CHAPITRE VU
DE l/EMPLOI DES AGENTS CHIMIQIES DANS LE TRAITEMENT DES RÉTRÉCISSEMENTS
-AffenU chimiques. — Leur emploi par, les anciens chirurgiens. — Pratique d'Ambroise Parc. — Méthode de Wîsoman dans Tusage des caustiques. — Dionis. — Hunter. — Home. — Whaloley et la potasse fondue. — Méthode du docteur Arnott, — de Ducamp, — de M. B. Phillips, dans l'usage des caustiques. — Pratique de Leroy (d'ÉtioUesj, — de M. Wade. — Difficulté pour arriver à des conclusions exactes sur les effets des caustiques. — Comparaison entre l'action des deux caustiques sur les muqueuses.
Il nVxiste pas de meilleure preuve, s'il est nécessaire d'en donner, du lait ((ue la dilatation n'est pas un remède complet et applicable à tous les <îas, que les innombrables méthodes qui ont été recommandées par de grandes autorités pour suppléer à ce qu'elle a de défectueux. Ainsi, nous trouvons, dans les écrits des chirurgiens anciens, des mentions déjà très- ^mciennes sur les procédés qu^ils mettaient en usage lorsque des bougies de cire ou des sondes de plomb étaient insuflisanles pour franchir les obstacles qu'ils croyaient tenir à la présence de caroncules et de canwsités. On prati- ■quail des incisions, au niveau de la partie rétrécie, au moyen d'instruments passés au travers d'une canule, et l'on appliquait aussi, de la même façon, des escharoliques. Ceux-ci, fort nombreux et puissants, sont énuméi*és, et leur mode d'application est décrit en détail par plusieurs auteurs <lu XVI* siècle, parmi lesquels nous citerons Alphonzo Ferri, Amatus Lusitanus, .\iidrea Lacuna, Philippus, Christophez de Vega et Francesco Diaz. Les trois premiers que nous venons de nommer semblent avoir été les plus anciens auteurs de monographies sur ce sujet, et c'est d'eux que nous apprenons que l'on se serAait alors de bougies recouvertes d'uîi enduit contenant du verl-de-gris, du beurre d'antimoine, de la chaux vive, de Tarsenic, de l'alun, du vitriol, etc., etc. 1). En Tannée 1603, Mayeme (de France) opéra par incision Henri IV, et en fut réprimandé sévèrement
*i] A. Ferrins, De caruncula sive callo, 1551, chap. a. — Uffenbach, Thésaurus chirur^ gifp. Francfort, 1610, p. 1015. — Amatus Lusitanus, Curationum med. Cent, qtiat. Venet., 1557, p. 537-542. — A. Lacuna, Method cognosc, et extirp. excresc, Rome, 1551.
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par la Faculté de médecine de Paris. Jean-Baptiste Loyseau (de Bordeaux), après cela, traita avec succès le royal patient au moyen des escharotiques. c'est-à-dire au moyen de bougies contenant de la sabine, ce qui lui valul le titre de chimrgien de Sa Majesté... Plus tard encore, dans ses Œuvrt$, Ambroise Paré fait les recommandations suivantes : a On pourra aussi user de quelques sondes propres pour tel eflet, dedans lesquelles y aura un fil d'argent, et à l'extrémité d'iceluy une petite rondeur qui sera tranchante H cave vers le bout de la sonde, à fin qu'elle se joigne contre, pour la mettre sans violence dedans la verge, à l'endroit des carnosités : et lors on poussera ladite verge de contre la sonde, tant et si peu que l'on voudra : ctr l'ayant ainsi poussée, on la retire tant de fois qu'on veut. Ce faisant, on pince et comminue de ladite carnosité tant qu'il semble être bon pour une fois. Je te puis assurer que j'en ai fait de belles cures.
FiG. hù. — Sondes et canules propres à couper les carnositcs (Ambr. Paré, t. U, p. 569) .
ï> La cannule marquée (fig. 65) t'est semblablemenl utile pour tel effet. Son usage est tel : il la faut mettre en la verge, et ses ouvertures marquées bb servent pour couperet comminuer les carnosités, lorsqu'elles sont posées dedans, parce qu'elles sont tranchantes ; et alors on doit tourner la cannule, et comprimer des doigts l'endroit de la verge où sont les carnosités.
» Après faudra user de la poudre suivante, laquelle est prompte à consumer lesdites carnosités et excroissances de chair es parties honteuses, tant à l'homme qu'à la femme, sans notable douleur :
iî HerbtT sabinir in unibra exsiccal(P, Jij. Ochr(P, antimon. tuthia> praf parât., ana 3R. Fiat pulvis subtilis, ut alcohol.
Il faut appliquer ladite poudre avec la susdite cannule, et avec une verge d'argent [qui sera de la proportion de la cavité de ladite cannule) au bout de laquelle tu auras lié une petite pièce de linge délié : et ladite cannule étant mise la fenêtre contre-mont, à lin que ladite poudre ne tombe au conduit de l'urine, tu addresseras ladite fenélrc sur la carnosité : car en piTÙssant avec ladite verge, tu pousseras hors de ladite cannule la poudre : f)uis après lu retireras ladite cannule, ayant retourné la fenêtre de l'autn' part de la carnosité, à fin de ne rapporter en ladite fenêtre la poudre: afin qu'elle demeure sur la carnosité le plus longtemps qu'il sera possible (1). ^ rtichard Wiseman, qui pratiquait à la fin du xvii* sit'cle, et qui était chirurgien de Charles II, donne des instructions détaillées (tirées d'unr longue carrière médicale) sur la composition et Tusage des bougies médi-
11) Paré, Œuvres, chap. xxvii, édit. Nalgaignc. Paris, 1840, t. H, p. 569.
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i-amenteuses, pour Tcxtirpation des « caroncules et des carnosités » de ruivlhi*e ; il ajoul<' que dans les cas où ce Irailement ne réussirait pas, « on pouvait passer une canule dans Turèthre jusqu'à la tumeur, et pendant qu'on la maintenait solidement , glisser dans son intérieur un grain de caustique, le pousser jusqu'au point malade, et juger de son action en faisant progresser la canule (i). »>
Tout à fait au commencement du xviii* siècle, Dionis, dans son Coui^ d'o^férafiom de chirurgie bien connu, donna les instructions suivantes sur l'application des caustiques aux rétrécissements qui ne pouvaient être franchis avec une bougie. Il appliquait le caustique à l'extrémité d'une Ixiugie de cire, et l'introduisait jusqu'au rétrécissement, en le laissant (|uelques instants en ce point. Il disait que, par ce moyen, une petite portion du rétrécissement était détruite et rejelée au dehors. On devait répéter ro|XMation chaque jour, et continuer jusqu'à ce que le canal redevînt libre. Il avertissait aussi le chirurgien de ne pas trop se hâter, et de ne pas se* servir de caustiques trop énergiques, qui détennineraient de l'inflammation et retarderaient la guérison. Après cela, il employait, pendant quelque temps, la dilatation, et l'application de liqueurs desséchantes, au moyen (l'une bougie de plomb recouverte de vif-argent, afin de maintenir le passage ouvert juscju'à ce qu'il fut entièrement cicatrisé {2),
A la fin du xviii* sit*cle, John Hunter appela l'attention sur l'usage des <-austiques par ses écrits (3) et sa pratique. L'idée de cautériser les rétrécissements semble avoir été, chez lui, une idée originale. Après avoir essayé les effets du précipité rouge dans quelques cas, sans succès, il se décida à employer le nitrate d'argent, et, en exposant ses vues sur raclion de ce médicament, il commence par poser cet axiome, que, dans le cas où une bougie peut facilement passer, il n'est d'aucune utilité de se servir d'une autre méthode; mais que, dans le cas où le rétrécissement est trop serré |)our en laisser passer une, ce qui, dit-il, « se présente très-rarement », ou n'est pas dans l'axe du canal, ou enfin dans lequel le canal est entièrement oblitéré, le caustique est d'une efficacité incontestable.
Son mode d'application était le suivant : 11 passait d'abord une canule jus(|u'au niveau du rétrécissement, et introduisait dans son intérieur un j)etit porle-cmyon contenant un morceau de caustique, qu'il laissait au contact du rétrécissement pendant une minute, en répétant le même procédé tous les deux jours, s'il ne survenait aucun accident. Aussitôt que le ivtn^cisst^nenl laissait passer une Iwugie, le traitement consistait dans la dilatation fi . Il avoue que, lorsque le rétrécissement était long et irrégulier, il redouLiit de continuer l'usage du caustique assez longtemps pour en venir . à 1k)uI. Après une longue expérience, convaincu de la difficulté d'appliquer convenablement les caustiques aux rétrt'^cissements situés au niveau de la
(Il Richard Wiscman, Worhfj publication posthume, 6' édition. London, 173A, vol. II, •p. 413.
<2» Dionis, Cours (T opérations (/e chirurgie. Paris, 1708, p. 189.
«3» John Hunter, Œuvres, trad. Richclot. Paris, 1843, t. II, p. 313.
(à) John Hunier. Œuvres complètes : Traité de la syphilis, trad. Richelot. Paris, 1843, 'chap. II.
20S DES RETRECISSEMENTS DE LLRETlIlit. [f.\M. i.
courbure sous-pubioime, Hunier abandonna la canule et se servît du ce i]uc l'on a appelé plus lard une ■ bougie anii('« ». Elle coiisislail 6u une bougie de cire oi-diiiaire, a i'exlrêmité de laquelle élail Usé un jietit morceau de nitrale d'argent ; on passait rapidcmeal la bougie jusqu'au rélrérisscnient, on la maintenait une minute environ contre ce point, avec une légère pi*»sion. puis on la relirait. Ce mode d'application semble être tout à fait seioblnble à celui de Dionis.
Plus lai'd,Sir Everard Home, qui était un élève de Hunier, uon-sculeinâDl continua l'emploi de cet a^ent suivant les indications do son maître, mais étendit son application aux rôti-édssements franchissables, en faisant un usage babituet des caustiques et en ne se servant qu'excftpliunncllement dB la dilulatiiin simple, qu'il ne pensait convenir qu'aux cas lé;;erâ et récents.
Au commencement de ce siècle, M. Whateley publia un petit ouvrage poti^ i-éclamer la supériorité de la polassn caustique sur le nilrale d'argent (i). II déclare que « l'on ne doit se servir de caustiques d'aucune esp^«, et dans aucune proportion, jusqu'à ce qu'une bougie un peu plus large que les bougies les plus lines ait pénétré à travers tous les rétrécissements jusque dans la vessie», de jieur de causer une rétention d'urine. Il Tait de ce procédé une condition indispensable à la réussite de l'opération, et il ajoute * que dans les cas les plus graves et dans les rélrécissements les plus étroits qu'il ait jamais rencontrés, il a presque toujours ivussi, tM ou taixl, à pénétrer avec une bougie fine jusque dans la vessie ». Sa mélbode est la suivante. Il choisit une bougie de plillre, possédant une résistance sudisanle pour ne pas se ramollir et se recourber dans l'urèltire, et d'un volume juste assez considérable pour pouvoir pénétrer dans le rétrécissement. Il passe celte bougie jusqu'au point réti-éci, et Tait une marque avec l'ongle h. un centimètre environ de l'extr^'Uiité de la verge. Après l'avoir retirée, il traverse son eslrémité avec une grosse épingle et place dans l'ouverture ainsi pratiquée un morceau de potasse caustique, frais et dur. plus petit que le volume d'une petite léle d'épingle, pour la pi-emiùie application; il l'enfonce un peu au-dessous du rebord du trou, presse autour de lui l'extrémtlé de la bougie, et remplit les vides avec du lard afin d'éviter la possibilité dv la ctiute du caustique. Il recouvre d'huile l'instrument, el le passe doucemust jus<]u'au rétrécissement, en ayant soin de s'assurer qu'il est arrivé au pmnl voulu en examinant la marque el ses rapports avec rextrémîté de la verger' il laisse la bougie en cxf point pendant quelques setMsndes, puis l'enfonae, doucement de 3 millimtères environ, la laisse de nouveau en ce point, el ainsi de suite avec la même doucem*, jusqu'à ce qu'il ait franchi le rétpôci»sement. Lorsqu'il a terminé, il le conduit de nouveau deux on trois tiù» doucement au travers du rétrécissement, puis il l'enlève. l.e nn^inc pnwédé' doit se répéter à inter^'alles d'une semaine, en augmenlanl le volume de U bougie suivant la dimension du rétrécissement, mais en ajaul i)ieu suîn d^ passer toujours la bougie au travers du ivirécissement avant de l'armer, afin de s'assui-er qu'elle passe bien. Jamais le morceau de potasse eauslîqiM' ne doit dépasser en poids le douzième d'un grain (0",005).
(I) 'f>'\i'ndf^}\,Impm,ed UMod of htalingSlHdures i>i l/,e Uiflhr(i,r:lE.lonûoa, ISOl.
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Dans les cas Irès-rares où il ne pouvait pas réussir à passer une bougie fine jusque dans la vessie, M. Whateley avait Thabitude d'attacher une petite quantité de nitrale d argent, une fraction d'un grain, à Textrémité d'une l)ougie, et de l'appuyer contre le rétrécissement. 11 préférait cet agent à la potasse caustique, qui, disait-il, ne devait être employée que si le premier ne réussissait pas, et alors en quantité excessivement peu considérable; il considérait ce caustique comme trop actif pour être employé sur une surlace d'une étendue aussi limitée que la partie antérieure seulement d'un rétrécissement. 11 semble aussi que ce soit lui qui ait le premier appliqué systématiquement un caustique à la face interne d'un rétrécissement, ce qu'il faisait en mettant d'abord un peu de colle à l'extrémité d'une bougie d'un très-petit volume, puis un peu de nitrate d'argent en poudre très-fine; après quoi on pouvait, disait-il, faire « facilement passer cette bougie au travers ou un peu au delà de réln*cissements fort étroits » (1). Plus tard le docteur Jas. Aniott a conseillé une semblable méthode un peu améliorée. Son mode opératoire était le suivant : Après s'être bien rendu compte de la situation et du calibre du rétrécissement, au moyen d'une « bougie-empreinte » de cire molle, il passait jusqu'à ce point une canule ayant son extrémité terminée et enveloppée par un bouton, qui était fixé à l'extrémité d'un stylet, à Tautre extrémité duquel était attaché un bourdonnet de charpie. Le stylet retiré, il introduisait la charpie pour absorber l'humidité, et après l'avoir enlevée, il passait une fine baguette métallique sur laquelle on avait fait adhérer par fusion une couche de caustique près de la pointe. La baguette était un peu plus fine au point où le caustique était fixé, de façon qu'après être revêtu du caustique, le volume de l'instrument fût égal dans toute son étendue, que la couche de caustique ne fît pas saillie en dehors de la surface de la baguette, et ne fut pas enlevée au moment de son introduction dans le rétrécissement (2).
Fu;. 46. — Porte-caustique de Ducamp (*).
En France, l'emploi des caustiques fut remis en honneur dans les temps modernes par Th. Ducamp, qui, dans un travail sur la rétention d'urine^
(i) >Vhateley, Observations on Home' s Treatment of Stricture-ff etc. London, 1801,
(2; Arnott, A Trentise on Stricture ofthe Vrethra, Loiidon, 1819 ; 2« édil., 1840, p. 15.
I*. n. l . ..tyl«'t d'ariri^nt iutt-rienr, arec une cn%'etlc en b ; «, r. »/, rannie «le gomme, arer lc« diritÎAOs'dQ m<-tre ; tci ruinée, en r, |»ar nnf extrémité de platine, qui lait^^e |>a«^er en h la petite carette rempUo de eaii*ti>pie: en g. ajntatri? d'artrent qui pou$«e lo i^tylet ; en </. m^me ajntare non poiusé.