‹ Traité pratique des maladies des vieillardsChapitre 2 sur 123 · DE CA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE CA SECONDE ÉDITION

Les maladies des vieillards n’ont été, depuis la première édition de ce livre, l’objet d’aucun travail d’ensemble, saufles leçons cliniques faites par M. Charcot à l’hospice de la Salpêtrière. Cependant j’ai eu à mettre à contribution les éludes et les observations <jui s’y rattachent plus ou moins directement, au sujet en particulier des maladies de l’encéphale, et j’ai dû m’attacher à mettre celte seconde édition, suivant l’expression consacrée, au courant de la science.

J’ai retranché de celte édition la plupart des observations particulières que j’avais multipliées dans la précédente : il m’a paru profitable de donner plus de développement aux déductions qu’on en pouvait tirer, et de remplir moi-meme la tâche que la lecture des observations impose au lecteur. Le docteur Philipps avait bien voulu se charger de l’article consacré aux maladies des voies urinaires, dans la précédente édition. J’ai cru devoir, dans celle-ci, le rédiger moi-même, afin de conserver à l’ensemble de ce travail une plus grande unité.

Telles sont les seules préoccupations que j’aie cru devoir apporter dans la révision d’un travail qui date de vingt années, en outre des modifications que devait me dicter l’expérience acquise.

Max. Durand-Fardel.

Janvier 1873.

INTRODUCTION

Les êtres organisés passent, depuis l’instant où le germe a commencé d’exister jusqu’au moment où, par le cours naturel des choses, ils ont cessé de vivre, par une série de modifications dont les termes les plus importants ont été divisés en périodes déterminées : ces périodes, ce sont les âges. En effet, les « puissances vitales, a dit Fontenelle, n’amènent rien que par degrés, et il n’y a point d’ouvrages de la nature qui, depuis les commencements les plus faibles et les plus éloignés, ne soient conduits lentement par une infinité de changements tous nécessaires, jusqu’à leur dernière perfection....» Et il n’en est pas non plus qui, une fois ce point atteint, ne décroissent avec une vitesse inégale, jusqu’à ce qu’ils redeviennent incapables de vivre.

Parmi les êlres organisés, il n’en est aucun qui échappe à la loi des âges : végétaux et animaux, tous naissent, vivent et meurent. Rien de semblable, au contraire, dans le règne inorganique. Dans l’accroissement ou l’usure des minéraux, tout dépend des accidents extérieurs, tandis qu’une fois leur vie reçue d’un parent, les êtres organisés trouvent en eux-mêmes leur raison d’être, de croître et de décroître ensuite pour mourir.

Mais c’est graduellement que s’opèrent tous ces changements : développement ou transformation d’organes, apparition de fonctions nouvelles ou cessation de fonctions qui s’éteignent, c’est peu à peu et par degrés que les âges se succèdent, et chaque jour diffère peu du jour qui l’a précédé de celui qui le suivra. Cependant si, envisageant dans son ensemble la marche que suit la nature dans l’évolution complète d’un être organisé, depuis son commencement jusqu’à sa fin naturelle, on reporte successivement les yeux d’époque en époque sur les diverses phases qu’il a eu à subir, on reconnaît que la vie traverse des périodes distinctes, dans chacune desquelles elle présente des caractères différents, non moins frappants pour l’anatomiste que pour le médecin et pour le philosophe.

Cependant la marche des âges ne s’effectue pas de la même manière

xn introduction.

clans toutes les classes d êtres organisés. Dans les végétaux il y a, en général, accroissement incessant jusqu’à l’époque de la mort, qui su1 2 vient oi dinairement avec une grande rapidité, tandis que dans les animaux il y a tiois périodes distinctes : l’une d’accroissement, la seconde stationnaire et la troisième de décroissance ; cependant la seconde n est qu apparente, et il est plus exact de considérer la virilité, ou l’âge moyen de la vie, comme appartenant en partie à la période d accroissement, en partie à la période de décroissance. C’est ce que Reveillé-Parise exprime par la courbe de la vie, figurant une ligne courbe où l’apogée de la vie, le méridien, le solstice de la vie, ne comprend, entre l’accroissement et le déclin, qu’un point sans durée effective, et compréhensible à l’esprit seulement (1).

C’est cette période de déclin que Canslatt désigne encore par l’expression remarquable de période à'involution , expression dont nous nous servirons volontiers dans le cours de cet ouvrage ; période d’involution, de formation rétrograde {Rückbildnng) (2), opposée à la période dévolution qui répond à l’autre extrémité de la vie.

La plupart des physiologistes ont adopté la division vulgaire des âges en enfance , adolescence , virilité et vieillesse. Haller étudiait successivement la première et la seconde enfance ( infantia , pueritia ), puis X adolescence, à laquelle succédait l’âge adulte ou la virilité , croissante , confirmée et décroissante , enfin la verte vieillesse, la caducité et la décrépitude. Tout arbitraires qu’elles soient, ces divisions ainsi multipliées présentent un tableau fidèle de la succession des âges : cependant il est une division plus simple, et, ce nous semble, plus philosophique, c’est celle qui est basée sur l’aptitude à la génération.

Lorsque nous examinons, dans leurs rapports réciproques, l’ensemble des êtres qu’une volonté impénétrable a répandus sur la surface du globe, il nous semble impossible de trouver une raison plus prochaine de l’existence de chacun d’eux que la reproduction de son semblable.

En effet, de même que si la mort n’eût été une loi suprême pour chaque être organisé, l’accumulation de ces derniers fût promptement devenue pour eux tous une cause de destruction, de même on les voit tous se reproduire pour la conservation les uns des autres, se soustrayant et se fournissant mutuellement les agents ou nuisibles

(1) Reveillé-Parise, Traité de la vieillesse, 1853, p. 9.

(2) Canstatt. Die tCrqnkheiten des hdheren 4lters, etc. Krlangen,

INTRODUCTION

ou nécessaires à leur existence : de telle sorte qu’une solidarité universelle lasse du monde organisé, animaux ou végétaux, que l’on me permette cette expression, comme une grande famille dont tous les membres s’entr’aident et s’alimentent les uns les autres.

La reproduction serait donc l’œuvre essentielle des êtres organisés, la raison dernière de leur existence : seulement, durant presque autant que la vie chez les végétaux et chez quelques animaux placés au bas de l’échelle, elle ne se montre, chez la plupart des animaux, chez l’homme surtout, qu’au sommet de la vie, à l’époque du plus grand épanouissement des organes, et quelques insectes même ne semblent recevoir la vie que pour la rendre, et se reproduisant presque aussitôt après leur naissance, meurent aussitôt après avoir%engendré.

La vie de l’homme ne comprend donc réellement que trois époques distinctes : époque antérieure cà la faculté de procréer; époque d’activité de la faculté d’engendrer; époque consécutive à celle faculté.

Cependant il faut bien savoir que la division des âges est purement arbitraire. Il est certain que si l’on jette un coup d’œil général sur les différentes époques de la vie des êtres organisés, et en particulier de l’homme, qui nous occupe seul en ce moment, on est frappé des différences d’aspect que chacune d’elles présente. Mais quand et comment s’opèrent ces différences? VoiLà ce qu’on ne peut dire : d’abord parce que la gradation avec laquelle elles se sont opérées ne permet pas d’en saisir le moment; ensuite parce que l’époque à laquelle elles s’accomplissent varie beaucoup suivant les individus, l’éducation, les climats, etc. La puberté même, dont il semble que les signes se révèlent tout à coup, n’a-t-elle pas mis les mêmes degrés à se préparer? Qui pourra donc établir à quel âge la jeunesse succède à l’enfance, la vieillesse à l’âge mûr? Les phénomènes, même le plus susceptibles d’une observation directe, n’ont aucune époque fixe. Mesurerez-vous les divisions de l’enfance par la dentition? Mais la première dentition se montre indifféremment du sixième au quinzième mois; la puberté varie de huit à vingt ans, si nous ajoutons les influences des climats à celles des idiosyncrasies ; tel est homme fait à vingt ans; et tel autre à trente; tel est jeune encore à cinquante ans et tel est vieillard à cet âge.

^ En un mot, ce qui constitue l’âge, dans le sens médical du mot, c est l’ensemble des phénomènes que présente l’observation, et non le nombre d’années parcourues : aussi doit-on insister beaucoup

introduction.

plus sui 1 existence et la succession de ces phénomènes eux-mêmes que sur leur durée, et considérer plutôt les changements suhis par l’organisme que les âges proprement dits auxquels ils appartiennent.

Quelques généralités sur l’anatomie, la physiologie, la pathologie, la thérapeutique et l’hygiène de la vieillesse sont la préface nécessaire d un traité des maladies des vieillards. Mais les généralisations les [dus importantes trouveront leur place dans le corps même de l’ouvrage.

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