QUATRIEME PARTIE
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Lorsque nous avons achevé l’étude des maladies de l’encéphale et de la poitrine, nous avons certainement accompli la plus grande partie de la tâche que nous avions entreprise. Presque toute la médecine active des vieillards, en effet, autant qu’on nous permettra d’en localiser la direction, trouve à s’adresser aux troubles fonctionnels ou aux dérangements matériels des organes contenus dans ces régions.
C’est par le cerveau ou par le poumon que meurent presque tous les vieillards; et je ne fais pas allusion ici à ces altérations contemporaines des derniers instants de la vie, occasionnées par les approches de la mort, témoignage à la fois de l’empire gagné sur les forces vitales par les lois physiques qui régissent la matière inerte, et de la résistance de l’organisme à l’envahissement de ces dernières. Je veux parler de maladies existant par elles-mêmes, et liées, peutêtre de plus près que chez les adultes, à des modifications organiques locales, dépendant elles-mêmes plus ou moins directement du progrès de l’âge.
Les relevés statistiques dont je n’ai pas cru devoir faire usage, ià cause de leur notoire et inévitable inexactitude, ceux de Prus, des tables de mortalité de la ville de Londres, etc., mais que l’on peut cependant consulter dans leur ensemble, ne laissent tous qu’une trèsfaible part aux maladies autres que celles dont nous avons déjà traité, considérées comme causes de mort.
Ce n’est pas que les fonctions des organes contenus dans l’abdomen, ce n’est pas que les conditions de structure de ces mêmes organes échappent à ces altérations, à ces changements lents, mais nécessaires, à ces lésions si communes, que nous avons rencontrées dans les autres parties de l’économie. Il en est des modifications que subit l’organisme dans la période d’involution, comme de celles dont il avait parcouru les phases dans la période d évolution. Il s’en finit qu’elles suivent une marche régulière, assurée. L’œuvre de la nature
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É dévie, à chaque instant, parce qu’elle s’exerce sur un milieu que mille circonstances écartent de la nature elle-même, et aux change- | ments insensibles que la succession des ans apporte à notre organisation viennent s’ajouter des désordres variés, accidentels, qui ne résultent que très-secondairement de l’âge lui-même.
Ces considérations s’appliquent parfaitement à la région abdominale et aux maladies des organes qu’elle renferme.
Une partie des conditions pathologiques que nous allons étudier se déduit tout naturellement des conditions physiologiques nouvelles | imposées à nos organes, par le fait même du progrès de l’âge.
Les aliments sont introduits dans l’estomac sans avoir ôté soumis à une préparation convenable par une mastication et une insalivation suffisantes. La digestion elle-même languit. L’excitation nerveuse manque aux organes directs de la digestion, et aux appareils qui concourent moins directement à l’accomplissement de cette fonction. Les conditions, chimiques ou organiques, des sécrétions qui s’y emploient, sont modifiées. L’appareil musculaire du canal digestif s’atrophie ; les matières destinées à être rejetées au dehors à mesure de leur formation s’y amassent. La circulation veineuse abdominale s’élargit, se développe, se ralentit; l’appareil générateur s’atrophie chez la femme; l’appareil urinaire, chez l’homme surtout, ne remplit qu’incomplélement ses fonctions. De tout cela résultent des digestions incomplètes, lentes, pénibles, des troubles provenant de l’accomplisi sement imparfait de chacune de leurs périodes ; les organes abdominaux deviennent le siège de congestions veineuses, passives, qui tendent à ralentir et à entraver le cercle tout entier de la circulation ; burine s’amasse et se décompose dans ses réservoirs. Telle est l’origine la plus élémentaire de la plupart des troubles fonctionnels dont les organes abdominaux deviennent le siège, sous l’influence des changements, pour ainsi dire physiologiques, survenus par le fait seul de l’âge.
Mais on trouve bien autre chose encore dans l’abdomen des vieillards. Vestiges de maladies anciennes, fruits de désordres contemporains de cette époque critique que l’on nomme l 'âge de retour , dépôts de certaines diathèses obscures, latentes, dont les manifestations n’ont plus trouvé des organes assez actifs, des tissus assez vivaces, pour se transmettre au dehors, on ne saurait énumérer la proportion et la variété des lésions organiques dont l’étude de cette région, chez les vieillards, fournit les innombrables exemples. Adhérences anormales, atrophies d’organes ou de portions d’organes, tu-
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m cuis canceieuses, fibreuses, productions cartilagineuses ou osseuses, épaississement de membranes d enveloppes, hypertrophies indui ations, i éti ecissemenls ou occlusions de canaux, toutes les déformations, toutes les alterations de structure des organes creux ou pai enchymateux, renfermes dans 1 abdomen, se rencontrent a foison, mais dans ces conditions toutes spéciales :
Que la plupart de ces lésions organiques, les plus considérables comme les plus élémentaires, se rencontrent, sur le cadavre, sans s être décelées, pendant la vie, par aucun phénomène propre à en faire soupçonner l’existence, si ce n’est parfois par quelques déformations ou par quelques conséquences purement mécaniques de leur présence.
Il résulte encore de là qu’on ne rencontre presque jamais, chez les vieillards, de' maladies abdominales, simples et sans complications. ' Ainsi les individus qui succombent à une entérite aiguë, à une diarrhée chronique, à une péritonite, présentent presque toujours quelqu’une de ces lésions organiques que nous venons d’énumérer, et avec laquelle on se défend difficilement de supposer à leur maladie dernière quelque relation , bien que le plus souvent, sans doute, celle-ci s’en trouve parfaitement indépendante. C’est du moins ce qui m’a semblé, dans la plupart des faits de ce genre que j’ai observés moi-même.
Je ne pense pas qu’il convienne de consacrer de longs développements à l’exposé de ces altérations. J’ai dit quelques mots, dans l’introduction de cet ouvrage, de celles qui s’éloignent le moins des conditions anatomiques normales. Je m'en tiendrai ici à ce qui me paraîtra offrir quelque utilité pratique, pour ne pas allonger inutilement cet ouvrage de détails plus intéressants pour l’anatomie pathologique que pour la clinique elle-même.
L’étude des malaçlies de l’estomac ne nous offre guère que des lésions fonctionnelles, conséquence immédiate des modifications que les progrès de l’âge entraînent dans les conditions physiologiques de l’appareil de la digestion. La dyspepsie et les troubles variés qui la constituent, ou, si je puis m’exprimer ainsi, qui s’en détachent quelquefois pour se montrer isolément, fixeront d’abord notre attention. L’embarras gastrique ne se rencontre pas moins fréquemment chez les vieillards. Mais ces états ne se distinguent pas par des caractères bien tranchés de ce qu’ils étaient chez l’adulte. J’en dirai autant de la gastrite et du cancer d’estomac, dont les exemples ne sont pas rares chez les vieillards. Quant à ces altérations organiques, ce qui frappe
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surtout, c’est, dans beaucoup de circonstances, leur développeinen! latent, le peu de phénomènes diathésiques qui les accompagnent, et la faible part qu’elles prennent à la terminaison de l’existence, à moins toutefois que, par leur siège ou leur volume, elles n’entravent mécaniquement l’exercice de certaines fonctions, ainsi l’entrée des aliments dans l’estomac, ou leur sortie, lorsqu’un cancer, par exemple, occupe le pylore ou le cardia.
Les maladies des intestins nous offriront un intérêt plus pratique. L’entérite aiguë, la diarrhée chronique sont des maladies fréquentes dans la vieillesse, et fréquemment mortelles. Les dégénérescences du tube intestinal, du rectum surtout, doivent à leur siège et à la conformation de ces parties d’entraîner à leur suite des accidents graves, et qui ne sauraient être passés sous silence. La péritonite elle-même, et son rapprochement des lésions organiques intra* et extra-péritonéales, doit, bien que ce ne soit pas une affection précisément fréquente chez les vieillards, nous arrêter quelques instants.
On rencontre dans la vieillesse à peu près les mêmes altérations du foie que dans l’âge adulte, des dégénérescences surtout. Nous ne leur avons pas reconnu de caractères assez particuliers pour en faire ici le sujet d’une étude spéciale. L’appareil excréteur de la bile nous arrêtera plus longtemps. La fréquence des calculs biliaires, les dégénérescences, les altérations nombreuses et singulières que l’on rencontre dans la vésicule et les canaux biliaires, méritent quelaues développements, bien que cette étude intéresse spécialement l’anatomie pathologique.
Les maladies des voies urinaires forment la partie la plus importante de l’étude des affections abdominales chez les vieillards. L'appareil urinaire (de l’homme) est un de ceux qui reçoivent l’empreinte la plus profonde des progrès de l’âge. Souffrances, infirmités, accidents graves, mort lente et douloureuse, telles sont les conséquences fréquentes des altérations que les organes sécréteurs ou excréteurs de l’urine subissent dans leur texture ou leurs fonctions, que l’urine elle-même éprouve dans sa composition. Des développements convenables seront donnés à cette partie si intéressante de la pathologie sénile, mais seulement au point de vue médical, car l’étude chirurgicale de ces affections nous entraînerait au delà du cadre que nous nous sommes tracé.
DURAND -FARDEE. — 2e édit.
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