairement dans les ouvrages antérieurs.
Cependant, nous avons pu consulter avec fruit un ouvrage écrit en allemand, le traité du docteur Ganstatt sur les maladies des vieillards (1), traité dont nous devons la connaissance à l’habile et complaisante interprétation de M. le docteur Schlesinger-Rahier (2). Seu-
(1) Canstalt, Die Krankheiten des hôheren Alters und ilire Heilung, 2 vol. in-8°. Erlangen, 1839.
(2) Traducteur d’un petit livre Tort remarquable, V Hygiène de l’âme, par le baron de Feuclitersleben. 1 vol. in- 12. Paris, 1853.
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lement, il manque à l’ouvrage du savant et regrettable médecin allemand, comme h ceux de la plupart de ses compatriotes, ce cachet d’observation rigoureuse et personnelle qui, seul, donne aux œuvres de ce genre une véritable autorité, et aux assertions qu’elles renferment un caractère de certitude. Nous en dirons autant d’un ouvrage estimable, mais moins complet et moins original surtout que le précédent, publié en Angleterre, sur le même sujet, par le docteur E. Day (1). Nous avons encore puisé d’utiles matériaux dans un mémoire de MM. Hourmann et Dechambre, sur la pneumonie des vieillards (2), dans un mémoire de Prus sur les maladies de la vieillesse (3), dans un article du grand Dictionnaire des sciencjes médicales,, dû à M. Nacquart. Mais nous devons une mention spéciale à un court mais excellent travail de M. Beau, intitulé: Études cliniques sur les maladies des vieillards (h), et à un article non moins intéressant de M. Gillette sur les maladies de la vieillesse (à).
Nous avons pu faire également de nombreux emprunts à d’anciennes publications de M. Rostan, contemporaines de la clinique laite avec tant d’éclat, par ce professeur, à l’hospice de la Salpêtrière ; au grand ouvrage d 'Anatomie pathologique de M. Cruveilliier, à la Clinique médicale de M. Andral, cet inappréciable recueil des plus précieux documents et des aperçus les plus élevés, à l’importante collection des Bulletins de la Société anatomique . Nous pouvons citer encore la Médecine clinique de Pinel, la thèse de M. Gendrin, sur 1’ influence des âges sur les maladies , différents mémoires de M. le professeur Piorry. Nous n’avons pas besoin d’ajouter à cette liste les nombreux traités de pathologie, et en particulier les traités récents de MM. les professeurs Requin et Grisolle, de MM. Valleix, Hardy et Béliier, les monographies, les mémoires isolés où nous avons pu rencontrer quelques renseignements propres à compléter nos propres observations. Nous avons mentionné avec soin, dans le cours de cet ouvrage, toutes les sources où nous avons trouvé quelque chose d’utile à puiser.
Reveille— Pai ise, ce médecin philosophe dont la plume a tracé tant de lignes excellentes, a terminé sa carrière de publiciste par un
(1) Ray, A practical trealise on the domestic management and most important diseases of advanced life. London, ] 849.
(2) Hourmann el Dechambre,^re/iw<w générales de médecine , 3° série, 1835, etc.
(•S) Crus, Mémoires de l’Académie royale de médecine, 1840, t. VIII.
(4) Beau, Journal de médecine, par MM. Beau, Fouquier et Trousseau, 1843. a < ailette, Supplément au Dictionnaire des Dictionnaires de médecine, 1851.
v ni
PRÉFACE
ouvrage sur la vieillesse (1). Il est mort en en corrigeant les dernières pages. Ce n’est pas, à proprement parler, un livre de médecine; c’est une sage et douce paraphrase de son épigraphe: Peu de gens savent être vieux (La Rochefoucauld). C’est un livre d’hygiène, d’hygiène morale surtout, qui donne envie de vieillir, pour y relire ce chapitre, qui est tout le livre : Savoir être vieux.
Nous n’avons pas cru, dans cet ouvrage, devoir parcourir le cercle entier de la pathologie; nous nous sommes borné à l’étude des maladies les plus communes dans un âge avancé, de celles qui paraissent recevoir de la vieillesse l’empreinte la plus formelle, de celles surtout dont nos propres observations et les matériaux que nous avions rassemblés nous permettaient de traiter d’une manière un peu complète. On pourra donc reprocher à ce livre plus d’une lacune : nous espérons, s’il est jugé digne de quelque attention, qu’une fois ce sujet nouveau ébauché par nous, ces lacunes seront comblées par d’autres observateurs, et qu’il nous sera ainsi permis d’achever un jour une histoire dont nous aurons tracé, en France, le premier tableau.
Un sujet tout spécial devait tenir une place importante dans cet ouvrage : celui des maladies de F appareil urinaire. Un de nos honorables confrères, M. le docteur Phillips, a bien voulu mettre à notre disposition, pour la rédaction de cet article, sa plume exercée et les résultats de sa propre expérience. Nous avons cru bien faire d’y recourir, dans un ouvrage de ce genre, qui doit porter partout l’empreinte de l’application pratique et de l’observation personnelle.
Quant à la distribution des chapitres, le lecteur se rendra aisément compte de l’esprit qui y a présidé. En clinique, ce sont surtout les rapports de siège qui rapprochent les maladies. Quatre grandes divisions se présentent donc naturellement à nous: maladies de Y encéphale, de Y appareil respiratoire , de Y appareil circulatoire et de Yahdomen. Nous avons renvoyé à un appendice quelques chapitres qui ne rentraient pas dans ces quatre divisions, et nous avouons que nous aurions pu facilement en grossir le nombre. Mais comment suppléer aux matériaux qui nous manquaient? Ne valait-il pas mieux laisser de semblables lacunes que de recourir a de simples remplissages?
Nous avons donné un développement assez considérable aux chapitres consacrés au traitement de chacune de ces quatre grandes
(1) Traité de la vieillesse , hygiénique, médical et philosophique , 1853.
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divisions; mais nous ne les avons pas multipliés. Il nous a paru plus utile et plus pratique de rapprocher, autant que possible, l’élude des indications relatives aux différents groupes de maladies et des moyens de les remplir.
En résumé, l’objet de ce livre est de faire connaître les maladies des individus parvenus à un âge avancé et les meilleurs moyens de les traiter. Celui qui l’a écrit a vécu longtemps parmi les vieillards; il s’est attaché à leurs misères et les a étudiées avec un profond intérêt, sans savoir seulement s’il en aurait un jour sa part.
Max. Durand-Fardei.
15 novembre 1853.
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