MALADIES DE LA PEAU
quelquefois un aspect phagédénique, et tendent à gagner les parties voisines par le décollement de la peau, et par la gangrène du derme lui-même (1). On a vu encore de ces ulcères se développer surtout en profondeur, et détruire une portion du tibia (2).
Ces érysipèles paraissent avoir souvent d’étroites connexions avec le développement exagéré du système veineux des membres inférieurs, auquel les vieillards sont fort sujets. Tantôt ce sont des varices considérables, des veines converties en cordons saillants et noueux; tantôt on remarque un développement particulier de petits vaisseaux arborisés, au-dessous de l’épiderme aminci et transparent. L’érysipèle fut, dans l’observation suivante, le premier symptôme d’une phlébite profonde, qui entraîna consécutivement la mort : la marche des accidents offre dans ce cas un assez grand intérêt.
Un homme âgé de quatre-vingts ans, pensionnaire de l’hospice des Incurables, fut pris, dans le printemps de l’année 1839, d’une rougeur avec empâtement au bas du mollet gauche (érysipèle des vieillards), sans douleur aucune. Cette rougeur, d’abord franche, devint de plus en plus livide, comme une large ecchymose ; l’œdème de la jambe gauche et du pied augmenta, puis se dissipa par quelques jours de repos, et alors l’épiderme se détacha de la peau dans une grande étendue, sous la forme de larges squames. Il ne resta plus dans le membre qu’un gonflement médiocre, indolent, remontant jusqu’au haut de la cuisse ; on remarquait en outre, disséminées sur la peau, une foule de plaques d’apparence scorbutique, formant comme des taches de sang recouvertes par un épiderme transparent. Cet état persista avec quelques rémissions et quelques excacerbalions, suivant que le malade gardait le lit ou continuait à marcher. Au commen-
! cernent du mois de mars 18â0, tout le membre abdominal gauche était œdématié, pâteux, toujours avec taches scorbutiques et soulèvements épidermiques. Le cœur ne présentait rien d’anormal; on ne sentait dans l’abdomen aucune tumeur bien circonscrite; mais sur le trajet de la crurale et surtout à son origine, on sentait un cordon dur, bien prononcé. Le membre abdominal droit était resté sain, avec des taches moins nombreuses, comme il s'en trouvait du reste sur toute l’étendue de la peau. On ordonna le repos, le membre était tenu plus élevé que le bassin, et le malade étant dans un état de
(l) Gazette des hôpitaux, 1846, p. 350.
(2) Botrel, Bulletins de la Société anatomique, 1818, t . XXIII, p. 361.
APPENDICE
constipation habituelle, on prescrivit des lavements. Quelques jours après, la jambe droite commença à s’engorger vers la partie intérieure, aussi sans cause appréciable. A partir de cette époque, le malade, qui était très-faible depuis le commencement de février, s’est affaibli de jour en jour davantage ; et, chose remarquable, le 7 avril, la jambe gauche était revenue à l’état normal; elle avait la grosseur et la résistance ordinaires; cet état a persisté jusqu’à la mort, qui est arrivée le 20 avril dans la journée, par le progrès de l’adynamie.
La poitrine renfermait un liquide sanicux et sanguinolent. Les intestins, contenant un grand nombre de matières fécales dures et moulées, étaient remarquablement déplacés.
L’aorte abdominale et ses divisions étaient ossifiées au point de gêner en apparence le cours du sang dans les veines voisines. Les veines du membre abdominal gauche étaient pleines de caillots blancs, consistants, sans adhérences; les veines superficielles seules étaient perméables. Quelques-unes de ces veines (altération fort rare) étaient ossifiées, notamment la péronière, qui l’était dans tout son diamètre.
Les parties molles de la jambe présentaient encore des lésions remarquables; elles étaient comme ecchymosées dans toute leur profondeur; une espèce de sanie infiltrée dans le tissu cellulaire donnait au membre l’aspect de celui d’un cadavre en putréfaction. Les muscles étaient d’une extrême friabilité (1).
§ II. — Priirigü seililïs.
La maladie cutanée la plus commune chez les vieillards, c’est le prurigo : le nom de prurigo senilis paraît même lui avoir été donné plus encore pour la fréquence et la ténacité de celte affection à cet âge, que pour les caractères particuliers qui pourraient lui appartenir.
Ce prurigo est constitué par de petites papules, sans altération de couleur, qui se montrent principalement sur le dos, les épaules, la face externe des membres, inférieurs surtout. Un prurit insupportable, et comme occasionné par une multitude d’insectes, entraîne un état extrême de malaise, et même de souffrance et d’anxiété; il est augmenté la nuit par la chaleur du lit, et détermine des insomnies j <jue rien ne peut calmer. On a vu des vieillards poussés au suicide
(1) Comin, Bulletins delà Société anatomique, 1841, t. XVI. p. 29t.