XV. — Taineur» de la conjonctive
Les polypes se rencontrent parfois dans la conjonctive, surtout au'pli semi-lunaire ou caroncule. Ils apparaissent sous la forme de petites éle-vures ou excroissances lobulaires roses, et ont un pédicule distinct. Quoi-qu'ils soient généralement petits, ils peuvent atteindre le volume d'une noisette (1) et s'avancer entre l'ouverture des paupières. Ils peuvent être coupés facilement avec une paire de ciseaux recourbés ou un scalpel, mais sont capables de saigner assez abondamment. On peut cependant arrêter aisément l'hémorrrhagie en les touchant légèrement avec un crayon de ni-trate d'argent, ce qui, en même temps, s'opposera au retour de la maladie.
Pinguicule. —Cette affection peut être prise par un observateur super-ficiel pour un ptérygion peu développé, car c'est une élévation petite et triangulaire située généralement près du bord de la cornée vers lequel sa base est tournée. Elle se rencontre au bord extérieur ou intérieur de la cornée, et est due à une hypertrophie du tissu conjonctif et subconjonctif et des cellules épithéliales ; mais elle ne contient pas de graisse, comme sa teinte jaune pourrait le faire supposer. On la rencontre surtout chez les
(1) Graefe, A. f. 0., I, 1, 289,
TUMEURS DE LA CONJONCTIVE. 89 personnes âgées, où elle est le résultat d'une irritation chronique de la conjonctive. Le pinguicule reste petit, et stationnaire, ne défigure pas, et a peu d'inconvénient. Cependant si son volume augmente, ou si le malade trouve son aspect désagréable, on peut facilement l'exciser.
Les tumeurs graisseuses sont rares et le plus fréquemment placées sur la conjonctive oculaire, à une petite distance de la cornée, entre les mus-cles recticulaires, surtout le droit supérieur externe, dans le voisinage de la glande lacrymale. Elles sont dues à une hypertrophie et à une exten-sion du tissu adipeux de l'orbite. Elles apparaissent sous la forme de tu-meurs molles, jaunes, lobuleuses, élastiques et peuvent atteindre un volume considérable. Elles sont surtout congénitales, et ne deviennent pas très-grosses ni très-apparentes jusqu'à une période assez avancée. Quand elles atteignent un volume considérable, elles peuvent pousser de côté le globe de l'oeil et, par leur pression, empêcher les fonctions de la glande la-crymale.
Si la tumeur n'a pas un volume considérable, elle peut être facilement enlevée; mais on doit prendre bien garde de préserver la conjonctive autant que possible, et l'incision doit être bien fermée par une fine suture.
Tumeurs dermoïdes.—Ces tumeurs, qui sont assez fréquentes, se mon-trentsur le limbus conjonctives : elles sont situées en partie sur la cornée et en partie sur la sclérotique ; leur couleur est pâle, d'un j aune blanchâtre ; elles ont environ une ou deux lignes de diamètre et s'élèvent en quelque sorte au-dessus du niveau de la cornée. La surface de la cornée est généralement molle; mais elle peut devenir lobulaire et donner naissance à un ou deux poils courts : Wardrop (1) mentionne un cas extraordinaire dans lequel douze poils très-longs poussaient au milieu de la tumeur, passaient entre les paupières et tombaient sur les joues ; ces poils n'avaient pas apparu jusqu'à ce que le malade eût seize ans, âge auquel sa barbe commença de croître. La tumeur est généralement congénitale et presque complète-ment stationnaire. Son volume s'accroît très-lentement pendant la crois-sance générale du corps; il peut cependant se développer plus tard la vie et augmenter considérablement. La tumeur graisseuse dans la plus considérable que j'aie rencontrée, je l'ai vue dans la clinique de von Graefe en 1860; elle s'étendait sur les deux tiers extérieurs de la cornée, était proéminente, lobulée, et défigurait beaucoup, car elle cachait presque complètement la cornée. On a appelé ces tumeurs dermoïdes à cause de l'analogie presque complète qui existe entre leur structure et celle de la peau ; elles paraissent quelquefois cependant formées seule-ment d'un tissu connectif élastique et fibrilaire, de substances rudimen-taires de la peau, de graisse, de poils et de follicules cébacés. L'accrois-- (1) Wardrop, Morbid Anatomy of the human Ëye. kO MALADIES DE LA CONJONCTIVE.
sèment marqué dans leur volume, ou une recrudescence après l'opération, parait être dû à un accroissement de leur constituant graisseux. Elles peuvent être facilement enlevées; mais il faut avoir bien soin de ne pas les arracher complètement de la cornée, car elles s'étendent parfois très-profondément dans son tissu (1).
Les excroissances sont vues quelquefois sur la conjonctive; elles sont rouges, petites, couleur de chair, soit seules, soit réunies en grappe. Elles peuvent se produire sur la conjonctive palpébrale ou oculaire, sur le pli semi-lunaire et avoir une grande ressemblance avec les excroissan-ces du prépuce; elles sont accompagnées en général d'un certain degré de conjonctivite et d'un écoulement clair muco-purulent. — Elles peuvent être coupées de suite avec des ciseaux avant qu'elles aient atteint un volume considérable, ou l'on peut les laisser s'étendre, et alors, si c'est néces-saire, les exciser et toucher légèrement la partie coupée avec le nitrate d'argent.
Kyste. — Le kyste de la conjonctive peut être facilement distingué par sa forme ronde et circonscrite, et par son aspect rose diaphane, la trans-parence de son contenu étant aisément reconnue par l'illumination obli-que. Il peut se produire dans différentes parties de la conjonctive et varie comme volume de celui d'un petitpois à celui d'une noisette; il l'excède même parfois. Si ces kystes s'étendent dans l'orbite et atteignent un volume considérable, ils peuvent causer plus ou moins de protrusion du globe de l'oeil. L'enveloppe des plus petits kystes est généralement très-mince et si peu unie à la conjonctive qu'ils peuvent être très-facile-ment enlevés.
Cysticerces. — Les cysticerces ont été souvent trouvés derrière la con-jonctive oculaire et une fois par Sichel derrière la conjonctive palpébrale. On les voit près de l'angle de l'oeil sur une portion de la conjonctive, sous l'aspect d'un kyste transparent, rond, bien défini, mobile, et dont le volume varie de celui d'un pois à celui d'un petit haricot. La conjonctive, au-dessus et autour du kyste est en quelque sorte hypérémique ; mais si celui-ci est suffisamment mince et transparent, on peut distinguer à l'en-veloppe extérieure du kyste une tache particulière jaune ou d'un blanc grisâtre ; c'est la tête elle cou de l'entozoaire, et Sichel dit que celte apparence est caractéristique (1).
Tumeurs cancéreuses. — Les tumeurs cancéreuses se rencontrent quel-quefois comme des affections primitives; mais on les trouve bien plus sou-vent comme des maladies secondaires, après le cancer des paupières ou du globe de l'oeil.
(1) Von Graefe, art. « On dermoid Tumeurs », A. f. 0., VII, 2, et XII, 227. (2) Iconographie ophthalmologique, p. 702.