DE LA PROTHESE OCULAIRE
Pendant tout ce temps, le malade doit être entouré de soins et de précautions comme après les lésions graves; l'inflammation locale et la fièvre générale doivent être combattues par les moyens employés ordinairement.
Lorsque tout danger d'une hémorrhagie consécutive a disparu, que l'orbite se remplit de granulations, le bandage devient inutile, et il suffit alors de nettoyer plusieurs fois par jour l'orbite avec des injections d'une solution d'acide borique, jusqu'à ce que la cicatrisation soit complète.
Si les granulations se forment très lentement, ou si elles sont pâles et flasques, il peut devenir utile d'employer une pommade irritante, la teinture d'opium, le nitrate d'argent, etc.
ARTICLE VI De la prothèse oculaire (application d'un œil artificiel).
L'emploi d'un œil artificiel a surtout pour but de diminuer, autant que possible, la difformité qui résulte de la présence d'un œil fortement altéré ou de l'absence du globe de l'œil dans l'orbite. Il empêche, en outre, dans les cas où le globe oculaire a été perdu ou lorsqu'il a considérablement diminué de volume, le rétrécissement consécutif de l'orbite, l'enfoncement et Tatrophie des paupières, ainsi que l'inversion des bords palpébraux, si souvent cause d'une irritation pénible du sac conjonctival. Enfln, l'emploi d'une pièce artificielle, en rendant aux paupières leur position normale, facilite le passage régulier des larmes et empêche l'épiphora et ses suites fâcheuses.
Pour qu'une pièce artificielle remplisse ce but, il est nécessaire, non seulement qu'elle soit fixée en avant par les paupières, mais encore que la face postérieure concave de l'émail s'appuie en autant de points que possible sur la conjonctive bulbaire sans cependant l'irriter.
Il résulte de ce que nous venons de dire que les conditions les moins favorables à la prothèse oculaire se rencontrent dans les cas où l'on a pratiqué l'extirpation du globe de l'œil et du tissu orbitaire, la pièce réparatrice ne jouissant alors d'aucune mobilité. Les circonstances sont plus favorables après l'évis-
cération ou l'énucléation ; la conservation des muscles donne alors une certaine mobilité au sac conjonctival contre lequel la pièce artificielle s'applique, et cette dernière suit, au moins en partie, l'œil sain dans les mouvements qu'il exécute.
Les plus beaux résultats sont fournis par la prothèse oculaire, lorsque la petite pièce artificielle peut s'appuyer sur un moignon dont les excursions sont aussi étendues qu'à l'état normal.
Lorsque le globe de l'œil, dont l'altération rend l'emploi d'une pièce artificielle désirable, est d'un volume supérieur ou même égal à celui de l'œil normal, il est impossible de faire porter un œil artificiel aussi mince qu'il soit. Il devient alors nécessaire de diminuer dans une juste mesure le volume de l'œil, soit en pratiquant une des méthodes décrites pour l'ablation des staphylômes antérieurs (voy. p. 174), soit en pratiquant l'exentération (p. 180).
D'autres fois, en cas de symblépharon, il a été nécessaire de séparer les paupières du moignon et même de transplanter un lambeau de conjonctive pour créer un emplacement à l'œil artificiel (voy. plus haut opération du symblépharon).
La pièce artificielle ne doit être portée que lorsque la conjonctive ou le moignon ne présentent plus trace d'inflammation et de sensibilité. On commence habituellement par un œil d'un petit volume, et l'on augmente progressivement sa grosseur jusqu'à ce qu'il soit semblable, autant que possible, à l'autre œil sain.
Pour l'appliquer, on saisit la pièce par son bord externe et on la glisse d'abord ail-dessous de la paupière supérieure relevée ; puis, abaissant la paupière inférieure, on introduit entre elle et le moignon le bord inférieur de l'œil artificiel. Pour l'enlever, il suffit d'abaisser la paupière inférieure et d'introduire la tête d'une grosse épingle ou un petit crochet ad hoc derrière le bord inférieui' de la pièce.