INFLAMMATION DU TISSU CELLULAIRE DE L'ORBITE
la première période, est indiqué dans la forme aiguë de l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite. La forme chronique réclame un traitement altérant.
Dans la seconde période de l'inflammation, lorsqu'un abcès s'est formé, on évacue le pus par une incision pratiquée au point fluctuant. Si, comme cela peut arriver dans la forme chronique, il n'y a point de fluctuation, mais qu'il y ait, d'après la proéminence de l'œil ou d'autres symptômes, des raisons pour croire qu'il existe une collection de pus dans le tissu cellulo-orbitaire, il faut faire, avec précaution, une incision jusque dans l'orbite, à travers la peau, entre le bord de l'orbite et le globe, à l'endroit où le pus semble le plus probablement s'être accumulé. Il peut devenir nécessaire d'étendre l'incision à une profondeur considérable, quelquefois à un pouce, avant d'arriver sur la collection purulente. Après que l'abcès a été ouvert, le pus peut continuer à s'écouler pendant longtemps, quoiqu'il n'y ait point d'affection de l'os.
L'observation suivante . qui est celle du fameux maréchal autrichien. Radetzsky, est un excellent exemple d'inflammation et d'abcès chroniques dans l'orbite. Il offre, en outre, un intérêt d'autant plus grand, que ce cas a été présenté comme un exemple de tumeur fongueuse guérie par l'homœopathie.
Le 9 octobre 4 840, après une grande fatigue ce jour-la, le maréchal, alors âgé de soixante-neuf ans environ, fut subitement pris d'une fièvre violente, accompagnée d'une vive douleur dans le front et les tempes. En même temps, il se manifesta dans l'œil droit et les parties molles environnantes une inflammation s'accompagnant d'une proéminence considérable du globe. La douleur était intense, mais, durant la nuit, elle diminua de façon que le lendemain le patient put assister à la parade. Quoique l'inflammation, la fièvre et la douleur eussent disparu, les paupières étaient encore rouges, et la conjonctive tuméfiée, en même temps qu'une tumeur appréciable à la vue et au toucher parut à l'angle externe et fit proéminer le globe.
Durant les trois mois suivants pendant lesquels le patient fut soumis à un traitement homœopathique, le globe devint de plus en plus saillant, et de temps en temps il y avait des recrudescences de congestion et de douleur.
Tels sont, en résumé, les détails qui furent donnés par le médecin ordinaire du maréchal à Jaeger (devienne), qui plus tard vit le malade à Milan, en compagnie de Flarer, dans une consultation avec le médecin homœopathe du maréchal.
f j 9 i MALADIES DE L' ORBITE,
Jaeger trouva l'œil droit sain dans toutes ses parties, mais complètement expulsé de son orbite par une tumeur qui, touchée à travers les paupières, semblait dure comme une pierre et fort irrégulière. La pression y déterminait de la douleur. Les paupières, étendues sur cette tumeur, étaient gonflées et immobiles, sillonnées de vaisseaux variqueux et d'une couleur livide foncée, ainsi que les parties voisines de la face. La conjonctive était d'un rouge sombre, aussi parcourue par des vaisseaux variqueux, et elle sécrétait du muco-pus. La glande lacrymale était déplacée. La caroncule et le sac étaient prodigieusement tuméfiés, durs et douloureux au toucher. La santé générale était bonne.
L'opinion des consultants, quant à la nature de l'affection, fut qu'elle consistait en une dégénérescence squirrheuse des parties molles de l'orbite, menaçant de devenir un cancer.
Jseger, cependant, dit expressément qu'il inclinait à considérer la maladie comme un périorbitis rhumatismal, et que, quoique l'inflammation de la tumeur pût probablement bientôt s'aggraver et la douleur s'exaspérer, il pensait qu'une suppuration se déclarerait et que la guérison aurait lieu.
C'est, en effet, ce qui arriva ; mais le médecin homœopathe persista à dire que c'était une tumeur fongueuse qu'il avait guérie par des doses infinitésimales. Le maréchal n'avait voulu se soumettre a aucun autre traitement.
§ IB. — Inflammation «lu périoste et des os «le l'orbite.
Cette inflammation se présente quelquefois sous une forme aiguë, mais plus souvent sous la forme chronique, et elle peut être primitive ou consécutive à l'inflammation du tissu cellulaire. Les symptômes sont ceux de l'inflammation du tissu cellulaire orbitaire, mais varient un peu selon la partie affectée, qui peut être le bord extérieur à la limite de la cavité, la fossette lacrymale, le milieu d'une des parois ou le sommet; dans tous les cas. la suppuration peut avoir également lieu. L'inflammation peut, cependant, se terminer par résolution, ou comme dans la forme chronique surtout, par l'épaississement du périoste et des os.
Lorsque la suppuration a lieu et que l'abcès a été ouvert, soit spontanément, soit avec le bistouri, l'ouverture ne se ferme pas, mais elle devient fistuleuse, s'entoure de granulations fongueuses, et l'exploration avec la sonde montre que l'os est carié ou nécrosé.
TUMEURS DE L OKBI'i'K. 695
Causes. — Cette inflammation peut être traumatique , mais généralement elle provient d'un état constitutionnel scrofuleux ou syphilitique, ou même à la fois de ces deux sources.
Pronostic. — Quand les os de l'orbite sont malades, il peut s'y produire une exfoliation après un certain temps, ce qui permet à l'ouverture extérieure de se fermer; mais la peau, déjà tirée en dedans, peut l'être encore davantage, et la paupière se rétracte et ne recouvre plus l'œil [lagophthalmos , p. 633), ou bien se contracte et se renverse en dehors (ectropion, p. 611).
Traitement. — Le traitement des formes aiguë et chronique de l'inflammation du périoste et des os de l'orbite doit être le même que celui recommandé pour les formes aiguë et chronique de l'inflammation du tissu cellulaire, soit dans la période purement inflammatoire, soit dans la période de suppuration.
Dans la période de fistule, l'indication est de provoquer Texfoliation de Fos, d'après les principes généraux de la chirurgie; puis de prévenir la distorsion des paupières, ou si elle a déjà eu lieu, d'y remédier par un des procédés indiqués au chapitre de l'ectropion et du lagophthalmos.
ARTICLE IL
Les symptômes et les effets des tumeurs de l'orbite sont : 1 ° La saillie du globe à divers degrés (exophthalmos) ; 2° la déviation vicieuse et le déplacement de l'œil; 3° la gêne ou la perte de ses mouvements; 4° une douleur faible ou nulle, mais une sensation de plénitude, de tension, de tiraillement, quelquefois cependant, plus ou moins de douleur; 5° outre la double vision, effet naturel delà direction vicieuse des globes, il y a de l'affaiblissement de la vue, de laphotophobie et même de Tamaurose par suite de la compression; 6° un œdème des paupières avec la distension plus ou moins considérable de la paupière supérieure et renversement de la paupière inférieure ; 7° quelquefois l'inflammation et la désorganisation du globe (eocophlhalmie) ; 8° la dilatation de la cavité orbitaire et la destruction de ses parois, et par suite,, compression mortelle du cerveau, tandis que le globe peut parfois résister.
Les tumeurs de l'orbite peuvent avoir-leur siège dans ses parois ou dans sa cavité. Les tumeurs des parois sont :1a périostose,
Vhyperostose, Yexostose, et enfin, le cancer ou osléosarcome. Les tumeurs de la cavité sont: sarcomateuses, enkystées, hydaliques, encéphaloïdes, mélaniques et anévrysmales. Enfin, la cavité et les parois de l'orbite peuvent être envahies par des tumeurs ayant leur origine dans des cavités voisines, comme les narines, les sinus frontaux, maxillaires, sphénoïdaux et la cavité crânienne
Les tumeurs que nous étudierons ici sont celles qui se forment dans la cavité de l'orbite.
Causes. — Les causes de ces tumeurs sont généralement obscures. Dans plusieurs cas, elles semblent se former après des coups, etc., sur le bord de l'orbite, mais souvent on ne peut les attribuer à aucune cause.
Traitement. — Le diagnostic de ces tumeurs est souvent fort obscur. En pareil cas, un traitement altérant est le seul indiqué. Quand la tumeur s'est tellement développée qu'on peut en reconnaître la nature, on pourra alors déterminer le traitement le plus convenable.
§ I. — Infiltration du tissu cellulaire de l'orbite.
L'exophthalmos simple, ou proéminence de l'œil, parait quelquefois produite par l'infiltration du tissu cellulaire. J'en ai vu des exemples chez des femmes anémiques, leucophlegmatiques et affectées en même temps de goître.
Dans un cas, l'exophthalmos et le goître apparurent après une blessure au médius de la main droite, l'exophthalmos au bout d'une semaine et le goître au bout de trois mois. La peau était bouffie autour des yeux. La vue restait parfaite pour les objets rapprochés ou éloignés. Dans cet exemple, la corrélation entre la blessure et l'exophthalmos et le goître n'était pas bien évidente.
Depuis quelques années, on a étudié les cas d'exophthalmos accompagnant l'anémie, le goître et les affections du cœur (1).
Traitement. — Les ferrugineux ont paru utiles en pareil cas, et localement, on peut appliquer delà teinture d'iode sur la peau bouffie des paupières et sur le goître.
§ II. — Tumeurs sarcomateuses dans B'orbite.
Quand une tumeur sarcomateuse présente une tuméfaction extérieure, on sent qu'elle est dure et résistante au toucher.
(1) Consultez : Charcot, Sur la maladie de Basedoiv (Ga%. hebdom., 1 859). — Fischer, De l'exophthalmos cachectique (Arch. gén. de méd., 1859).