INFILTRATION
syphilis, la scrofule, les fièvres paludéennes, etc. L’'inflammation de la partie postérieure de la cornée (kératile ponctuée) se montre comme symptôme concomittant des affections du tractus uvéal ‘’ (BERGER-MANDELSTAMM).
La cornée proprement dite, est limitée en dehors et en dedans par une lame élastique, ce qui constitue à la cornée cinq couches ; la couche épithéliale, la lame élastique antérieure, la cornée proprement dite, la lame élastique postérieure et la membrane de DESCEMET.
Les trois principaux types inflammatoires de la cornée sont l’infiltration, l’abcès, l’ulcère. A ces trois types se rattachent les différentes variétés de kératites, auxquelles on a donné différents noms, suivant l’aspect, le siège ou la cause qui les produit, mais qui, en réalité, ne sont que des variétés de l’infiltration de l’abcès ou de l’ulcère, auxquelles vient s’ajouter la vascularisation.
Quant à la sclérose cornéenne, elle est le résultat de certains troubles inflammatoires, et ne constitue pas, à proprement parler, une variété de kératite.
ARTICLE II
L'infiltration
L'infiltration est la migration dans la cornée de cellules lymphoiïdes, par diapédèse. Cette invasion cellulaire dissocie les éléments cornéens pour faire place aux produits infiltrés. Il en résulte un trouble dans la transparence de la cornée, et une délimitation incomplète de ce trouble, la teinte de l’opacité se répartit donc d’une façon inégale. Si l’apport de ces cellules est considérable, le trouble sera plus étendu, mais aussi
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longtemps qu’il n'existe qu’un entassement de produits infiltrés, sans que les éléments normaux de la cornée souffrent dans leur nutrition, les troubles de transparence peuvent disparaître sans laisser de traces. L'infiltration est circonscrile ou diffuse, profonde ou superficielle. 1,orsqu’elle est profonde, elle a plus de tendance à devenir diffuse, et lorsqu'elle est superficielle elle se circonscrit. Le dégré d’irritation produit par l’infiltration dépend de son siège ; lorsqu'elle apparaît dans des régions abondamment pourvues de nerfs, comme dans les couches superficielles, elle détermine de violentes douleurs, l’infiltra- |
tion profonde est plutôt indolente. Les troubles cornéens qui accompagnent l’infiltration peuvent se transformer en sclérose, ils résultent alors, non d’une désorganisation des éléments de la cornée, mais de la désorganisation des éléments infiltrés. Quoiqu'on ait signalé des ulcères de la cornée, n'ayant été
précédés, ni d'infiltration ni d’abcès, on peut dire, d’une manière générale, que l’infiltration précède l’abcès et l’ulcère.
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| L’infiltration se rencontre donc, au début des principales £ formes de kératites, décrites sous les noms de kératite phlycté- | ( »
nulaire, kératiles suppuratives et ulcéreuses, kératite parench\-
maleuse, kératile neuro-paralytique et vasculaire. | Parmi celles-là il y en a une surtout qui se rattache plus
particulièrement au phénomène de l’infiltration, attendu "elle
est rarement suivie d’abcès et d’ulcère, c’est la kératite .fuse
ou ‘nterstitielle.
KÉRATITE DIFFUSE OU INTERSTITIELLE.—Cette maladie a une physionomie spéciale, et mérite une description à part, Elle est caractérisée par une opacification grisâtre, plus ou moins étendue, de la substance cornéenne, survenant généralement chez des individus cachectiques, atteints de syphilis héré-
KÉRATITE DIFFUSE 137
ditaire. Ces infiltrations siègent dans le parenchyme même de la cornée et donnent à cette membrane une apparence terne caractéristique.
Il y a trois périodes distinctes dans l'évolution de la maladie : la période d'infiltration, de vascularisation et de résolution.
(a) Znfiltration.—1,e début est marqué par l'apparition dans le parenchyme cornéen de petites taches circonscrites, sans soulèvement de l’épithélium. Un examen attentif à l’aide d’un grossissement ferait découvrir d’autres opacités plus fines, se reliant à ceiles qui sont visibles à l'œil nu. Après un certain temps, ces infiltrations s'étendent en surface et constituent un épanchement interlamellaire ; c’est alors surtout que la cornée prend un aspect terne, analogue au verre dépoli. Il est rare d'observer une teinte jaune qui ferait croire à la génèse du pus. Pendant tout le cours de cette période, il existe peu de douleurs et de photophobie, l'injection périkératique est très fine et s'accompagne rarement d’injection conjonctivale, qui puisse en masquer le dessin, radié autour de la cornée. Les troubles de ia vue augmentent gradueïlement, et au moment où la cornée a pris l’aspect d’un verre dépoli, la vision est devenue presque nulle. La maladie peut s'arrêter au début de la première période et disparaître sans laisser de traces, mais le plus souvent, elle passe à la seconde, caractérisée par la vascularisation.
(6) Vascularisation.—A un moment, on voit apparaître, au lirmbe scléro-cornéen, une foule de petits vaisseaux fins et radiés qui convergent de la périphérie vers le centre de la cornée, dans les lames du parenchyme cornéen.
Ces faisceaux sont tellement denses et serrés les uns contre les autres, que la cornée atteint une coloration rouge intense
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et ferait même croire à une suffusion sanguine. Cette vascularisation est d’un bon augure, en ce sens, qu’elle aide à la résorption des infiltrations préexistentes. À partir de ce moment, on voit le trouble de la cornée disparaître graduellement devant l’envahissement vasculaire et la vision redevenir meilleure, mais d’un autre côté, l’apparition des vaisseaux dans la cornée, signale l’éclosion d’une violente photophobie, qui peut aller jusqu’au blépharo-spasme. Lorsque les vaisseaux ont atieint le centre de la cornée, la photophobie diminue et la réparation commence.
(c) Réparation.—La cornée reprend graduellement sa transparence, mais il arrive souvent des recrudescences d'états aigus, qui en retardent la marche. Il est surprenant de constater jusqu’à quel point une cornée, devenue complètement opaque, peut reprendre son aspect normal. Cependant, il est rare qu’il ne persiste pas quelques troubles, quelques légers nuages, causés par l’organisation de l’infiltration.
La marche des trois périodes est souvent d’une lenteur désespérante, elle peut durer plusieurs mois.
Le pronostic est relativement favorable, et il inabtie de connaître la marche de la maladie afin de ne pas laisser entrevoir une guérison prompte, alors qu’au contraire elle se fera généralement attendre.
Les complications qui peuvent survenir, parmi les plus fréquentes, sont : l’iritis, la sclérose complète de la cornée, la cataracte et l’atrophie de l’œil.
L'étiologie n’est pas nettement définie, mais la maladie coincide généralement avec un état constitutionnel défectueux, avec une conf-mation spéciale des dents décrites par HUTCHIN- SON, et se rattachant très souvent à la syphilis héréditaire.
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Fig. 88 Fig. 89 Dents de Hutchinson (Galezowki)
Traitement.—Lesirritants doivent être évités avec soin dans la première et la seconde période. Les instillations d’atropine et de cocaine devront être employées s’il existe beaucoup d'irritation. Les compresses chaudes sont indiquées ainsi que des saignées à la tempe ; s’il existe de violentes douleurs ciliaires, des frictions sur les paupières ou au pourtour de l'orbite avec la pommade morphinée, apporteront quelque soulagement. A l’intérieur, l’iodure de potassium, l’iodure de fer, un régime tonique fortifiant, le sirop de GIBERT. Les injections sous-conjonctivales de bichlorure de mercure ont été recommandées par SECONDI fils. Bocci prétend que le mercure pénètre d'autant plus facilement que l'injection est plus faible. Quelques gouttes d'une solution au 11556 suffisent. Lorsque l’irritation est disparue, à la 3ième période, on peut prescrire la pommade jaune. Dans certains cas, l’augmentation de la tension intra-oculaire devient manifeste, il peut être impérieux de pratiquer l'iridectomie.
Le traitement des autres variétés d’infiltrations, est généralement limité à celui de la cause et à l'emploi de l’atropine ou de l’ésérine, auxquels viennent s'adjoindre les précautions
hygiéniques.
ARTICLE III
Abcès
L'abcès cornéen résulte d’une destruction des fibrilles et des cellules cornéennes. Toute infiltration, lorsqu'elle se produit avec rapidité peut entraîner une compression telle des éléments normaux de la cornée que ces derniers, privés de leur nutrition, se détruisent et forment du pus. L’abcès a plus de tendance que l’infiltration à se circonscrire et moins à se vasculariser. Pour cette raison, l’abcès se reconnaît à des contours plus précis et à une /einte jaunâtre. Cette déperdition de tissu entraîne nécessairement après elle une cicatrice, une tache indélébile.