INFLAMMATION DES CANAUX EXCRÉTEURS DES LARMES
la douleur puisa tive augmente, le gonflement s'accroît, prend une teinte rouge plus foncée, se ramollit et devient fluctuant. L'œdème des paupières et des parties voisines prend aussi de l'extension. Les conduits lacrymaux et le canal nasal étant obstrués dès l'invasion de la phlegmasie par la tuméfaction de la membrane qui les tapisse, la matière s'accumule dans le sac qui paraît être ainsi le foyer de la maladie.
Abandonné à lui-même, l'abcès pointe et s'ouvre généralement au-dessous, quelquefois au-dessus du tendon de l'orbiculaire. Le pus no peut s'échapper par les conduits lacrymaux ni par le canal nasal, qui sont obstrués. L'évacuation de l'abcès procure un grand soulagement, et dans les cas heureux, l'inflammation cesse, les canaux redeviennent perméables, et permettent le passage des larmes dans le sac, de sorte que l'ouverture fistuleuse donne issue à un muco-pus mêlé de larmes. Peu à peu cette ouverture se rétracte et se ferme, tandis que la membrane qui tapisse le sac et le canal nasal reprend son état normal, et que les larmes reprennent leur cours vers les fosses nasales. L'inflammation aiguë des canaux excréteurs ne se termine pas toujours aussi favorablement. La membrane qui tapisse le sac et le canal nasal peut demeurer tuméfiée et donner naissance à un flux blennorrhéique ; l'ouverture fistuleuse persiste, et forme ce que l'on appelle une fistule du sac lacrymal.
Traitement. — Dans la première période de la maladie, il faut appliquer des sangsues autour de l'angle interne de l'œil, et aussi à l'entrée de la narine correspondante. Chez un sujet robuste, il peut être utile, si la douleur est vive, d'employer la phlébotomie. On applique, en outre, des fomentations sur la partie malade, on prescrit le repos et la diète, et l'on agit sur les intestins et sur la peau par des laxatifs et des diaphoniques. Si l'on ne peut prévenir la suppuration par ces moyens, il faut ouvrir le sac dès qu'il devient mou et que l'on y perçoit de la fluctuation. L'ouverture se fait au moyen d'une lancette, parallèlement au bord de l'orbite, au-dessous du tendon de l'orbiculaire, et en retirant l'instrument, on agrandit l'ouverture en dedans et un peu en haut. Après l'incision, il faut continuer les fomentations, surtout éviter de sonder la plaie, et de toucher aux parties malades pendant un ou deux jours.
Quand tout accident inflammatoire est calmé, avant de laisser l'ouverture se refermer, le chirurgien doit chercher à s'assurer si les conduits et le canal nasal sont dégagés. L'absence de lar-
moiement et la présence des larmes dans le sac seront une preuve de la perméabilité des points et des conduits lacrymaux, et la pénétration jusque dans le nez de l'eau que l'on a injectée dans le sac montrera que le canal nasal est libre. S'il existe quelque doute sur ce dernier point, on pourrait s'en assurer en sondant le canal avec un stylet.
§ IV. — Inflammation chronique «les canaux excréteurs
des larmes (1).
L'inflammation chronique des canaux excréteurs des larmes est généralement accompagnée d'une inflammation chronique de la conjonctive palpébrale, et de la conjonctive oculaire à l'angle interne de l'œil, de sorte qu'à première vue on pourrait croire à une ophthalmie catarrhale. Mais en examinant avec soin, on aperçoit, dans la région du sac, de la plénitude et quelquefois de la rougeur, et en pressant sur cet endroit, on fait sourdre des larmes mêlées de muco-pus, par les points lacrymaux et quelquefois aussi par le nez.
La muqueuse du canal nasal s'épaissit et sécrète un mucus puriforme. Cet épaississement delà membrane influe surtout sur la perméabilité du canal nasal; car, comme celui-ci est entouré par des parois osseuses résistantes, la tuméfaction s'étend vers l'intérieur de manière à produire une obstruction telle que les larmes ne peuvent plus passer. Toutefois les points et les conduits lacrymaux continuant généralement à transmettre les larmes, celles-ci s'accumulent dans le sac, le distendent, et peuvent, par la pression, refluer par les points, mêlées à des flocons de mucus puriforme. Le reflux est quelquefois occasionné par la simple compression exercée sur le sac distendu par le muscle orbiculaire pendant le mouvement des paupières. Quand le sac a été vidé par les points, le larmoiement cesse jusqu'à ce qu'il se soit rempli de nouveau et ne puisse plus contenir de larmes.
L'inflammation chronique peut se développer insensiblement, et l'humidité anormale de l'œil attire seule l'attention du malade. Cette inflammation peut succéder à une phlegmasie aiguë des conduits, ou à une inflammation de la peau et du tissu cellulaire sus-jacents, ou, ce qui est le cas le plus fréquent, être la conséquence d'un exanthème (p. 267). Quelquefois aussi elle a une
(1) Dacryocyslite chronique, blcnnorrliée clu sac lacrymal, tumeur lacrymale proprement dite.