uAP. T].] TCMEURS ET EXCROISSANCES
reuse, fout saillie daus la cavité abdominale, et donnent lieu aux tumeurs <lites fibreuses péritonéales. Si, au contraire, ils se développent et demeurent dans l'épaisseur du tissu de Tutérus, ils y forment ce qu'on nomme les corps fibreux proprement dits, et présentent quelquefois des masses d'un volume et d'un poids extraordinaires. Eh bien, messieurs, je trouve une ^a^ndc analogie entre les tumeurs de la prostate et les corps fibreux de l'utérus. !• 11 y a de ces tumeurs fibreuses prostatiques qui se développent du côté de la cavité vésicale, qui se pédioulisent, absolument comme les polypes fibreux de lulériis, en s*enveloppaiit de la muqueuse vésicale. Ces tumeurs, à pi^licule plus ou moins allongé, peuvent acquérir le volume d'une noix, ou de la moitié d'un œuf même. 2«Les corps fibreux peuvent se développer dans l'épaisseur même de la prostate, être au nombre de plusieurs, et acquérir un volume semblable au précédent. S» Enfin, ils peuvent se développer à la surface périlonéale et rectale de la prostate, et saillir *iu périma», du côiù du bassin, ou du rectum.
)> Voilà bien, comme vous le voyez, une grande analogie de siège; il y en a aussi une très-grande sous le rapport de la structure. Ce sont de véritables corps fibreux, et non pas une hypertrophie de la prostate, comme on l'a dit. Je ne regarde pas ces tumeurs comme des dégénérescences de l'organe, mais bien comme des productions nouvelles. Il n'est pas étonnant qu'on ait eu cette idée pour les tumeurs de la prostate, puisque, pendant longtemps, on a cru que les corps fibreux de la matrice n'étaient autre l'hose que l'hypertrophie du tissu propre de l'uténis. »
Rokitansky prenait d'abord ces tumeurs pour de simples productions fibreuses, analogues aux « tumeurs fibreuses », vaguement ainsi dénommées, et qui apparaissent sur d'autres points du corps. Plus tard, lorsqu'il étudia la bronchocèle et qu'il examina les masses isolées qui sont renfermées dans la glande thyroïde hypertrophiée, ou situées dans ses environs, lesquelles étaient évidemment des masses de tissu glandulaire comme celles <lo la glande mère, il reinaitiua le même lien de parenté entre la prostate v{ ses tumeurs, c'est-à-dire celles que nous considérons maintenant. Il trouva dîins ses recherches que ces productions nouvelles se composaient d'éléments fondamentaux, identiques avec ceux qui constituent la pi*ostate même, mais que les éléments glandulaires étaient moins bien formés, moins complètement développés, en règle générale, que ceux de la glande normale et saine.
Il fit observer aussi que les masses arrondies n'étaient pas toujours lM)rnées aux limites de la glande elle-même, mais qu'on les rencontrait parfois au delà, sous fonue de tumeurs extérieures, analogues, dans son opinion, à celles qui ont les mêmes rapports avec la glande thyroïde (1).
Les masses e\térieur(»s dont je viens de parler se rencontrent accidentellement, mais d'une manière beaucoup moins commune que celles qui sont noyées dans la substance de la glande. Sir J. Pàgel en rapporte un f frappant, en ces termes. « Aux environs d'one prostate hyr^
( 1 ) Cari RokiUnsky, Zwr Anûtomk de» btffèê.
378 MALADIES DE LA PROSTATE. [Part. IL
peut rencontrer parfois des masses extérieures, détachées, semblables (à celles de la p:lande thyroïde), de substance nouvelle, pareilles à des tumeurs pour leur forme et leurs rapports, et pareilles à la prostate pour leur tissu. » Sujt Tobservation d'un « homme de soixante-quatre ans, qui, pendant les quatre dernières années de sa vie, ne pouvait uriner sans le secours d'une sonde. Il mourut d'une bronchite : et l'on trouva, reposant mollement dans la vessie, une tumeur qui mesurait 6^ millimètres sur 37 ; elle ne se reliait à la vessie que par un pédicule, et se mouvait sur celui-ci à la façon d'une charnière; lorsqu'on la poussait en avant, clic venait obstruer rorifice de l'urèthre. Maintenant, tant au point de vue de l'aspect général qu'à celui de la structure, cette tumeur ressemble tellement à une partie de prostate hypertrophiée, que je ne connais aucun caractère pour les différencier (1). » En parlant des tumeurs renfermées dans l'organe, sir J. Paget s'exprime ainsi :
« Dans les prostates augmentées de volume, on les rencontre assez fréquenunent. En faisant une coupe de la glande, on peut voir au milieu du tissu généralement lobé, des parties revêtues et isolées par du tissu cellulaire, parties qui se laissent énucléer Elles sont renfermées dans une
prostate augmentée de volume, comme parfois des tumeurs glandulaires mammaires se trouvent isolées au milieu d'un sein affecté d'hypertrophie totale. Elles ressemblent aux tumeurs fibreuses de l'utérus les moins fasciculées ; mais, à l'examen microscopique, elles imitent si bien la structure propre de la prostate même, qu'on ne saurait distinguer les grains glandulaires ou les libres musculaires lisses des tumeurs de celles des parties voisines de la glande. Il n'y a que leurs divers modes d'agencement qui puissent les faire distinguer (2). »
On a examiné et décrit avec soin plusieurs exemples de ces tumeurs dans ces dernières années. Les exemples suivants nous. aideront dans cette étude, et c'est pour cela que nous les citons ici.
A la Pathological Society de Londres, sir W. Fergusson (3) a montré deux tumeurs, Tune « du volume d'une aveline, l'autre de celui d'une petite fève )•>, enlevées à la glande dans l'opération de la taille, et M. Shaw en a montré une semblable, « du volume d'une noisette moyenne », développét^ au centre du lobe latéral gauche. « La surface de la tumeur était très-lisse; elle était renfermée dans une cavité dont les parois étaient également lisses; leur adhérence était si faible, que la tumeur pouvait s'énucléer facilement hors de la prostate, à laquelle elle ressemblait pour la structure : la seule différence au microscope était que la glande se laissait traverser par de petites fibres ondoyantes qu'on ne voyait pas dans la tumeur {U). »
M. Henry Gray a montré une tumeur semblable qui occupait le centre
(1) James Paget, F. R. S., Lectures on Surgical Pathology^ vol. U, p. 8 et 9. Londoiu 1853. CeUe préparation est maintenant au musée de Saint Bartholomews.
(2) James Paget, F. R. S., Lectures on Surgical Pathology. London, 1853, vol. H, p. 264.
(3) Pathoi, Soc. of London y fehr. 19, 1849. Voyez Report in the Proceedings for ththird Session, p. 83.
(1) Pathoi, Soc. of London, May 7, 1849 (ProcecdingSy p. 83, 84).
Chai*, vi.] TLMECRS ET EXCROISSANCES. 37»
d'un IoIm» hyporirophîé de la proslate sur un sujet àjré de soixante-deux ans. Elle était « d'une forme arrondie, du volume dune noisette, renfermt'e dans une cavité tapissée de tissu fibreux, d*oii la tumeur pouvait
facilement sortir Klle avait une consistance très-fennc, et sa structure
consistait en poches en forme de ca^um, remplies d*épithélium, reliées Tune ù Tautre, el \'ntourtVs d'un fin tissu filamenteux ' i '. n M. Grav fait remarquer lanalo^ie qui existe entre ces tumeurs et (|uelques-unes des formes de tumeurs de la glande mammaire : il indicjue aussi deux pièces sur lesquelles il y avait une tumeur glandulaire en dedans des limites de la capsule extérieure de la prostate : cette tumeur, par suite de son accroissement, avait fait saillie dans la civitéde la vessie, et on lavait prise d'une façon erronée pour un lobe latéral hypertrophié.
Les exemples suivants ont été présentés par moi. Le premier était une pièce ail il y avait cpiehiues-unes de ces tumeurs, chacune du volume d'un gms pois, renfermées dans les diiïéreiiles parti<'S de la prostate. Elles étaient u d'une couleur plus claire el d'un tissu plus compacte que les parties voisines ^, et semblaient formées de tissu fibreux, sans éléments glandulaires (2*. Le stM'ond l'tait un spécimen de tumeur extérieure en partie, (jui contenait du tissu glandulaire et aussi les « concrétions « qu'on trouve si souvent dan> la substance prostatique (3 . Je fis voir aussi un s|x'»cinien de tumeurs renfi*rni»'H's dans la commissure antérieure de la prostate, qui n'étaient « formées <|ue d»- libres musculaires propres au tissu prostatique, avec une petite proi>orlion d'élénients glandulaires mal développais, t Chacune d'elles «Hait isolée j>ar une capsule fibreuse ('i . r»
Hepuis lors j'ai vu un grand nombre d'exemples de tumeurs isolées de la pmstati'. Elles ont toutes corroboré les vues que j'exprimais dans un mémoiii' sur c«» sujet à la Mcfitral ond Chirurgical Snciett/j dans sa session de !8.'»f)-I8r)7, à savoir, <|ue (|uel(|ues-unes sont pn*sque, sinon entièrement. composéi'S des éléments fibreux constituants de la prostate, sans grains glandulaires; ces tumeurs ne sont jamais très-cou mûmes. De plus, en général, on trouve a\oc le tissu fibreux quelques éléments glandulaires plus ou moins imparfaitement dév<>loppés.
Parmi les pièct»s envoyi'es au Collège of Surgeons, j'en ai soumis quel- «|ues-un<'S à di's <*ou|h*s et à un <»xamen au microscojM». J'ai vu que la structure fondamentale était id<'ntiqueavec celle d'une prostate saine, c'està-dire qu'on apercevait des faisceaux de fibres musculaires pâles associ«'»es à du tissu connectif et à du tissu élastique en petite quantité: très-p4»u de tissu glandulaire; quelques dépressions ou poch<'s, un peu d'épithélium ovoïde 'semblabb^i l'épitbélium glandulaire d'une prostate saine), et quel- ({ues cellub's épithéliales prismatiques (semblables à celles qui existent dans les canaux de la prostate] • En résumé, voici ce que nous coniiaissoii& au sujet de ces tumeurs :
«1) Transnctionx of Pnthological Society^ Toi. Vil, p. Î5S,
^2> Ttan*. of Pntholog. Soc,^ vol. VU, p. 25), ^ décembre i855,
i3; MiV/., p. 256, 6 mai 1856.
i4) M/V/.. \o\. IX, p. 298, !•' dC'Ccmbre 1857.
380 MALADIES DE LÀ PROSTATE. [Part. u.
Dans un nombre considérable de prostates hypertrophiées, on trouve des tumeurs arrondies, qui sont plus ou moins isolées des tissus environnants. Ces tumeurs ne semblent pas aiïecter une partie de la prostate plutôt qu'une autre, et se rencontrent dans toutes les parties de la glande. Peut être sont elles plus nombreuses dans les lobes latéraux, surtout à leurs extrémités postérieures, que partout ailleurs. Parfois on les voit confinées dans la portion médiane hypertrophiée. Il arrive souvent que les petites éminences multiples qui se voient si fréquemment au col de la vessie, à l'endroit où siège la luette, sont dues à ces petites tumeurs situées sous la muqueuse et quelques fibres sous-muqueuses, sans qu'il y ait d'hypertrophie de la portion médiane. Lorsque la tumeur est volumineuse et unique, il y a plutôt hypertrophie ou excroissance en cet endroit. Elles se rencontrent rarement dans la « commissurç antérieure » de la prostate. Parfois elles apparaissent sous la capsule, puis font saillie à sa surface, et emportent avec elles au dehors la capsule qui leur sert de revêtement; cependant elles font saillie au dehors de la glande et ressemblent presque à des productions indépendantes et extérieures. Accidentellement elles sont réellement situées en dehors ou séparées par un intervalle de la prostate même. On a vu un espace de 12 millimètres séparer une de ces tumeurs de la prostate voisine ; elle n'était reliée que par un pédicule étroit, formé d'un conduit glandulaire, de vaisseaux et d'une petite quantité de tissu.
Lorsqu'elles sont plongées dans la substance de la prostate, comme cela arrive le plus souvent, elles semblent n'avoir aucune continuité de tissu 4ivec les parties adjacentes, et se laissent énucléer avec facilité. Mais d'ordinaire on observe quelques fibres unissantes, et dans certains cas le lî^su unissant est en quantité très-considérable.
Le volume des tumeurs ainsi enclavées est compris entre 2,5 et 2 millimètres de diamètre. Leur densité est un peu plus grande que celle du tissu prostatique lui-même ; elles sont plus fermes au toucher et plus compactes. Lorsqu'on les divise dans leur situation première, ce qui amve quand une coupe de la glande passe par une de ces tumeurs, la surface de section vient faire saillie an-dessus des parties environnantes et présente une légère convexité. Elles ont, pour la plupart, une teinte plus pâle que celle du tissu prostatique propre. Le plus souvent, une mince couche du tissu qui les environne immédiatement se trouve un peu comprimée, de façon que la tumeur semble logée dans une sorte de kyste, circonstance bien marquée parfois. Lorsqu'elles ne sont point isolées, mais proéminentes, les tumeurs peuvent atteindre un volume beaucoup plus considérable, comme, par exemple, dans le cas indiqué à la page 378. Leur vascularité est évidemment moindre que celle des tissus prostatiques environnants.
A l'œil nu ou au microscope avec des grossissements successifs, nous ne pouvons découvrir aucune différence de structure avec celle de la pix)state ; elles renfennent tous les tissus élémentaires qui entrent dans la composition d'une prostate normale, et point d'autres.
Chap. VI.] TUMBCRS ET EXCROISSANCES. 3St
En ce qui regarde ragencement de ces tissus, la partie fondamentale de ces tumeurs semble (>lre la partie fondamentale fibreuse, ou slromadc Forgane lui-même, déjà décrit au chapitre intitulé : De ranaiomie normale, < l'est un mélange de fibres musculaires lisses, paies, et de quelques fibres élastiques serrées et entremêlées. Dans le plus grand nombre de cas, on rencontre, dispersées çà et là, de petites cavités renfermant un épithélium aplati, polygonal ou sphéroïde, comme celui qu'on trouve dans la poche située à l'extrémité d'un canal sécréteur de la prostate, ou même aussi un épithélium prismatique. Les cavités sont parfois solitaires, parfois lâchement réunies, et parfois affectent une forme allongée ou tubulaire. Dans de rares circonstances, on trouvera peu ou point de tissu glandulaire ; en général, toutefois, un examen sérieux en fera voir des vestiges. Dans quelques-unes des tumeui'S qui font saillie au dehors, le tissu glandulaire est développé d'une façon plus parfaite, ou tout à fait parfaite, et il existe un conduit qui en transporte évidemment la sécrétion vers un point déterminé.
Avec un tel mode de formation et tout ce qu'on sait sur h lenteur de leur développement, sur leur disposition à n'offrir aucune autre modification morbide, sauf une simple augmentation de volume, il est certain (|u'elles n'ont aucun des caractèi'es des tumeurs malignes, et qu'elles ont au contraire des tendances bénignes.
H ne peut y avoir aucun doute sur ce fait, que les tumeurs renfermées dans l'organe se rencontrent à la fois sur un(* prostate hypertrophiée et sur une autre non hypertrophiée, bien qu'elles s'observent beaucoup plus souvent sur la prennère. Il s^^mble qu'il n'y ait plus aucun fondement à Li théorie de Velpeau, qui faisait toujours dépendre l'hypertrophie de la prostate d'une production de tumeur. Il peut y avoir, comme je l'ai déjà montré sous \r titre dW/t/perirophie, une simple augnientation des tissus de la |)rostate, sans aucune production de tumeur. Mais, en même temps il est certain que leur présence est bien plus fréquente que leur absence sur les prostates hypertrophiées des vieillards.
Il peut se faire qu'on rencontre une tendance à la production de ces tumeurs, chez tous, ou presque tous les sujets âgés ; et que, quand il y a en même temps une disposition à l'hypertrophie, les tumeurs participent également à cette disposition aussi bien que les autres tissus, ce qui appelle sur elles l'attention des pathologistes.
B. Excroissances dont les parties constituantes sont en continuité de tissus avec les parties de la prostate qui leur ont donné naissance, mais qui manifestent une tendance à s'isoler en partie^ en prenant plus ou moins la forme d'un polt/ffe, sans cesser d'adhérer à l'organe producteur par le moyen d'un simple pédicule. — Nous avons déjà vu qu'une portion quelconque de la prostate peut offrir un développement anormal, sans que les parties environnantes y participent en quoi que ce soit. La saillie de la portion médiane en est l'exemple le plus connu. Le plus communémoit, elle se compose surtout des éléments ordinaires de la prostate ; parfois, cependant^ elle ne plus qu'une proportion d'éléments sécrétants plos'^
H&LADIES DE LA PROSTATE
pjtn.B
à l'eut iioiiiial, lout on paraissant jouir d'ubeactnité fimcUonnelle^jle à celle du reste de la prostate. Elle prend la forme d'une poire, mftne detiè»lionne heure, et se continue toujours avec les tissas Toisins de la piosUle, où elle prend naissance. Elle a ses conduits propres, qui Inversent k pédicule pour s'ouvrir dans rurètiûe; ou peutauBsi presque toujours déenivrir dons sou intérieur les conciélionî qui se trouvent dans une prosUt adulte. Son volume peut varier ds celui d'un pois à celui d'une pente moyenne. Au début, elle exerce onr influence sensible sur le col de h vessie, dont la partie inrérienre ou postérieure s'élève graduellement, i mesure que la tumeur augmente.
Enfin, elle se fraye une roule jusqni' dans la cavité vésicale, où elle offre véritablement l'aspect d'un polvpe.
[Nous donnons ici une ligure dins laquelle on observe en a et a une section de la prostate hypertrophiée; en b, b, les faces internes de la proslair qui font saillie en dedans; en c, la tumeur polypiforme faisant saillie dans la cavité vésicale d. On remanpjen que la tumeurse trouve plus ou moiii déprimée sur la lace qui est en vue, fait dii au passage des inslruments.j Dans certaines occasions, la masse piriforme n'est rattachée au coi^de l'organe que par un [lédiculc très-long ni tii>s-grOle, en sorte qu'elle semble à première vue détachée ou indépendante. Tel était le cas d'une prostate que j'ai examinée dernièrement.
Les éléments glandulaires, dans ces eiîcroissances, sont liabituellemeut, comme on pouvait s'y attendre, développés d'une façon plus parfaite que dans les tumeurs isolées. Comme je viens de le dire, on rencontre communément des concrétions emprisonnées, à toutes les périodes du développement des excroissances, mais je n'en ai jamais rencontré dans les tumeurs isolées, et en voici la raison. Dans le premier cas, il existe des éléments sécrétants, avec des canaux excréteurs en activité ; dans l'autre, la structure est plutôt une imitation, ou un développement imparfait d'un appareil sécrétant, et par conséquent on ne peut la supposer capable d'aucun acte fonctionnel.
Les excroissances, quoique beaucoup plus fréquentes sur la portion médiane, n'y sont pas invariablement cbniinées. A l'occasion, une excroissance peut naître de la partie postérieure d'un des lobes latéraux, ou même de la partie de la prostate située en avant du méat interne de l'urèthre. [On voit, dans la figure 96, un bel exemple de tumeurs pirifonnes de
Fie. 95. — Hjpertro|ihîc cic
CHir. ïi.| TUMEURS ET EXCROISSiNCES. 383
la proslale : elles soiil venues se loger dans la cavilé vésicale, au col de la vessie, où elles roniient en a, b, c, d, des saillies trèsKwnsidérables ■ les parois vésicates sont hypertrophiées L ouvirture du canal tst con\ertie en une fente transversale, s ticndant dune tumeur lattrale à celle du ciité opposé. Chaque tumeur se prolongnit dans I urethre en diminuant de sorte qu'elles n'étaient stpai e>. les une» des autres que par des sillons
Vk. 96. — Tumeurs i)roslaliques 'piiie i)alholopique commun iiiuée à liiSociél-; analiniiiqi
.\his ce qui Trappe le plus, c'est que la partie de la prostate située au-dessus du canal avait plus d épaisseur et d'étendue (pi'elle n'en a de coutume, tandis que la glande manquait en partie du ci'ité opposé, c'est-à-dire entre l'urèlhre et le rectum. La description de cette pièce est due à M. Cruveilhier {!).]
.Vous ne devons pas oublier qu'une hypertrophie totale de la prostate peut coexister (ce qui arrive d'ordinaire) avec des tumeurs ou des excroissances, et presque invariablement avec ces dernières. Sans aucun doute, l'excroissance n'est qu'une expression plus marquée de la disposition qui envahit l'organe entier, déterminée, peut-être, jusqu'à un certain point, l>ar la forme et la nature de la cavitû dans le sens de laquelle se dirige la saillie des tissus ; en eiïet, il est probable que la cavité vésicale permet un développement qui ne pourrait avoir lieu dans un autre sens, parce que des tissus solides viendraient s'opposer à son extension. 'La figure 97 est remarquable par le volume des lobes latéraux de la prostate et la saillie que fait entre ces tumeurs la crête uréthrale qui envoie un prolongement en avant et communique en arrière avec un autre prolongement que lui envoie le corps de la prostate légèrement tumétié et Taisant saillie sur le trigone vésical : cclui-^i est lui-même Tortement soulevé. En arrière du rebord
(1) Cruteilhier, Aiuttomif patM»fifm au torpt humaia, în-foL, un' liiraisoa, pi. V, — Civiale, TraiU praliqut, ett., t. U, p. 195. Paris, 1858.
MALADIES l)K LA l'IlOSTATE.
[PAar. i
postérieur du Irij^one, à peine marquée sur le dessin, existe une dépressïfll très-profonde de la face postérieure et inférieure de la vessie. Inégalités i orifices de nombreuses cellules îi la fnce interne de la vessie. Parois hype trophiées. — La pièce provient du musée Dopnviri'n, à Paris.] Avec laV tumeurs eireoiiscrites, il y a souvent aussi, mais non pas toujours, dé 1 l'hyperlropliie totale.
Ufpcrlropbie île lu prosintc.
Une élude des faits indiqués sous le nom de tumeurs et d'cvcroissance^ peut très-bien servir d'introduction à cette remarque, qu'il existe des a: logies très-grandes entre les caractères et les rapports de ces deux forme»' de tumeurs et ceux des tumeurs qui alTectent l'utérus. Nous avons déjà v <[ue c'était Yelpeau qui avait suggéré cette idée, il y a déjà quelques années il appuyait celte analogie à la fois sur les rapports qui existaient, selon lui,, dans les deux sexes, entre l'ulérus et la prostate, organes qui tireraient leiB origine des mêmes centres de développement, dans l'ceuf, à son débat, el sur ce fait que tous deux, ii une période plus avancée de la vie, peuvei;^ oiïrir des tumeurs semblables dans Icui-s caractères extérieuis.
L'équivalence m or plio logique qui existe entre l'utérus chez la remme é la prostate chez l'homme n'est peut-être pas la meilleure raison que l'oi puisse donner de l'analogie de ces tumeurs. J'en indiquerai une autre plus! concluante, j'espère, ainsi que d'autres points d'analogie, dont les résultat^ combinés rendront le rapport plus frappant.
1° En étudiant te plan d'après lequel est construit rap)>areil génito-uri* naire tout entier dans les deux sexes, les travaux les plus récents en anatomie philosophique viennent coiifiniiLT celle vue, que l'analogue, chei.
Chap. VI.] TCMEURS ET EXCROISSANCES. 385
rhomme, de l'utérus, ou plutôt de l'utérus et du vagin réunis, est la vésicule prostatique ou utricule. C*est Tidée de Leuckart, dans un récent article inséré dans la Cyclopœdia of Anatomij and Physiology, Tel est également Tavis de Sir James Simpson, dans un savant Memoir on Hermaphrodùism and sexual Malformations generally^ qui parut d'abord dans la même revue, mais qui a été publié de nouveau, avec des additions nombreuses. £n voici un extrait :
« Parmi les éminents anatomistes qui ont, dans ces dernières années, étudié la vésicule prostatique ou ulricule, tels que Huschke, Lejdig, Rathke, Leuckart, Bischoiï, Arnold, Wahigrew, Kolliker, Duvemoy, Goodsir, et Allen Thompson, il en est peu, pas un peut-être, qui aient douté que cet organe fût le représentant ou l'analogue, chez l'homme, des canaux de la génération chez la femme (1). Mais il y a différentes opinions pour savoir s'il représente, au point de vue morphologique, le vagin ou l'utérus, ou tous deux ensemble. H. Meckel le premier, en opposition avec la plupart des autorités, en fit Tanalogue du vagin, plutôt que celui de Tulérus. Weber le considérait comme le prototype mâle de Tutérus femelle ; et plus tard encore Bimbaum et Leuckart ont démontré que cet organe doit être bien plutôt considéré comme l'équivalent morphologique du sinus génital entier, ou de l'utérus et du vagin réunis, opinion généralement admise aujourd'hui par ceux-là mêmes qui avaient autrefois sur ce sujet des idées différentes* Huschke a rencontré quelquefois la partie inférieure, ou vaginale de Tutricule mâle, séparée de la terminaison supérieure dilatée par une portion rétrécie, comme s'il v avait eu une indication de sa division normale en utérus et vagin. Ce n'est qu'au moyen de cette doctrine que nous pouvons comprendre les positions relatives et les modes de jonction des canaux génitaux et urinaires chez quelques monstres, et la grande variété de formes et de volume que prend l'utérus màle ou vésicule prostatique lorsqu'on le trouve, comme cela arrive si souvent, élargi outre mesure et développé d'une façon disproportionnée dans différentes formes d'hypospadias et de malformations chez des hermaphrodites. »
Donc, la prostate, quoique n'étant pas par elle-même lequivalent absolu de Futérus, renferme celui-ci dans son ulricule, situé, comme celte cavité, au centre même de l'organe.
2* Le point sur lequel je voudrais attirer la plus grande attention est que la prostate et Tutérus sont des organes dont la masse est formée par le même tissu, c'est-à-dire par la fibre musculaire. Aucun autre organe du corps n'a ainsi dans sa structure d'épaisses masses de ce tissu ; ailleurs il est toujours distribué sous forme de couches et de membranes. Cette analogie de structure est peut-être, au point de vue pathologique qui se
(1) « Quelqnes-uns des états morbides variés que Ton a attribués à l'hypertrophie, etc., du lobe de la prostate, ne seraient, je pense, que des aflections de la vésicule prostatique. Aux yeux de certains auteurs, la « recherche des maladies de Tutérus mâle » pourrait bien n*étre qu'un paradoxe en pensée et en paroles. » {Obstetric Memoirs and Contributions ^ edited by D'* PriesUey of London, and Slorer of Boston, vol. II, p. 318 et 319. Londoo, 1856.)
H. TBOMPSOH. — Malad. des voies urin. 25
386 MALADIES DE LÀ PROSTATE. [PAIT. B
pose devant nous, un argument plus sérieux que l'identité d'origine au début de la vie fœtale, puisqu'elle a, sans aucun doute, plus d'influence sur l'aspect des tumeurs et excroissances de même caractère qu'en aucune autre circonstance.
S** Les deux organes dont la structure est ainsi semblable sont fréquemment sujets à des tumeurs identiques dans leurs caractères extérieurs et leurs résultats hislologiques. Ainsi, dans l'utéms nous trouvons ces productions complètement ou presque complètement isolées, formées de fibres musculaires et de tissu connectif, plongées dans la substance de l'organe ou faisant saillie à la surface en dedans ou en dehors (1). Dans la prostate, nous rencontrons précisément les mêmes tumeurs avec la même disposition. Bien que, sur la haute autorité de Rokitansky, on ait voulu noter une analogie entre ces tumeurs emprisonnées dans la prostate et celles de la glande mammaire, je confesse que les raisons de cette analogie me paraissent moins complètes que celles qui indiquent les rapports avec les tumeurs fibreuses de l'utérus. La prostate diffère beaucoup de la mamelle au point de vue de sa structure, et ressemble, sous ce rapport, à l'utérus, parce qu'elle renferme un seul tissu destiné à exercer une action mécanique, tandis que la mamelle est un simple organe de sécrétion ou une glande. La prostate est un organe musculaire, mais elle livre passage à des tubes glandulaires et à des follicules. Si les petits tubes glandulaires contenus dans la paroi interne de l'utérus se prolongeaient dans l'épaisseur de sa substance, l'analogie entre l'utérus et la prostate serait complète. Le Ussu musculaire parait avoir une tendance à devenir le point d'origine de masses isolées de tissu semblable, avec les mêmes éléments; on en trouve le type dans l'utérus. Dans la prostate, nous observons le même phénomène, plus un certain tissu glandulaire imparfait; mais cette addition peut être parfaitement considérée comme un accident qui est dû à la présence, à l'état normal, d'éléments glandulaires dans un organe musculaire. C'est pourquoi la quantité du tissu glandulaire ainsi entremêlé dans la tumeur est si variable suivant les cas. La tumeur fibreuse, nous le savons bien, a une grande tendance à imiter, dans une certaine mesure, le tissu au milieu duquel elle se trouve. C'est ainsi, selon la remarque de Sir J. Paget, qu'on y observe fréquemment des aiguilles osseuses lorsque ces tumeurs sont situées dans les os (2); lorsqu'elles se trouvent dans la prostate, la disposition que je viens d'invoquer dépend, je pense, de ce qu'elles ont acquis quelques éléments glandulaires.
4* A l'utérus, nous sommes familiarisés avec une autre variété de tumeur qui, prenant naissance au dedans et affectant la forme d'un polype, est en connexion plus intime que la dernière forme ci -dessus avec la structure utérine, parce qu'il y a entre elle et le polype une parfaite continuité de tissu. De même à la portion médiane de la prostate, nous rencontrons une
(1) Vogel a établi ce fait, au sujet de la structure des tumeurs dites fibreuses de Futérus, en 1843, et confirmation en a été donnée par le docteur Oldham, le docteur Robi, Bames, 1% docteur Bristow et autres.
(2) Paget, Lectures on Surgicai Paihoiogy, vol II, p. 136.
Cbap. VI.] TUMEURS ET EXCROISSANCES. 387
t^xoixiissance qui tend à devenir un véritable polype qui continue à se développer dans le sens de la moindre résistance, et qui est tout à fait en continuité de structure avec la prostate même. Elle contient également, on diverses proportions, l'élément glandulaire propre à l'organe.
On doit observer ici que toutes ces excroissances et ces tumeurs, parmi ces dernières les tumeurs fibreuses suiloul, peuvent garder un petit vol«me dans l'utérus et la prostate, en sorte que la masse de l'organe n'a pas sensiblement augmenté, et qu'il n'y a point de signes trahissant leur présence pendant la vie ; au contraire, elles peuvent acquérir un développement énorme, de façon à excéder un grand nombre de fois le volume et le poids naturels de l'organe où elles ont pris naissance et à donner lieu aux symptômes fonctionnels les plus alarmants.
5° Les deux organes sont sujets à une augmentation hyperlrophique considérable, qui porte uniquement sur les éléments fibreux. Dans les deux organes, on peut trouver celte condition associée à la production d'une tumeur ou indépendante d'elle. Dans le second cas, l'hypertrophie peut être ou générale ou locale, et occuper la totalité de certaines parties de l'organe; dans ce cas, elle occuikî de certains endroits plus communément <[uo d'autres. Ces remarques s'appliquent également à la prostate et à l'utérus.
6** Ces deux organes ne sont sujets à de pareilles modifications qu'apivs la pi-emière période de la vie. Bayle, dont les obsenations sont rapportées par Kokitansky, et vérifiées par le docteur Robert Lee, dit que (1), sur 100 femmes ayant dépassé 35 ans, il y en a 20 qui présentent des tumeui*s libi-euses de luléiais plus ou moins volumineuses. J'ai trouvé des tumeui*s prostatiques sur 35 hommes pour 100 au-dessus de 50 ans. Chez les femmes cependant, la tendance à cette production décroît après 50 ans, bien qu'on ne puisse dire qu'elle cesse tout à fait. Pourtant, c'est un fait exceptionnel après cet âge de la vie. La période que l'ou regaixle en général comme la plus active sous ce rapport est celle de l'activité /onctionnelie de l'utérus, ou plulôl la dernière moitié de cette période. L'âge auquel la fonction de reprmiuclion chez l'homme est la plus vigoureuse n'est certainement pas celui vers lequel se montre une pareille tendance du côté de la prostate; mais, d'un autre coté, il ne faut |)as oublier que la limiti' <le pi'oductivilé chez l'homme n'est pas bonH'»e, comme dans l'autre sexe. El, dt» plus, on peut, je crois, facilement admettre que nos connaissances sur les fonctions de la prostate sont suffisantes, à l'heure qu'il est, non pas pour empêcher, mais plutôt pour encourager la supposition suivante, à savoir qu'il est possible que l'activité de la glande n'ait pas diminué, si encore elle n'a pas augmenté pendant l'âge moyen et l'âge avancé de la vie lorsque Th} pertrophie s'est déclarée. Il y a une chose certaine, c'est que. la sécrétion prostatique, quel que soit son but, ne semble pas moins abon-
i\) Rokitan»ky recule un peu Tâge. Les tameiin Itbmmt éàT^ fréf|uentes jusqu'à trente ans, et se présentent sartaJut [Manual ofPathohg. Anat.^ Sydenkam Soekiif^ JtL B-
UALlOlbS DE LA PROSTATE.
[Put. 0.
(liinle à cette épofiue, à en juger par lelat de l'organe après la mort, qu'à aucune période an lé ri eu rc.
Il y a uae forme de tumeur, ou plutiH d c\croissaiicc de la prostate, qui s'observe très-rarement, mais qu'il faut mentionner avant de terminer œ eliapiire. Elle n'a aucun rapport avec aucune des variétés précédentes. O'cst un polype naissant du verumontanum. Je n'en connais que trois e&cmples. Le premier est au musée de Saint Thomas 's Hospital, sous le n* BB, 8 : c'est un petit polype de 12 millimètres et demi de longueur sur 'i millimètres de largeur; il naissait, che^ un enfant, du verumontanum, et se dirigeait en arrière vers le col de la vessie. Le second est indiqué par Itokitansky, mais non décrit, comme un cas unique qu'il a eu occasion de voir (!]. Le troisième s'est rencontré dans ma pratique, et a été présenté par moi à la PatAologkal Sacieti/ de Londres, en 1856 (2).
Il avait environ un ceutimètre et demi de longueur; sa consistance était molle et sa base se continuait avec le sommet du verumontanum ; il s'allongeait dans l'urèLhre, qu'il avait l'air de remplir, et atteignait le col de la
Fie. 98. — PoljjH: prenant
vessie. Il était formé des éléments du lissu cellulaire avec quelques fibres musculaires entremêlées à sa Itase. Ça et là, on voyait, près du centre de la tumeur, quelques fms cristaux, ressemblante de l'acide urique, d'un» teinte jauniktre, d'une Tonne rlioiiiboïdale avec quelques octaèdres. 11 se trouva que c'étaient des cristaux d'un carbonate terreux. La tumeur était recouverte d'une muqueuse, avec un épiliiélium sphéroTdal et en forme de colonnes. (Voy. fig. 98.)
Le seul point de l'histoire du malade qui fût en rapport avec la présence d'un polype est que, pendant un certain temps, il avait eu l'habitude duriner beaucoup plus souvent qu'à l'ordinaire.
OBSCIIVATIONS A L'ATPVI.
Ubsf.rvation 1)1. — Augmentation du volume de la prostate due a des tumeun fibreMses ùolies : vessie malade, vessie à ctllutes. — t. P..., figâ ilc soi\atit4^
«HAP. VI.] TCMEURS ET EXCROISSAÎiCES. 389
quatorze ans, admis à Marylebone Infirmary, le 27 octobre 1855, dans le service de M. Henry Thompson. Deux ou trois ans auparavant, Il avait eu les si^es^ ordinaires d'une cystite chronique. Maintenant II a une grande irritabiUté de la vessie; point de rétention ni d'incontinence. l.a sonde n» 10 [n<> 21 de la Glière française] passe très-facilement. La vessie se vide lentement de pus et de mucus après qu*on a enlevé l'urine. Pas de calcul. L'urine est épaisse, trouble, mêlée de pus, parfois légèrement acide; la proportion d'albumine e^t très-forte; point de tubes ou de cristaux venant du rein.
On ne reconnaît par le rectum qu^un léger degré d'hypertrophie de la prostate. Le malade souffrait peu, mais il était extrêmement faible; il déclina insensiblement et mourut le 7 novembre.
Autopsie six heures après la mort. — On enlève la vessie et une partie de l'urèthre. La première est allongée et proémlne beaucoup au-dessus de la symphyse pubienne; ses parois sont épaissies. On trouve une tumeur arrondie, de la taille d'une petite rioisette, de couleur jaunâtre, d'apparence lisse, faisant saillie dans fintérieur de sa cavité au col de cet organe ; elle contraste étrangement avec la teinte écarlate et la surface rugueuse de la membrane qui tapisse la vessie. La f^apacité de l'organe est moindre ; elle n'a que les deux tiers de ce qu'elle est habituellement. Le tiers supérieur se trouve être une poche s'ouvrant dans la vessie par un très- petit oriflce particulier, et une ouverture qu'on y pratique donne issue à environ une once de pus et de mucus. La tumeur s'élève de la prostate, laquelle, bien que non hypertrophiée du côté du rectum, bombe fortement dans l'urèthre et aussi dans la cavité vésicale.
Les deux reins sont malades et contiennent quelques petites collections de pus, outre un certain nombre de kystes simples.
En incisant le côté gauche de la prostate, on voit la section d'un corps arrondi plongé dans la glande. Ce corps a un diamètre d'un centimètre ; il est isolé des Hssus environnants; on peut l'en détacher par places au moyen d'une sonde mousse; mais ailleurs il est adhérent ou uni par des prolongements de tissus qui leur sont communs. 11 a une couleur brillante et semble avoir une texture plus serrée que les parties voisines.
On rencontre d'autres corps semblables correspondant aux saillies obsenées à la surface de la prostate avant qu'on l'incise. Nous en disséquons trois des plus 4*onsidérables. La muqueuse est d'abord divisée et écartée; puis quelques fibres disposées en long, qui pouvaient s'enlever par places autour de ces corps arrondis, à la façon d'une capsule, mais qui ailleurs semblaient pénétrer à l'intérieur et se continuer avec la substance même de la tumeur. Un de ces corps, correspondant k une saillie du côté droit, est isolé sur la préparation, et des faisceaux de fibres semblent l'unir en arrière aux éléments fibreux constituants de la glande. De petites parcelles de tissu prises çà et là sur les sections de ces corps montrent au microscope les éléments des tissus musculaire et connectif réunis en faisceaux. L'acide acétique y montre la présence de noyaux allongés longitudinalement au milieu des fibres.
On peut apercevoir sur l'une des sections, celle du côté gauche, une masse isolée des vrais éléments glandulaires de la prostate. Elle est reconnaissable à Pœil nu à une teinte plus jaune que les parties environnantes. Au microscope^ elle laissa voir les éléments glandulaires normaux, et ce qu'on a appelé des « concrétions », comme on en trouve souvent dans les prostates de vieiibrds. Ância de ces éléments ne se trouve dans les corps arrrondis décrits plus haut.
Une forte partie de la masse de la glande est formée d'un tissa lihir parence fibreuse, qui s'interpose entre les grains glandulaires si
3^ MALADIES DE LA PROSTATE. [Pabt. ic
presque en les isolant. Ce tissu, au microscope, se compose principalemeDt de filaments connectifs entremêlés à des fibres musculaires. I^s corps arrondis présentent les mêmes éléments ayant plus de rapports avec ces tissus qu*aYec la por* tion glandulaire, et peuvent être, en conséquence, considérés comme de bon» exemples des tumeurs fibreuses de la prostate. Dans ce cas, il y en a de plongées dans la masse de Torgane ; d'autres font saillie à sa périphérie, soit au dedans^ soit au dehors vers la cavité de la vessie. Elles n'ont aucun des caractères du tissu glandulaire propre et n'ont avec lui que de faibles rapports.
Observation IV. — Augmentation du volume de la prostate, — Tumeurs «owbreuses; plusieurs calculs dans la vessie, — Un monsieur, âgé de soixante-cinq ans,, éprouvait une certaine difficulté à uriner depuis environ vingt ans. Des signes certains, arrivant parfois jusqu'à la rétention, existaient depuis environ six années.
Au commencement de Tannée 1857, il consulta mon ami M. Sampson (dlpswich), qui soupçonna l'existence d'un calcul, jointe à une obstruction organique quelconque. En mal, j'eus occasion de l'examiner en consultation avec mon confrère» et nous nous convainquîmes de l'existence d'une augmentation de volume trèsconsidérable de la prostate ; mais la vessie était si irritable à cette époque, qu*eUe ne permettait ni cathétérisme, ni opération quelconque à opposer à la pierre. Il y avait de la rétention d'urine plus ou moins prononcée, qui exigeait chaque Jour un soulagement au moyen des instruments, puis vint une dépression profonde de l'individu. Il n'est pas nécessaire d'entrer ici dans tous les détails de Tobservation.
La mort eut lieu par épuisement à la fin de juin. — Â l'autopsie, on trouva un développement énorme de la prostate ; la portion antérieure ou pubienne était celle qui présentait de beaucoup le volume le plus considérable. Cette partie formait une masse nodulaire irrégulière du volume d'un œuf de poule, et contenait de nombreuses tumeurs emprisonnées, chacune du volume d'un haricot. En les examinant, je les trouvai formées d'une matière fibreuse avec une forte proportion des éléments glandulaires de la prostate. Nous trouvAmes aussi neuf petits calculs dans la vessie : ils reposaient dans une profonde dépression située derrière la prostate hypertrophiée.