‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 16 sur 149 · TUMEURS DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA CONJONCTIVE

Cancer épithélial. —Ce cancer ne se produit pas dans la conjonctive comme une maladie primitive, mais il vient généralement, des paupières par extension; il paraît comme une excroissance ou bouton mou, légèrement lobulaire,au bord de la cornée, el asouvenlune ressemblance frappante avec une pustule ou une pblyclène. On peut cependant le distin-guer de cette dernière par l'absence de chémosis, d'irritation inflammatoire et d'injection artérielle ; il y a seulement quelques veines tortueuses, dilatées, qui convergent vers la petite tumeur et qui sont accompagnées d'un peu d'infiltration séreuse; en conséquence, la tumeur augmente de volume et prend une teinte plus rouge: sa surface devient plus nodulée (excroissance de chou-fleur) et se couvre d'un épithélium sec et épais; ou bien la surface peut se rompre et un écoulement, clair et muco-purulent s'échapper de l'ulcère. La tumeur peut envahir la cornée dans une éten-due considérable ; mais elle n'est généralement quepeu adhérente à celle-ci, en sorte qu'on peut l'enlever presque complètement. Il peut y avoir aussi une opacité considérable au delà des limites de la tumeur, et cette tumeur peut aussi amener une ulcération profonde et étendue ou même une perforation. Si la tumeur a un pédoncule, elle peut être librement déplacée sur la surface de la cornée. Comme toutes les tumeurs cancé-reuses, il faudra l'enlever le plus tôt possible, et l'on réunira les bords de la plaie avec des sutures fines, afin que la sclérotique ne soit, pas exposée. Ces tumeurs sont très-aptes à se reproduire de suite, et l'on doit répéter l'opération sans perdre de temps. Mais si la tumeur a envahi une partie considérable de la cornée, si elle est intimement unie avec le tissu de cette dernière et si elle a beaucoup affecté la vue, le mieux sera d'en-lever l'oeil; mais même cela ne protège pas toujours contre le retour de l'affection, car une nouvelle tumeur peut se développer dans les paupières ou dans le fond de l'orbite. En pareil cas, il est toujours nécessaire d'ap-pliquer la pâte de chlorure de zinc à l'orbite, après l'enlèvement des paupières.

Cancer médullaire. — Ce cancer s'étend presque toujours des pau-pières ou du globe de l'oeil lui-même à la conjonctive; la cornée ou la sclérotique cède, el la lumeurse développe très-rapidement et envahit les tissus voisins.

Cancer mélanotique. — Ce cancer apparaît sous la forme d'une petite tache ou tumeur d'un rouge noir ou d'un noir brun dans le tissu subcon-jonctif, près de la cornée, ou au pli semi-lunaire ou caroncule. A mesure que son volume s'accroît, il peut impliquer les paupières, s'étendre derrière elles et donner lieu à des adhésions plus ou moins étendues. La tumeur peut rester stationnaire pendant une longue période et ensuite augmenter rapidement. En outre, elle est très-disposée à reparaître après qu'elle a été enlevée. On doit cependant se souvenir que plusieurs des petites tumeurs noires que l'on appelle, à tort, cancers mélanotiques, sont seule-ment des sarcomes.

Ulcères syphilitiques. — Ces ulcères se rencontrent quelquefois sur la conjonctive; ils sont toujours situés au bord delà paupière et ressemblent beaucoup à un chancre du prépuce. Dans quelques cas très-rares, ils peu-vent se rencontrer au bord delà cornée (1). Nous entrerons plus complè-tement dans la description de ces ulcères quand nous parlerons des ulcères syphilitiques des paupières.

Noevus. —Ces tumeurs s'étendent quelquefois de la partie externe des paupières à la conjonctive palpébrale et même à la conjonctive oculaire, et peuvent acquérir un volume considérable si elles ne sont pas tout de suite soumises à un traitement. Elles peuvent se développer primitivement sur la conjonctive ou sur le pli semi-lunaire, et doivent être enlevées le plus tôt possible.

Lithiase. — Ce nom est appliqué à l'endurcissement ou la calcination de la sécrétion des glandes conjonctivales et spécialement des glandes de Meibomius. L'affection apparaît sous la forme de petites concrétions blanches, rondes, grosses comme une tête d'épingle, qui peuvent cepen-dant atteindre un volume plus considérable, sur la surface interne delà conjonctive. Elles peuvent se produire soit isolées, soit semées çà et là sur la surface delà paupière, soit rangées en une file le long de la bande du canal conducteur de la glande. Cette dernière disposition est beaucoup plus rare. A cause de la rudesse que cette affection produitsur la paupière, on peut trouver une irritation considérable et même un certain degré de conjonctivite. Ces petits calculs sont facilement enlevés en incisant la conjonctive au-dessus d'eux et en les prenant avec la pointe d'un couteau à cataracte ou une spatule cannelée. Quelquefois la concrétion est molle, demi-transparente, et paraît à l'ouverture du canal, d'où elle peut être facilement retirée.

Les sécrétions de la caroncule produisent aussi quelquefois ces créti-ûcations ; des dépôts de chaux se rencontrent par conséquent dans la caroncule et donnent lieu souvent à de l'enflure et à de l'irritation.

Hémorrhagie de la conjonctive. — L'hémorrhagie est généralement produite par des coups ou des chocs sur l'oeil ou sur la.figure, ou par des efforts considérables en toussant, en éternuant, et qui causent une rup-ture de quelques-uns des petits vaisseaux sanguins de la conjonctive. Des ecchymoses se rencontrent aussi dans le cours des inflammations de la conjonctive ou chez les personnes affligées de scorbut. D'autres fois, elles se produisent spontanément sans cause apparente. J'ai rencontré plusieurs cas de cette espèce dans lesquels ces ecchymoses s'étaient pro--

(i) British. med. Journal, 18 Mardi 1865.

TUMEURS DE LA CONJONCTIVE. 93 duites pendant la nuit. Mais l'effusion du sang peut n'être pas due à la rupture d'un vaisseau sanguin de la conjonctive, mais avoir fait graduel-lement son chemin depuis l'orbite derrière la conjonctive. Ainsi un coup sur le cerveau peut, par contre-coup, produire la fracture d'une partie des parois de l'orbite ; cette fracture est suivie d'une hémorrhagie plus ou moins considérable, et le sang peut faire son chemin derrière la conjonc-tive. En pareil cas, l'ecchymose n'apparaît pas de suite après l'accident, mais après un intervalle de plusieurs heures.

Les ecchymoses sont généralement situées sur la partie oculaire de la conjonctive , dans le voisinage de la cornée ou dans le pli rétro-tarsal. L'épanchement donne lieu à de petites taches uniformément rouges ,qui varient comme nombre et comme volume et qui peuvent être assez con-sidérables pour s'étendre autour de toute la cornée.

Le traitement consistera surtout dans l'application de lotions stimu-lantes :

If Br. Arnie , 4 grammes.

Eau distillée 100 grammes.

qu'on introduira directement dans l'oeil,ou qu'on emploiera sur des com-presses humides attachées fermement sur l'oeil ; un bandage compresseur énergique accélère la guérison plus que tout autre remède.

OEdème. —L'oedème de la conjonctive se rencontre fréquemment dans le cours des inflammations de la conjonctive et des tuniques internes de l'oeil,"mais il peut se développer spontanément, surtout chez les person-nes faibles et âgées, affectées de maladie du rein. Le traitement consiste dans l'application d'un bandage fermé et dans l'usage de collyres légère ment astringents. Quelques incisions superficielles peuvent être faites dans le chémosis avec une paire de ciseaux recourbés. On doit en même temps surveiller la santé du malade.

Emphysème subconjonctif. -Cet emphysème est causé par la fracture du pariétal nasal qui permet à l'air d'arriver dans le tissu subconjonctif, ou par une rupture dans le sac lacrymal ; en pareil cas, l'air pénètre derrière la conjonctive si l'on se mouche. La nature de l'affection peut être recon-nue par un craquement particulier que l'on produit en pressant l'enflure avec le doigt. —Une pression considérable le ferait disparaître. Un ban-dage sera appliqué et, si c'est nécessaire, l'enflure piquée avec une aiguille, afin de permettre à l'air de s'échapper.

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