MALADIES DU CORPS CILIAIRE ET DE LA CHOROIDE
Les maladies du corps ciliaire et de la choroïde, trouvent leur place toute naturelle à la suite des maladies de l'iris, à cause des liens anatomiques et histologiques qui les unissent.
ARTICLE I Cyclite
La cyclite est l’inflammation du corps ciliaïire. Elle se présente sous trois formes, la cyclite plastique simple, la cyclite séreuse et la cyclite purulente. Quoique l’inflammation de l'iris reste rarement limitée à cette membrane ; elle s'étend le plus souvent au corps ciliaire avoisinant et même à la choroïde, la cyclite prop: ment d'ie offre des caractères qui la distinguent de l’iritis ordinaire.
Les phénomènes inflammatoires sont plus marqués, la paupière supérieure est plus œdématiée, l’œil est plus sensible à la pression, la chambre antérieure est plus trouble, et plus grande, il y a plus de tendance à des synéchies postérieures étendues, l’acuité visuelle est plus diminuée.
Le pronostic est toujours grave. Dans la forme séreuse il y a danger de glaucome, dans la forme plastique ou purulente, il y a danger d’atrophie du tractus uvéal et de phthisie du
globe de l'œil.
Les causes sont communes aux maladies de l'iris et de la choroïde ; les traumatismes, les opérations sur ie globe de l’œil en sont souvent le point de départ.
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Le traitement est celui déjà indiqué pour les iritis, cependant, lorsque la cyclite est de cause traumatique, on peut être mis dans l'alternative de sacrifier l'œil malade pour conserver l'œil sain, ou tenter de conserver l’œil malade au risque de voir se développer l’ophtalmie sympathique.
ARTICLE II
Ophtalmie sympathique
L'ophtalmie sympathique, est une maladie qui se déclare dans un œil primitivement sain, sous l'influence d’une affection irritante, résultant la plupart du temps d’un traumatisme, dans l’œil congénère. Les anglais appelle l’œil aïfecté secondairement par le congénère déjà malade, fe sympathising eye, et celui qui est atteint primitivement par la maladie ou le traumatisme, #e exciling eye. Parmi les causes qui agissent sur l’exciting eye les suivantes sont les plus importantes à noter :
1° Les blessures du corps ciliaire (ce sont les plus communes).
2° Les corps étrangers logés dans l'œil ;
3° Les enclavements de l'iris.
4° Les opérations sur l'œil et surtout l'opération de la cataracte pratiquée trop près de la jonction scléro-cornéenne.
5° Les luxations traumatiques et la dégénérescence calcaire du cristallin.
6° L/'ossification de la choroïde.
7° La pression et l'irritation exercées par un œil artificiel.
L'ophtalmie sympathique, telle que définie plus haut ne
constitue pas, à proprement parler, une affection spéciale,
caractéristique, la maladie de l’œil, d’où part l’irritation, n’est pas nécessairement la même que celle qui se développe secondairement. La maladie du sympathising eye n’est pas toujours identique à elle-même, le tractus uvéal est le plus souvent atteint, sous forme d’irido-choroiïdite, d'iritis séreuse, de cyclite, mais on rencontre aussi des névro-rétinites, des kératites, des conjonctivites, des troubles de sécrétion, d’accommodation, des troubles de perception, des troubles névrosiques et névralgiques.
Lorsque les troubles apparaissent dans le tractus uvéal, il est difficile de les isoler dans l'iris, ie corps ciliaire ou la. choroïde. Ainsi répandue dans les trois portions, l’ophtalmie se caractérise par une douleur violente à la région ciliaire et au pourtour de l’orbite, un chéimosis prononcé, un trouble des humeurs aqueuse et vitrée, par d'abondants exsudats plastiques, obturant la pupille et la chambre antérieure. Le corps vitré subit un ramollissement, la rétine se décoile, et l’atrophie de l’œil survient.
L'âge et l’état de la constitution exercent une certaine influence sur le développement de la maladie. Rare chez les enfants, l’ophtalmie sympathique est beaucoup plus à craindre chez l’adulte et surtout chez les vieillards. Une constitution débile, l’alcoolisme, la misère et les privations de toute sorte, constituent autant de conditions fâcheuses.
Quelles sont les voies que suit l'excitation morbide pour se rendre d’un œil à l’autre? Il existe plusieurs théories à ce sujet, on a accusé tour à tour les vaisseaux, le nerf optique et les nerfs ciliaires. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d’entx.r ici dans l'examen de cette question intéressante, qu'il nous suffise de dire que la transmission par les nerfs
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semble la plus accréditée. Cette transmission a lieu par la gaine des nerfs optiques (DEUTSCHMANN), et ce sont des micro-organismes qui se propagent de l'œil exciting à l'œil sympathising ; d’où le nom récemment adopté d’ophtalmie migratrice.
I1 faut conclure à l'existence d’une ophtalmie sympathique avec la plus grande réserve, cependant lorsqu'on voit survenir une maladie du tractus uvéal dans un œil, lorsque l’autre est le siège d’un traumatisme ciliaire ou qu'il existe un point douloureux au niveau du corps ciliaire, il est fort à craindre qu’il ne s'agisse réellement d’une ophtalmie sympathique.
Traitement.—Le seul moyen efficace d’arrêter et de prévenir la marche d’une ophtalmie sympathique, est d’avoir recours à une opération sur l’œil primitivement malade.
Tous les auteurs ne s'accordent pas sur le choix de l’opération à pratiquer, mais disons de suite que le plus certain, malgré tout le bruit fait à propos de la névrotomie ciliaire, optico ciliaire (BOUCERON) la résection du nerf optique (L. DE WhRCKER), est encore l’énucléation. Sans doute il est très désirable de remplacer une opération aussi mutilante que l’énucléation, par une autre qui laisse l’œil en place tout en coupant les voies de communications avec l'œi! sain, mais encore faut-il être certain que ces opérations conservatrices atteignent leur but. Jusqu'ici il existe des doutes sérieux à ce sujet, les nerfs coupés se sont régénérés et la résection du nerf optique n’a pas empêché, entre les mains de TROUSSEAU et autres, l’ophtalmie sympathique de se déclarer ou de continuer à évoluer.
L'énucléation est dite préventive ou curative. L'énucléalion préventive est celle qui est pratiquée avant qu'aucun accident sympathique ne se soit manifesté.
Les accidents sympathiques se développent quelquefois avec une rapidité telle, peu après un traumatisme, que l’urgence de cette énucléation préventive est venuesur le tapis aux grands congrès internationaux d’ophtalmologie de Londres et de Génève. Voici comment s’exprimait M. WARLOMONT au congrès de 1872 à Londres : ‘‘ Il n’est pas de question plus grave, plus digne de fixer l’attention du médecin, que celle de la conduite à tenir dans le cas où un œil, étant détruit par un traumatisme ou par une autre cause, son congénère se trouve sous la perpétuelle menace tacite ou déjà exprimée de l’ophtalmie sympathique. De la détermination qui sera prise, dépendra, la plupart de temps, soit la cécité absolue du patient, soit une existence toute entière traversée par des accès douloureux, des suspensions d’études ou de travail, des perplexités résultant de la crainte trop légitime d’accidents consécutifs, dont la cécité est le dénouement possible. L’'irrésolution du médecin, les répugnances instinctives mais non justifiées du patient peuvent avoir ici les plus funestes conséquences. De GRAEFE allant plus loin, ne craint pas de répéter qu’il vaut mieux, assurément faire plutôt dix énucléations inutiles que d'assumer la responsabilité d’une seule cécité.’
L'énucléation n’est pas à conseiller quand l’exciting eye a conservé un certain degré de vision, quand le globe de l’œil ou le moignon qui le réprésente est indolore, spontanément ou à la pression.
L'énucléation curative a pour but de combattre des manifestations sympathiques déjà existantes. Lorsque l’exciting eye conserve encore un certain degré de vision, il est préférable de ne pas recourir à l’énucléation. L/expérience a démontré que dans certains cas le sympathising eye a pu se perdre et l’excit-
ing eye conserver un certain degré de vision. Dans le cas contraire, lorsque l’œil est complètement perdu et douloureux à la pression, l'opération est indiquée.
Le procédé opératoire est celui de BoNNET de Lyon, les muscles sont ténotomisés les uns après les autres, après dégagement préalable de la conjonctive, et le nerf optique est coupé à l’aide de ciseaux mousses. Le pansement est simple et la guérison rapide.
Pour prévenir l’ophtalmie sympathique, lorsque l’œil, offrant ce danger, est complètement perdu pour la vision, on peut recourir à l’exentération. Ce procédé, employé d’ailleurs pour remédier au staphylome opaque, offre autant de sécurité que la névrotomie optico-ciliaire et que la résection du nerf optique. L'opération consiste à enlever tout le contenu de l’œil: cristallin, corps vitré, iris, corps ciliaire, choroïde et rétine ; par conséquent, tout ce qui, dans l’œil malade, fournit des matériaux à l’irritation ou à l’inflammation, pouvant se transmettre d’un œil à l’autre. Nous avons opéré quelques cas, avec succès, en procédant de la façon suivante : l’œil est ouvert dans son tiers antérieur, à l’aide d’un couteau à cataracte, la ponction et la contre-ponction sont faites au niveau du corps ciliaire, et l’incision se termine au sommet de la cornée. On enlève rapidement le contenu de l’œil avec une curette mousse de huit à dix millimètres de diamètre, puis l’hémorrhagie étant arrêtée, la cavité oculaire lavée au bichlorure au 5050 On ferme la plaie cornéenne à l’aide de deux sutures au catgut. On termine le pansement par une couche d’acide borique, déposée sur les paupières fermées, du coton au bichlorure et le bandeau compressif.
Les suites de cette opération sont les mêmes que celles de