‹ Traité pratique des maladies des yeux, des oreilles, du nez et du pharynx [microforme]Chapitre 87 sur 154 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Un des plus grands dangers qui attend l’enfant, au moment de sa naissance, est la contamination de ses yeux, par une matière septique, provenant du vagin de la mère. Deux moyens prophylactiques existent pour empêcher le développe-

ment de l’ophtalmie purulente des nouveau-nés :

1° Des injections vaginales antiseptiques chez la mère, avant l’accouchement, surtout chez celles qui ont des pertes blanches ou de nature blennurrhagique ; 2° le lavage des yeux de l’enfant immédiatement après la naissance. Ce lavage doit être fait avec de l’eau tiède saturée d’acide borique ; il faut éviter que l’eau savonneuse, qui sert à laver le reste du corps, ne pénètre entre les paupières. Lorsque, au su du médecin, il existe une blennorrhagie chez une femme enceinte, un traitement rigoureux s'impose. Si la maladie existe encore au moment de l’accouchement, à part les lavages antiseptiques pratiqués immédiatement avant l'accouchement et le nettoyage

minutieux des yeux de l'enfant, il faut en plus, recourir à la méthode de CREDÉ, qui consiste à instiller dans le sac conjonctival quelques gouttes d’une solution de nitrate d'argent au , #5 ou à la méthode de VALUDE (1), qui consiste à déposer un peu d’iodoforme dans le sac conjonctival.

Si les précautions précédentes n’ont pu être prises et que l’ophtalmie se déclare, ce qui arrive au bout de quatre à cinq jours, il ne faut pas tarder à instituer le traitement requis, à prévenir la famille du danger de la maladie et de la contagion.

Les linges qui ont servi au pansement seront mis de côté, les personnes qui ont charge du patient devront être sur leur garde lorsqu'ils auvriront les yeux de l'enfant, car le pus jaillit quelquefois avec force au dehors des paupières et un grand nombre de garde-malades et de médecins ont été contaminés de cette façon. Il faut insister auprès des parents sur la nécessité d’un traitement suivi et exécuté à la lettre, le médecin qui prend la direction et la responsabilité du traitement doit être secondé par les parents, il importe donc de combattre des préjugés populaires, les conseils d’amis et de commères qui proposent des traitements ou dangereux ou inutiles et qui font perdre le temps le plus précieux dont on dispose pour juguler la maladie.

On ne peut raisonnablement demander cependant que la mère, la plus soucieuse de la santé de son enfant, fasse ellemême les pansements jour et nuit ; il importe d’avoir une garde-malade consciencieuse et intelligente que la mère doit surveiller en autant que ses forces le lui permettent.

Outre la contamination, au moment de la naissance, les yeux des nouveau-nés sont exposés à deux autres dangers, la lumière vive et le froid.

(1) Bulletins de la société anatomique.

Il ne faut pas oublier que l'enfant, au moment de la naïissance, ouvre les yeux à la lumière pour la première fois. Si on l’expose à une lumière vive, il est ébloui, ferme les yeux et éternue ; ses grimaces et ses pleurs indiquent qu'il souffre.

Le froid peut être contracté à l’église, au moment du baptême. Nous ne saurions trop nous récrier contre l'habitude, surtout en hiver, de baptiser les enfants avec de l’eau froide et de pratiquer la cérémonie dans des appartements froids et peu appropriés aux besoins et à l’état de l'enfant.

I1 faut choisir, dans la chambre, un endroit éloigné des fenêtres, pour placer le berceau ; au moment de la toilette, il faut voir à ce que la chambre soit suffisamment chauffée et éviter les courants d’air.

Le nouveau-né a besoin d’air pur, or, après sa naissance l'atmosphère qu’il réspire est facilement vicié par les linges souillés de la malade, il faut enlever toute cause d’infection.

Jusqu'à l’âge de six mois, l’enfant reste étranger à ce qui l'entoure, son unique occupation consiste à boire, pleurer et dormir. Plus tard, il commence à manifester son intelligence, il rit, babille, s'intéresse à tout ce quil’entoure. A ce moment, on lui donne des jouets pour le distraire et l’amuser. Il faut veiller à ce que ces hochets ne soient pas dangereux, ceux qui sont pointus, à angles aigus, peuvent être cause de traumatisme grave sur les yeux.

Pendant la seconde enfance, au moment où les enfants touchent à tout et veulent tout voir, il se présente de graves dangers. Que d'enfants se sont crevés les yeux avec des couteaux, des ciseaux etc! ces instruments dangereux doivent être mis hors de leur sortée. Il faut aussi empêcher les

enfants de jouer avec les chats ou les chiens et surtout les premiers, car des coups de griffes portent souvent sur la cornée.

A. l’époque de la dentition, il faut supprimer ou diminuer l'irritation du trijumeau, des affections oculaires en sont souvent le résultat. Les préparations de lacto-phosphate ae chaux sont indiquées à cette époque.

. Si les enfants prennent l'habitude de respirer la bouche ouverte, il faut suspecter la présence de tumeurs adénoïdes et ne pas laisser la respiration se faire de cette manière pendant longtemps, dans la crainte de voir survenir une déformation de la cage thoracique, un état de santé précaire, des affections des yeux, des oreilles et du nez.

L'habitation dans des logements humides est une cause commune d’affections catarrhales de toute sorte.

Dans notre service d’hôpital, nous avons constaté que le plus grand nombre de conjonctivites catarrhales et de kératites phlycténulaires, nous sont fournies par la classe pauvre qui habite des bas de maisons froids et humides. Voici ce qui arrive, le bas de maison est construit sous terre, bien souvent insuffisamment protégé contre l'humidité du dehors qui suinte à travers les murs, ou contre le froid. Le plancher repose sur une terre fraîche ou humide, ou au-dessus d'une cave non chauffée, il en résulte que les enfants qui jouent par terre, alors même que le poèle chauffe, ou en Été pendant les chaleurs, sont soumis à l’impression d’un froid humide, malsain, la chaleur occupant les couches supérieures.

Lorsque les enfants commencent à apprendre à lire, il faut veiller avec soin à l’hygiène de la vue. On doit attendre jusqu’à six ans avant de soumettre les enfants à des exercices de lecture et d'écriture un peu prolongés. Les yeux d’un

enfant à cet âge doivent être ménagés, les devoirs qu'on lui imposent doivent être proportionnés à son âge, c’est-à-dire qu'il est nuisible de lui donner des devoirs à exécuter le soir à la lumière artificielle.

La durée des études doit être réglementée selon l'âge de l'enfant, ainsi de sept à dix ans, trois à quatre heures d’études suffisent ; de 10 à 13 ans, 5 à 6 heures. Il est nécessaire d'interrompre les heures d’études par de fréquentes récréations.

Le travail scolaire doit être exécuté à une distance satisfaisante, c'est-à-dire, à un pied au moins des yeux. Le mobilier devra s’adapter à la taille de l'enfant pour lui permettre la lecture et l'écriture sans le forcer à se pencher. Le pupitre sera incliné de manière à éviter à la tête de se courber, prévenant ainsi des congestions céphaïiques. L'attitude de déviation de la tête et du corps vers la gauche devra être combattue comme prédisposant au strabisme.

I1 faudra surveiller le choix des livres, quant à leur impression. Les livres de lecture seront en gros caractères et bien imprimés. La lumière en tout

temps devra être suffisante pour

permettre facilement la lecture au

moins à un pied et devra être pla-

cée à gauche de l’élève ou directe-

ment en haut. La lumière directe,

N amiser à travers un verre opale

ou des rideaux appropriés.

Redresseur de Fuch C'est en veillant à ces particularités qu’on préviendra le développement de la myopie. Lors-

que les élèves accusent une vue défectueuse par les congestions répétées des yeux, par une tendance à rapprocher les livres, à cligner des paupières, ou par des maux de tête persistants, il faut constater quel défaut de réfraction est en cause et y remédier par des lunettes appropriées. 6

Les lunettes doivent non seulement être appropriées quant à la qualité du verre et au numéro qu'il porte, mais aussi quant au choix de la monture. Il n’est pas rare de voir des

Fig. 131

Fig. 132

Position défectueuse des verres de lunettes devant es yeux

enfants porter une monture de lunettes qui conviendrait à des

grandes personnes et vice versa, ou encore des verres qui ne correspondent pas exactement au centre de la pupille. Il en résulte que des verres qui sont prescrits sphériques, agissent à la façon de verres prismatiques et ne peuvent qu’entraîner des désordres dans le jeu des muscles moteurs de l’œil.

Dans la figure 131, les yeux regardent à travers la périphérie des verres ; si ces derniers sont convexes, il en résultera une action comparable à celle d’un prisme à sommet externe ; si les verres sont concaves, l’action sera celle d'un prisme à base externe. Une action prismatique pour le moins aussi nuisible

s'exercera dans le cas ou les verres sont placés devant les yeux à la façon indiquée (fig. 132).

Lorsque l'âge de la presbytie est arrivé, c’est-à-dire lorsque le punctum proximum de l’œil est rendu à 22 centimètres, il est utile et même nécessaire de recommander l'usage des verres convexes. La lecture devient difficile le soir, pour les caractères fins, et l'usage de lunettes appropriées est un moyen de conserver la vue.

Les conserves sont d'un usage très commun dans un but hygiénique. Ce sont des verres teintés, à surfaces parallèles, par conséquent sans foyer.

Leur but est de diminuer l'intensité lumineuse et de modifier sa composition. Si l’on tient compte de l’action chimique qu’exercent les rayons lumineux sur la rétine, action démontrée sur le pourpre rétinien de BoLL,, les teintes suivantes sont de moins en moins, actives : le bleu altère le pourpre rétinien

dans l’espace de deux heures, le vert au bout de quatre à cinq

heures, le rouge après six heures, le rouge sang concentré ne produit aucune altération. Les rayons les plus réfrangibles sont donc en même temps les plus actifs sur la rétine, par conséquent, la teinte bleue employée si souvent dans les verres conserves, ne paraît pas en accord avec la théorie. RoOUSTAN prétend que les verres bleus sont nuisibles dans les inflammations aiguës de la conjonctive, de la cornée et de l'i:5.

Toute lumière monochromatique décolore le pourpre retinien (KUHNE) mais plus lentement que la lumière blanche, par conséquent toute conserve monochromatique exerce moins d'action sur la rétine que la lumière blanche ; mais s’il s’agit de mettre un œil au repos complet de façon à ce que les actions chimiques, qui s’exercent dans la rétine, soient réduites à leur

minimum, il faudrait choisir le verre jaune ou jaune orange. Ce verre est peu employé dans le commerce pour la fabrication de conserves. Les plus employés sont les verres fumés à base d'oxide de fer, de cuivre et de cobalt. Ce sont les meilleurs à prescrire contre l'intensité de la lumière blanche, en hiver et au printemps, mais ces verres ne doivent pas être trop foncés. La forme coquille est défectueuse, car alors les verres cessent

d'être neutres.

Il y aurait beaucoup à dire sur l'hygiène des yeux, en rapport avec les différ:ntes professions ; des modifications importantes pourraient être suggérées dans les at.:liers, des réformes urgentes devraient être opérées dans le service des chemins de fer, au point de vue dé la perception des couleurs chez les employés. Nous résumons brièvement ces diverses questions, en disant que dans toutes les professions, les yeux peuvent être taxés outre mesure par un travail trop applicant, trop longtemps prolongé, avec une lumière insuffisante ou trop vive. Il existe des milieux irritants, où la vue des ouvriers ne peut se conserver bonne ; règle générale, les ouvriers mécaniciens ne se protègent pas suffisamment contre les éclats métalliques, ainsi en est-il des maçons et des plâtriers. Quant aux em,loyés de chemin de fer, il n'existe pas encore d'examens suffisants de leurs yeux pour donner au public la garantie satisfaisante, la sécurité absolue qu’il a droit d'exiger.

Qu'un accident de chemin de fer arrive, que deux trains ou deux vaisseaux viennent en collision, on ne peut pas dire, si la faute n’en revient pas à l’un des ingénieurs, si le signal rougr, indiquant le danger n’a pas été confondu avec le signal vert, qui indique que la voie est libre.

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