‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 12 sur 127 · ALPHABET DE J.EGER · texte numérisé non relu

ALPHABET DE J.EGER

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ARTICLE II

APPLICATION DES REMEDES A L'OEIL ET A LA REGION OCULAIRE, ET OPÉRATIONS DE LA PETITE CHIRURGIE QUI LES CONCERNENT.

§ I. — Remèdes froids.

• Lotions froides. — L'eau fraîche de source donne la meilleure lotion froide. On l'applique au moyen de compresses de vieux linge ou de Uni (1), qui doivent être assez larges pour couvrir les parties voisines, mais assez légères pour ne pas devenir gênantes par leur poids. Une fois qu'elle est commencée, l'application des lotions froides ne doit pas être interrompue pendant tout le temps qu'elle est nécessaire, et dès qu'une compresse s'est échauffée, il importe de la remplacer par un nouveau linge fraîchement imbibé.

L'application du froid se fait encore au moyen d'une petite vessie remplie de glace que l'on tient appliquée sur les yeux ; nous aurons plus loin, spécialement lorsqu'il sera question des soins consécutifs à l'opération de la cataracte, l'occasion de revenir sur ces applications.

Bouches froides. — La douche froide consiste en un mince filet d'eau fraîche qu'on laisse couler continuellement pendant un quart d'heure environ sur l'œil et les parties environnantes. Il existe des appareils particuliers pour faire cette application; mais il est facile d'en construire un soi-même avec un tube de verre de 3 à 4 pieds de long. A six pouces de l'une de ses extrémités, on le recourbe en forme de siphon , on étire à la lampe la longue branche de manière à en rapetisser l'orifice; puis, après avoir fait plonger la courte branche dans un vase placé à la hauteur convenable, on aspire l'eau par la longue branche pour produire le courant.

(1) Le mot lint, que nous traduisons en France par charpie, mérile dépasser dans le langage chirurgical, afin d'éviter u:ie confusion entre deux objets tout à fait dissemblables. Le lint, ou charpie anglaise, est un tissu de lin ou de chanvre disposé en rouleau comme le sparadrap, dont on coupe des morceaux de la grandeur voulue ; il est plus ou moins épais poreux ; l'une des faces est un peu tomenteuse, l'autre est unie.

On peut encore, pour pratiquer les douches oculaires, faire fixer contre un mur, à une hauteur de deux à trois mètres, un réservoir de la capacité de dix à vingt litres ; à la partie inférieure du réservoir, sont fixés deux ou trois robinets, desquels partent des tubes de caoutchouc plus ou moins larges et dont l'extrémité se termine par une canule à ouverture variable, unique ou multiple. M. Chassaignac a fait faire un appareil de ce genre à l'hôpital des Enfants trouvés, et celui que j'ai fait construire moi-même à l'hôpital des Enfants malades est disposé d'une façon analogue. Chez les enfants, l'application de la douche est facile, au moyen de cet appareil. On place l'enfant sur un matelas recouvert d'une toile cirée, au-dessous du réservoir, en face d'une fenêtre, et pendant qu'un aide tient les paupières écartées, le chirurgien, après avoir ouvert l'un des robinets, dirige le jet sur l'œil autant de temps qu'il est nécessaire. Les applications froides peuvent se faire sous forme d'injection au moyen d'une petite seringue de verre dont on applique l'extrémité entre les paupières, ou d'un irrigateur dont il est facile de modérer le jet, ou encore d'un entonnoir terminé par un bec assez fin

Froid sec. — Lorsque les yeux atteints d'ophthalmie sont faibles ou appartiennent à des rhumatisants ou à des vieillards, l'application d'un corps froid sur les organes malades peut être agréable et procurer quelquefois un grand soulagement. On emploie alors avec avantage une longue bouteille étroite , à fond arrondi, que l'on remplit de glace.

§ II. — Remèdes chauds.

Cataplasmes chauds et fomentations. — Les fomentations, appliquées sur l'œil, sont beaucoup plus convenables et moins ennuyeuses que les cataplasmes. On emploie à cet usage l'eau chaude, les décoctions de camomille, de pavot ou toute autre. L'application se fait au moyen de compresses, comme il a été dit pour les lotions froides ; elle ne doit être répétés que de temps à autre, et ne doit durer que cinq minutes à un quart d'heure. Les cataplasmes chauds et les fomentations ne doivent jamais être laissés sur l'œil jusqu'à ce qu'ils soient froids, et lorsqu'on les a retirés, on sèche doucement les paupières avec un linge souple, et l'on prend garde que l'œil ne soit exposé à un courant d'air.

Vapeurs aqueuses. — Pour recevoir les vapeurs aqueuses sur les yeux, le malade se penche la figure au-dessus d'un vase contenant de l'eau tiède, après s'être recouvert la tête d'une serviette. Quand on désire que le jet de vapeur frappe l'organe

d'une façon plus directe, on le dirige vers la partie malade au moyen d'un entonnoir dont on recouvre le vase et dont l'extrémité peut être portée vers l'œil et à une distance convenable. Après cette application , la face et les yeux doivent être séchés avec soin, et il ne faut pas les exposer aux courants d'air.

§ III. — Vapeurs médicinales.

Vapeurs aqueuses médicinales. — Dans certains cas, on mélange à l'eau chaude des substances aromatiques ou narcotiques, telles que les teintures d'opium, de camphre, de jusquiame, de belladone, dont on met une à deux cuillerées dans une tasse d'eau chaude avant de s'en servir. La décoction chaude de ces diverses plantes peut remplir le même usage.

Chaleur sèche et vapeurs de substances aromatiques ou narcotiques. — On suspend quelquefois sur les yeux de petits sachets d'herbes aromatiques ou narcotiques, tant pour entretenir une chaleur sèche que pour tirer profit des parfums qu'elles exhalent. On fait ces petits sacs avec de la toile fine ou de grosse mousseline qu'on lave afin de l'assouplir. On les coud après les avoir remplis, puis on les capitonne, pour leur donner partout la même épaisseur et les empêcher de s'aplatir. Ces sacs seront aussi légers que possible ; ils ne doivent pas avoir plus d'un pouce d'épaisseur, et sont de la grandeur d'une carte à jouer. On les fixe à une bande qui se noue autour du front, et leur permet dépendre librement sur l'œil, sans y être trop fortement appliqués. On les fait chauffer avant d'en faire usage. Les substances dont on les remplit sont, les espèces aromatiques, telles que les fleurs de camomille, de sauge, de romarin, de thym, etc., que l'on mêle au besoin avec de la poudre de camphre. Ces substances sont broyées et réduites en une poudre grossière, dont on sépare les parties les plus fines au moyen d'un tamis. Pour remplir un sachet de la dimension ci-dessus indiquée, il faut environ 1 2 grammes d'herbes ou de fleurs, etc. Lorsque le camphre entre seul dans la préparation de ces sachets, on en imprègne du coton, que l'on trempe dans une solution concentrée de camphre et que l'on carde après dessiccation. Les sachets d'herbes sont maintenant peu en usage.

Vapeurs stimulâmes. — Les vapeurs de substances faiblement volatiles sont appliquées en plaçant la substance sur une surface chaude, et en la laissant s'évaporer près de l'œil. Dans le même

but, on fait souvent usage de la paume de la main, qui, après avoir été frottéede la substance que Ton veut employer, est maintenue appliquée sur l'œil aussi longtemps qu'il est nécessaire, selon la force de la substance et le degré d'action que l'on veut obtenir.

On obtient les vapeurs d'acide hydrocyanique au moyen d'une petite bouteille dont le goulot se termine par une capsule. Lorsqu'on a versé quelques gouttes d'acide dans cette bouteille, l'œil appliqué sur le goulot se trouve immédiatement au-dessus de la vapeur.

§ IV. — Collyres.

Le mot collyre, tel qu'on l'entend généralement aujourd'hui, ne désigne que les lotions applicables à l'œil ; mais jadis ce terme s'étendait à tous les médicaments employés dans la médecine oculaire, quelle qu'en fût la forme. Revenant un peu à l'acception primitive du mot, nous nous proposons d'étudier sous ce titre non-seulement les lotions , mais encore les pommades , les poudres mises en usage dans le traitement des maladies de l'œil. La peau des paupières, la surface delà conjonctive, sont les parties de l'œil qui, dans les circonstances ordinaires, sont le plus accessibles aux médicaments. Les conduits lacrymaux, quoique pouvant être directement atteints, sont cependant moins accessibles. La substance propre de la cornée, mise à nu par un ulcère, ou l'iris dans le cas de prolapsus résultant d'une blessure ou d'un ulcère perforant, sont accidentellement aussi soumis à l'action directe des substances médicamenteuses. La glande lacrymale et les follicules de Meibomius sont influencés par les collyres au moyen de leurs conduits excréteurs. Parmi les tuniques internes, l'iris est impressionné facilement par l'application externe de la belladone. Les autres membranes ressentent aussi les effets des applications extérieures sur la conjonctive, lorsque celles-ci sont irritantes, et par conséquent plus nuisibles qu'utiles.

Les collyres employés en lotions et en gouttes consistent en solutions astringentes, stimulantes , narcotiques ou combinées. C'est leur état de concentration qui règle leur mode d'application : ' de là leur division en collyres qui s'emploient en lotions ou faibles, et collyres qui s'emploient en gouttes ou forts.

Les collyres employés en lotions sont des solutions faibles dont on fait usage plusieurs fois dans le cours de la journée. Le liquide est versé tiède, en quantité suffisante, dans une tasse, et le malade,

penchant sa tête au-dessus du vase, lave son œil pendant quelques minutes avec un morceau de linge ou de mousseline. Un aide peut ensuite faire tomber dans l'œil quelques gouttes de la solution, tandis que la tète étant renversée, les paupières sont maintenues ouvertes. On lave de nouveau l'œil pendant une a deux minutes, puis on le sèche avec soin avec un linge très doux. Les godets ou œillères que l'on emploie quelquefois ne doivent pas être recommandés.

Le but principal de ces lotions est d'enlever les sécrétions anormales. Dans l'ophthalmie blennorrhagique, lorsque les paupières sont très tuméfiées et ne peuvent s'ouvrir, il est nécessaire d'injecter la solution entre elles, après qu'elles ont été nettoyées autant que possible par le simple lavage. En employant la seringue, il faut prendre garde de blesser l'œil malade en appuyant l'extrémité; et d'un autre côté, l'opérateur devra garantir ses propres yeux, qui pourraient recevoir un jet de liquide.

Pour agir sur la face interne des conduits lacrymaux, le moyen le plus simple est de faire tomber dans l'angle interne de l'œil une ou deux gouttes du collyre, et de les y laisser séjourner le temps nécessaire pour que les points lacrymaux les absorbent. On peut encore injecter directement le liquide dans les conduits lacrymaux au moyen de la seringue d'Anel. Quelquefois ces injections dans les conduits lacrymaux sont faites par l'orifice du canal nasal dans les narines. Mais lorsqu'une ouverture extérieure du sac lacrymal s'est produite à la suite, soit d'un abcès, soit d'une opération, il est très facile d'atteindre la surface muqueuse des voies lacrymales.

Exemples de collyres faibles pour lotions.

1° Extrait de belladone 1/2 gros (2 gram.).

Eau distillée 8 onces (250 gram.).

Faites infuser et passez à travers un linge. — Cette solution est sédative et doit s'employer tiède.

2° Alun 16 grains (l gram.).

Eau de rose 8 onces (250 gram.).

F. s. a. une solution.

3° Sulfate de zinc 16 grains (1 gram.).

Eau de rose 8 onces (250 gram.}.

Acide sulfurique dilué 16 gouttes.

(Acide sulfurique, 4 gram.; eau, 36 gram.) Il ne faut pas confondre avec l'eau de Rabel. — Faites une solution.

4° Bichlorure de mercure 1 grain (0,06 centigr.).

Hydrochlorate d'ammoniaque. . 8 grains (0,50 centigr.).

Eau de rose 8 onces (250 gram.).

Faites une solution.

5° Pierre divine (1). . 16 grains (1 gram.).

Eau distillée 1 once (30 gram.).

Dissolvez, filtrez, puis ajoutez :

Eau de rose 7 onces (220 gram.).

N. B. — On peut ajouter à chacune des quatre dernières solutions isr,50 de vin d'opium. Quand on veut en faire usage, on remplit à moitié une tasse à thé, et l'on ajoute de l'eau chaude pour faire tiédir le mélange, puis avec ia quantité ainsi préparée l'œil est lavé comme il a été dit plus haut.

Collyres forts employé fi en gouttes. — Les collyres forts s'appliquent au moyen d'un tuyau de plume ou d'un tube de verre, mais l'instrument le plus convenable est un gros pinceau à aquarelle. Il faut se rappeler que pour éviter tout accident, chaque malade doit avoir un pinceau qui lui soit spécialement destiné et qu'on lave chaque fois après s'en être servi. La paupière inférieure étant légèrement renversée, on en touche la face interne avec le pinceau chargé de liquide ; celui-ci coule immédiatement et se répand sur toute la partie inférieure de la conjonctive. Il faut aussi prendre la peine de faire pénétrer le liquide à la face interne de la paupière supérieure, ce qu'il est aisé d'obtenir en écartant celle-ci du globe et en la frottant contre lui avec le bout du doigt. Il est souvent nécessaire de retourner la paupière supérieure pour toucher directement avec le pinceau sa surface conjonctivale.

Appliqués de la façon ordinaire, les onguents, les lotions, les gouttes, arrivent rarement en contact avec la conjonctive supérieure (2) à leur degré de concentration, et la faible portion de

(4) Prenez parties égales de sulfate de cuivre, d'azotate de potasse et d'alun, broyez ces substances ensemble et faites fondre dans un creuset. Ajoutez à la masse fondue une partie de camphre en poudre ; mêlez. La masse refroidie est employée sous le nom de pierre divine.

(2) En voici un curieux exemple. Chaque fois que par l'abus des gouttes de nitrate d'argent la conjonctive a été colorée en vert olive ou en noir, on remarque que c'est la paupière inférieure qui a le plus souffert. Dans ce cas, outre le changement de couleur, il existe souvent des rides et une inflammation chronique incurable. Quand on voit de pareils résultats, on se sent disposé à décrier le nitrate d'argent, mais il ne faut pas abandonner un remède qui peut rendre de grands services lorsqu'on l'emploie avec soin.

ces remèdes qui se glisse sur cette surface agit plutôt alors comme corps irritant. Je considère comme très importante l'application directe du remède sur la conjonctive de la paupière supérieure, parce que souvent j'ai vu des maladies qui persistaient depuis longtemps malgré les applications locales, et qui disparaissaient vite lorsque celles-ci étaient faites avec tout le soin désirable.

Pour appliquer les gouttes à l'œil d'un enfant en causant le moins de mal possible, le médecin doit s'asseoir sur une chaise, ayant une serviette sur les genoux. A sa gauche, un peu en face de lui, et sur une autre chaise, se place l'aide qui tient le petit malade, le met en travers sur ses propres genoux, de telle sorte que la tête vienne reposer sur la serviette, où elle est maintenue pendant que le chirurgien laisse tomber les gouttes en fermant et en ouvrant alternativement les paupières, de manière à étendre le liquide.

Exemples de collyres forts (gouttes).

L'extrait d'opium pur ou étendu d'une ou deux parties d'eau est souvent employé sous forme de gouttes versées dans l'œil.

1° Nitrate d'argent. 4 à 10grains(25à 60centigr.).

Eau distillée 1 once (30 gram.).

2° Bichlorure de mercure 1/2 grain (3 centigr.).

Eau distillée 7 gros (28 gram.).

Mêlez et passez, puis ajoutez :

Vin d'opium 1 gros (4 gram.).

3° Pierre divine 5 à 10 grains (30 à 60 centigr.).

Eau distillée 7 gros (28 gram.).

Mêlez, passez, puis ajoutez :

Vin d'opium 1 gros (4 gram.).

4° Extrait de belladone 20 à 30 grains (1^,20 à lg,.,80) .

Eau distillée 1 once (30 gram.).

Mêlez et filtrez.

5° Sulfate d'atropine 2 à 4 grains (12 à 25 centigr.).

Eau distillée 1 once (30 gram.).

Onguents, pommades. — Les pommades s'appliquent aux bords libres des paupières ou à toute la surface de la conjonctive. Dans le premier cas, le malade peut en faire l'application lui-même; mais, dans le second cas, le chirurgien doit appliquer le remède.

Avant de placer une pommade sur le bord libre des paupières, il faut enlever toutes les matières qui incrustent la racine

des cils ; cela est facile à faire en frottant le bord libre avec du beurre frais ou du lard, et en lavant à l'eau tiède après quelques minutes. La croûte muco-purulente se ramollit, et il est ensuite très aisé de la retirer avec l'ongle ou l'extrémité d'une épingle. On doit enlever en même temps tous les cils détachés.

Pour enduire de pommade le bord libre des paupières, on se sert d'un petit pinceau ou simplement de l'extrémité du doigt. La paupière est légèrement retournée, afin que la pommade s'applique sur les ouvertures des glandules de Meibomius, et l'on enduit la racine des cils en exerçant une légère friction après avoir fermé les paupières.

Lorsque la pommade doit être appliquée à toute la surface de la conjonctive, on en place gros comme un petit pois sur l'extrémité d'un stylet ou simplement sur l'ongle du petit doigt, et on l'introduit sous la paupière supérieure que l'on a écartée préalablement du globe, puis, la paupière étant abaissée, on la frotte légèrement pendant quelques instants contre le globe, afin que la chaleur venant à dissoudre la pommade, celle-ci se répande sur toute la surface conjonctivale.

S'il n'est nécessaire de ne toucher que la conjonctive palpébrale avec la pommade, on peut en limiter l'action, et de cette manière diminuer la douleur de l'application. En retournant la paupière, on découvre la surface conjonctivale, que l'on peut enduire de pommade avec un pinceau ou avec la pulpe du doigt.

Quelquefois les pommades sont introduites dans les voies lacrymales, en enduisant les stylets ou cordes à boyau que l'on engage dans le canal nasal, soit par le nez, soit par l'orifice d'une fistule lacrymale.

Quand on fait usage d'une pommade caustique, il faut prendre quelques précautions, comme celle de ne pas l'introduire sous la paupière inférieure et de l'y laisser séjourner. J'ai vu la conjonctive du sinus palpébral prendre un mauvais aspect, parce que le nitrate d'argent appliqué en onction s'était répandu et avait séjourné en ce point. Quand on introduit la pommade sous la paupière supérieure, les mouvements normaux tiennent lieu jusqu'à un certain point de la friction que le chirurgien aurait dû exercer.

Exemples de pommades.

1° Oxyde rouge de mercure bien lavé. 3, 6, 15 grains (20, 40,

100 centigr.).

Axonge purifiée 2 gros (8 gram.).

Mêlez avec soin.

Sous ses deux formes les plus faibles, cette pommade peut être appliquée par le malade lui-même au bord libre des paupières. Le chirurgien seul doit employer la préparation la plus forte. Cette pommade, appliquée à toute la surface de la conjonctive, est un très bon remède dans les diverses inflammations de la muqueuse, les ulcères, les taies, etc., de la cornée. Son action est plus douce que celle de la pommade au nitrate d'argent.

L'onguent citrin des pharmaciens, mêlé à quatre ou cinq parties de lard ou d'huile, s'applique avec avantage au bord libre des paupières.

2° Nitrate d'argent 10 grains (60 cenligr.).

Eau distillée, q. s. pour dissoudre le nitrate d'argent. Faites la solution, puis mêlez exactement avec :

Blanc de baleine 1 once (30 gram.).

Cette pommade est employée avec avantage non-seulement dans les phlegmasies chroniques, mais encore dans les inflammations aiguës de la conjonctive ; elle cause une vive douleur.

J'ai dans ces derniers temps fait usage avec succès de Yunguentum sulfuris dans le cas de granulations de la conjonctive ; son application produit une douleur intense- La recette suivante est celle de la pommade ophthalmique de Janin :

Précipité blanc 15 grains (95 cenligr.).

Bol d'Arménie ) . »„ fa v

,r ,- > 1/2 gros 2 gram.).

I utie préparée j ' s v s •'

Graisse de porc 1 à 2 gros (4 à 8 gram.).

Mêlez exactement.

Il est de toute importance que les pommades pour les yeux ne contiennent pas de grumeaux ; les poudres qui entrent dans leur composition doivent être réduites par la trituration en substance impalpable et lavées avec de l'eau ou de l'huile avant d'être mélangées à l'excipient. Les substances solubles en petite quantité, telles que le nitrate d'argent, le sulfate de zinc ou de cuivre, doivent être préalablement dissoutes.

Lorsque le camphre entre dans la composition d'une pommade, il faut d'abord le faire dissoudre dans une huile fixe. Le meilleur excipient pour les pommades ophthalmiques estl'axonge, le cérat simple et l'onguent sperma ceti.

[Depuis ! 859, nous substituons la glycérine comme excipient à l'eau distillée et à Faxonge dans les divers collyres. La glycérine du commerce est trop impure pour être employée en pareille circonstance ; il faut donc ne faire usage que de la glycérine parfaitement purifiée et tout à fait neutre, si l'on veut être sûr des résultats que l'on obtiendra. A cet état, la glycérine sassocie parfaitement à tous les médicaments que Ton emploie dans les maladies des yeux ; les uns s'y dissolvent, les autres y sont tenus en suspension. Il faut en excepter toutefois le nitrate d'argent qui, comme on le sait, se décompose au contact des matières organiques.

Les collyres dont nous faisons le plus souvent usage contiennent, pour 30 grammes de glycérine pure, l'une des substances suivantes : borax, 50 centigrammes à \ gramme; sulfate de zinc, \ 5 centigrammes à \ gramme ; sulfate de cuivre. 1 5 centigrammes à 2 grammes ; tannin, 50 centigrammes à 3 grammes , calomel, 1 a 4 grammes; laudanum de Sydenham, 4 à S grammes; teinture d'iode, 1 à 3 grammes; iodure de potassium, 50 centigrammes à 2 grammes; perchlorure de fer, \ à 4 grammes; alun, 50 centigrammes à 2 grammes ; extrait deratanhia, \ à 3 grammes, etc.

Nous maintenons les paupières dans un état parfait de propreté, et nous évitons leur accolement en prescrivant aux malades, dans les cas d'ophthalmie et en particulier de blépharite ciliaire, d'enduire, au moyen du doigt trempé dans la glycérine, le bord des paupières, d'exercer sur ce bord une légère friction, et cela plusieurs fois dans la journée. De cette façon, la glycérine se mêle au pus, au muco-pus, incessamment versés à la surface des paupières, les liquéfie et empêche la production de croûtes adhérentes à la base des cils ; si ces croûtes existent, la glycérine les dissout rapidement et permet de les enlever sans le moindre effort. C'est là un avantage sur lequel nous insistons tout particulièrement, car on sait combien l'existence de ces croûtes muco-purulentes est préjudiciable à la guérison ; puisque, outre qu'elles empêchent les médicaments dé toucher les surfaces malades, elles amènent l'arrachement des cils, ravivent les ulcérations si on les enlève avec un peu de violence.

Nous pensons encore que ces onctions avec la glycérine entretiennent dans les paupières une souplesse favorable à la guérison, et nous indiquons de porter le doigt qui fait l'onction sur le bord libre des paupières en le faisant progresser de dedans en dehors, afin de ramener dans leur direction normale les cils qui.

dans les ophthalmies ciliaires ou tarsiennes, ont la tendance la plus marquée à se dévier en dedans.

Nous ne manquons jamais, lorsque nous croyons utile, dans les cas d'ophthalmie purulente, de granulations palpébrales, de porter le crayon de nitrate d'argent sur la conjonctive, d'enduire les surfaces cautérisées d'une couche de glycérine, après avoir toutefois décomposé le caustique au moyen de l'eau salée. Nous évitons ainsi le contact avec la cornée transparente de l'eschare irrégulière, rugueuse, produite à la surface de la conjonctive. (Voy. Bull, thérap., 4 861, p. 14 3.)

M. de Graefe a aussi reconnu les avantages de la glycérine, car, en y mêlant de l'amidon et en y ajoutant diverses substances médicamenteuses, il compose un onguent qu'il emploie dans diverses affections de la conjonctive et de la cornée.]

Collyres secs ou poudres. — L'application des poudres irritantes aux yeux se fait beaucoup plus rarement aujourd'hui.

On les employait surtout autrefois dans les cas de taies de la cornée. Les insufflations de calomel sont très recommandées dans les ophthalmies puro-muqueuses.

La poudre, rendue aussi impalpable que possible (pulvis sublilissimus), s'insuffle dans l'œil à travers un tuyau de plume, ou on l'y projette au moyen d'un pinceau sec. Le chirurgien doit toujours faire lui-môme cette petite opération.

Le sucre raffiné ou le sucre candi, réduits en poudre très fine, ont été souvent employés seuls ou comme excipients d'autres substances.

Exemples de collyres secs.

1° Sucre raffiné ) .. , ,

^ , , > parties égaies.

Oxyde de zinc ) * ° .

Mêlez et triturez.

2° Oxyde rouge de mercure. . . . 10 grains (60 cenLigr.). Sucre raffiné 1 gros (4 gram.).

Mêlez et triturez.

3° Calomel ) ,. , ,

Sucre raffiné ...} Parlies égales.

Mêlez et triturez.

On peut ajouter à ce dernier collyre une partie d'opium en poudre. On variera les proportions indiquées plus haut, suivant

les circonstances, mais le calomel est peut-être le meilleur collyre sec de ce genre.

Dernièrement, on a beaucoup vanté en Belgique l'efficacité de l'acétate neutre de plomb dans les granulations conjonctivales. Les paupières étant retournées, on les essuie avec un morceau de mousseline, puis on applique la poudre avec un pinceau ou l'extrémité du doigt ; après l'avoir laissée séjourner une ou deux minutes, on doit la retirer et laver la conjonctive (1 ).

§ V. — Cautérisation potentielle.

Il est quelquefois nécessaire de toucher les fongosités de la conjonctive, les ulcères de la cornée, les hernies de l'iris, les staphylômes partiels avec un caustique. Le caustique généralement employé est le nitrate d'argent. Pour faire cette petite opération, un aide se charge de tenir l'une des paupières pendant que le chirurgien maintient l'autre et applique le caustique au point où il est nécessaire. Cela fait, on essuie avec un linge fin la surface cautérisée, et Ton applique un peu d'huile d'olive avant de laisser les paupières se refermer. La cautérisation de la peau des paupières avec l'acide sulfurique est un moyen employé pour guérir Tentropion en produisant la rétraction des paupières. Nous en parlerons en traitant de cette maladie.

On a beaucoup abusé de la cautérisation avec le sulfate de cuivre dans le traitement des granulations de la conjonctive ; et dans l'espoir de guérir ces soi-disant granulations, on a assidûment frotté la surface interne des paupières. Le résultat de cette pratique est de détruire la conjonctive palpébrale en même temps que les granulations, et de laisser le cartilage tarse recouvert par un épithélium calleux. J'ai observé de nombreux cas de ce genre, et la conjonctive palpébrale ayant été surtout détruite dans l'endroit qui proémine le plus quand les paupières sont retournées, on avait ainsi la preuve non-seulement de l'abus, mais encore de l'application mal faite du caustique.

(1) L'acétate de plomb forme un précipité blanc qui se dépose sur la conjonctive. Cet effet diffère cependant de celui qui résulte de l'abus du nitrate d'argent, car il peut se produire après une seule application. Ce dépôt est très porté à se fixer sur les ulcères de la cornée ; lors donc qii'il en existe, le collyre à l'acétate de plomb est contre-indiqué.

L'application du caustique lunaire à la surface de l'œil, qui peut être fort utile dans certains cas, lorsqu'elle est convenablement faite, devient au contraire fort dangereuse dans des mains inhabiles ou négligemment faite. Voici comment nous avons l'habitude de procéder, quand il s'agit, par exemple, de cautériser la surface interne des paupières. Après avoir retourné ces organes, nous promenons légèrement sur la surface de la conjonctive, soit le crayon de nitrate d'argent, soit un pinceau chargé d'une solution concentrée du même caustique; immédiatement nous versons sur la surface cautérisée quelques gouttes d'eau salée qui décompose le caustique, comme le prouve la couche blanche épaisse qui se forme tout de suite ; enfin avant de replacer les paupières, nous enduisons leur surface d'une couche de glycérine pure, afin d'éviter le frottement de l'eschare rugueuse sur la surface de la cornée.

Avec de telles précautions, les dangers de l'application de la cautérisation avec le nitrate d'argent disparaissent, pourvu qu'on réserve son emploi aux cas qui le réclament. La cautérisation périkératique nécessite les mêmes précautions.

Comme M. Warthon Jones, nous regrettons l'abus que l'on peut faire du sulfate de cuivre, mais nous n'en reconnaissons pas moins que c'est un agent précieux et dont on peut retirer les plus grands avantages dans beaucoup de circonstances, sans qu'il offre les dangers du crayon de nitrate d'argent. L'application du crayon de sulfate de cuivre est très douloureuse ; nous avons cru remarquer que le même agent dissous à la dose de 2 à 4 grammes, dans 25 à 30 grammes de glycérine, produisait moins de douleur, et nous l'employons souvent sous cette forme.

Les crayons composés de nitrate d'argent et de potasse qu'emploie M. Desmarres offrent aussi certains avantages qui légitiment la préférence que leur accorde ce chirurgien.

Nous avons fait nous-même fabriquer un autre genre de crayons qui nous rendent des services signalés, spécialement dans les cas de tuméfaction chronique delà conjonctive. Ces crayons sont formés de 4 parties de tannin et 2 parties de gomme adragante, à laquelle on ajoute en quantité suffisante de la mie de pain pour donner au mélange la consistance nécessaire. Le mélange est roulé en cylindre de 5 millimètres de diamètre et séché à l'étuve. On se sert de ces crayons pour toucher la conjonctive malade une ou deux fois par jour. On peut encore introduire entre les paupières un petit morceau du crayon de tannin qui, grâce à la gomme, se fixe aussitôt et se dissout au contact des surfaces malades.

§ VI. — Emissions sanguines.

Ventouses. — Quand il est nécessaire de recourir aux ventouses scarifiées dans les maladies des yeux, on les applique ordinairement sur la nuque ou sur les tempes.

Application des sangsues. — La région du pourtour de l'orbite,

la racine du nez, les tempes, sont les points les plus favorables à l'application des sangsues dans les inflammations oculaires. On applique quelquefoisjune ou deux sangsues à l'intérieur des narines, et au besoin sur la conjonctive des culs-de-sac palpébraux, quoique cette manière de procéder ne soit pas très recommandablc, d'abord parce que les blessures qui en résultent forment des saillies mamelonnées qui font à la surface de l'œil l'effet de corps étrangers, ensuite parce qu'il est préférable, en pareil cas, d'employer les scarifications.

C'est ordinairement au nombre de six à douze que l'on applique les sangsues autour de l'orbite d'un adulte. Chez les enfants, deux ou trois, placées à la racine du nez, suffisent. Il ne faut pas oublier que chez les très jeunes enfants, l'hémorrhagie qui suit l'application même d'une seule sangsue peut devenir fatale si on la laisse continuer trop longtemps. Les scarifications doivent donc être préférées en pareils cas, d'autant plus que dans l'ophthalmie des nouveau-nés, qui réclame une saignée, il suffit de faire quelques écorchures à la conjonctive engorgée pour produire une émission sanguine suffisante.

Lorsque l'écoulement de sang a été entretenu assez longtemps par des fomentations chaudes, il faut le faire cesser et sécher soigneusement la peau. Si le sang ne s'arrête pas de lui-même, on fera la compression sur les piqûres avec la pulpe du doigt, on la touchera avec de l'acide nitrique très étendu d'eau (ou mieux avec le perchlorure de fer).

Il faut prévenir le malade de la coloration ecchymotique des paupières qui suit généralement l'application des sangsues. Suivant les idiosyncrasies, les sangsues appliquées à la face produisent l'érytbème, ou l'érysipèle accompagné parfois d'un œdème considérable. Lorsqu'on prescrit l'application des sangsues en un point du visage, il faut s'enquérir si déjà elles ont été employées ainsi, et si l'on a remarqué une tendance à F ér y thème. Quoique le malade s'effraye parfois de l'érythème ou de l'œdème, ces accidents disparaissent généralement avec rapidité. Une lotion saturnine est alors opportune. Quelquefois enfin, et surtout dans les circonstances dont il vient d'être question , les piqûres suppurent et laissent des cicatrices noueuses.

1° Scarification de la conjonctive des paupières et des culs-de-sac palpébraux.

L'instrument le plus simple pour pratiquer cette petite opéra-

tion est la lancette ordinaire à grain d'orge (1). La scarification est indiquée lorsque la conjonctive palpébrale, et spécialement celle des sinus palpébraux, est gorgée de sang et tuméfiée. Dans ce cas, des écorchures superficielles suffisent pour donner issue a une quantité considérable de sang. On ne devra jamais faire d'incisions profondes. Lorsque le sang ne s'écoule pas par des incisions superficielles, c'est que le cas ne réclame pas l'emploi des scarifications. À mesure que le sang sort, on l'essuie en promenant un linge sec sur le bord des paupières sans toucher à la petite plaie, de peur de faire cesser l'écoulement. Pour augmenter le flux sanguin, il suffit de laisser les paupières se refermer tant soit peu, puis de les retourner de nouveau ; cependant, lorsque le sang commence à se coaguler sur les incisions, on retire les caillots avec le linge, et l'on fait, au besoin, quelques nouvelles coupures. Lorsqu'il est nécessaire de scarifier les deux paupières, il vaut mieux commencer par la paupière supérieure.

2° Scarification de la paupière supérieure.

La paupière supérieure est plus difficile à retourner que l'inférieure, mais, dans les cas qui réclament les scarifications, ce petit mouvement d'éversion est plus facile à obtenir à cause du gonflement de la conjonctive. On la maintient retournée, comme nous l'avons dit plus haut, pendant que les scarifications sont faites et tout le temps que dure l'écoulement de sang. Lorsque la conjonctive des sinus palpébraux est très congestionnée et tuméfiée, comme dans l'ophthalmie des nouveau -nés, il ne faut pas craindre de la scarifier. Dans certains cas d'inflammation chronique, la conjonctive de la paupière supérieure ne présente de rougeur et de tuméfaction que vers les angles, et n'est presque pas affectée dans le reste de son étendue ; les scarifications ne doivent alors porter que sur les parties malades.

3° Scarification de la conjonctive de la paupière inférieure.

On retourne la paupière pour cette opération en appliquant les doigts index et médius à la racine des cils. On abaisse ainsi la

(1) M. Desmarres se sert pour scarifier la conjonctive d'un petit couteau à extrémité arrondie et recourbée et à tranchant convexe. Cet instrument est plus commode que la lancette ; mais la lancette effraye peut-être moins le malade, et peut, avec un peu d'habitude, tenir lieu dit couteau scarificateur.

paupière et la peau de la joue, puis dirigeant la pulpe des doigts un peu en arrière, entre le rebord de l'orbite et le globe de l'œil, le chirurgien parvient à découvrir toute la surface de la conjonctive du sinus palpébral inférieur.

Dans les granulations de la conjonctive, j'ai employé avec avantage un genre de scarification particulier qui consiste à faire une incision en croix sur chaque granulation, ou, si leur petitesse et leur rapprochement s'y opposent, à pratiquer un grand nombre de hachures croisées.

On a reproché aux scarifications de faire plus de mal par l'irritation traumatique qu'elles causent, qu'elles ne font de bien en produisant une émission de sang. C'est envisager la question sous un faux point de vue. Dans les cas où les scarifications sont utiles, les incisions les plus superficielles suffisent pour amener un écoulement de sang abondant, diminuer la congestion de la conjonctive, et préparer cette membrane à recevoir avec plus d'avantage les applications que l'on y fait immédiatement après.

4° Division des vaisseaux distendus de la conjonctive scléroticale.

Cette division se fait facilement en introduisant à travers la conjonctive, sous le vaisseau distendu, une aiguille à tranchant recourbé, qui, ramenée vers soi, coupe le vaisseau. Mais, ordinairement, on préfère exciser une portion du vaisseau pour empêcher la tuméfaction du vaisseau divisé et la réunion des extrémités qui se produit facilement au même point. A cet effet, les paupières sont maintenues ouvertes par un aide, le chirurgien ayant besoin des deux mains, l'une pour saisir avec une pince à érigne la portion de la conjonctive qui contient le vaisseau, et l'autre pour couper avec des ciseaux courbes le pli maintenu par la pince. La convexité des ciseaux est tournée vers l'œil pendant que l'on saisit la conjonctive. Quand le vaisseau n'a pas été coupé en même temps que la conjonctive, il arrive souvent que le coup de ciseau l'a mis à nu, et l'on .peut alors le saisir directement et le couper, mais, en tous cas, il ne faut pas recommander la division des gros vaisseaux.

5° Incision de la conjonctive dans le chémosis.

Dans le chémosis, le bourrelet saillant que forme la conjonctive autour de la cornée doit être incisé, tant pour produire

un écoulement sanguin, que pour diminuer la tension de la conjonctive et la pression qu'elle exerce sur la cornée. Le meilleur moyen pour faire cettepetite opération consiste à se servir de ciseaux droits à pointes arrondies, que l'on dirige en irradiant autour de la cornée. Pendant qu'un aide maintient les paupières ouvertes, le chirurgien saisit avec une pince à griffes le bourrelet conjonctival et le coupe en travers avec des ciseaux ; il en résulte une incision rayonnante que l'on peut répéter de la même façon dans trois ;ou quatre points autour de la cornée et à des distances égales.

L'excision de quelques replis de la muqueuse au moyen de la pince et des ciseaux courbes, ou même l'excision complète de la conjonctive autour de la cornée n'offrent pas d'avantages.

§ VII. — Contre-irritatian.

Dans les maladies des yeux, la contre-irritation se fait, en général, au moyen de vésicatoires, d'emplâtres stibiés ou de liniments excitants que l'on applique sur la nuque, derrière les oreilles ou sur le sommet delà tête. Lorsqu'il faut la prolonger longtemps, on applique des cataplasmes chauds entre les épaules, un séton à la nuque ou un cautère au bras.

La contre-irritation est quelquefois appliquée plus près de l'organe malade, et on l'a déterminée sur les tempes, au-dessus du sourcil ou même directement sur la face externe des paupières. Dans ce cas, le contre-irritant le plus commode est la solution suivante d'iodure de potassium que l'on étend sur la peau avec un pinceau :

Iode et iodure de potassium, de chaque. . . 1/2 gros (2 gram.). Esprit-de-vin rectifié 1/2 once (ri gram.).

Enfin, on peut également avoir recours à la cautérisation avec le nitrate d'argent ou à l'application de vésicatoires.

§ VIII. — Occlusion palpébrale.

[ L'occlusion des paupières, utile dans certains cas, peut être obtenue de plusieurs façons.

Le simple bandage monocle ou binocle doit être rejeté parce qu'il ne maintient pas suffisamment les paupières, qu'il échauffe

l'œil et provoque l'irritation de la conjonctive et le larmoiement. Mayôr de Lausanne se servait du coton cardé, qui constituait pour le globe oculaire une sorte de coussinet moelleux et doux ; mais le coton s'affaisse, laisse les paupières se mouvoir et irrite leurs bords. M. Furnari, qui, renouvelant la méthode arabe, a beaucoup préconisé l'occlusion des paupières dans les ophthalmies, a substitué la ouate gommée au coton cardé.

Les bandelettes agglutinatives sont encore employées pour tenir les paupières fermées.

Le meilleur moyen consiste dans l'emploi de bandelettes de taffetas gommé. On prend trois bandelettes de taffetas de 1 0 à

4 5 centimètres de long sur I centimètre de large environ. L'une d'elles est collée par une de ses extrémités sur le milieu de la paupière supérieure jusqu'à son bord libre, et les autres de même à quelque distance de la première, afin de laisser un vide entre elles. Quand elles sont bien agglutinées, on les abaisse sur la joue en entraînant la paupière et on les y fixe.

M. Hairion a conseillé le procédé suivant :

Les paupières étant rapprochées, on applique sur la fente palpébrale, au moyen d'un pinceau trempé dans le collodion, une légère couche de cette substance, et la pellicule même qui ferme les paupières persiste environ quarante-huit heures. Comme M. Hairion, M. Warlomont fait usage du collodion, mais il recouvre les paupières avec une lamelle de baudruche. C'est ce procédé que nous employons lorsque nous voulons obtenir une occlusion tout à fait complète.

Plus tard, M. Furnari indiqua un autre procédé très simple. On étale sur les paupières fermées unelcouche légère de solution de colle de poisson ou de blanc d'œuf, ou de gomme arabique ; immédiatement on applique horizontalement une ou deux bandelettes superposées de tulle, de la forme d'un ovale allongé ayant 4 à

5 centimètres de long sur 3 de haut. Les petites bandes s'adaptent parfaitement, sans exercer dépression, à la forme des paupières, et le produit des sécrétions peut s'écouler entre les mailles du tulle. On ne doit jamais négliger l'occlusion des paupières dans les cas de plaies de l'œil, et en particulier de celle de la cornée après l'extraction de la cataracte. On a conseillé son emploi dans les ulcères de la cornée, la hernie de l'iris, le kératocèle, le pannus et dans toutes les ophthalmies purulentes ou autres. Nous verrons plus tard quelles sont de toutes ces maladies celles qui réclament l'occlusion palpébrale. j

§ IX. — Compression fie l'œil.

[ La compression de l'œil peut être utile dans un grand nombre de maladies du globe ou des paupières. C'est ainsi qu'on pourra en faire usage toutes les fois que la cornée est perforée ou menacée de l'être, dans les staphylômes, dans les hernies de l'iris, dans les blépharitesphlegmoneuses, etc.

Ce moyen, pour produire de bons effets, nécessite l'application d'un bandage qui doit être fait avec beaucoup de soin et d'attention. On peut exercer la compression, en maintenant sur l'œil une couche de boulettes de charpie ou de ouate au moyen du bandage désigné sous le nom de monocle.

M. Desmarres se sert d'un appareil composé de plusieurs rubans de fils de 3 centimètres de largeur, et de boulettes de chardie disposées de la façon suivante. Un premier ruban, garni à Tune des extrémités d'une boucle solidement cousue, est appliqué sur les yeux préalablement couverts d'une boulette de charpie dont le volume varie suivant la compression que l'on veut obtenir ; le chef libre du ruban est placé dans la boucle et serré aussi fortement qu'il en est besoin. Un second ruban est cousu sur le précédent, à deux endroits différents, au milieu du front et à la nuque, près de la boucle ; il doit être mesuré sur la saillie du vertex, afin d'empêcher le bandeau de descendre. Deux autres rubans complètent l'appareil ; cousus aussi sur le bandeau horizontal, un peu en avant de chaque oreille, et noués sous le menton pour empêcher le bandeau de descendre. ]

§ X. — Évulsion des cils.

L'instrument le plus commode pour cette opération est une pince spéciale à larges mors; mais une simple pince à dissection, si elle est bonne, peut suffire. Après avoir légèrement retourné la paupière avec la main gauche, le chirurgien, de Ja main droite armée de la pince, saisira chaque cil et l'arrachera ; si le cil se casse, il faut en rechercher la racine avec soin, car elle causerait plus d'irritation que le cil lui-même. On peut éviter cet inconvénient en saisissant le cil exactement à sa racine, et en exerçant sur lui une traction lente et progressive, et en ne cherchant pas à l'arracher brusquement d'un seul coup. Lorsqu'il faut opérer sur les deux paupières, je recommande de commencer par la supérieure.

§ XI. — De l'ablation des corps étrangers situes dans l'espace ocMlo-palpébral de la conjonctive.

Lorsqu'un corps étranger a pénétré dans l'espace oculo-palpébral de la conjonctive, on dit, dans le langage vulgaire, qu'il est entré dans l'œil. L'irritation chimique ou mécanique de la conjonctive produit une contraction spasmodique des paupières et un ilôt de larmes. Si cette irritation est causée par une substance à l'état de vapeur, la conjonctive se trouve ainsi protégée contre l'action prolongée de la vapeur, et la douleur ne persiste pas. Les vapeurs acides concentrées, telles que celles d'acide nitrique, d'acide hydrochlorique, peuvent faire instantanément de grands ravages en détruisant l'épithélium de la conjonctive et la cornée.

Les substances solides qui ne sont pas de nature à adhérer à la conjonctive sont immédiatement entraînées hors de l'œil par le torrent de larmes qu'elles ont excité ; si elles sont très petites, elles sont portées, enveloppées de mucus, par le mouvement des paupières, vers le lac lacrymal. Lorsqu'une particule solide s'introduit entre la paupière et le globe oculaire, elle cause une violente irritation et excite les contractions spasmodiques du muscle orbiculaire ; ce qui ne fait qu'aggraver le mal en fixant davantage la substance à la conjonctive, si elle est de nature à y adhérer. Lorsqu'on soupçonne la présence d'un corps étranger entre le globe et la portion fixe des paupières, ce que l'on peut deviner par le siège et l'intensité de l'irritation, et si l'on ne parvient pas à le découvrir en soulevant la paupière, il faut recourir à la rétroversion, à moins que l'on ne se soit débarrassé du corps étranger en attirant en bas la paupière supérieure et en la faisant passer sur les cils de l'inférieure. Si, après avoir retourné la paupière, on ne découvre pas immédiatement le corps étranger, il faut examiner avec le plus grand soin, en songeant qu'il peut être difficile à découvrir à cause de sa transparence. Lorsque le corps étranger est découvert, on le retire avec un pinceau très fin, la pointe d'un cure-dent ou d'un stylet, ou de tout autre objet à extrémité fine, mais mousse.

Les corps étrangers qui s'introduisent sous la paupière inférieure causent moins de douleur et sont plus faciles à trouver , parce que cette paupière se retourne aisément. Les molécules étrangères qui se logent dans le sinus oculo-palpébral peuvent y séjourner longtemps sans causer d'irritation, parce que les tissus cellulaire et adipeux sous-jacents de l'orbite sont tellement sou-

pies, qu'ils n'exercent qu'une très légère pression sur le corps étranger. J'ai souvent été surpris du volume des particules que j'ai trouvées en ce point, sans qu'il en soit résulté d'irritaiion ni de douleur.

Lors donc que, malgré l'absence d'une douleur vive, on aura quelque raison de soupçonner la présence d'un corps étranger à la surface de l'œil, et qu'on ne l'aura pas découvert par le mode d'exploration que nous venons d'indiquer, il faudra porter toute son attention sur les sinus oculo-palpébraux et les examiner avec le plus grand soin.

On rencontre quelquefois des cas dans lesquels des éclats de bois, des fétus de paille, des fragments de pipe, etc. , ont pénétré dans l'orbite à travers la conjonctive des sinus palpébraux, et n'ont pas été aperçus, faute d'une exploration minutieuse.

Si un corps étranger est projeté avec force dans l'œil, il peut se fixer aussitôt à la conjonctive et même à la cornée. J'ai vu souvent des coques de petites graines et d'autres corps analogues, tels que les ailes d'insectes, et entre autres, chez un pêcheur, une valve d'un très petit mollusque, se fixer à la dérobée à la conjonctive de la sclérotique ou à celle de la cornée. L'inflammation envahit alors la conjonctive, et l'on peut confondre ces corps étrangers avec des pustules ou des phlyctènes causées par l'inflammation. 11 faut donc, lorsqu'il y a doute, examiner avec grand soin, et l'on ne pourra s'y méprendre. On enlève facilement le corps étranger avec les instruments dont nous avons parlé plus haut. Les parcelles de fer en ignition connues sous le nom d'étincelles, et qui s'ensevelissent profondément dans la cornée des ouvriers , apparaissent comme de petits points noirs entourés d'une certaine opacité. Elles occasionnent plus ou moins de douleur, de rougeur et de larmoiement, surtout lorsque les paupières sont fermées.

Le corps étranger est plus ou moins incrusté dans les tissus; mais on parvient à le faire sortir de son nid au moyen d'un curedent ou d'une petite spatule d'argent. Lorsqu'on l'examine après l'avoir enlevé, on voit qu'il est formé par un mince fragment d'oxyde noir de fer.

Quand on retire les corps étrangers presque aussitôt après leur introduction, la douleur cesse en général ou diminue rapidement. Quelquefois cependant le malade éprouve la même sensation que lorsque le corps était dans l'œil. Cela est dû, soit à l'injection vasculaire, soit à l'exulcération d'un point de la conjonctive.

Les substances caustiques ou chaudes, soit solides, soit liquides, agissent si rapidement, que lorsqu'on est en mesure de les retirer, elles ont déjà produit tout leur effet. Quand une particule de substance caustique est encore sous les paupières, ce que l'on peut appliquer de mieux, c'est un peu d'huile d'olive ; on procède ensuite à la recherche du corps, dont l'extirpation n'est pas toujours facile, surtout si c'est de la chaux ou du mortier qui adhère fortement à la conjonctive. On ne doit pas négliger d'explorer les sinus palpébraux où des particules de ces matières ont pu se glisser. Après avoir nettoyé l'œil le mieux possible, il est bon d'y injecter de l'eau pour enlever tout ce qui pourrait rester du caustique (1). Lorsque de la poudre a fait explosion dans l'œil, outre la brûlure qui en résulte, les grains se fixent dans la conjonctive et la cornée, et à moins qu'on ne les retire avec soin, laissent des marques et des opacités indélébiles.

Fig. 20.

[La figure 20, empruntée à l'excellent Traité de chirurgie opératoire de A. Guérin, montre comment le chirurgien peut maintenir le globe oculaire pendant l'extraction des corps étrangers de la cornée. 1

La potasse, le nitrate d'argent se dissolvent si rapidement dans les larmes, que le plus souvent leur- effet est produit avant qu'on puisse^ les retirer. La première chose à faire dans un cas semblable, c'est d'appliquer un remède qui décompose le caustique et en arrête les ravages en le rendant inerte. Ainsi, lorsque de l'acide sulfurique aura été jeté dans les yeux, ce qui a eu lieu quelquefois dans un but criminel, il faut immédiatement

(1) M. Gosselin, dans un mémoire sur l'ophthalmie, causée pa chaux éteinte dans l'œil (Archiv. méd., 1855, t. Il, p. 513), a n éteinte produit l'opacité delà cornée par pénétration dans l'épaisseur de la'membrane, et que le meilleur collyre, dans ce cas, est l'eau sucrée

la projection de la p. 513), a montré que la chaux

faire des lotions, des injections avec une solution de sous-carbonate de soude ou avec la magnésie en suspension dans l'eau. Les substances chaudes se refroidissent promptement, et il s'agit tout simplement de les retirer dès le premier moment. Si de la poix avait été introduite dans l'œil, l'huile d'olive en faciliterait l'extraction. Quant aux corps étrangers qui pénètrent dans l'intérieur de l'œil, aux effets qu'ils produisent, et au traitement qui leur convient, nous en parlerons sous le titre: Blessures de l'œil.

§ Tfcll. — Évacuation de l'humeur aqueuse par la position «le la cornée.

Les circonstances variées qui nécessitent cette opération seront indiquées en temps et lieu. Il ne s'agit ici que de décrire le procédé opératoire. Il consiste tout simplement à sectionner la cornée comme dans le premier temps de l'extraction de la cataracte. L'instrument le plus commode est le couteau à cataracte ou le bistouri à fer de lance. S'il existe de la photophobie chez le malade , l'opération est très délicate , parce que dès qu'on ouvre les paupières, le globe roule sur lui-même pour se cacher derrière le rebord orbitaire, et il peut être nécessaire d'employer le chloroforme. Il faut qu'un aide tienne l'une des paupières , tandis que le chirurgien se charge de l'autre. On enfonce l'instrument dans la cornée, tout près de la sclérotique, et l'on aura grand soin de ne pas le faire avancer davantage lorsqu'on sentira qu'il a pénétré dans la chambre antérieure. La pointe du bistouri ne doit pas dépasser le bord temporal de la pupille, afin que si l'humeur aqueuse s'échappait tout d'un coup, l'iris se trouvât entre la pointe de l'instrument et le cristallin. C'est dans ce but que l'on emploie un instrument de la forme que nous venons d'indiquer, car alors on produit une assez large ouverture de la cornée sans enfoncer profondément. La ponction étant faite, on retire l'instrument en lui faisant éprouver sur son axe un léger mouvement de rotation qui écarte les lèvres de l'incision, et permet à l'humeur aqueuse de s'échapper. À mesure que l'écoulement se fait et que l'iris se rapproche de la cornée, on retire l'instrument.

Le procédé d'évacuation de l'humeur aqueuse, ou de paracentèse de l'œil, indiqué ici, n'est en définitive que le premier temps de l'opération de la cataracte par extraction, ou mieux de l'opération de la pupille artificielle par excision. Il convient lorsqu'il s'agit d'évacuer le pus,

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