INFLAMMATION, ABCÈS ET ULCÈRE DU SAC LACRYMAL
sac lacrymal, de douleur et d'un œdème considérable des paupières et de la joue.
Je prescrivis à la malade une pilule hydrargyrique de 20 centigrammes, et de 125 milligrammes d'extrait de jusquiame, en lui disant d'appliquer des fomentations chaudes sur la partie malade.
Quand je la revis deux jours après, j'appris qu'elle avait éprouvé de vives douleurs et un grand abattement, et en l'examinant, je trouvai un abcès diffus en avant du sac lacrymal, s'étendant à la paupière inférieure et à la joue.
Je fis une incision franche avec une lancette à travers la peau, dans le tissu cellulaire sous-jacent, en avant du sac, et j'en fis sortir une matière épaisse. Outre cette incision, je fis encore, à travers la peau de la paupière inférieure et de la joue, deux ou trois ponctions, d'où s'échappa une matière blanche, laiteuse et du sang ; je prescrivis ensuite des cataplasmes chauds.
Lorsque je revis la malade, trois jours après, elle n'avait plus de douleur, le gonflement des paupières et de la joue avait diminué, et il ne restait qu'un peu de rougeur et de tuméfaction en avant du sac, à l'endroit où l'incision avait été pratiquée à travers la peau.
Une fille de sept ans souffrait depuis quelque temps dune inflammation et de petits abcès qui se renouvelaient en avant du sac lacrymal. Quand la malade nie fut confiée, je trouvai un petit abcès entouré d'une peau livide. J'évacuai le pus d'un coup de lancette, puis la peau altérée fut touchée avec le crayon de nitrate d'argent à des intervalles de deux jours, et une semaine après, le gonflement extérieur avait sensiblement diminué. En exerçant une pression sur le sac, on fait sourdre par les points lacrymaux quelques larmes mêlées de flocons muqueux. Le crayon de nitrate d'argent fut appliqué de nouveau, et je prescrivis l'iodure de potassium, dans une décoction de salsepareille.
Ce traitement fut continué pendant trois semaines. Le mieux progressait lentement et était quelquefois interrompu par un écoulement considérable de pus, Dès lors j'employai l'huile de foie de morue, en appliquant des vésicatoires derrière les oreilles. L'onguent mercuriel faible fut appliqué sur la partie malade. Sous l'influence de ce traitement, prolongé pendant deux ou trois mois, la rougeur et le gonflement de la peau diminuèrent enfin, et l'ulcération se réduisit à une petite ouverture fistuleuse par laquelle s'échappaient les larmes. À travers cette ouverture, je
passai un stylet fin dans le sac lacrymal et dans le conduit nasal. Je remplaçai ce stylet tous les deux jours pour un autre de plus en plus fort, jusqu'à ce que j'aie pu y introduire une petite canule que j'y laissai.
§ II. — Inflammation catarrhale des canaux excréteurs des larmes.
L'inflammation et la tuméfaction qui affectent la membrane pituitaire dans le catarrhe nasal peuvent aussi envahir la muqueuse des conduits excréteurs, de façon que le passage des larmes dans le nez éprouve quelque obstacle.
C'est à cause de cela qu'on voit si souvent l'œil baigné de larmes dans le catarrhe nasal. L'humidité de l'œil est encore due à une augmentation de la sécrélion lacrymale, excitée par l'état inflammatoire catarrhal qui envahit aussi la conjonctive. A mesure que le coryza se dissipe, les conduits lacrymaux deviennent libres, Il peut arriver que ces inflammations, souvent répétées, surtout chez les sujets scrofuleux, laissent persister dans les conduits une blennorrhée chronique.
§ III. — Bnflnmmation aiguë des canaux excréteurs des larmes (l).
Les canaux lacrymaux excréteurs sont quelquefois, quoique rarement, le siège d'une inflammation idiopathique aiguë. La maladie se manifeste d'abord par une tuméfaction dure, nettement circonscrite, du volume et de la forme d'une fève ($), dans la région du sac avec un œdème considérable des paupières. La peau qui recouvre le sac est rouge et extrêmement douloureuse au moindre contact. La conjonctive, le repli semi-lunaire, la caroncule et les glandes de Meibomius sont affectés par sympathie. Il y a du larmoiement. La douleur s'irradie en tous sens et est pulsative. A ces symptômes locaux, il peut s'ajouter une fièvre inflammatoire, et quelquefois le délire pendant la nuit.
L'inflammation se termine quelquefois par résolution, plus souvent par un abcès. Dans ce dernier cas, en même temps que
(1) Dacryocyslite aiguë, ou inflammation aiguë du sac lacrymal.
(2) Cette forme est due à ce que le sac lacrymal est bridé dans son milieu par le tendon de l'orbiculaire des paupières, au-dessus et au-dessous duquel le gonflement devient plus considérable.