MALADIES DE LA PEAU
Les maladies de la peau chez les vieillards ont été fort peu étudiées encore : le chapitre que je leur consacre ici est en grande partie emprunté à l’ouvrage de Ganstalt.
§ Ier. — Erysipèle chronique.
J’ai observé assez souvent des érysipèles de la face, chez les vieilles femmes de la Salpêtrière. Malgré un appareil de symptômes assez grave, du délire, de l’assoupissement, je n’en ai point vu se terminer par le mort. Des saignées quelquefois, et toujours un éméto-cathartique, tel était le traitement employé. Les observations de Gillette sont, sur ce point, conformes aux miennes (1).
Mais ce que l’on observe beaucoup plus souvent, chez les vieillards, c’est un érysipèle chronique, qui occupe habituellement les membres inférieurs, revient souvent au même endroit, à la face antérieure de la jambe, par exemple, amenant une rougeur livide, sans saillie, et ne disparaissant pas sous la pression du doigt. Il s’y forme rarement des phlyctènes, à moins qu’il ne s’y développe une disposition à la gangrène; mais souvent le pied est œdémateux, et les veines variqueuses.
Ges érysipèles reviennent quelquefois d’une manière périodique, particulièrement au printemps et à l’automne, et sont accompagnés et souvent précédés de troubles de l’appareil digestif, inappétence, goût amer, céphalalgie, constipation.
(1) Gillelte, Supplémentait Dictionnaire des dictionnaires de médecines 185 DMAND-FAMIEL. — 2e édit.
APPENDICE
Ces érysipèles seraient souvent, d’après Canstatt, les signes d’une dyscrasie arthritique ou hémorrhoïdaire. Cet auteur a vu des accès de goutte ou des flux hémorrhoïdaux se montrant d’abord d’une manière régulière, périodique, n’apparaître ensuite que d’une manière irrégulière, puis cesser complètement de se montrer, et se trouver remplacés par un érysipèle périodique. Puis, si ce dernier venait luimême à disparaître, les malades succombaient à des accidents d’apoplexie ou de catarrhe suffocant.
On voit encore, lorsque l’âge devient très-avancé, ces érysipèles apparaître avec des caractères moins prononcés, plus fugaces, et enfin cesser de se montrer. Cette disparition de l’érysipèle chronique ou périodique n’a pas la même signification que dans le cas précédemment supposé. Elle se fait graduellement et par suite sans entraîner de semblables dangers. Mais elle annonce l’affaiblissement général de l’organisme, et en général une faible prolongation de l’existence.
Les femmes sont, suivant Canstatt, plus sujettes que les hommes à l’érysipèle chronique. Faut-il établir quelque rapport entre ces érysipèles et les époques menstruelles passées ?
Lorsque l’érysipèle disparaît, il se fait une desquamation de l’épiderme, mais la peau demeure en général altérée à son niveau, luisante, lisse, rouge et sèche.
Ces érysipèles aboutissent quelquefois à la formation d’ulcères qui se développent, tantôt par le fait même du progrès de la maladie, tantôt à la suite de quelque contusion. Les contusions de la région antérieure de la jambe sont du reste assez dangereuses chez les vieillards. La peau amincie, dépourvue de vitalité, s’escharifie souvent à la suite de ces contusions, et il n’en faut pas davantage pour qu’il s’y établisse un ulcère fort difficile à guérir.
Quand une ulcération doit se former d’emblée, à la suite d’un érysipèle chronique, le tissu cellulaire sous-cutané s’indure, la peau ne glisse plus sur les tissus sous-jacents, le membre s’œdématie ; il se développe un prurit violent ; l’épiderme se détache quelquefois sous l’ongle du malade, et ne se remplace pas ; il se fait un suintement, d’abord purement séreux, puis d’un pus clair; le derme se creuse, et enfin il se produit un ulcère à bords durs et calleux, autour duquel l’écoulement d’un pus âcre etsanieux entretient souvent un état érysipélateux, qui contribue lui-même à l’extension de l’ulcère.
Chez les malades de mauvaise constitution, ces ulcères prennent