CUAP. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. A
à chaque dose de la décoction. Je Tai vue parfois supprimer la sécrétion muqueuse, et soulager TiiTitabilité, lorsque d'autres médicaments avaient échoué. En somme, son emploi sans autre moyeu se trouve indiqué.
Une infusion de la tige souterraine du chiendent (herbe à chien) (1) est un agent dont j ai tiré grand avantage. Depuis quelques années, j*en ai usé largement, à la fois dans ma pratique privée et hospitalière, dans un grand nombre de cas d'irritation persistante et sérieuse de la vessie, de quelque cause qu'elle fût ; et, dans un certain nombre de ces cas, il a été d'une grande valeur. Il y a longtemps qu'il est employé dans ce cas dans quelques districts de la campagne : c'est un médicament officinal, employé comme diurétique et comme tisane en France. La première connaissance que j'en fis fut chez un malade de province affecté d'un rétrécissement pix)noncé'; les fréquentes et douloureuses envies d'uriner auxquelles il était sujet étaient évidemment soulagées par ce remède, auquel il avait recours depuis longtemps, plus que par aucun autre moyen médicinal de mon invention. C'est pourquoi je suis venu ici attester son pouvoir; et j'ai dans ridée qu'il a une plus grande valeur dans le cas que je viens d'indiquer, et dans ceux de calculs rénaux spécialement, que dans l'irritation prostatique. Et pourtant, dans ces cas aussi, lorsqu'il y a indication de diminuer la fréquence et la douleur des mictions, il est encore utile sans aucun doute; il piXMiuit souvent une amélioration là où le bucco, le pareira brava, la busserole et autres infusions, ont échoué. Le mode d'administration que j'ai îidopté est le suivant. On fait bouillir lentement de 60 à 120 grammes de la tige souten-aine séchée, vulgairement appelée racine, dans un litre d'eau, jusqu'à ce qu'il soit réduit à un demi-litre; on filtre le liquide, et on le fait prendre tiède; un tiers trois lois dans les vingt-quatre heures. Comme tous ces autres agents, on peut le donner, en règle générale, seul pour observer ses effets, bien qu'il puisse aussi servir de véhicule aux acides et aux bases, lorsqu'on le désire. Il est quelque peu diurétique, et peut-être légèrement a])érilif.
Feu le docteur Prout employait une décoction de saiicaire, et la considérait comme très-rapprochée dans ses propriétés de celles de la busserole (voyez la note de la page 436). Elle était autrefois officinale dans la Pharmacopée de Dublin. La dose est de 30 à 60 grammes (2). C'est sur la même recommandation qu'a été conseillée une infusion d'alchimiile, quand l'urine est alcaline et phosphatique. C'est dans ces circonstances, dit le docteur Prout, qu'« une infusion concentrée, prise fréquemment, donne
n » Chiendent. — James, dans son Médicinal Dictionary^ Londres, 1743, en parle ainsi : « La décoction de racines que l'on boit a de l'eflet contre les tranchées, la difficulté à uriner, les ulcères de la vessie, et elle détruit les calculs. {\ oyez Dtoscoride^ I, lY, c. 30.) U est aussi apéritif et adoucissant. » La vertu litliontriptique de cette plante a été aussi iodi« quéc par Boerhaave, et confirmée par un grand nombre d'expériences. John Gérard, dans son fameux Heiball (2*^ édit., London, 1623), en parle dans les mômes termes. Chez les auteurs anciens, il jouissait d'une grande réputation. Paul d*£gine findique plus fréquemment qu'aucun autre remède dans les affections urinaires.
i2\ Saiicaire ou Lysimaque pourpre épineuse. — Elle a été surtout employée contre la diarrhée et la dysenterie, à cause de ses propriétés mucilagineuses et astringentes. En décoction, on fait bouillir 30 grammes de racine dans un demi-litre d'ea*t.
438 MAUDIES DE LA PROSTATE. \fm.L
lieu parfois à un grand soulagement » (1). Le pouvoir dissolvant sorlts dépots phosphatiques, dont on attribuait la réputatîou à cette plante, Ternit, d'après le docteur Proul, de lacide malique qu'elle renferme. J'en ai w argenient pendant les sept dernières années, et je la regarde comme ■ des meilleurs agents que nous ayons contre les cas douteux ou obscorsè cystite chronique, et parmi eu\ ceux qui dépendent d'une affectioniénak. Mais, dans toutes les formes de maladie amenant des eu vies d'uriner Kquenles et douloureuses, elle demande à être essayée de bonne heure. Eb est toujours supportée par l'estomac, et n*est pas désagréable au gollt On la formule ainsi : Faites infuser pendant une heure 30 grammes dek plante dans un demi-litre d'eau bouillante; filtrez, et faites prendre lOOd 120 granmies du liquide trois ou quatre fois par jour. Un autre médicamal que j'ai essayé dans ces derniers temps est VAchiliea millefolium (vul^suRmcnt 7ni lie feuille) ; on en fait une infusion semblable, et Ton en adminislR la même dose, .le n'en puis encore parler avec la même confiance qmefai accordée au remède précédent.
Le matico (2), bien connu pour son ])ouvoir astringent, semble avoir élé employé avec avantage dans une fonne de cystite qui accompagne fréquenment l'hypertrophie d(> la prostate. Le docteur Xeligan dit : « J'ai trouvé h teinture très-utile dans le traitement du catarrhe de la vessie chez lesg^ns Agés (3). » On peut aussi employer l'infusion, avec ou sans la teinture, àb dose de 30 ii 60 grammes. Il renferme un principe volatil, qui parait ressembler Il celui du cubèbe, et qui a une action analogue.
La décoction de polygala exerce peut-être une influence bienfaisante sur la sécrétion mu(|ueuse de la vessie. J'ai été conduit à Tessayor à cause de la réputation qu'elle possèxle dans les cas de catarrhe bronchique chez les gens âgés. La dose pourrait être de 30 à 45 grammes deux ou trois fofe chaque jour.
Le docteur Gross cite des cas qui viennent éclairer sur la valeur de Vepîgea repens {l\) dans la cystite chroni(|ue avec catarrhe. On TadministR sous la forme d'une décoction, à la dose de 60 grammes, fréquemment répétée. Analogue à la busserole, et ayant des litres pres(iue égaux en utilité dans la maladie que je viens d'inditjuer, mentionnons la chimaphilt,
(1) Akhimilley plante indigène. — Elle est astringente, et jouit d'une viciUc rcputitkw populaire pour la guérison de la gravclle et des calculs. L'infusion est faite de 30 (^raiiuiK5 de feuilles sèches et d'un demi-litre d'eau bouillante. (Prout, the Sature nnd Treatment of Diabètes, 2® édit., p. 185.)
(2) Le matico appartient à la famille naturelle des pipéracées, qui fournit le ciibèbe el les autres poivres. L'infusion, que Ton prescrit généralement, se prépare avec 30 grammes do matico dans un demi-litre d'eau bouillante.
(3) Neligan, Medicines, their Uses and Modes of administration, 4*^ édit. Dublin, 185i,
(4) Cross, Op, cit., 2^ édiL, p. 228. — Epigea repens, arbuste rampant, diurétique et astringent. — La décoction se compose de 30 grammes do feuilles sèches dans un derailitre d'eau bouillante. Cette plante paraît se rapprocher beaucoup de Vuia-ursi, Un autre remède américain est le Phytolacca decandra, ou herôe à iaque, employé pour soulager Tirritabilité simple de la vessie. Le docteur Gross dit : « Le docteur Physick avait l'habitude de prescrire, avec un succès manifeste dans cette affection, la teinture saturée de phytolaque. Il la donnait à la dose de T^'^ôO toutes les sept ou huit heures. » [Op, cit,, p. 2G2.)
Chap. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. 439
OU gazon d*hiver. Elle s'emploie sous foi*me de décoction à la dose de 30 à 60 «n'animes, et Ton peut la fortifier, quand la chose est nécessaire, par 1 adjonction de l'extrait (1). L'infusion de gmines de carotte sauvage (2) ne doit pas être oubliée; elle exerce une influence sédative sur certains étals dirritabilité de la vessie. On lui a supposé une action particulière dans la slmugurie causée par l'application d'un vésicatoire.
Tous ces médicaments agissent probablement, jusqu'à un certain point, par leurs propriétés diurétiques; amenant un flot d'urine très-aqueuse, ils diminuent ainsi les qualités irritantes de ce liquide, tandis qu'ils peuvent exercer en même temps une certaine action sur la muqueuse comme astringents, et obvier à l'exagération de sa sécrétion. L'huile volatile contenue dans quelques-unes de ces substances, et en particulier dans le bucco, peut, au lieu d'agir comme diurétique, exercer une certaine influence, appelée spécifique, sur la tunique muqueuse de la vessie (influence calmante), lorsque cette membrane est dans un état d'irritabilité ou d'excitation vulirairement connu sous le nom d'inflammation chronique avec catarrhe. Ce qui semble indiquer la possibilité de ce fait, c'est <|n'on obtient un résultat semblable en administrant certains balsamiques dans les mêmes circonstances. Tout le monde admet la valeur des petites doses de copahu dans le catarrhe chronique de la vessie. Il mérite qu'on l'essaye, et produit souvent une amélioration dans les sjmplomes. S'il réussit, le résultat apparaît bien vite ; et il n'y a rien à gagner à persister <lans son emploi, soit en augmentant les doses, soit en l'administrant longtemps de suite. Parfois même une augmentation au-dessus de sept ou huit gouttes parait diminuer l'amélioration. On peut le mêler avec quinze à vingt gouttes de solution de potasse, un peu d'acacia et une quarantaine de grammes de mixture camphrée, ou quehiue véhicule agréable; si on le préfère, on peut Tadminislrer en capsules. De quelque manière qu'il agisse, le malade éprouve souvent une amélioration, quand la miction est difficile, et (|ue l'urine est chargée de pus et de mucus.
I-a térébenthine de Chio a été recommandée à la dose de 25 à 30 centigrammes par Sir Benjamin Brodie. Ce médicament et de petites doses de <'ubèbe (60 centigrammes à 1 grannne), employés simultîinément, ont |)aru utiles pour réprimer le catarrhe. L'huile volatile peut être substituée à la poudre, si on le préfère, à la dose de dix gouttes, sur du sucre ou dans un nmcilage, ou mieux encore la préparation connue sous le nom de « liqueur de cubî^be », qui, lorsqu'elle est bien faite, est la forme la plus élégante et la plus efficace. M. Coulson dit beaucoup de bien d'un autre
(1; Li chimaphile ichimaphila umbeltata) jouit depuis longtemps d'une réputation consiilérablc en Amérique, à la fois dans les affections urinaires et la scrofule : pour cette dernière, elle a été considérée comme un spécifique. Elle est diurétique et astringenle. Pour la décoction, faites-en bouillir 30 grammes dans les trob quarts d'un litre d*eaD, jiuqa'à rédifction à un demi-litre, et filtres. — L» Pk,
|2) Daucus carota^ carotte mmmim^ m litre d*eau bouillante, tdies sont les mes toutes les deux oa trois hesns.
ààO MALADIES D£ LA PROSTATE. IfilLi
médicament balsamique, la teinture composée de benjoin, à hdosk
3 grammes et (l<»mi trois fois par jour (1).
Les émollicnfs forment une autre classe de ces utiles agents. Ce sort, pour la plupart, de sim[)les solutions mucilagineuses ou gommeosestamant un a;a*cal)le moyen de diluer la sécrétion rénale, en mémeta^i qu'elles oiïrent à l'organisme un léger aliment, et dans quelques eu pifr être une influence thérapeuti(|ue spéciale. En tout cas, les émollients fament d'utiles véhicules p(»ur Tadministralion des acides et des bases, laïque ceux-ci deviennent néc(»ssaires; quoique donnés à Torigineà caniek certaines qualités adoucissantes et mcHlicatrices des aflections oriiiM qu'on leur su|)|)osait, en v(tIu de leur caractère mucilagineux, il n'y i aucune raison d'attribuer leur influence bienfaisante à ce caractère spèdi qui d(»it nécessairement disparaître dans la marche delà digestion et è l'assimilation.
Parmi Kîs plus utiles, on trouve la décoction de Mauve de marais ou, a son absence, de mauve commune^ la décoction de carragaheen^ ou mmt d* Mande; l'infusion Av graine de lin, la décoction d'or^^, mieux connie sous le nom iVean d'orge, et la solution <le gomme arabifjue dans leau (2).
Un autre médicament, quia acquis en Amérique une très-grande réputatioi contre les affections urinaires, et a été dernièrement importé en Angletem, <''est lacouchtî interne de l'écorce de Vorme poli[Ulmus fulvn). Cette écoRX semble posséder peu de propriétés, mais des propriétés adoucissantes, 8 cela certainement à un haut degré. L'infusion fonne une boisson a^rréaUe par elle-même, et sert fort bien de véhicule pour d'autres ag4*ii(s. I^ Ibrnmle suivante, que j'ai employée, répond très-bien à toutes les exigences. Faites macérer /if) gi*ainmes d'écorce dans un demi-litre d'eau bouillante pendant six heures; liltrez après expression. La Pharmacopét^ des Étals- Unis n'en indique (ju(» 30 f;ramm(»s pour un demi-litre d'eau, mais la solution n'est |>as assez mueilagineuse. Par la cuisson, l'écorce akmdonne d'autres matières qui rendent la solution désa^rréable, |)arfois même inutile.
Il est impossible de nier ce fait que les chirur^i(»ns les plus expérimentes dans la pratiijue ont soutenu les opinions les plus opposées relativement à l't^fïicacité de chacun des prin(M[)aux médicaments que nous venons d'énumérer. Il n'(»st plus possible d'hésiter à en conclure, ou bien qm» les vertus
(1) r^ulson, onvi\ ctfé, p. 160.
(2) Comme on demande souvent de bonnes formules sur ces véhiriiles simples, mais utiles, j'en ai inditiilé ici quelques-unes, sur lesquelles je sais (|ue Ton peut eon»pler, pour les avoir moi-même IVéqiiemment employée».
Décoction (h fnunve fies mnrot's. — Faites-en bouillir 90 grammes ilans un litre et demi d*eau, jusqu'à ce qu'il soit réduit à un litre.
Décoction (le mousse tl'Irlundc. — Nettoyez et lavez 30 fjramnn's de mousse, puis faites bouillir avec un litre et demi d'eau, jusqu'à réduction à un litre. L'eau peut ôlre renq^lacce par du lait» quand on veut obtenir un médicament plus nutritif.
Décoction do graine de lin. — Faites bouillir 30 grammes de graines entières dans un litre d'eau pendant une heure.
Décoction d'orge. — Faites btuiillir 60 granunes d'orge dans un demi-lilre «l'eau pendant cinq minutes, et relirez le liquide du ieu. Ajoutez deux litres d'eau à l'orge, cl faites lK)uillir jusqu'à ce que le tout soit réduit à un litre.
Eau de gomme. — 30 grammes de gouuue pure dissoute dans mi dtMui-Iilre d'eau.
Chap. \i.] TRAITENENT DE L'ALGMENTATION DE VOLUME. hM
de ces agents ont été prisées trop haut, par le fait d'une estimation fondée sur quelques cas heuivux, mais exceptionnels, c'est-à-dire sur des cas qui ont marché très-favorablement avec Tusage du médicament, mais qui ont été en réalité des exemples d'amélioration post hoc plutôt que propier hoc; ou bien que le choix des médicaments donnés spécialement dans chaque (orme ou chaque phase de la maladie n'a pas été toujours heureux, d'aulant plus que Ton n'a pas encore défini nettement ni même découvert les indications appropriées et particulières à chaque médicament. II en résulterait que les succès ont été dus en partie au hasard, et qu'ils |K)urraient se multiplier si ces substances étaient administrées avec plus de disceniement. Cette dernièiv supposition n'est pas sans fondement, et il est loin d'être improbable (|ue les trois médicaments principaux les plus |K)pulaires contre les affections urinaires se prescrivent parfois, peut-être même assez sou- \ent, d'une manière quelque peu empirique et au hasard. Cette opinion se trouve fortifiée par le succès plus grand qui résulte, dit-on, de leur emploi combiné, méthode plus populaire à l'étranger que chez nous. J'ai eu, il y a quelque temps, un malade américain affecté de cystite suite d'obstmction, t|ui «avait depuis longt<*mps i*etiré un grand bénéfice de la mixture suivante, et je dois confesser que je l'ai presiîrite |)lus taitl avec avantage dans des cas semblables :
^ Feuilles de busscrole ... . 60 çram. | Racines de parcira brava 60 ^m.
Faites iiouillir ensemble dans un litre et demi d'eau, et réduire à un litre, et filtrez. 60 à 90 grammes à prendre de quatre ou cinq fois par jour. On peut y ajouter, après refroidissement, si on le désire, de la teinture de bucco(l).
Nous allons résimier brièvement les indications qui, je le pense, nous guideront le mieux dans le choix des principaux agents minlicinaux que nous avons énumérés.
On peut agir sur une s«»crétion chronique de la muqueuse vésicale, trèsabondante, liée au relâchement et à la fiiiblessi' de l'organe, sans inflammation, au moyen de la busserole, de rakhimille, et aussi du p(»lygala et du pareira. On dit que la chimaphile est également indi(|uée dans cette forme d'îilTection. Dans la simple imtabilité de la vessie, c'est-à-dire quand
' 1 • Des éclairci<»rnionts sur la iiiaiiiôre de pn^scriro ces remè«los aux États-Unis nous sont donnés par le docU.*ur Gross^ dans son ouvrage déjà cité : « On peut souvent employer a\«'f' a^aiitaj;e un mélange du quelques-unes des drogues mentionnées ci-dessus. Certes le résultat est d'ordinaire plus afquirent lors(]u*eUessonttlonnées de cette manière, que quand on les emploie séparément . J*ai depuis longtemps Thabituile d'administrer, avec le meilleur effet, un mélange de bucco, de busserole et de cubèbe, parfois sous la forme d'une infusion, plus généralement <ou> rWlc d'une teinture, donnée plusieurs fois par jour, avec une |Hiile quantité de birarlMuiali.' de soude. A l'occasion, quelques gouttes de baume de copihn, la teinture muriatiquc martiale, ou l'acide nitrique dilué, seront igoutés avec avantage m chaque dose de ces médicaments, j»
U: docteur Gross ajoute, ass«*z naturellement, « quand ils sont ainsi combinét» il eat tint à f.dt im|K»sible de déterminer le mérite qui est dû à chacun en partievUer ». /Hmm Un thf Disposes y liijuries omI Mo/formaiioM of ike Vrmarif OrgtaUm' fk p. 220.;
442 MALADIES DE LA PROSTxVTE. [Paît, l
les envies d'uriner sont fréquentes, en l'absence des causes et des syinptômes d'une inflammation aiguë, le chiendent, i'alchimille, et peut-être k busserole, donnent les meilleures chances de succès; mais le premier esl utile aussi dans les états inflammatoires.
Lorsqu'il y a un peu d'inflammation chronique (et pfts d'aigué), misea évidence par l'irritabilité de la vessie, une petite douleur au-dessus fc pubis, une très-grande sensibilité au passage de la sonde, on retire sou¥€tf bénéfice de l'emploi de certaines sortes d'huiles volatiles excrétées parle rein et venant imprégner l'urine. Une dos formes les plus simples, les phs sûres et les plus digestibles, se rencontre dans l'infusion de bucco. On ped l'employer seule, ou avec l'addition de .15 à 20 gouttes de teinture oade solution de cubèbe: cette dernière peut être remplacée par quelques gouttes de térébenthine ou de copahu; mais ces médicaments sont plus enclins à peser sur l'estomac; pourtant ils exercent parfois une heureuse influentt quand le simple bucco a échoué, spécialement dans les cas où il y a au» beaucoup de catarrhe.
Un point important dans l'emploi des décoctions et infusions, c'est del» administrer libéralement. Les doses ordinaires, par cuillerées à boodie» n'ont, je pense, presque aucune valeur. On doit donner de 300 à 450 grammes par jour pour en obtenir avantage dans le plus grand nombre des cas.Di reste, j'ai réussi de cette façon après avoir échoué avec de petites quautités. Autrefois on paraissait les administrer de cette façon (1).
Je dois mentionner un mélange excellent, que je dois au docteur Grois; il est utile dans les états d'irritabilité, et môme dans certains états inflammatoires de la vessie. 6.1 grammes de feuilles de busserole et 15 granuoes de houblon infusés dans un litre d'eau bouillante, en vase clos, pendiol deux heures; un verre à boire à prendre plusieurs fois par jour. Le docteur Gross écrit ceci : a Ce mélange opère souvent comme un charme ; il diminue rapidement la douleur et le spasme au col de la vessie, et contribor puissamment à la guérison (2). »
Toutefois^ il ne faut pas oublier que quelques-unes de ces infusions ool été administrées en général concurremment avec d'autres a*ïents, et avw l'usage d'autres moyens, qui ont peut-être contribué en réalité largemeol au résultat favorable, quoique, par suite des circonstances, on n'ait pu leur accorder grand crédit. Les agents dont je veux parler sont les acides et b bases. Il n'était pas commode de prescrire les solutions végétales en question sans les faire rentrer dans l'une ou l'autre des deux importantes catégories de corps que je viens de nommer, et il nous faudra un grand nomkK d'observations de leur eflet, quand ils sont sans mélange, avant de connaître leurs propriétés spécifiques d'une mamère plus précise que maintenant.
(1) Des doses d'un demi-litre, deux ou trois fois par jour, se trouvent indiquées pourli ilécoclion de busserole et de pareira brava mélangés, dans l'ouvrage de Blackie : Dù^vi- ^iion on Medicines that dmolve the Stoue, etc. London, 1771, p. 182. Ce n'est là qu'ai exemple, au milieu de beaucoup d'autres semblables que l'on pourrait rapporter à la mè» date.
(2) Gross, On the Diseases, Injuries and Malfot^aUons of the Urinary Organs, 2* édit.. p. 18G.
Cbap. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. ààt
Celle remarque nous amène à éludier Tinfluence de ces agents chimiques dans la cystite chronique.
On ordonne toujours les acides minéraux quand Turine est alcaline et qu'elle a une tendance à laisser déposer des phosphates terreux. Mais de fortes doses elles-mêmes, administrées par la bouche, n'exercent pas d'action marquée sur la réaction chimique de cette urine. Comme toniques du système général, dans de telles circonstances qui se présentent souvent, ils peuvent être utiles. Mais il est loin d'en être autrement avec la classe opposée, celle des bases. Par leur moyen, nous pouvons agir promptement et énergiquement sur la sécrétion du rein, et changer une urine acide en urine fortement alcaline, loi*sque nous le voulons. On les a longtemps pousidérées presque comme des spécifiques sédatifs de la vessie dans le cas d'inflammation ou d'irritation, et elles ont peut-être droit à une plus grande confiance, dans de telles occasions, qu'aucun autre médicament connu (1). Telle est au surplus, sans aucune hésitation, ma propre expérience.
A ce sujet, nous avons trouvé des éclaircissements plus complets dans les obsen'ations du docteur Owen Rees. Il est arrivé à cette conclusion que, même quand l'urine est alcaline, les alcalins produisent souvent une amélioration beaucoup plus grande qu'aucun autre médicament; ils diminuent l'irritation produite dans l'organe par une urine ayant ces caractères, et tendant à lui rendre son acidité normale. Il a semblé au docteur Rees, pour citer ses propres paroles, a qu'un état alcalin de l'urine résultait très-fréquemment d'une maladie des surfaces muqueuses sur lesquelles l'urine avait à passer avant son excrétion, et qu'une urine sécrétée avec ses caractères normaux acides arrivait souvent, gn\ce à cet état de la muqueuse, à posséder une forte réaction alcaline et à renfermer un dépôt de phosphates terreux. Le malade, par le fait, sécrétait une urine saine; l'écart de l'état normal consistait en ce fait que l'urine devenait alcaline sous l'influence de la maladie de la muqueuse» des voies urinaires. Que la sécrétion de la muqueuse urinaire soit assez fortement alcaline et en quantité suffisante pour neutraliser l'acidité d'une urine nonnale, c'est ce que j'ai démontré par l'expérience sur la surface enflammée du bas-fond d'une exstrophie de la vessie dans un cas où les parois abdominales faisaient défaut, difl'ormité congénitale qui n'est pas très-rare. Comme confirmation de ces idées, j'ai pris soin de reproduire ce fait dans plusieurs cas d'urine alcaline où j'ai réussi il obtenir une sécrétion acide normale, en rendant l'urine moins acide, et par là moins irritante; et en persévérant dans celte direction, jusqu'à ce que l'état inflammatoire eût disparu, je parvins à obtenir la réaction nonnale acide de l'urine, à sa sortie de la vessie (2). »
En procédant d'après ce principe, le docteur Rees recommandait les sels
(!) Celle manière de voir est celle de M. Adams {Analomy and Diseases ofthePro»iaie Glnnfi, 2« cdil., 1853, p. 42, 43}. W compare leur influence à celle du sulfate de ^oinine dans la névralgie, et donne la préférence, parmi les sels alcalins ordinaires, an de soude.
(2) G. Owen Rees, M. D., F. R. S., On the Pathohgy and Trttim&ÊiéÊf à (litions of the Urine {Guy*s Hospital ReporU^ 3* série, 18ft5, voL V -^
hua MALADIES DE LA PROSTATE. [Pait.l
OÙ la base est combinée avec un acide végétal, spécialement le citrate de potasse et le tartrate double de potasse et de soude; ce deraier si rintesHi demandait un laxatif, le premier dans le cas opposé. Tous deux exercm mie influence puissante en neutralisant Tacidité de Turine, et cela mal^ l'action laxative que possède également Tun d'entre eux. J ai observé sobvent les bons eflets d'une solution de potasse ou de citrate de potasse, anss longtemps qu'on désire de produire sur l'urine un effet alcalin. Dans a» série d'articles sur l'irritabilité de la vessie, publiés il y a déjà longtemps dans la Laticei en 1856, j'ai établi que ces médicaments s'étaient montRs dans mes mains plus utiles pour le but à atteindre que l'eau de Vicki (Lancety vol. I, p. (i39). Sa valeur sous ce rapport a été observée et indiquer au commencement de ce siècle (1). iMais ce n'est pas d'une façon iuvariabk que les alcalins exercent une influence bienfaisante sur ces cas. Au oobtraire, j'ai vu l'état alcalin de l'urine sensiblement augmenté par leur emploi à doses modérées. Et il arrive assez fi'équemment qu'à hautes doses les alcalins augmentent l'irritabilité de la vessie; surtout quand ils sont administrés sous forme de sels neutres, comme les citrates ou les bicarboDâSes. Après tout, pour ma part, je dois confesser ma préférence croissante poiff un vieux remède à la mode autrefois, la solution de potasse, à doses modérées et considérablement diluée. Pour l'eau de Vichy, ce remède poj»laire, je ne saurais lui consacrer que la plus petite place.
Dans les cas très-rares où l'urine est sécrétée avec un défaut de principes acides et où les phosphates terreux se déposent d'habitude, le jus de limon est peut-être la forme la meilleure pour produire la réaction. Mais les cas auxcjuels nous avons aflaire ne rentrent pas dans celle catégorie: l'acalinité se produit dans la vessie, l'urine airivant des reins en cel endroit avec ses caractères noimaux acides, comme on peut le démoDtitr aisément au moyen de la sonde. L'acide benzoïque a aussi une influence analogue, mais il est moins facile à administrer, à cause de son extrême insolubilité dans l'eau. Quand on peut le prendre et qu'il est supporté par l'estomac, non-seulement il rend l'urine acide, mais il triomphe des mictions fréquentes. 1 gramme d'acide benzoïque demande 6 grammes d'alcool rectifié pour se dissoudre; cette quantité doit être prise dans un verre d'eau (où elle se précipite dans un état de division extrême) et avalée surle-champ. On peut le donner en poudre, avec une quantité égale ou moitié moindre de sucre ; on peut aussi le suspendre dans du sirop simple o« dans un mucilage d'acacia. Peut-être une meilleure forme encore esl-elk
(1) n est intéressant de faire obscn'er que nous n'avons pas de nouveUcs observation de sels formés par une combinaison des acides végétaux avec les bases alcalines, ayant pi communiquer, pris par la bouche, une réaction alcaline à l'urine; bien que nous aw»* une découverte de chimie, comparativement récente, pour expliquer ce fait. U y a plus àe soixante ans que sir Gilbert Biane avait l'habitude de prescrire du citrate de potasse dai« le but précis de rendre l'urine alcaline. Voyeison mémoire : Onthe Effccts of large dosn 0/ rnild Vegetable A/kaii, lu le 1" novembre 1808, à la Society for the impn»vement of Médical nml Chirurgical Knowledge [Tramnctions^ vol. III, p. 339).
Bien qu'on puisse le pré|>arer extemporanément avec facilité au moyen d'acide citrique et de bicarbonate de potasse, on l'administre plus agréablement en bouteilles, sous forme d'eau gazeuse. On fait une excellente solution avec 2 grammes de sel par bouteille.
Chap. xi] traitement DE fAUCMENTATION DE VOLUME. Mib
la pilule composée de 20 cenligrammes du mtHlicameiil el d'une goutte de glycérine; on en prendra deux ou trois, Irois ou quatre fois par jour.
3. L'irritabilité de la vessie, avec une douleur qui augmente pendant les efforts répétés pour uriner, est Tun des accompagnements les plus fâcheux de celte affection. Le malade s affaiblit el s*épuise par la perte du repos el du sommeil, si l'on ne vient pas y porter remt»de au moyen des sédatifs et des narcotiques ; ces derniers spécialement ont une grande valeur. Les opiacés, administrés par le rectum, exercent sur beaucoup de maKides la meilleure induence ; on jx^ut les donner sous forme de suppositoires ou de lavements. De 10 à 20 cenligrammes d'extrait d'opium ou la même quantité d'opium en |K)udre, ou de 3 à 6 centigrammes de morphine incorport^s et mélangés à 1 ,5 ou 3 grammes de beurre de cacao, telles sont les meilleures formes dans ce but. 5 centigrammes d'extrait de belladone forment une addition tn>s-convenable quand il y a une action spasmodique assez forte ; mais parfois elle porte préjudice en paralysant les fibres musculaires de la vessie et en privant entièrement le malade du pouvoir de chasser son urine. Vn mélange de quelques centigrammes de jusquiame, de cigué et de lactucarium p*^ut quelquefois être avantageux. Une forme commune est de 60 à 80 centigrammes du mélange de savon el d'opium; mais il y a un meilleur véhicule pour le médicament actif, c'est le beurre de cacao que j'ai indiqué tout à l'heure, qui ne possède point de qualités irritantes; on s'en plaint quelquefois dans l'emploi du savon.
Lorsqu'on se sert des lavements, la quantité de véhicule sera peu considérable; ils seront mucilagineux, comme, par exemple, 30 à 60 grammes d'amidon ou d'eau d'orge avec UO à 60 gouttes de laudanum. La forme liquide assure une action plus rapide quand on le désire.
En même temps on peut administrer par la bouche la morphine ou ([uelque autre préparation d'opium : elle est aisément supportée et elle a une grande valeur dans certains cas. J'ai vu dans certains cas de petites doses, comme un centigramme de morphine en une nuit, produire un effet admirable en chassant l'irritabilité de la vessie; d'ordinaire, le double ou le triple de cette dose est nécessaire. Quand, malheureusement, ce médicament ne réussit pas, j'ai trouvé fort utile d'avoir recours à la chlorodyne de Davenport ; on peut aussi s'adresser à la ciguë, à la belladone , au chanvre indien, aux doses élevées de jusquiame et d'extrait de houblon. I^arfois de fortes doses de camphre amènent un puissant effet sédatif: une ou deux cuillerées à café d'alcool camphré peuvent être données dans 100 à 120 grammes d'eau ou d'infusion de houblon dans ce but.
U. Quand il y a dans l'urine un dépôt phosphatique ou une forte proportion de nnicus, ou bien quand elle est ammoniacale ou fétide, on peut souvent retirer un grand bénéfice des injections pratiquées dans la vessie. Telles sont bien là les circonstances où ce traitement est spécialemeiit applicable. La formule le plus généralement employée est l'acide nitrique dilué dans la proportion de 2 grammes pour un demi-litre d'ean, ea est assez pour commencer; puis on augmente Itradnal 7 grammes et demi, sans dépasser ce chiffre. D r
à^^(} MALADIES DE LA PROSTATE. [Pait.IL
une forlc solution médicamenteuse quand la sécrétion est très-puruleoUf, avec écoulement d*une matière sanieuse, ni quand le malade épnHmt beaucoup de douleur. Sir Benjamin Brodie, qui a beaucoup conseillé cette pratique, et depuis longtemps, dans le traitement de la cystite cbroniqiit dit ceci : « 11 vaut mieux commencer à laver la vessie à Teau tiède, pois on injecte la solution acide, en ne la laissant pas séjourner plus de trente secondes dans la vessie. Au début, l'opération ne sera pas répétée phs d une fois tous les deux jours ; ensuite on pourra y procéder une fois pir jour, mais jamais plus fréquemment (1). » La quantité introduite dépênl de la capacité de la vessie, et doit varier entre 60 et 120 grammes, (k peut ajouter, d'après la même autorité, que les injections « doiveiit en absolument évitées quand le mucus que laisse déposer Turine est fortement teint de sang » (2).
J'ai souvent tiré avantage des injections de solutions diluées d acétate de plomb dans les cas de sécrétion muco-purulente provenant des parois de b vessie. Voici quel est le meilleur mode de procéder. Après qu'on a inirodiÉ dans la vessie une sonde flexible, on met son orifice externe en comiexiot avec un récipient de caoutchouc, et Ton injecte de 50 à 60 grammes dw chaude ; on a soin de n'en jamais introduire assez pour causer un seatimeil de gène, encore moins de douleur, par suite de la distension de roi^aoe; et après avoir laissé séjourner le liquide environ une demi-minute, on k laisse écouler. Après avoir préparé une solution d*acétate de plomb, 60 milligrammes pour 120 grammes d'eau chaude, on en injecte lentement ime petite quantité, qu'on laisse séjourner environ une demi-minute, et s'écouler ensuite. On peut répéter la chose tous les jours. Dans aucun cas, i ne faut excéder 20 milligrammes d'acétate pour 30 grammes d'eau, à moiv qu'on ne veuille agir sur un calcul phosphatique, auquel cas on peut «iployer 60 centigrammes pour 30 grammes (voyez à ce sujet le chapitre XE à la fin du volume). Outre l'acide nitrique et l'acétate de plomba j'ai emploie aussi d'autres moyens en injections dans la vessie. Quand Turineest fëlidé. deux gouttes d'acide carbolique dans 120 grammes d'eau chaude. Lorsqof le patient semble très-éprouvé de la fréquence de ses mictions, et qu*U apparaît un peu de sang dans l'urine avec un fort dépôt muco-purufenl, il faut essayer le mélange suivant : biborate de soude, 2 gmmmes; glycérine, 7,5 grammes; eau chaude, 120 grammes. Dans les mêmes circonstance on a dernièrement employé une solution de quinine en injections daosb vessie, dans la proportion de 5 à 10 centigrammes pour 30 grammes d'eu. Cette solution mérite d'être essayée et doit être employée, comme les sohtions précédentes, à une température comprise enire 32**,2 et 37*,7 centigrades. Il faut bien faire attention, règle sans exception, de ne jamais introduire plus de 50 à 60 grammes de liquide dans la vessie à la fois. De cetk manière on réduira à leur minimum les chances qu'on a de produire Tinitation, et l'on conservera tous les bons effets du lavage.
(1) Benj. Brodie, Lectures on ihe Urinary OrganSy p. 114.
(2) Idem, ibid.<, p. 115.
Ch4P. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. 447
5. L*apparition de sang dans Turine accompagne très-fréquemment Thyperlrophie de la prostate. Ce- peut être une simple hémorrhagie, venue d'une partie quelconque de sa surface, sans provocation, ou bien elle peut être le résultat du passage d*un instrument. Dans ce dernier cas, elle se montre parfois, quoique Tinstrument ait été passé avec le plus grand soin et sans causer de douleur, tant Torgane est disposé à saigner dans les cas d'hypertrophie : mais c'est là un fait exceptionnel. L'hémon*hagie peut résulter d'un mouvement du malade après l'introduction d'une scmde d'argent, et quand celle-ci est encore dans le canal; par exemple, quand la sonde a été introduite dans la position couchée, et que le malade se lève pour évacuer le liquide. Il y a des cas dans lesquels, quoique l'instrument passe sans rencontrer d'obstacle, ou même sans causer aucune sensation douloureuse, on aperçoit presque constamment un peu de sang immédiatement, ou bientôt après. A fortiori, l'hémorrhagie peut-elle se présenter, et devenir considérable, quand l'emploi de la sonde est difhcile ou cause de la souiïrance. On dit souvent que cette circonstance indique l'ulcération de l'organe. Il peut en être ainsi dans des cas rares, mais je sais qu'elle se montre aussi sans qu'on puisse trouver de solution de continuité à la surface après la mort. Il est assez probable que l'hémorrhagie vient des capillaires élargis et engorgés de la muqueuse de la vessie et de la portion prostatique de l'urèthre, dont les veines sont souvent comprimées et probablement obstruées, quand il y a une hypertrophie de la prostate.
Quand l'hémorrhagie est peu abondante, elle ne demande pas d'autre traitement qu'un plus grand soin encore dans l'usage des instruments, ainsi qu'un i*epos parfait dans la position horizontale pendant quelque temps après le passage de la sonde. Le changement d'une sonde d'argent contre une sonde élastique, ou l'inverse, la fera quelquefois disparaître, ou encore l'emploi d'une sonde d'un à deux degrés au-dessous de celle qui sert habituellement. Si la perte de sang est suffisante pour menacer le malade ou pour produire un effet appréciable sur son état général, il deviendra nécessaire d'employer des médicaments internes. Le chirurgien peut les choisir parmi les suivants, ou les essayer, s'il est nécessaire, dans leur ordre de succession, si le premier n'est pas favorable : Les acides gallique ou tannique (30 à /i5 centigi*ammesj avec ou sans quelques gouttes de teinture d'opium, trois fois par jour, ou plus souvent s'il est nécessaire; l'alun, ou l'alun de fer, à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme ; ic matico en teinture ou en infusion ; l'acide sulfurique dans une infusion de roses ; l'acétate de plomb et Topium ; dix ou douze gouttes de térébenthine suspendues dans un mucilage, et fréquemment répétées. Quelquefois les préparations martiales sont indiquées, spécialement le sesquichlorure, et peuvent être données sous la forme qui convient le mieux à l'estomac du malade. M. Adams préfère l'emploi des alcalins dans ces circonstances, et il dit que a parmi les médicaments internes, les simples sels de soude et de potasse, tels que les carbonates, à doses fractionnées et répétées, sont décidément préférables aux acides » (1). Sir B. Brodie parle dun cas où
(i) Adams, op, cit., p. 116.
us MALADIES DE LA PROSTATE. |Piai:t
t'héraorrliafiip a cessé pendant l'ailininisLration du stypliquc de Riispinî(1\ Je l'ai employé, mais sans y trouver aucun avantage. Si l'hémorrhape al considéralile, que la vessie se distende parfois ênonnément. et qot Tm puisse délimiler une vaste lumcur s'éLendant sur la ligne uiMîane jusqul l'ombilic, ou plus haut encore, alors il faut adopter d'autres moyms. (^ appliquera au périnée et à i'hypogastre des vessies contenant de la ^ac«:lF malade gardera dans son lit le repos le plus parfait ; fa persnnue sera \r^ remenl couverte, et les couverlures seront écartées du corps au rooTen d'H cerceau. On peut injecter k différentes reprises 60 à 80 grammes A'm glacée dans le rectum, si cela peut se faire sans trop déranger le nuU par l'action que l'on produit sur ses intestins, auquel cas il vaudrait mia y renoncer; il serait peut-être préférable d'introduire dans le rectiun i petits morceaux de glace. Il est recommandé de passer une sonde dans I vessie et de broyer le caillot; on tentera d'en enlever des fmgniealsC appliquant un vase aspirateur ou une seringue sur t'pxtrémilé de l'insln ment. Pour ma part, je conseille de ne pas intervenir, à moins que ce i soit absolument nécessaire à cause de la rétention d'urine, et je paie peine croire que celle-ci puisse être occasionnée par la présence do cailhl Je suis sur d'avoir vu de nouvelles hémorrhagies produites par celle mi ihode. Les meilleurs résultats que j'aie obtenus ont été ceux dans lesqwlj après avoir passe tout d'abord une sonde pour vérifier l'état des j'ai décliné toute inler\'ention mécanique. Dans l'un des premiers ots j'ai ainsi traités, la vessie était si pleine, qu'elle ressemblait à l'utérus d' femme enceinte. Le malade était e.tsangue ; il avait un pouls petit et Irii^ faible. J'ordonnai de l'acide gallique et de l'opium toutes les heurrs; dernier jusqu'à ce que fussent abolis les efforts douloureux et spitsinaJe ques pour évacuer le contenu de la vessie : c'est là une coin plies lion quenle qui cause une grande angoisse; de la nourriture constanoM^ par cuillerées à café; un repos absolu et des applications locales de gbcK Le sang frais cessa de filtrer par l'uréthre, et en peu d'heures ruriMii mit à couler si épaisse et d'une teinte si foncée, qu'elle ressemblaitàfc sang en ginimeaux. Dans l'espace de quarante-huit heures, elle ienê peu à peu plus claire, la vessie diminua, et enfin la totalité du caillot fâ se dissoudre et venir sous forme de solution. Le malade est maiatantl parfailement guéri. L'indication me semble formelle de ne pas inlenmir, à moins qu'il n'y ait une rétention absolue. Le broiement, ou toute anM manœuvre exercée sur le caillot peut provoquer un nouvel êcoulentenl di sang; l'enlèvement hàtif du contenu delà vessie peut parfaitement ronnir les orifices des vaisseaux fermés par des caillots et comprimés par la nu» contenue dans la vessie. On ouvre ainsi une nouvelle cavité où il pealdl nouveau s'épancher du sang. D'ailleurs nous n'avons aucun motif déconsidérer le caillot comme une chose très-nuisible à laquelle on doive dooMT issue à tout hasard; on se gardera bien d'adopter certains moyens qui ne sont recommandés par aucune autorité, comme d'injecter plusieurs once»
(I) A clami, np, cil., p, SOI,
Cmkp. XI.] traiti:me:(t de lmigmentation de volume. 449
d'un fort mélange d'acide acélique et d eau dans la vessie pour faire dis* soudre le caillot. Le pouvoir dissolvant de l'urine, qui est normalement à une température de 37",7 centigrades, m'a |)aru remarquablement ^a*and,et ce n'est pas seulement un des agents les plus actifs, mais aussi le plus sur |M)ur arriver au but qu'on se propose.
Il peut airiver, dans un petit nombre de cas, qu il faille recourir aux moyens mécaniques indi(|ués plus haut pour enlever des caillots très-adhérents; on a même ouvert la vessie au^essus du pubis, dans ce but(i); mais de telles nécessités sont heureusement fort rares, et je suis persuad que, dans la majorité des cas, nous arriverons plus sûrement à un résultat favorable en permettant à la nature de faire son œuvre, sans aucune hâte de notre part à lui offrir notre assistance. Il est vrai que l'incommodité occasionnée au malade par la sensation du l>esoin urgent d'uriner, et le désir de vider sa vessie, sans compter la douleur et le spasme qui accompagnent parfois, mais non toujours, cet état, indiquent qu'il y a quelque chose à faille pour enlever les caillots. Dans ces circonstances, sui*tout si le malade est fort afliiibli, l'usage de lopium, par la l)ouche ou le rectum diminuera beaucoup la souffrance, et nous pouvons encore, pour l'amélioration, nous fier au cours des événements sans avoir recours à des instruments. J'ai vu plusieurs cas semblables depuis que les remarques précédentes ont paru dans la première édition, et je suis plusque jamais convaincu 4|u'elles indiquent bien le seul parti à prendre dans les circonstances signalées. Mais quand il parait absolument nécessaire d'adopter une intervention m(^ani(|ue, comme dans cei*tains cas où le malade a perdu depuis longtemps tout |)Ouvoir d'uriner par ses seuls efforts, et réclame toujoui*s dans <'e but l'emploi de la sonde, on doit procéder avec la plus extrême précaution ; car le col de la vessie, source pi*ol)nble de l'hémorrhagie, est nécessairement exposé à quel(|ue danger et à (|U(*l(|ue pression à chaque mouvement (|ue la sonde exécute à Tintérieur de la cavité. Et pourtant, loi*sque la nécessité est là, il faut passer une grosse sonde, à laquelle pn adapte une seringue ou une pompe stomacale; c'est par ce moyen (ju'on t»xtraira la plus grande partie du caillot. L'appareil évacuateur de M. Clover, [)our les débris de calculs dans la lithotritie, est le meilleur de tous les movens employés dans ce but, et d'ordinaire le plus efficace. Ensuite on peut injecter <le l'eau froide ou une infusion froide, et même glacée, de matico, à la 4|uantité seulnnent de 60 grammes à la fois, pour arrêter tout écoulement sanguin, et Ton peut laisser à demeure dans la vessie une sonde de caoutchouc vulcanisé, si l'urine ne s'écoule pas volontairement.
(). Un des accidents les plus gênants de l'hypertrophie de la prostate, c'est parfois rinconlinence d'urine. Sous ce nom, je ne comprends pas le regorgement dû à l'engorgement de la vessie, auquel remédie la sonde,
<li M. A. Copland Hiitcliinson, a\e€ Taidc de Sir A. Cooper, a ouvert la vessie au-dessus «lu pubis, et eiilrvé un caillot de plus d'une livre, douze heures seulement après le début de rhéniorrliagie. Il sentit, par la fa\ité de la vessie, une liypertropliie de la prostate. Le malade m<ninit trois jours après Popi'Tation, et il n'y eut point d*autopsie. {Lomlon Med^ ReposUonj, 1824, vol. WII, p. 128.)
B. TH0iiPS05. — Malad. des voies urin. 29
d5d MALADIES DE U FROSTATE. [Fmt. I
a|)pelé habituellement iDcontinence, et qne j'ai déjà eniièrafaent êliidip. mais une impossibilité réelle, de la part de la vessie, de garder phis d'mr I>etite quantité d*urine, état dans lequel les besoins d'anner soot fréqanfe et irrésistibles. Aussitôt que la vessie a reçu 30, 6^1 oo 90 gnurnines d*vi». celle-ei commence à couler, en l'absence d aucun eflbrt voioolaife étk part du malade. Ceci peut tenir, quoique rarennenl, coniine noas ram» déjà montré dans le chapitre IX, à une particularité dans la forme delVp^*rtrophie, qui maintient béant d'une fa^^on anormale Toritice thral. Si les besoins frécjuents d'uriner ne dépendent pas d^uoe cause rissable par les médicaments, telle que rirritabilité ou rinflammatioD df h muqueuse vésicale, mais d'une source organique dont la nature a éfé iaiquée, un récipient approprié (utile souvent aussi dans le dernier cas) «stlr principal remcfde, et doit être porté d'une manière presque couslanle. M sont les vases de caoutchouc, qui sont d'une grande efficacité danscehrt. Ils sont trop connus pour nécessiter ici une description.
7. Un autre résultat d'un obstacle au col de la vessie venant d*UDe bvps* trophie de la prostate est une susceptibilité de l'organe à la congestian d à rinflammation sous l'influence de très-faibles causes; quelques réleiÎM» sur la direction à suivre vont terminer cette partie du traitement.
Des circonstances diverses, dont les plus communes sont Texpositioa m froid et à l'humidité, surtout en dehors des portes, les mouvements occasionnés par une longue marche, l'équitation, l'abus des stimulants ako»* liques et des excitations sexuelles, produiront d'une manière soudaine «e augmentation de difficulté à uriner, rarement aussi un écoulement aboidant muco-purulent par l'urèthre ; quelquefois celui-ci est teinté de sui Ce symplr'ime p<»ut s'accompagner d'un léger accès de liè\-re. On gartil par le repos au lit, les fomentations chaudes, les bains de siège chaiids. un laxatif doux et un traitement sédatif; des lavements tièdes peuv«É procurer aussi un grand soulagement. On videra la vessie de la &cn usuelle, avec une sonde élastique plus petite que celle qu'on emploie dordinaire, si l'urèthre est plus sensible que d'habitude. A l'occasion aussi m se trouvera bien de quelques sangsues au périnée ou autour de l'anus, l^ ventouses sèches au périnée peuvent être parfois aussi eflieaoes, ce qé rendra inutile la perle de sang. Le traitement peut n'être |>as autremciil antiphlogistique, parce que l'âge et la constitution que l'on rencontre An CCS malades indiquent qu'il faut remonter I état génémi du sujet par um bonne nourriture, parfois y ajouter la quantité nécessaire de stimulaBts: dans la majorité des cas, il n'est pas utile de les diminuer d'une im^ notable, sinon pas du tout. On doit considérer ces accès comme ayant un caractère con^estif, ou au moins comme des affections inflammatciir^ subaiguës de iurèthrc et de la prostate ; ils sont essentiellement différeiHf do l'affection connue habituellement sous le nom de prostatite aiguë, ei déjà étudiée au chapitre 111.
II. — Le TKAITEMENT (iÉNÉRAL ET LES PRÉCAUTIONS quc doit prendre un DMlîide aff(»cté d'hypertrophie de la prostate vont maintenant faire l'objet it notre étude.
CUAP. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. 4Si
Il y a une gi^ande importance à maintenir dans leur étal normal toutes les fonctions de l'individu, parce que le plus léger dérangement peut amener une aggi^avation des symptômes locaux. Une attaque de catarrhe, une indigestion, un état de constipation habituelle, peuvent augmenter Tobstaclc au cours de l'urine, aussi bien que l'irritabilité de la vessie. Les principes sur lesquels se fondent la diète, le régime et les précautions que le malade doit prendre ne sont donc point difficiles à comprendre, ni à appliquer. On aura besoin d'y introduire des modifications selon tel ou tel cas; mais nous devons esquisser ici un plan général, et il ne sera pas souvent nécessaire de s'en écarter.
D abord, pour la nourriture, le malade se réduira aux aliments simples, mais nourrissants, qui sont de facile digestion, comme le lui a montré sa propre expérience. Des viandes tendres, modérément cuites et succulentes (et |)armi les meilleures se trouve le mouton), seront permises au moins une fois pr jour ; on les fera alterner avec de la volaille ou du gibier, parfois avec du |K)isson, des légumes bien cuits, du fruit en quantité modérée, les premiers à 1 habitude, ce dernier exceptionnellement; du pain de ménage ayant au moins trente-si?r heures, du lait frais, s'il n'indispose pas l'esloinac, des œufs avec modération, des pouddings farineux, telles soiR les principales variétés de nourriture dont l'alimentation doit se composer. Tout ce qui dérange l'estomac ou l'intestin, tout ce qui surcharge les fonctions digestives, ou surexcite la circulation, doit être évité. Le porc, l« viandes et le poisson salés ou séchés, les mets fortement épicés, les potages recherchés et les jus de viandes, la pâtisserie, le fromage, le dessert dans toute sa variété indigeste, le thé et le café forts, les fruits verts ou non cuits, tous les légumes crus et les saunmres, doivent étit" interdits sans hésitation. La question des alcooliques est entièrement individuelle; on ne peut y fixer des règles expresses, sauf qu'en aucun cas on ne doit les autoriser au-dessus d'un usage modéré. Il y a pourtant un certain nombre de ciis où la privation des deux, trois ou quatre verres de vin accoutumés par jour peut porter préjudice. Dans beaucoup de cas, les meilleures formes de stimulants sont le xérès clair et sec, ou le vin de Boi*deaux pur. Le vin de Porto n'est guère admissible, souvent il doit être entièrement rejeté, comme tous les spiritueux, du reste. H est d'autres cas exceptionnels où le meilleur stimulant est la bière blanche. Celui qu'on choisira devra être employé seul, et la variété ne sera point admise. S'il y a exacerbation des symptômes inflammatoires, on supprimera les stimulants en cas de néces* site, et enlin, si le patient n'y est pas accoutumé, ou s'il se sent aussi bien sans user des stimulants qu'avec leur secours, on peut affirmer que leur emploi se trouve alors contre-indiqué sans que le doute s<Mt possible.
L'habillement doit encourager et maintenir la fonction normale de Ift pi'au. Un recouvrira de flanelle ou de vêlements de laine le tronc et les membres, et l'on se précautionnera contre- tous les changements de température. Souvent le malade souiïre, quand l'automne arrive, d'un Ysia préjugé qui l'empêche de se vêtir convenablement. De bonne heure ànt
SM MALADIES OE LA l'HOSTATE. (Pi
licliaiitier.i les flamilies lO^èii's de lélû cdiilri.- tii' plas ('■|>aifiS4><>. Twilt Iransiiiinlioii froide ou loule suppression de IransiiTaliori peut Vanouapagner d'une cnngeslinu de la pi-oslale dans les chs d'hyperlropliic. Il ba l'viler riiiimidilc, ou ta chasser sans délai après tiuVlle s'est produite, cialemeut du cillé des pieds; ou maintiendra iial)iluv|leiu«?iil les exticmiles inriVieures chaudes et sèches, habitude de la plus ;p-and<' hfi|K» tance, parce qu'une ciiTulation libre et une saine vascuiRrîsatîou e» ir endroit- sont lu seule sauvegarde contre un niouvemeitl coup-slir sur ipii*que autre point du curps, et en particulier du cOtê qui réelaiiM- onin- alli» tion spéciale.
On doit provoquer les ronctions normales de la peau par des lan;» habituels, tièdes, au moyen d'une éponge, et à l'oecnsion par des chauds. On emploiera aussi les bains de pied chaudâ, d'uprùs le tn^ principe.
La question de l'exercice a une grande importanr^-.On ne doit pas en rager un malade alleînt d'hypertrophie de la proslule à se eroii-e louti invalide; au contraire, il doit exercer sa puissance physique, aussi li temps ijneKo persiste, en prenant tous les joui-s de l'exercice k l'iiirfi la marche en est encore décidément la meilleure Tonne. L'ex«>rcic« dS' val se trouve souvent en dehors de la question, pai'ce que le moDveRMl du trot est parfois préjudiciable; j'ui vu des béniorrhagies causées ji libè l»ar celte cause, et par une longue promenade en voiture, sur des chc raboteux, ou même après un long voyage en chemin de f^', en iiième (enifi qu'il y avait une plus grande diflicullê à uriner. Sur les surfares bieu d'ordinaiii', on peut y ajouter l'exercice de la voitun;, mais il ne dnit p» l'emporter sur la marche, quand celle-ci est possible; loisque le contitii* se présente, c'est l'nulre qu'il faut lui substituer. Il ne faut |MMinellre auoB exercice porté jusqu'à une grande fatigue, et ensuite le repos daai b {lOsilion horizontale est fort à souhaiter. Le malade ne devra pas îtiteiTon^ ses rapports avec une société enjouée, comme il n'y est que trop dis|w* par un fAcheux sentiment de la grovili^ de sn maladie. Ce pliênuinéiie, ip l'on rencontre souvent au début des symplflmcs, augmente i:radiieltenitiri dans un certain nombre decas; tandis que, dans d'auli-es, la maladie aouiw un état mental qui déprime le malade pour le restant de ses jours, et tetà peut-être à les abréger. Il faut rappeler au malade eombien il y a d'indiiidiB qui ont été sujets ii l'hypertrophie de la prostate, au point d'i^tro obligiisil'i» lever avec la sonde la totalité de' leur urine, par suite de l'iiiipossiiiilili oii ils sont de la chasser par leurs propres elTorts, et qui, iiMtnmoiiu, * sont si bien engagés dans les poursuites de la vie, occupations séficusesm plaisirs, que ceux mêmes avec qui ils se trouvaient tous les jours i^ionical souvent tout à fait leur infirmité. Il faut noter le Ion et la disposition bibn tuels de l'esprit du malade, parce que, sans aucun doute, la uiébtncnlîe tt le découragement lui sont préjudiciables; ils tendent à favoriser )(« im" grès coostaiits de la maladie, etaiïaiblissent le pouvoir qu'a la couslilutioa de it'srsler il leurs attaques. On doit encourager avec soin un état nienUl contrains, i o :-senlenio]it comme un niLiven tbérapiulique iinportanl, qu'il
€iivi-. M.] TnAlTEMLST DE LMliCMEXTATIOS DE YOIXME. 453
constitue toutefois, mais comme ic résultat légitime dVnvisager sous son vrai jour celte affection, si susceptible d'être palliée, si lente dans ses pi-o^ t!:rès, dans la majorité des cas si peu propre à abréger la vie (pages /iOO, 401, lorsqu'on lui donne des soins et qu'on prend des précautions judicieuses. Pour aider à produire cet état mental, il ne suffit pas de dire qu'on le souhaite; il faut trouver, si possible, une occupation d'un caractère gai, capable d'augmenter les pensées et l'énergie du malade. J'ai observé que ceux dont la vie est peu ou point abrégée par la maladie, sont presque uniformément des hommes qui s'intéressent et s'engagent dans la poursuite journalière d'occupations sérieuses ou professionnelles; des hommes qui considèriMit leur étal sous le meilleur point de vue, et peuvent passer, aux yeux des étrangers, comme des gens d'une santé moyenne. Il en est tout autrement chez ceux auxquels le temps est à charge, qui sont accablés d'ennui, et qui, assez naturellement, acquièrent l'habitude de se plonger dans leurs souffrances, ce qui permet à leur esprit de rester toujours occu[)é de ce sujet douloureux, qui exerce sur lui une influence qu'il est extrêmement dillicile d'en chasser. Vu traitement intellectuel et moral est suffisamment indiqué par ces quelques remarques; j'ai été amené à les faire ici par le sentiment de leur importance. Avant d'abandonner ce sujet, il ne faut pas oublier qu'il y a nécessité à rappeler au malade les funestes effets que peuvent amener les gi'andes excitations de toutes sortes. J'ai vu l'inquiétude et Tanxiété, poussées à un point extrême, exercer dans ces cas l'influence la plus désastreuse sur les fonctions urinaires. Il se faut garder aussi d'une trop griuide habitude des plaisirs vénériens ; il peut même devenir nécessaire de pratiquer une abstinence complète, lorsque l'usage est suivi des désordres qui en sont dans certains cas les résultats.
lil. Thaitement spécivl diiu(;é contre l'uypertropbie MÊME. — Celui-ci se divise en deux parties distinctes : traitement meWica/, traitement iwecam^i/e.
Le frat'fement médical^ jusqu'ici, a été plein d'incertitude, pour ne pas diix* d'ineflicacité, p<»ur diminuer le volume d'une prostate hj pertrophiée. Et m'^anmoins on a administiv dans ce but de nombreux agents. Un des plus anciens dont on fasse mention est la ciguë; elle a tiré sans doute sa réputation, ou plutôt son intix>duction dans la pratique contre l'hypertrophie de la prostate, indépendamment de son ancienne célébrité reconnue même du temps de Pline, à « faire fondre toutes les tumeurs », d'une remarque de J<»hn llunter, dans les termes que voici : « J'ai vu la ciguë produire.de bons effets dans plusieurs cas. Elle était administrée dans la supposition d'un état scrofuleux.de la constitution. D après la même idée, j'ai conseillé les Imins de mer, et j'en ai retiré de grands avantages. J'ai même obtenu |wr ce moyen deux guérisons de quelque durée (1). » II ne peut y avoir aucun doute sur le sens de ce [mssage, où llunter fait allusion à l'hyperiropliit* qui s'observe après la suffusion inflammatoire aiguë chez les jeunes sujets, et non à l'affection essentiellement différente que nous considérais à riieure qu'il est, distinction qui même actuellement ne semble pas
^1^ Huilier, OEuvff^ '-omplètes, trad. par Richclot, 2* édit.^ London: De 9Mt réft*fncfme. Paris, 18^5, l. Il, p. 373; 3« édit., 185^, p. 30».
fc If"""
ihi MALADIES DE LA PROSTATE. [PUT. 1.
j ours mainlcnue d'une fa^on sullisante. Nous voyons qu'Hunier, i la p9 suivaiile, paik- des vertus de l'éponge brûlée dans unseulcas, eldrsat». lages qu'il a letirés de l'emploi d'un selon au périnée, tant qu'on l'a Ival en place; l'âge du demkT cas, vin jft ans, est indiqué. 11 eslC'VÎdonl qufrat u'a aucun rapport avec notre sujet, et il nV a, par conséquent, aurm raison de ruiidor sur celle pratique un IrailenienI quelconque. .M. Coul»« parle de la crgué dans ses rapports avec l'hypertrophie de la proslair, el «i pense qu'on en pt'ul tirer lienélice dans quelques cas ". 11 b l'associe Soo- -venl à liodure de potassium r. (]), fait que l'on ne peut pas rppinlorfwiainemenl comme une preuve de plusen sa faveur. La répulatkiii d'ctUcsttiH lie cctic piaule pour la n'-solulion des engorgements, surtout daus les ptglions lymphatiques et la mamelle, semble reposer sur des faits, maii ji ,n'st encore pu obtenir aucune preuve de son utilité dans los rus d'hijifftj'ophie de la prostate, bien qu'elle mérite qu'on l'essaye. Ce qu'il y tir certain, c'est qu'il n'est pas dans la matière médicale de pn-parslio» ■ laquelle on doive consacrer plus de soin pour l'obtenir pure qu'à l>xl«£ de cigué, et c'est ce qu'on ne doit pas oublier quand on veut IVnipIriyn. De plus, pour élre sûr de sa valeur i-éi>lle, il faut toujours la donner wuk et pendant fort longtemps. La dose est de 11) à 30 centigrammes, deunoi trois lois par jour.
On a indiqué le mercure comme un médicament, et, bien qu'on of Ta pas chaudement i-econi mandé, on a dit de lui qu'il ' méritait d'tMi-e eimxi &"i\ y a un agent plutôt qu'un autre pour l'administi-ation duquel il u'eirllr aucune indication dans cette maladie, c'est bien, je p€ns<>, le mercvtt.Si ne puis admettre qu'un vieillard aiïeclé d'une hype^ropliic de la vesàt puisse obtenir quelque avantage de l'adininistration d'une pareilUdntjnt ainsi prescrite à l'aveugle, el je dois protester contre son admission Aut le catalogue des médicaments ayant le plus faible titre à une iniluenoe âwrable sur la maladie en question.
L'hydruchloiiite d'ammoniaque a toujours joui d'une grande répuUlte en Alleningne depuis que le docteur Fischer (de Dresde) a réclamé pour in, en l)$21, le |)ouvoir de diminuer rhy|>ertrophie si!'nile, lorsqu'on l'adn^ nisti'e à doses suflisammenl élevées. Plusieurs auteurs sont venus dpfo» confirmer son eflicacité; parmi eux, un des derniers est M. Vanove. i{b rapporte deu!c cas où il s'en est servi avec succ(^s(2). 11 eoinmen<«i( pr donner, en un grand nombre de fois, U grammes par jour, et augmentait II dose jusqu'à ce qu'elle fût le double, puis euliu le triple d<> ce chiirK.IV plus fortes quantités amènent des symptômes fAcbeux. t)n n'obsi^rve aueni résultat tant qu'il n'a pas été pris pendant quatre^ ou six somaiii<>s; tpi* un intenalle de repos, il faut encore l'administrer de six à huit s^moiiKsi la dose, élev<-e À 8 à t'2 grammes par jour, doit être donnée pendant la grande partie du temps.
(1) CoulMii, Dùeaici oflhc Bladdrr and Prostatt Gland, i" éilit., p. A3a.
(2j Vanuyt', De Cnaaijf du 'el (immomac dans ijarlqMs miiladies de» vtiiet wii (Àmatei inid. de la Flandre orrid., uvrîl 18:>2, exLraili et £u//«(ï>i géaHv/ de Nh^iw» (/V«p, Paris, 1833, t. Xl.1l, p. 521).
Chap. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. 455
Je crois que ce médicament ii*a pas été suffisamment essayé chez nous. Mais un essai plus sérieux ne montre pas qu'il ait une valeur quelconque contre l'hypertrophie de la prostate.
On a mis assez amplement à contribution Tiode et ses combinaisons, dans l'idée de chasser l'hypertrophie de la prostate, et Ton a prétendu en avoir retiré des résultats parfaitement heureux. Le pouvoir bien connu de ^•ette substance à faire résoudre les engorgements des ganglions lymphatiques, de la glande thyroïde et autres tumeui*s, a naturellement conduit à en faire aussi l'essai dans cette aflection. Feu M. StalTord a le premier attiré sur lui l'attention de ses confrères, avec cette idée, en 18^0, et en 1845 il a publié la seconde édition de son ouvrage, qui donne le résultat d'une plus longue expérience ; l'opinion qu'il s'en formait se trouve indiquée dans la préface en ces termes : « J'ai peu d'hésitation à dire que, dans les cas ordinaires d'hypertrophie qu'il nous est donné de rencontrer, le succès sui\Ta le traitement, s'il est bien appliqué et continué pendant un temps suffisamment long(l). »
La méthode de M. Staflbrd consiste à administrer l'iode à l'intérieur au moyen de suppositoires, à l'occasion par la bouche, et en l'introduisant sur la muqueuse de la portion prostatique de l'urèthre, sous la forme d'un onguent assez faible : on commence par 5 centigi*ammes d'iodure de potassium pour 4 grammes de cérat simple, puis on augmente jusqu'à 60 centigrammes ou 1 gramme pour 4 grammes, et quelcjuefois même on y ajoute une petite quantité d'iode pur. Il dit que son succès a été complet dans les cas nombreux où la maladie se présente à un âge avancé, aussi bien que dans la forme d'hypertrophie à laquelle sont sujets les jeunes hommes.
En analysant les cas qu'il détaille, au nombre de 27, on n'en peut regaitler que il comme des exemples d'hypertrophie sénile, et dans ceux-là la conclusion dépend de l'évidence fournie |)ar l'examen de l'auteur, au moyen de l'exploration rectale. Dans plusieurs autres cas, on diagnostique une hypertrophie bornée au lobe mot/en, parce (|u'il y avait eu do la difficulté à introduire un instrument jusqu'au col de la vessie, tandis 4(u'il n'y avait dans le rectum aucune augmentation de volume. Nous rejetons donc ces cas, d'abord parce que l'existence de celte difficulté n'est pas une preuve qu'il y ait une hypertrophie du loôe moi/en, et ensuite parce <|u'il n'est pas très-commun de rencontrer cette fonne d'hypertrophie sans i|u'elle s'accompagne aussi d'une augmentation des lol)es latéraux. Dans ii'autres cas, il y avait un rétrécissement confirmé, et si l'on éprouvait de la dillicultéà vider la vessie après le passage de la sonde au travers de la partie ressrrr{'*e, on aflirmait comme const'H|uence une hypertrophie du /o//e moyen. Mais la coexistence d'une hypertrophie sénile et d'un rétrécissement n'est pas commune, tandis que les difficultés qu'on éprouve à traverser la partie postérieure ou prostatique du canal, après avoir franchi le rétrécissement, s;ins (|u'il y ail d'hjpertrophie, sont bien connues de tout chirurgien expérimenté comme provenant d'autres causes très-luen définies. Enfin, les cas
(i) R. A. staflbrd, An Exsny on the Treatment of some Affections of the Pt^osiate GUmdf 2^ étlit. Londres, 18^5, préface, p. 7.
458 MALADIES DE Ik PROSTATE. 'ITARt. L
Ou bien :
7C lodurc 'le potassium | .. j« o a o «..^.««a-
' ,, 1 . • t Aa, de 2 a o grammes.
Bromure de potassium ) ' "
Cérat 8 grammes.
Mêlez et f. s. a. un suppositoire.
Il doit être employé au moment de se mettre au lit, et continué chaqur soir pendant fort longtemps.
Quant à l'applica(ion directe de l'iode, sous quelque forme et à quelqw degré que ce soit, sur la surface de la muqueuse si seKtsible de Turèthre. jr la désapprouve formellement. Il n'y a rien de plus aisé que d'introduire dans la portion prostatique une petite quantité d'un onguent dans lequd il entré un agent chimique, et de le laisser en ce point de Turèthre. Mais jf ne pense point qu'il y reste en quantité suffisante ou un laps de temps suffisant pour permettre l'absorption d'une partie du sel; la plus fortr part, sinon la totalité, est bien vite chassée du côté de la vessie, et le se»! résultat qu'on en puisse espérer est une exacerbation de l'iiTitation, proportioimelle à la quantité de l'agent employée, efl'et positivement désastreux à quelque degré que ce soit.
. De la compression. — L'influence de la compression sur l'ai'i'èt du développement dos excroissances morbides et de l'hypertrophie a été recomio depuis longtemps, cl maintenant on l'emploie toujours avec succès. CV<î ainsi qu'on a fait dissoudre des tumeurs, se résorber des produits inflammatoires; chacun en connaît de fréquents exemples. Alors s'est élt^v^f celle question : La même action peut-elle se produire, sur une prostal»* hjperlrophiée? On a essayé de diverses façons de résoudre la question, mais jamais, à ce qu'il semble, avec un grand degré de succès ; en effet, on a trouvé en général impiaticable, ou, ce qui revient presque au mèm**, excessivement difficile d'appliquer celle pression. On a supposé toutefois que le bénéfice retiré de l'emploi dé grosses sondes est dû en partie à la compression qu'elles exercent sur la prostate; et, par le fait, il s'exeroprobablement ainsi une certaine influence bienfaisante. Il ne semble pas ce[H*ndant que cette influence soit suffisante pour en relarder le développement d'une façon appréciable, bien qu'elle maintienne, sans aucuu doute, l'urèthre dans un état de béance bien plus considérable (|u'on n'y arriverait par une autre méthode. Il est évident qu'il faut exercer une aclioB compressive beaucoup plus forte que celle d'une sonde, même du plus gros calibre, si l'on veut obtenir (juelque résultat dans la réduction df volume de l'organe, ou dans la dilatation du col de la vessie obstrué en partie.
Physick, le chirurgien américain, a essayé d'arriver à ce résultat en distendant avec un liquide un petit sac de baudruche, préalablement nmlétH introduit à l'exlrémilé de la sonde dans la vessie ; puis en essiiyant d'altirer le sac dilaté au travers ou au dedans de l'orifice vésical : Parrish tii rapporte un exemple heureux (1). Plus tard M. Leroy (d'Étiolles) a essayé,
(l) Surgicai Observations, p. 258.
Cil Vf. XI.] TRAITEMENT DE L'AUGMENTATION DE VOLUME. 457
Un en a fait des applications au moyen des lavements et des supposi- Uiiivs: pour la première méthode, la formule ci-dessous doit dépendit^ d(^ ce fait (|u'elle n'irrite pas trop le nn^tum. Le lavement doit être gardé aussi longtemps que le malade peut le faire sans gène. Le meilleur instrament |K»ur Tadmimstivr est un récipient de caoutchouc avec un tube d'ivoire, |mrce (|ue les princi|M'S de Teau de Kreuznach attaquent rapidement les ap()areils métalliques.