CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES
Le caractère le plus remarquable des centres nerveux, chez les vieillards, c’est le retrait et l’endurcissement.
Le retrait général du cerveau peut être facilement mesuré, dans un grand nombre de cas, à l’espace qui sépare la superficie des circonvolutions, de la surface interne du crâne, espace que remplit le fluide céphalo-rachidien. On étudiera plus loin les infiltrations séreuses du tissu cellulaire sous-araclmoïdien, infiltrations qui résultent de l’accumulation de ce fluide, dont une des fonctions est de suppléer à l’inflexibilité de la voûte crânienne, pour s’accommoder aux variations de volume de la masse nerveuse encéphalique. On verra que ces infiltrations séreuses n’ont pas toujours un caractère pathologique; que, dans un grand nombre de cas, elles sont, à proprement parler, physiologiques, et n’existent que par suite du retrait, ou, si l’on veut, de l’atrophie générale du cerveau, en un mot, de la diminution du volume de cet organe.
Mais si l’atrophie générale du cerveau ne peut guère s’apprécier qu’indirectement, et se mesurer que par la proportion du fluide céphalo-rachidien épanché, il est une atrophie spéciale, celle des circonvolutions, qu’il est facile de reconnaître et d’étudier, et qui mérite une description particulière. On l’a désignée sous le nom d 'atrophie sénile des circonvolutions.,
La couche corticale des circonvolutions prend une teinte grisâtre un peu plus foncée qu’à l’ordinaire, en même temps qu’une densité sensiblement plus considérable; la surface en est inégale, bosselée, ce qui leur donne quelque chose de rugueux au toucher. Les circonvolutions sont comme ratatinées, diminuées dans tous les sens. Lorsqu’on les incise, on trouve ordinairement la lame de substance blanche qu’elles renferment amincie; mais il est évident que cette atrophie porte surtout sur la couche corticale.
INTRODUCTION
Celte altération présente des degrés très-variables en étendue. Quelquefois elle occupe toute la superficie du cerveau ; anfractuosités et circonvolutions, tout est dur, inégal, lataliné, et comme tugueux. Cependant la base du cerveau ne nous a jamais paru participer à cet état. Le plus souvent, l’atrophie ne se montre qu’au sommet des circonvolutions et sur quelques-unes d’entre elles. L’ordre de fréquence, dans lequel nous les avons vues atteintes de cette atrophie, est le suivant : d’abord les circonvolutions des parties latérales externes des hémisphères; celles de la convexité du lobe moyen, surtout à sa réunion avec le postérieur ; puis celles du lobe antérieur ; trèsrarement celles de la face interne des hémisphères.
Les circonvolutions des lobes postérieurs, occupant la pointe occipitale des hémisphères, sont petites, ratatinées, unies ensemble par un tissu cellulaire (sous-arachnoïdien), dense, fin et serré. Il ne laut pas voir là le résultat d’une atrophie du genre de celle que nous venons de décrire : c’est une disposition normale de celte partie de la superficie du cerveau.
L’atrophie sénile des circonvolutions entraîne nécessairement avec elle un accroissement du lluide céphalo-rachidien qui occupe l’espace souS-arachnoïdien, et qui, à l’état normal, ne s’accumule qu’à la base du crâne, lubrifiant simplement le reste de l’enveloppe celluleuse des hémisphères. On trouve alors les circonvolutions plus ou moins écartées les unes des autres, et plus on moins distantes de la voûte crânienne.
La diminution générale du volume du cerveau a été notée par Haller, Sœmmerring, Baglivi, Fischer, etc. Sœmmerring avait également avancé que le poids de cet organe est moindre dans la vieillesse qu’aux autres époques de la vie. Le docteur Sims a fait la même observation. Il a trouvé que, sur 253 individus, le cerveau augmentait de poids jusqu’à 20 ans, perdait un peu de 20 à 30, acquérait son maximum de h 0 à 50, et diminuait enfin peu à peu à partir de cet âge (1).
Outre l’épaississemeût général du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, qui résulte de l’infiltration séreuse dont il devient le siège, le feuillet viscéral de l’arachnoïde présente presque constamment des opacités plus ou moins prononcées et qui tantôt ne semblent qu’un nuage léger, sans épaississement appréciable, tantôt offrent la densité d’une petite lame cartilagineuse, avec toutes les nuances intermédiaires ;
(I) Sims, Gazelle médicale de Paris , 1835, p. kl Y.
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surtout prononcées au niveau des vaisseaux les plus volumineux de la pie-mère, dont elles suivent quelquefois parfaitement le trajet, elles peuvent occuper toute la surface de la séreuse, ce qui est rare, ou se montrer par points isolés. J’ai môme trouvé quelquefois de petites plaques cartilagineuses ou osseuses, isolées, saillantes sur la lace libre de l’arachnoïde.
Ces caractères de l’arachnoïde des vieillards, d’autant plus marqués que l’âge est plus avancé, n’ont cependant rien d’absolument propre à celte période de l’existence ; on peut les rencontrer chez de jeunes sujets, comme les plaques et les taches du péricarde, avec lesquelles ils paraissent avoir les plus grandes analogies. Nous n’avons pas trouvé qu’ils fussent plus considérables chez les individus affectés de ramollissement, ni à la suite d’anciennes hémorrhagies encéphaliques, que chez les sujets dont le cerveau était sain, et qui n’avaient présenté, au moins dans les dernières années de leur vie, aucun dérangement appréciable des fonctions cérébrales.
Les parois des vaisseaux qui se ramifient dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien sont épaissies dans le plus grand nombre des cas. Celte altération est ordinairement constituée par un épaississement de la tunique moyenne, qui lui donne un aspect blanchâtre, opaque, dense, se rapprochant en apparence de la texture des fibro-cartilages. Cet épaississement occupe quelquefois, d’une manière uniforme, toute l’étendue d’un vaisseau ; plus souvent il n’en occupe que des points isolés, quelquefois en forme de chapelet. Le calibre du vaisseau n’est, en général, sensiblement rétréci que lorsque l’épaississement l’occupe dans tous les sens. On ne constate souvent qu’une opacité proprement dite des parois vasculaires, sans rétrécissement appréciable, et l’on peut trouver plus d’un point de rapprochement à établir entre ces altérations vasculaires, et celles que nous venons de signaler dans l’arachnoïde, celles aussi que nous étudierons plus
loin dans le péricarde.
Sur 9/i individus âgés de plus de 60 ans, que j’ai examinés dans ce sens, et dont h 2 ne présentaient aucun vestige de maladies de l’encéphale, les vaisseaux paraissaient à l’état normal 22 fois ; ils étaient épaissis ou ossifiés dans 72 cas. Quant à l’ossification elle -
même des vaisseaux, elle n’a été constatée que dans 16 cas, dont h chez des vieillards n’ayant de traces ni d’hémorrhagie, ni de ramollissement.
On rencontre quelquefois des ossifications de la dure-mère, siégeant presque toujours dans la lame fibreuse, faux du cerveau , qui
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sépare les deux hémisphères. C’est ordinairement alors une lame osseuse, tantôt fine, perforée et comme dentelée, tantôt inégale et épaisse.
J’ai examiné avec soin la moelle épinière de 23 individus âgés de 60 à 82 ans.
Chez une femme de soixante-quatorze ans, qui depuis neuf ans était affectée de tremblements dans les membres, puis d’ankyloses incomplètes et survenues graduellement dans les articulations des membres, sans douleurs ni déformations et sans affaiblissement de la sensibilité cutanée, la moelle épinière était généralement assez ferme ; le tiers inférieur présentait une dureté assez considérable, le renflement lombaire était peut-être un peu plus volumineux qu’à l'état normal ; la substance grise était assez pâle. Celte altération ne put être plus nettement caractérisée.
Dans tous les autres cas, il n’y avait aucune modification apparente des fonctions nerveuses.
Dans quinze cas, il n’y eut aucune remarque à faire sur l’apparence ni sur la texture du cordon rachidien , qui paraissait tout à fait à l’état normal.
Dans cinq cas, j’ai trouvé que la moelle était généralement, et à des degrés divers, plus ferme qu’à l’état normal. Dans deux autres cas, au contraire, elle était peu consistante et même très-molle, sans que l’on pût assigner à celle circonstance, plus qu’aux précédentes, de caractère pathologique déterminé. Du reste, quoique je trouve noté, dans quelques-unes de mes autopsies, que la moelle paraissait d’un petit volume, je n’ai pas précisément constaté dans cet organe les mêmes caractères d’atrophie qui ont été signalés dans le cerveau.
J’ai rencontré trois fois des plaques cartilagineuses ou fibreuses sur X arachnoïde rachidienne.
Chez une femme de soixante-deux ans, morte avec une tumeur encéphaloïde considérable du cerveau, on trouva, sur le feuillet viscéral de l’arachnoïde spinale, deux ou trois plaques blanches, demi-cartilagineuses, très-minces, de trois lignes à peu près en tous sens. Leur face externe, libre et très-lisse, répondait à la grande cavité de l’arachnoïde ; leur face interne, rugueuse, était adhérente. Elles présentaient une courbure qui répondait à la convexité de la moelle. Celle-ci ne présentait rien à noter.
Chez une femme de quatre-vingt-trois ans, morte d’une pleuropneumonie, on remarquait, dans la grande cavité de l’arachnoïde
DURAND-FAUDEL. b
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et adhérentes au feuillet viscéral de celte membrane, trois plaques occupant la région dorsale ; elles étaient blanchâtres, légèrement concaves du côté de la moelle, d’une consistance qui tenait le milieu entre celle du cartilage et celle du tissu fibreux. Elles avaient à peu près un demi-pouce de long sur deux lignes de large; leur face adhérente était très-raboteuse, ne tenant du reste que par des adhérences molles et faciles à détacher; leur face libre était très-lisse.
Enfin, dans un troisième cas, chez une femme de soixante-dixhuit ans, on trouva simplement une petite plaque cartilagineuse, isolée, saillante à la surface de l’arachnoïde dans la région dorsale.
Les nerfs semblent participer à la tendance générale à l’atrophie que j’ai signalée dans le cerveau ; cependant celle circonstance y est plus difficile à apprécier, et je ne sais pas qu’elle ait été formellement constatée. Boyer a bien dit que les nerfs, considérés dans leurs rapports avec le corps entier, étaient moins grands dans le vieillard que dans l’enfant (1); il est bien certain que l’extrémité terminale et épanouie des nerfs ne présente pas le même degré de développement, non plus que la même activité fonctionnelle, chez les vieillards. Schreger, cité par Seiler, a constaté que le névrilème des nerfs sciatiques surtout et des nerfs sacrés était moins souple, moins humecté que dans les âges précédents, que les cordons nerveux paraissaient plus serrés, plus secs, moins élastiques, plus aisés à déchirer (2). J’ai souvent cru remarquer moi-même que les nerfs des vieillards n’offraient ni le môme volume, ni une blancheur aussi éclatante, ni une vascularité aussi prononcée du névrilème que chez les sujets plus jeunes. Mais ces observations auraient besoin d’être vérifiées de nouveau.
Le caractère anatomique le plus remarquable du poumon des vieillards est le suivant : les cellules pulmonaires tendent à s’accroître avec l’Age, puis à se raréfier, à se déformer, d’où résulte d’abord un accroissement général dans le volume du poumon, puis, au contraire, un rapetissement et un ratatinement, suivis du retrait des parois thoraciques. A mesure que les cellules pulmonaires se déforment, on voit peu à peu diminuer et s’effacer les vaisseaux, qui se ramifient
(1) Bichat, Traité comptât d’anatomie, t. III, p. 300.
(2) Anatomia corporis humani, clc., p. 117.
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dans l’intervalle et sur les contours des cellules pulmonaires (1). Je renverrai, pour épargner des répétitions inutiles, à un chapitre ultérieur (2), où j’ai exposé les observations pleines d’intérêt de MM. lïourmann et Dechambre (3), sur les modifications séniles des poumons. Magendie avait déjà signalé la raréfaction du tissu du poumon chez les vieillards (à), circonstance physiologique de la plus haute importance, car l’aire de l’arbre aérien diminuant en raison de la dilatation des cellules, suivant la remarque de Poiseuille (5), il en résulte que l’hématose se fait d’une manière beaucoup moins complète, bien que le poumon renferme effectivement une plus grande quantité d’air. Nous étudierons ailleurs les rapports de celte modification dans la texture du poumon avec le catarrhe pulmonaire et avec l’emphysème ou l’asthme des vieillards. Nous retrouverons plus prochainement les conséquences de cet amoindrissement de l’hématose sur la composition du sang. Nous devons nous arrêter un peu ici sur la conformation spéciale du thorax des vieillards, dans ses rapports avec les fondions pulmonaires, sujet que MM. lïourmann et Dechambre ont encore traité avec beaucoup de soin et d’exactitude.
La cavité thoracique est notablement modifiée dans son ensemble ; on remarque un aplatissement latéral supérieur qui , dans quelques cas, produit une gouttière tout à fait semblable à celle que l’on remarque chez les rachitiques. La courbure postérieure des côtes est augmentée et fait une forte saillie de chaque côté de la colonne vertébrale: celte saillie est quelquefois plus considérable d’un côté que de l’autre, presque toujours du côté droit, d’après mes propres observations, de sorte qu’on pourrait souvent supposer une déviation de la colonne vertébrale. A la partie antérieure, au contraire, les côtes s’allongent et portent le sternum en avant.
La forme de la poitrine éprouve également une altération dans son diamètre 'vertical; tous les anatomistes ont signalé une diminu-
ai) Voyez sur la diminution de la circulation pulmonaire, Sœmmerring et Reisseissen, mémoire couronné, Sur la structure et les fonctions des poumons. Berlin, 1808.
(2) Voy. le chap. Pneumonie.
(3) Rourmann et Dechambre, Recherches cliniques pouvant servir à l' histoire des maladies des vieillards, ( Arch . gén. de méd ., 1835, t. VIII, p. 420 et suiv.).
(4) Magendie, Mémoire sur la structure du poumon de l'homme, dans Journal de physiologie expérimentale, 1821, t. I, p. 78.
(5) Poiseuille, Bulletin de l’Académie de médecine, 1843, t. VIII, p, 704.
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tion dans la hauteur des disques intervertébraux : le tronc tend à s’incliner en avant.
De ces deux dernières dispositions résultent: 1° le rapprochement du bord inférieur de la cage thoracique et de la crête iliaque; 2° le rétrécissement des espaces intercostaux dû à la fois à la projection du thorax en avant, à son aplatissement latéral, et à l’espèce de mouvement de torsion qu’éprouvent les côtes sur leur axe.
Le système circulatoire présente, chez les vieillards, d’importants changements, et qui, avec ceux du système nerveux, moins directement appréciables, mais non moins réels, rendent compte le mieux possible de la physionomie générale de la pathologie et de la physiologie des vieillards.
Je ne m’étendrai pas ici sur les changements éprouvés par le cœur, sujet qui sera traité plus loin avec détails. J’étudierai, dans un chapitre spécial, les taches du péricarde, l’accroissement ordinaire du volume du cœur chez les vieillards, déjà signalé par Fischer (1), les altérations de forme et de volume des valvules, l'ossification des artères, de l’aorte en particulier.
Ce dont il convient de s’occuper principalement ici, c’est des conditions générales du système circulatoire, des veines surtout et du système capillaire.
Ce qui caractérise principalement le système circulatoire des vieillards, c’est la prédominance des veines et du sang veineux, état que Canslatt désigne du nom expressif de vénosilé.
Il est vrai que M. Bizot (2) et M. Neucourt (3) ont constaté un élargissement du diamètre de l’aorte et des gros troncs artériels, chez les individus avancés en âge, ce qui semble en contradiction avec la proposition précédente. Mais cela vient sans doute de la diminution de l’élasticité contractile des parois artérielles, laquelle permet à une quantité de sang, effectivement moindre, de dilater ces vaisseaux plus que ne parvient à le faire la plénitude du système artériel, à une autre époque de la vie, et laisse ainsi, après la mort, des vaisseaux à plus grand diamètre, malgré la diminution effective de la circulation qui s’y fait. Cette dilatation purement passive ne se ren-
(1) Cor magnum, crassum, pinguedine obsitum (Fischer, Desemo, p. S90).
(2) Bizot, Recherches sur le cœur et le système artériel de l’homme ( Mémoires de la
Société médicale d’observation, 1838, t. I).
(3) Neucourt, De l'état du cœur chez les vieillards ( Arch . gén. de médecine, 1843,
3e série, t. 111).
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contre que clans les artères dont la texture n’a point subi ces altérations si communes dans un âge avancé, qui consistent en un épaississement cartilagineux, calcaire, athéromateux, osseux, de leurs parois. Bien loin qu’alors ces vaisseaux se prêtent à céder à l’effort du sang, leur densité, leur rigidité, leur épaississement enfin diminuent, au contraire, notablement leur calibre.
Il n’en est pas de même des veines où l’épaississement et l’ossification des parois ne s’observent presque jamais (1). Bichat même avait nié que les veines fussent susceptibles de s’ossifier. Cependant Seiler a cité plusieurs auteurs qui ont rencontré une ossification des veines, du pénis (Haller), de l’utérus (Coschwitz), de la veine porte (Palfyn), des veines crurale, iliaque et saphène (Salzmann) (2). M. Comin a publié un cas d’ossification des veines des membres inférieurs.
La dilatation générale des veines, chez les vieillards, paraît tenir à plusieurs causes : la diminution de la résistance et de l’élasticité des parois des veines, circonstance commune à tous les tissus ; l’influence de la pesanteur qui reprend alors son empire; le ralentissement de la circulation, qui résulte lui-même du défaut de ressort des parois vasculaires, de l’amoindrissement du système capillaire, de l’affaiblissement de l’action musculaire. C’est surtout dans les membres inférieurs et dans la cavité abdominale, que la dilatation des veines se prononce; aussi les varices et les hémorroïdes sont-elles des incommodités communes aux vieillards.
Mais ce développement du système vasculaire veineux n’est pas le côté le plus important encore de ce que Canstatt a désigné sous le nom de vénosité : les qualités particulières du sang lui-même y prennent une part des plus intéressantes, et que ce savant observateur expose de la manière suivante.
Quand les organes qui élaborent le sang sont à l’état normal, quand les matériaux qui leur servent sont normaux et les excrétions régulières, si la force assimilatrice est grande, alors la qualité du sang est très-propre à la nutrition et à la conservation vitale; et le sang est artériel, si nous comprenons par ce mot un sang caractérisé par des propriétés vivifiantes. Mais si l’élaboration du sang est imparfaite, si les excrétions et la séparation du sang des matières
( 1 ) Deschamps, Recherches sur les incrustations calcaires du cœur , des artères et des veines, dans Gazette médicale, 29 octobre 1853.
(2) Seiler, Anatomia corporis humani, etc., p. 106.
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destinées à être rejetées sont imparfaites ; lorsque, par suite, ce sang renferme en excès de ces substances décomposées ou prêtes à se décomposer, et que ses forces assimilatrices ont diminué, le sang' perd alors son aptitude à vivifier, et peut être appelé sang veineux.
G est dans ce sens général que la masse totale du sang, que celui-ci se trouve renfermé dans le système artériel ou dans le système veineux, possède, dans la période d’involulion, des qualités plutôt veineuses qu’artérielles (1).
Le sang des vieillards se coagule plus vite (Thackrah et Davy), témoignage de sa moindre vitalité, puisque la coagulation du sang est un acte de la vie qui s’éteint.
D’après MM. Becquerel et Rodier, chez les vieillards, la fibrine est un peu diminuée, et la moyenne qui la représente n’est plus que de vingt. La cholestérine est représentée par un chiffre aussi, et même plus élevé que dans l’âge mûr (2).
Tandis que les parois des artères s’épaississent et s’encroûtent de productions diverses, et que les veines se dilatent, les vaisseaux capillaires s’oblitèrent, de manière que, à mesure que l’âge avance, le champ de la circulation qui s’opère entre le système artériel et le système veineux va sans cesse en s’amoindrissant.
L’amincissement de la peau des vieillards, le retrait des formes extérieures, la difficulté de faire pénétrer profondément les injections artérielles, ne sauraient laisser de doutes sur ce sujet. Du reste la peau de la face, par sa transparence, nous permet de nous faire une idée exacte de ce qui se passe dans cette portion intermédiaire du système circulatoire. Non-seulement une teinte mate et uniforme a remplacé les couleurs d’une autre époque de la vie; mais les variations infinies que présentait à un autre âge la coloration de cette région, sous l’inlluence de causes morales ou physiques, ne s’observe plus. En outre, les arborisations rouges et fines qui se dessinent à la surface de la peau résultent de la stagnation indéfinie du sang dans des vaisseaux capillaires, que l’oblitération des vaisseaux avoisinants a séparés de la circulation générale.
Les tuniques des vaisseaux capillaires se remplissent naturellement, chez les vieillards, de granulations graisseuses. Celte altération athéromateuse ou graisseuse qui, souvent, devient cause de phé-
(1) Canstatt, loc. cit., t. I, p. 77-78.
(2) Becquerel et Rodier, Traité de chimie pathologique, appliquée à la médecine pratique, 1854, p. 92.
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nomènes morbides, est un fait de modification sénile naturelle aux capillaires. Ces petits éléments graisseux se substituent aux éléments de la paroi capillaire et rétrécissent le calibre des vaisseaux (l).
Les organes multiples qui concourent à la digestion ne doivent pas échapper aux modifications qui atteignent nécessairement tous les organes, dans la période dévolution, à un degré plus ou moins prononcé, et surtout plus ou moins appréciable.
\] absence ou 1 & peu de solidité des dents , en rendant la mastication imparfaite, trouble déjà le premier acte de la digestion. Cependant les glandes salivaires continuent de fournir une salive abondante et qui, quelquefois, s’écoule au dehors. Nous ne savons si elle est altérée dans sa composition.
L’état le plus caractéristique du canal intestinal chez les vieillards, c'est Y amincissement et l'atrophie de l 'estomac, et de Y intestin grêle surtout. M. Hulin a noté plusieurs fois une coïncidence remarquable entre l’atrophie de l’intestin et un amincissement semblable de la peau. La description qu’il donne de ces intestins atrophiés est tout à fait semblable à ce que j’ai maintes fois observé moi-même (2). Chez un homme de quatre-vingt-deux ans, mort dans l’adynamie, mais dont l’appétit était assez bon auparavant, la langue nelle, les digestions un peu lentes, la membrane muqueuse du canal gastro-intestinal était blanche, transparente, et réduite à une pellicule extrêmement mince dans toute son étendue; elle ressemblait parfailemen t à une membrane séreuse, excepté cependant dans l’estomac, où elle conservait une épaisseur un peu plus considérable, bien moindre cependant que dans l’état normal. Le léger enduit muqueux qui tapisse sa surface avait acquis une grande fluidité. L’intestin grêle contenait une assez grande quantité de liquide séreux. D’ailleurs, la muqueuse était très-dense et difficile à détacher des autres tuniques. Il n’y avait pas la moindre trace de congestion. Chez un autre homme, mort subitement à l’âge de soixante-quinze ans, maigre et languissant depuis plusieurs années, mangeant peu, habituellement constipé, et dont les digestions étaient lentes et pénibles, la membrane muqueuse du canal digestif était blanche, transparente et extraordinairement mince; elle avait acquis une densité fibreuse, sa surface
(1) Segond, Anatomie et physiologie du système capillaire sanguin ( Thèse pour l’agrégation en anatomie, 1853).
(2) Hulin, Recherches d'anatomie physiologique et pathologique de la membrane muqueuse gastro-intestinale, 1826, p. 123 et suivantes.
INTRODUCTION
était scche et lisse; le gros intestin était rempli de matières stercorales sèches et endurcies. La membrane musculeuse du canal gastrointeslinal était egalement atrophiée, on n’en distinguait plus que quelques fibres blanchâtres; les parois transparentes du canal semblaient être réduites à une seule membrane.
Natalis Guillot, qui a fait une étude anatomique approfondie de la membrane muqueuse gastro-intestinale , a décrit les modifications que la vieillesse apporte dans la structure de ce.tte membrane. Le réseau vasculaire sous-muqueux, dit Natalis Guillot, la couche aréolaire et la couche villeuse constituent l’intestin par leur superposition au devant du péritoine (1). Ce que Guillot appelle couche aréolaire , c’est une surface existant dans toute l’étendue du canal digestif, au-dessous du diaphragme, cachée par les villosités dans l’intestin grêle, parsemée d’un nombre infini de petites cavités, placées les unes à côté des autres, et séparées par des reliefs de la membrane muqueuse, qui constituent entre elles une foule de cloisons.
On reconnaît, en injectant l’intestin, que cette couche aréolaire présente bien moins de vaisseaux chez les vieillards, et se laisse moins bien pénétrer par la matière colorante; souvent même Iss petites aréoles dont elle est composée s’effacent et s’éteignent, et leurs parois ne sont plus nettes et tranchées comme chez l’adulte. On pourrait dire, sans erreur, en les regardant, qu’elles sont usées; car c’est tout à fait l’aspect de l’usure que présente alors leur physionomie. Il en est de même de la partie villeuse de l’intestin grêle : elle n’est pas aussi tomenteuse, aussi épaisse que dans l’âge adulte; les villosités sont moins longues, moins serrées et moins vasculaires. Au lieu de trouver dans l’intérieur de chacune d’elles ces admirables ramifications vasculaires que l’on admire dans un âge moins avancé, ce ne sont souvent que de rares rameaux vasculaires que l’on y observe; en somme, elles appartiennent à un tissu atrophié, qui ne permet que difficilement à l’injection de le pénétrer.
Il est probable que dans tous les tissus où l’on ferait de semblables recherches, on obtiendrait des résultats analogues à ceux que M. Guillot nous décrit d’une manière si frappante.
M. Barth a rencontré chez les vieillards des hernies celluleuses du gros intestin, apparaissant sur cette partie du tube digestif comme
(I) Natalis Guillot, Recherches anatomiques sur la membrane muqueuse du canal d iyestif, dans l 'Expérience, 1837, p. 163.
de petites poches, semblant au premier abord appendues cà l’intestin par un pédicule imperforé, mais laissant voir, quand on les examine plus attentivement, un orifice étroit par lequel elles communiquent dans l’intestin, ce qui permet, au moyen de la pression, de faire sortir de leur cavité une petite masse de matières fécales dures (1). Celte disposition anatomique, ajoute cet observateur, rend compte de ce fait, que les vieillards expulsent souvent, au milieu de selles liquides diarrhéiques, quelques boules isolées de fèces durcies.
En dehors du canal intestinal lui-même, on trouve les glandes mésentériques oblitérées (Ruysh); le foie souvent sans changement appréciable, quelquefois plus pâle et plus ferme (Seiler), sa membrane d’enveloppe épaissie et même ossifiée (Sœmmerring). La vésicule biliaire renferme souvent des calculs, et présente presque toujours, ainsi que la face concave du foie, des adhérences avec les parties environnantes, altération sur laquelle on trouvera des détails dans un chapitre de cet ouvrage. Le pancréas est, suivant Canslalt, de toutes les glandes celle dont la métamorphose atrophique s’observe le plus souvent chez les vieillards; il arrive donc quelquefois, ajoute cet auteur, que sa sécrétion manque, et comme, d’après les expériences modernes, ce suc semble être principalement destiné à dissoudre les substances grasses, on comprend pourquoi les personnes âgées éprouvent généralement de la difficulté à digérer ces sortes de matières (2).
Les os des vieillards deviennent plus secs, plus terreux, plus légers et plus friables.
Le fait anatomique avec lequel cette altération dans la texture des os paraît le plus en rapport, c’est l’imperméabilité graduelle et sans cesse croissante des pertuis qui permettent aux vaisseaux sanguins de s introduire dans l’intérieur du tissu osseux. A mesure que les os s isolent ainsi de la circulation, qui leur apporte des matériaux de nutrition, ce qu’il y a d’organique dans leur composition diminue au bénéfice de ce qu il y a d’inorganique. N’est-ce pas ainsi, bien plus que par la prédominance supposée des principes terreux, qu'ils piennenl cette apparence nouvelle qui tend à les rapprocher, pendant la vie, de ce qu ils doivent nous présenter, un certain temps après la mort?
M. IN claton a démontré que la quantité de gélatine reste propor-
(1) Barlh, Bulletins de la Société anatomique, 1851, t. XXVI p. 147.
(2) Canstatt, loc. cit., t. IV, p. G9.
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tionnellement la môme chez l’enfant, chez l’adulte et chez le vieillard; la densité du tissu osseux ne saurait être expliquée que par l’augmentation en nombre des molécules osseuses; mais le nombre des molécules ne saurait augmenter sans empiéter sur le diamètre des canaux vasculaires. Aussi n’est-il pas étonnant que les os soient plus denses et aient moins de vitalité, alors que le tissu osseux a envahi en grande partie les canaîicules osseux et a rétréci les vaisseaux de l’os. Quant à l’augmentation de la fragilité, M. Nélaton l’explique par la raréfaction progressive du tissu osseux; c’est-à-dire que les couches, les lamelles osseuses, sont beaucoup plus minces chez le vieillard que chez l’adulte (1).
Les os des vieillards s’amincissent (2), quoique Bichat ait dit le contraire (3), ceux du crâne surtout, dans lesquels le diploé finit par disparaître et les deux tables par se confondre en une seule. Nous ’ü avons vu plus d’une fois, comme M. Barlh (à), la voûte du crâne
réduite par places à une couche mince de substance compacte et translucide ; c’est surtout chez les vieillards amaigris et décrépits que nous avons fait celte observation. Sœmmerring a même trouvé que celle atrophie, proprement dite, pouvait aller jusqu’à perforer le |ii crâne de fentes et de trous véritables (5). Tenon a reconnu, dans des
expériences répétées depuis par Dupuytren, que le poids du crâne diminuait dans la vieillesse. L’amincissement des côtes, dontM.Barth a présenté plusieurs exemples à la Société anatomique (6), n’est pas moins caractérisé.
La colonne vertébrale perd de sa flexibilité. Les fibro-cartilages intervertébraux s’affaissent, d’où résulte le raccourcissement de la taille, signalé par Quételet (7), et par Seiler, qui l’attribue tant au raccourcissement général des os atrophiés par l’oblitération des vaisseaux nourriciers, qu’à la rigidité des muscles (8), ce qui semble beaucoup plus hypothétique. Les vertèbres elles-mêmes peuvent se souder entre elles. Pigné a étudié ces soudures, qu’il a très-fréquemment rencontrées. Ces soudures se font, tantôt par une ossi-
(1) Jamain, Nouveau traité élémentaire d'anatomie descriptive , 1853, p. 13.
• ; (2) Meckel, Manuel d’anatomie , 1825, t. 1, p. 313.
(3) Bichat, Anatomie générale, t. III, p. 80, et Anatomie descriptive, t. I, p. oS.
(U) Barth, Bulletins de la Société anatomique, 1851, t. XXVI, p. 104.
(5) Delseriès, Essai sur l'organisme des vieillards, 1802, p. 41.
(6) Barth, Bulletins de la Société anatomique, 1851, t. XXU, p. 147.
(7) Quételet, Statistique de l'homme.
(8) Seiler, Anatomia corporis humani, etc., p. 3.
INTRODUCTION
fication du fibro-cartilage, tantôt, mais plus rarement, par des jetées osseuses. La réunion du corps des vertèbres est fréquente ; celle des apophyses articulaires l’est moins et celle du canal vertébral en totalité est très-rare. Pignô a noté la soudure de la deuxième et de la troisième vertèbre, au moins 10 fois pour 00 cas (1). Quant aux jetées osseuses, M. Chassaignac fait justement remarquer qu’il ne faut pas les considérer comme le résultat de la vieillesse, mais plus vraisemblablement comme la trace d’une ancienne maladie des os.
Les pièces qui composent le sternum se soudent entre elles. Les cartilages costaux s’ossifient, ou plus souvent se dessèchent et se durcissent, de manière à se laisser briser comme les côtes elles-mêmes, et surtout de manière à ne plus se prêter au mouvement de torsion qui permeL aux côtes de se soulever et au thorax de s’agrandir transversalement. M. Delseriès fait remarquer cependant, d’après Dupuylren, qu’après l’ossification des cartilages costaux, l’angle de torsion reste plus ouvert qu’il ne l’est ordinairement chez l’adulte, parce que l'ossification se fait dans la position qu’afleclenl les côtes lors de l’inspiration (2), ce qui conserve un diamètre plus considérable à la cavité thoracique.
La substance spongieuse des os paraît se raréfier. M. Mercier aremarqué que les os du tronc renfermaient une matière rouge, sanieuse, quelquefois aussi foncée que le tissu splénique (3). M. Cruveilhier a trouvé que, chez les vieilles femmes au moins, le tissu compacte des os longs devenait spongieux (/i). La proportion de matière médullaire contenue dans la cavité médullaire des os augmenterait, selon Sœmmerring et Dupuytren (5); M. Dunoyer a trouvé le canal médullaire élargi (h).
Est-ce à celle altération générale du tissu osseux qu’il faut attribuer la diminution du poids du corps des vieillards, diminution telle que, suivant Fischer, on voyait autrefois, dans la question de l’eau, le corps des gens âgés surnager, tandis que celui des jeunes gens coulait au fond (7) Y Les os perdent leur forme arrondie, chez la femme, et les squelettes des femmes âgées deviennent plus difficiles à distinguer
(1) Pigné, Bulletins de la Société anatomique, 1836, t. XI, p. 137.
(2) Delseriès, Essai sur l’organisme des vieillards, p. M.
(3) Mercier, Bulletins de la Société anatomique, 1837, t. XII, p. 163.
(/O Cruveilhier, eodem loco.
(5) Delseriès, loc. cil., p. 50.
(6) Dunoyer, Considérations sur la vieillesse (Thèses de Montpellier, 1837, n° Gh).
(7) Fischer, De senio, p. 60.
INTRODUCTION
de ceux de 1 homme. Du reste, la virilescence des femmes avancées en âge, et qui se traduit par plus d’un signe, ainsi la rugosité de l’épiderme, le développement du système pileux, etc., se retrouve chez les animaux. C’est ainsi que chez les paons, les canards, les faisans, les pigeons, la femelle prend en vieillissant le plumage du mâle (Blumenbach).
Les cartilages participent à l’altération des os et deviennent plus secs et plus fragiles. Les cartilages non articulaires s’ossifient même, ceux du larynx et de la trachée beaucoup plus souvent que ceux des côtes. Il n’est pas rare de rencontrer de nombreux points d’ossifications sur les parois des bronches, dans l’intérieur des poumons. Les cartilages articulaires ne paraissent jamais s’ossifier, non plus que les fibro-cartilages interarticulaires. Quanta l’usure des cartilages, il faut la considérer comme un état pathologique, mais non pas comme le résultat des progrès de l’âge.
Le tissu fibreux se dessèche et s’amincit. Les membranes fibreuses d’enveloppe s’épaississent au contraire, et peuvent même se convertir, comme on le voit souvent pour la rate, en coques cartilagineuses ou même osseuses.
Les muscles de la vie de relation s’amincissent et pâlissent chez les vieillards, et cette pâleur ne paraît pas moins due à l’altération propre de la fibre musculaire qu’à l’abord d’une moindre quantité de sang. Les interstices celluleux ou cellulo-graisseux qui séparent les faisceaux musculaires s’élargissent et paraissent tendre à les remplacer. Cependant il ne faut pas croire que, par le fait de l'âge, les muscles puissent passer à l’état graisseux, non plus, comme le fait justement remarquer Seiler (1), qu’à l’état tendineux (Haller).
Le tissu cellulaire des vieillards se peut présenter dans des condilions tout à fait opposées. Chez quelques-uns il se fait un développement considérable de graisse qui surcharge les membres, les parois du tronc surtout, et s’accumule dans l’intérieur des cavités splanchniques. Celte production remarquable de graisse, qui détermine quelquefois une véritable polysarcie, peut s’expliquer par l’insuffisance de l’oxvgène introduit par l’appareil de la respiration, et la prédominance
(1) Seiler, Anatomia corporis humant, etc., p. 53.
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consécutive d’éléments carbonés. Mais pourquoi ne s’opère-t-elle pas chez tous les vieillards? Or la plupart des vieillards qui ne présentent pas ce développement considérable de tissu adipeux sont, au contraire, très-mamres : il n’y a guère de milieu entre ces deux manières d’être. Alors le tissu cellulaire lui-même semble s’atrophier, il devient sec et filamenteux (Ilaller), et le peu de graisse qu’il renferme paraît en grumeaux durs et jaunâtres.
La peau subit, chez les vieillards, d’importantes modifications. Considérée dans son ensemble, elle s’amincit et s’atrophie, à proprement parler, comme font les os. Le derme des vieillards perd sa souplesse, il devient sec, dense, serré, et fournit beaucoup moins de gélatine que dans les âges précédents (Bichat). Le sang y aborde en moindre quantité, par l’oblitération successive du système capillaire; les extrémités du système nerveux se suivent moins loin, vers leurs ramifications dernières. Le système exhalant et absorbant perd la plus grande partie de son activité. Tous les signes de vitalité abandonnent du reste l’enveloppe extérieure du corps. Les ongles deviennent mats, pâles, rayés longitudinalement, et surtout d’une fragilité remarquable. Les poils blanchissent et tombent, et les bulbes pileux ne se retrouvent plus à la place où ils existaient naguère (Meckel). La peau, dépourvue d'élasticité, ne suit plus le retrait des parties sous-jacentes, d’où naissent les rides de la face et des mains surtout. L’épiderme devient rude, sec, reluisant, et s’écaille avec une extrême facilité.
Canstatt a étudié d’une manière toute particulière cette séparation de la couche épidermique. L’épiderme, par sa desquamation, devient un corps étranger, et cesse d’être propre à remplir ses usages, qui paraissent être de modérer les impressions faites sur les papilles tactiles de la peau, et de s’opposer à l’évaporation (Meckel). Au lieu de les protéger, il irrite les papilles en se détachant par squames imperceptibles, et détermine ainsi un prurit insupportable (sans éruption apparente), et qu’augmente la chaleur du lit. Cette séparation incomplète de l’épiderme fait un obstacle absolu à la perspiration cutanée. Il se fait au-dessous de lui un amas de scories , ou de matières non assimilables, destinées à être rejetées en dehors par la perspiration insensible, mais que retient la cessation de celte dernière. De là cel aspect jaunâtre, sale, rude et terreux de la peau d’un grand nombre de vieillards.
De là surtout des exanthèmes, prurigo , eczéma chronique , pemphigus chronique , que l’on rencontre dans un âge avancé. Et dans
XXX INTRODUCTION
les parties éloignées du centre de la circulation et de l’innervation, et dont la vitalité est fort amoindrie, dans celles surtout qui sont le siège habituel d’un développement considérable des veines, l’amas de ces matières, l’irritation qui en résulte, le détachement partiel de 1 épiderme, amènent la formation d’ulccres, exutoires qui deviennent eux-mêmes de véritables cautères, par où s’écoulent les matériaux non assimilables, retenus ailleurs par l’imperméabilité de l’épiderme. Le sont ces sortes d’ulcères surtout qu’il y a danger à guérir (1).
Les organes urinaires deviennent chez les vieillards, chez les hommes presque exclusivement, le siège d’altérations organiques et lonctionnelles sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas ici, un chapitre spécial ayant été consacré ailleurs à leur description eL à leur appréciation.
Les organes externes de la génération se flétrissent ; les organes internes s’atrophient. Le testicule s’atrophie et devient flasque par suite de la diminution de la capacité des tubes séminiferes, et par suite aussi de ce que ceux-ci renferment une moindre quantité de liqueur spermatique. Il est assez ordinaire de trouver chez les vieillards la tête de l’épididyme altérée; plusieurs des lobes formés par les vaisseaux afférents sont alors convertis en un tissu compacte, et de couleur brun jaunâtre. Avec l’âge, les tubes séminifères diminuent de capacité, par suite de la diminution dans l’afllux du sang artériel; ils deviennent jaunes de rouges qu’ils étaient d’abord, et il arrive souvent qu’un nombre considérable d’entre eux se transforment en véritables cordons d’apparence ligamenteuse. On trouve souvent chez les vieillards le cordon testiculaire gauche dans un état variqueux (A. Cooper).
Cependant les animalcules spermatiques ne disparaissent pas du sperme des vieillards. M. le docteur Duplay a fait sur ce sujet des recherches intéressantes et dont nous reproduisons ici le résumé.
La sécrétion du sperme continue à s’effectuer chez les vieillards. Quoique, parmi ceux qui ont été soumis à l’observation de M. Duplay, le plus âgé eût quatre-vingt-six ans, et que ce médecin distingué n’ait pas eu l’occasion d’étendre ses recherches au delà de cet âge, il pense que la sécrétion spermatique se prolonge encore dans un âge beaucoup plus avancé.
(1) Canstatt, loc. cit., t. I, p 2ü et suiv.
INTRODUCTION
Cette sécrétion est généralement moins abondante que chez l’adulte; ce qui le prouve, c’est la prédominance du liquide sécrété par la membrane muqueuse des vésicules séminales, dans le sperme que renferment ces réservoirs. Cependant, par une exception rare à la vérité, et môme chez des octogénaires, la sécrétion du sperme peut être aussi abondante que chez l’adulte, car le liquide que renferment les vésicules séminales de ces sujets privilégiés paraît aussi consistant que chez les sujets encore dans la force de l’âge.
Contrairement à l’opinion généralement admise par les physiologistes, les spermalozoaires se retrouvent dans le sperme des vieillards. Les cas contraires, loin d’être la règle, doivent être considérés comme l’exception. Si, dans certains cas, les spermalozoaires sont moins nombreux que chez l’adulte, ou répandus moins uniformément que chez ce dernier dans toute l’étendue des voies spermatiques, si, dans certains cas, ils présentent une conformation moins parfaite, dans d’autres aussi, et quelquefois chez des sujets très-âgés, on les retrouve avec tous les caractères qu’ils présentaient pendant la période moyenne de la vie.
Si les vieillards ne sont plus aptes à reproduire, ce que l’on observe le plus généralement, et si, d’un autre côté, la présence des spermatozoaires constitue la qualité fécondante de la liqueur séminale, c’est moins à la composition de leur sperme qu’aux autres conditions de l’acte reproducteur qu’il faut attribuer l’infécondité ordinaire à un âge avancé (1).
La matrice présente, chez les vieilles femmes, des apparences assez diverses : tantôt llasque et mince, tantôt épaisse, blanche, dure et criant un peu sous le scalpel. On rencontre souvent de petites tumeurs fibreuses comprises dans son épaisseur, ou faisant saillie à sa superficie, ou n’y tenant même que par un mince pédicule. Quelquefois on rencontre des tumeurs dures et volumineuses, de la présence desquelles on ne s’était pas aperçu pendant la vie. Toutes les variétés de déviations utérines peuvent également se rencontrer.
La cavité de 1 utérus est souvent tapissée par une couche mince de ■sang, noir ou violacé, qui semblerait y avoir été récemment exhalée, sou\ent remplie de mucosités filantes et peu colorées. J’ai loujouis taouvé la cavité utérine libre et sans adhérences, mais le col
\L Duplay, Recherches sur le sperme des vieillards (Archives qén. de médecine, 1852, /,e série, t. XXX, r. 38).