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MALADIES DE LA MUQUEUSE NASALE ARTICLE I

Considérations générales

Sous le titre de catarrhe on confond généralement, non seulement parmi le public, mais encore parmi les médecins, des maladies diverses dont le pronostic et l'interprétation diffèrent entièrement. On suppose généralement que le catarrhe est synonyme d’ulcération des fosses nasales, de carie et de nécrose avec dégagement d’odeurs nauséabondes. Aussi la gravité apparente qui s’attache au pronostic du catarrhe nasal ainsi défini, est-elle largement exploitée par les charlatans. Une autre opinion prévalente est celle qui attribue au catarrhe la tendance à développer des maladies pulmonaires. Sans doute les affections catarrhaies ont une tendance à se propager par continuité de tissu, mais la transformation d’une affection catarrhale en tuberculose pulmonaire n'est guère admissible excepté chez les sujets prédisposés par hérédité ou soumis à la contagion.

Le catarrhe nasal, consiste en une inflammation de la muqueuse nasale accompagnée d’une sécrétion liquide muqueuse ou muco-purulente.

Le symptôme prédominant du catarrhe nasal n’est pas toujours une sécrétion exagérée de mucus ou de muco pus. La sécrétion normale de la muqueuse nasale peut au contraire être moindre et déterminer par suite de l’évaporation la stagnation de mucus non dilué.

390 RHINITE CATARRHALE AIGUE

Dans la rhinite atrophique l'exosmose du sérum est tellement diminuée, que l’on voit s’accumuler dans le nez des masses épaisses de liquides purulents ou muco-purulents ou de croûtes sèches qui adhérent intimement à la muqueuse. Le

même phénomène a lieu dans le pharynx lorsque la sécrétion

normale diminue. Le terme catarrhe nasal n'indique donc rien de plus qu’une condition pathologique des fosses nasales. La sécrétion peut être plus abondante qu’à l’état normal et

s'écouler par les fosses nasales antérieures, comme dans le coryza aigu, cette sécrétion peut être liquide et due à des troubles vaso-moteurs, dans la fièvre des foins. La sécrétion séro-muqueuse abondante chargée de mucus grisâtre se rencontre dans les cas de pèlype nasal, et dans la seconde période de la rhinite aiguë. Les sécrétions peuvent tomber dans la

gorge et faire croire à une pharyngite. Les tumeurs adénoïdes,

la rhinite hypertrophique, entretiennent une sécrétion muqueuse blanchâtre épaisse. L’écoulement purulent fétide doit faire penser à une maladie de sinus, quoiqu’elle se rencontre aussi dans la rhinite purulente des enfants et dans la dernière période de la rhinite aiguë.

ARTICLE II Rhinites aiguës

RHINITE CATARRHALE AIGUE. (Coryza).—Cette affection, causée par des courants d'air, des refroidissements à la tête ou aux pieds, ou l’action irritante de vapeurs ou de poussière, est aussi un symptôme précurseur de la rougeole, de la scarlatine, etc.

Les symptomes en sont bien connus ; ce sont des éternuements, nne sensation de lassitude avec excitation fébrile, une

RHINITE PURULENTE 391

gêne de la respiration nasale, maux de tête, chatouillement dans le nez, la muqueuse est rouge et tuméfiée, le goût et l’odorat sont diminués ou abolis pour un temps, il s'écoule par le nez un liquide clair, abondant, qui devient de plus en plus consistant. Les sinus avoisinants peuvent participer à l’inflammation, quoique rarement, et devenir le siège de vives douleurs.

Il n’est pas rare de rencontrer un peu de surdité accompagnée de bourdonnements d'oreilles causés par l’obstruction des trompes d’Eustache.

L'inflammation peut même s'étendre à la caisse et donner lieu à une otite moyenne. Le coryza marche quelquefois d’une manière rapide, des fosses nasales vers la cavité pharyngienne, pour s'étendre de 1à au larynx et aux bronches.

Le traitement du coryza est en général négligé ; cependant, il importe d’en débarrasser le patient le plutôt possible, afin d'éviter les complications qui peuvent survenir du côté de l'oreille et des bronches. Parmi les nombreux moyens employés pour faire avorter un coryza, le suivant est un des plus effectifs, prescrire cinq à dix grs. de quinine, un bain de pied chaud, de la limonade chaude, à l’intérieur. Dans le cas où il existe de fortes douleurs frontales, 10 grs. de Dover. La poinmade boriquée à laquelle on ajoute la cocaine, exerce une action marquée.

RHINITE PURULENTE.—Cette affection est interprétée et décrite de différentes manières par les auteurs, quelques uns même n’en font aucune mention, entr'autres LENNOX BROWN, SAJous et SEILER. MCKENSIE reconnaît deux formes de rhinite purulente, une aiguë et l’autre chronique. La rhinite purulente des nouveau-nés survient sous l'influence des mêmes

392 RHINITE PURULENTE

causes que l’ophtalmie purulente, elle se rencontre fréquemment comme symptôme de syphilis héréditaire. Elle s’observe aussi chez les enfants un peu plus âgés, à la suite de corps étrangers, de diphtérie, ou en rapport avec la scrofule ou la syphilis. e

Symptomes.—Le patient mouche un liquide muco-purulent, plus ou moins abondant, ou cette sécrétion s'écoule d’ellemême des narines. La respiration nasale est ordinairement

facile, excepté la nuit, lorsque les sécrétions s'accumulent. L'odeur de la sécrétion est quelquefois fétide, les yeux et les oreilles peuvent en être atteints et la lèvre supérieure excoriée,

Lorsque l'affection est primitive, il n’est pas rare d'observer de la fièvre, de la céphalalgie. Le pus est jaune, jaune verdâtre, abondant, à un certain moment il s'échappe du nez des grumeaux caséeux, d’une odeur très fétide, que quelques auteurs ont attribué à une maladie spéciale, coryza caséeux (DurLAY). L’odeur n’est pas la même que dans le catarrhe atrophique. L'odorat est :ompromis, la respiration nasale est gênée. La muqueuse est enflammée, quelquefois ulcérée et saigne facilement. La maladie peut suivre ou précéder un

empyhème des sinus avoisinants.

La maladie localisée à une seule narine, et la présence du pus au niveau du méat moyen, doivent faire penser à un empyhème de l’antre d'Hygmore.

Abandonnée à elle-même l'affection a une tendance à se terminer par la rhinite atrophique, et des affections üe voisinage, telles que dacryocystite, carie des cartilages ou des os. On a signalé la propagation de l’inflammation, à travers la lame criblée de l’ethmoiïde, du côté des méninges.

Le traitement consiste d’abord à faire disparaître la cause.

DS

RHINITE CROUPALE 393

Comme traitement local, il faut débarrasser le nez deux fois par jour des sécrétions qui s’y accumulent, à l’aide d’injections tièdes d’une solution saturée d’acide borique. On doit être prudent dans l’emploi des injections et surtout de la douche de WEBER. On a accusé avec raison ces injections de produire des otites purulentes. Il faut faire ces injections avec douceur en ordonnant au malade de respirer par la bouche. Lorsque le nez est débarrassé, on peut faire des vaporisations avec une des différentes solutions indiquées à la fin de ce volume et terminer le traitement par l'emploi de la pommade boriquée ou des pulvérisations d’acide borique.

RHINITE CROUPALE.—Quelques auteurs : MOLDENHAUER, HARTMANN, BoswWorTH et autres reconnaissent et décrivent une rhéinile dite croupale, survenant à la suite d'opérations dans le nez ou sous l'influence de germes. La sécrétion est séro-muqueuse, muco-purulente, en quantité quelquefois considérable, mais ne dégage aucune odeur. En enlevant cette sécrétion, on découvre une fausse membrane gris perlé que l’on détache sans causer d’hémorrhagie.

Le pronostic est lié à la présence ou à l’absence du bacile de LŒFFLER. Grave dans le premier cas, favorable dans le second ; n'ayant montré aucune tendance à s'étendre au

larynx.

Traitement.—Il faut d'abord modifier l’état général par la teinture de fer ou les préparations mercurielles. Le traitement local consiste à déterger les fosses nasales, à enlever la fausse membrane et à appliquer à la surface qu’elle occupait de la teinture de fer. La pommade boriquée, légèrement additionnée de muriate de cocaïne est indiquée.

RHINITE HYPERTROPHIQUE

ARTICLE III Rhinites chroniques

RHINITE HYPERTROPHIQUE.—Des coryzas répétés, le séjour dans des endroits humides, ou dans un atmosphère irritant,

une déviation de la cloison, des végétations adénoïdes, un

certain état constitutionel, tels que la scrofule, la syphilis pré-

disposent à la rhinite chronique.

Les symptômes de la variété hypertrophique sont le gon-

flement de la muqueuse des cornets, l'écoulement abondant

de mucus ou le muco-pus qui se fait jour en avant ou en arrière

des fosses nasales. Cette secrétion ne dégage aucune odeur

désagréable. L,//obstruction nasale oblige le malade à respirer

la bouche ouverte. Pendant la nuit le mucus s’accumule dans

la gorge et le malade s'en débarrasse le matin. La luette est

souvent allongée. Les oreilles sont souvent atteintes.

En examinant le nez au spéculum il est facile de constater

l’hypertrophie qui tou-

che souvent à la cloison,

et que l’on déprime avec

un stylet ; cette hyper-

trophie est quelquefois

développée au point de

simuler un polype; (fig. 168) elle s’étend à tout le cornet et se

révèle en arrière à

l'examen rhinoscopique

Fig. 168 | (Seiler) postérieur, par un gon-

RHINITE ATROPHIQUE 995

flement pâle, (fig. 169) obturant l’un des méats, l’une ou

l’autre des choannes, ou toutes les deux à la fois.

Traitement.—Cautérisation avec le galvano-cautère ou l'acide chromique, excision de

l'hypertrophie soit à l’anse galvanique ou les ciseaux.

Ces opérations faites à la ÿ cocaïne, ne sont pas douloureuses, L’excision, à l’aide des ciseaux ou de l’anse froide, sont quelquefois suites vies d'hémorrhagies, difficiles à contrôler. Usage de la pommade boriquée. Le spray avec la solution de SEILER.

RHINITE ATROPHIQUE.—Cette maladie est de toutes les affections nasales, une des plus graves que le médecin soit appelé à traiter.

Elle se transmet par hérédité, sous l’influence de diathèses et parmi celles-là la syphilis héréditaire. D'autres formes de rhinites peuvent y conduire, la rhinite purulente et hypertrophique entr’autres. Il existe généralement dans les cas de rhinite atrophique héréditaire une conformation spéciale du squelette du nez que ZAUFAL appelle nez en forme de selle (fig. 170).

Parmi les causes occasionnelles, on a signalé la persistencé des causes qui entraînent le coryza aigu et chronique simple, les déformations du squelette osseux du nez, les déviations de la cloison, l’étroitesse relative des fosses nasales ou leur grandeur démésurée (ZAUFAI.).

396 RHINITE ATROPHIQUE

La maladie peut d’abord se reconnaître, à l'aspect extérieur des malades, à la conformation du squelette nasal désigné par ZAUFAL, à l'existence d’un état maladif, déterminé probablement par la qualité de l’air inspiré, et par la tristesse des patients qui se trouvent isolés dans la société. Les malaises éprouvés sont variables, quelquefois nuls, le patient ne sent pas toujours l’odeur désagréable qu’il répend autour de

lui, souvent il existe une sécheresse de la

ours) gorge, de la difficulté à avaler, une sensation de corps étrangers dans le pharynx nasal. Les patients ne peuvent enlever, qu'après des efforts réitérés, quelquefois à l’aide du doïgt ou après des accès de vomissements, des sécrétions coagulées et fétides. La sécrétion est de quantité variable, elle adhère aux cornets et forment des croûtes d'aspect jaune verdâtre

\plus ou moins épaisses,

Lorsqu'on examine SBle nez, on trouve une Ccavité agrandie, les cornets inférieurs sont atrophiés, (fig. 171) ce qui permet d’inspecter

(Méure) directement la paroi postérieure du pharynx et même des trompes, et de suivre les

mouvements des muscles du pharynx et des péristaphylins.

&m Oo

RHINITE ATROPHIQUE 397

La muqueuse est d'aspect inégal, rouge, après enlèvement des croûtes, il reste une surface d’un rouge plus vif mais non ulcéré (ZAUFAIL HARTMANN). La muqueuse pharyngienne participe à la maladie, elle est mince, luisante, comme vernissée. L'odeur a son siège dans les sécrétions accumulées, ce qui le prouve c’est que l’odeur disparaît après nettoyage.

L'inflammation est le résultat d’un coccus particulier LOWENBERG fig. 172), d’un ferment spécial (ZIEM), d’un microbe (BRESGEN), d'acide gras (KRAUSE).

Le diagnostic peut se faire à distance à cause de l’odeur. Cependant l’odeur de punaisie peut être confondue avec l’odeur fade de la rhinite purulente ; l’erreur n’est guère possible avec un peu d’expérience. Ia présence

d'ulcérations doit faire

éliminer le diagnostic

fig. 172 Duplay-Reclus de rhinite atrophique

vraie. Ce qui caractérise le plus la maladie, c’est l'atrophie

des cornets, l’odeur de punaise et la coexistence de pharyngite atrophique.

Le pronostic est toujours grave, attendu que la guérison est difficile à obtenir. Si toutefois elle est possible, on ne l’obtient que par un traitement régulier et de longue durée. Quoique la maladie elle-même soit d’une guérison difficile, on peut dire que le traitement fait disparaître l’odeur rapidemerit ; cela seul

398 RHINITE VASO-MOTRICE

constitue un point important dans l’histoire de cette maladie.

Les complications qui peuvent survenir sont aussi de nature très graves, ce sont des otites purulentes ou sclérémateuses, et contrairement à ce qui est admis généralement, nous pouvons affirmer que ces complications sont fréquentes.

Traitement.—Le traitement est à peu près analogue à celui de la rhinite purulente, injections nasales, vaporisations diverses, attouchement avec le nitrate d'argent, pommade boriquée, insufflation de poudre antiseptiques, massage de la muqueuse, etc., (voir formulaire thérapeutique).

ARTICLE IV

Rhinite vaso-motrice, fièvre des foins

Sous ces différents noms, on désigne une maladie qui se développe sur des sujets prédisposés et sous des influences atmosphériques variables.

La prédisposition est constituée par un état nerveux et une sténose nasale, quant aux influences atmosphériques elles varient beaucoup et doivent leur action sur la muqueuse nasale à la présence dans l’air de certaine poussière telle que le pollen de différentes fleurs. Certains sujets sont impressionnables à l’action d’un pollen et ne le sont pas pour d’autres. Ainsi il y a le coryza des foins, celui des roses et une foule d’autres qu’il est inutile d'appeler d’un nom nouveau. Le Cardinal Olivier Caraffa était si susceptible à l’odeur des roses que son palais était continuellement entouré de gardes pour empêcher les visiteurs d’y introduire cette fleur.

On connaît aussi la susceptibilité de certaines personnes pour

re

et

RHINITE VASO-MOTRICE 399

la poudre d'ipécac, enfin dans le même ordre de réflexes, l'odeur du camphre peut provoquer des nausées,

La maladie est souvent héréditaire, affecte plutôt les hommes que les femmes et se développe de préférence dans certains pays.

L'asthme paraît se développer sous l'influence des mêmes causes (BoSWorTH) ; dans les deux cas il se produirait une parésie vaso-motrice des vaisseaux de la muqueuse nasale et bronchique.

BosworTH va plus loin, et, appuyé sur des observations probantes, prétend que l’asthme est de cause intra-nasale. SCHECH a trouvé la même relation de cause à effet dans 64 pour cent des cas qu’il à observés.

Les symptomes du coryza vaso-moteur sont ceux d’une rhinite aiguë avec hypersécrétion abondante, offrant un caractère intermittent. Il existe en plus la dypsnée de l’asthme et tous les troubles auxquels elle donne lieu. Les malades peuvent être assez incommodés pour être obligés de garder le lit.

Traitement.—Prophylactique ; éviter les causes, voyager, traiter l’état nerveux. Il faut entourer le patient de précautions hygièniques, le soumettre aux bains froids, aux douches froides sur la moëlle épinière.

Le traitement local est indiqué par la nature de la lésion qui a prédisposé le patient, c’est ordinairement une hypertrophie de la muqueuse, un polype ou une déviation de la cloison du nez. Il faudra donc recourir à une intervention chirurgicale. Les patients seront soulagés par l'emploi de la pommade boriquée additionnée de muriate de cocaine à 10 p.c.; par l'emploi combiné de la cocaïne et de l’antipyrine (HINKEL). Les fumigations de papier nitré, le dafura stramonium offrent

quelque soulagement.

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