‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 16 sur 127 · DE L'INFLAMMATION EX GENERAL · texte numérisé non relu

DE L'INFLAMMATION EX GENERAL

dition nécessaire de l'exsudation, et celle-ci fournissant les matériaux indispensables à la régénération.

Lorsque la mortification s'empare des tissus, la partie mortifiée tend à s'éliminer sous forme d'eschare. La séparation s'effectue par le ramollissement de la partie mortifiée et par la suppuration qui s'établit sur la surface vivante congestionnée.

V ulcération est le contraire de la granulation; car tandis que dans les plaies granuleuses la matière exsudée se change immédiatement partie en tissus, partie en pus, dans les plaies ulcéreuses cette matière exsudée, non-seulement ne s'organise pas en de nouveaux tissus, mais encore la partie malade perd sa vitalité et tombe par petites portions qu'entraîne la matière qui s'en écoule, laquelle est, ou une simple sanie, ou du pus imparfaitement développé. On voit par là que l'ulcération doit être rangée sous le titre de mortification.

Les phénomènes de l'inflammation et ses accidents consécutifs qui viennent d'être décrits sont objectifs, c'est à-dire qu'ils sont facilement observés par le chirurgien. Les phénomènes subjectifs, que le malade seul perçoit, sont : la douleur et les autres sensations morbides. La chaleur qui accompagne l'inflammation est à la fois objective et subjective.

L'augmentation objective de la chaleur, qui est appréciable au thermomètre, est due à la congestion L'augmentation subjective de chaleur, ou le sentiment de chaleur qu'éprouve le malade, dépend en partie de l'accroissement objectif de la température et en partie de l'exaltation de la sensibilité des nerfs de la partie malade.

La douleur qui se révèle d'abord est la manifestation de l'augmentation de la sensibilité des nerfs sensitifs occasionnée par les causes excitantes de l'inflammation. La douleur augmente ensuite et revêt un autre caractère à cause de la pression qu'exercent sur les nerfs déjà fort excités les vaisseaux congestionnés et la matière exsudée. Enfin, des parties autres que celle qui est le siège primitif de l'inflammation peuvent être affectées par sympathie.

§ 281. — 3Hstïncâion de l'inflammation en aïgiaë et chronique.

Les inflammations aiguës et chroniques sont ainsi nommées à cause de leurs caractères les plus apparents : la première se distingue par l'intensité des symptômes, et la seconde par leur persistance. Dans la forme aiguë de l'inflammation, aux sym-

ptômes graves se joint une marche rapide, et dans la forme chronique la longue durée est compensée par le peu d'intensité des symptômes.

Ces différences, on le voit, sont simplement des différences d'intensité et de durée. Il ne paraît pas y avoir de différence essentielle quant à la nature même des phénomènes. Dans l'une et l'autre forme, la congestion, l'exsudation et la matière exsudée subissent des changements analogues. Il faut cependant observer qu'on trouve tous les degrés intermédiaires entre l'inflammation franchement aiguë et l'inflammation franchement chronique.

Les phénomènes qui donnent à l'inflammation aiguë et à l'inflammation chronique leurs caractères différentiels, sont les suivants :

Dans l'inflammation aiguë, la congestion est plus forte, et si la résolution vers laquelle elle tend ne s'accomplit pas promptement, l'exsudation de lymphe a lieu avec plus ou moins d'abondance, et il en résulte des adhérences, des abcès ou un écoulement purulent épais, et ce n'est qu'ensuite que la circulation se rétablit graduellement et que l'inflammation se termine.

Dans l'inflammation chronique, au contraire, la congestion est moins complète, et, avec moins de tendance à la résolution, l'exsudation est moins abondante en un temps donné ou est plus liquide. Néanmoins la persistance de la congestion, la continuation de l'exsudation, peuvent déterminer des hypertrophies, des fistules, etc.

L'inflammation chronique succède souvent à l'inflammation aiguë, ou se développe lentement sans avoir été précédée d'un état aigu. L'inflammation aiguë peut aussi succéder à l'inflammation chronique.

ARTICLE II

L'inflammation est rarement circonscrite à une seule des parties constituantes de l'œil, et le plus souvent elle envahit plusieurs d'entre elles à la fois. Ce serait donc, comme l'a fait remarquer un écrivain distingué, décrire un état de choses qui n'existe que rarement ou même jamais dans la nature que de décrire séparément l'inflammation de chacune des parties de l'œil. Néanmoins il ne sera pas inutile, avant d'étudier les diverses

combinaisons que nous rencontrerons dans la pratique, d'indiquer préalablement en quelques mots et d'une façon abstraite les caractères particuliers de l'inflammation de chaque tissu. Les descriptions subséquentes n'en seront que plus concises et plus claires.

La classification des ophthalmies a été établie surtout d'après deux points de vue tout à fait différents. Les uns, avec Béer, Weller, etc., ayant principalement égard à la circonstance étiologique spéciale qui a paru produire tel ou tel genre d'ophthalmie, circonstance qu'ils recherchent dans l'état de la constitution ou dans l'existence d'une maladie ou d'une diathèse, ont reconnu des ophthalmies scrofuleuse, arthritique, catarrhale, varioleuse, syphilitique, etc., sans se préoccuper des tissus envahis par l'inflammation.

Les autres, avec M. Velpeau et la plupart des ophthalmologistes français, prenant surtout en considération le siège de l'inflammation dans tel ou tel tissu de l'œil, et faisant abstraction de la cause quant à la détermination de l'espèce, décrivent des conjonctivites, desblépharites, des kératites, des iritis, etc.

11 est certain que quelques circonstances étiologiques exercent une influence sur la nature et sur la marche de l'inflammation ; que le froid, par exemple, porte son action plus particulièrement sur les membranes muqueuses, sur la conjonctive ; que la scrofule a plus de tendance à se manifester du côté de la cornée et des bords palpébraux, etc. Mais les modifications apportées par l'influence de la cause ne sont pas si profondes, et elles n'impriment pas à la phlegmasie un cachet tellement spécial, qu'elles permettent d'en reconnaître la nature en dehors de toute autre manifestation ; et d'ailleurs, la cause qui produit telle ou telle ophthalmie est souvent obscure, et ne peut être trouvée ni dans l'état général, ni dans une circonstance accidentelle. Il faut, en outre, remarquer que ce sont toujours les mêmes lésions que l'on retrouve dans chaque partie de l'œil, quelle que soit la cause qui ait déterminé l'inflammation. Ainsi, dans la kératite, qu'elle soit traumatique ou scrofuleuse, on rencontre de la vascularité de la cornée, des opacités, des ulcérations, etc.; il en est de même de l'iritis, qu'elle soit syphilitique ou simple, ce sera toujours par le changement de couleur, par la déformation de la pupille, par l'injection radiée, etc., qu'elle traduira son existence. A ce point de vue, ce sera donc l'état anatomique local qui, donnant à la maladie son caractère principal, devra tenir le premier rang, et servir de base dans la classification des ophthalmies. Mais, d'un autre côté, il ne faut point oublier, comme l'observe M. Warthon Jones, que l'inflammation ne se localise jamais dans une seule des membranes de l'œil, et que sous les noms de kératite, d'iritis et de choroïdite, etc., on ne peut désigner que des inflammations dont le siège principal est dans l'iris, dans la cornée, dans la choroïde, etc. Ce serait s'exposer à décrire des formes morbides qui ne se rencontrent pas dans la pratique, que de

localiser ainsi chaque phlegmasie oculaire, exagération à laquelle n'ont pas su se soustraire tous les ophthalmologistes.

M. Warthon Jones, cherchant à éviter les inconvénients inhérents à l'une ou à l'autre base de classification adoptée exclusivement, a voulu tenir compte à la fois du siège de la piilegmasie et de la cause ordinaire qui la détermine. C'est dans ce but qu'après avoir indiqué les lésions que chacune des membranes de l'œil peut présenter quand elle est enflammée, indépendamment de la cause, il établit plusieurs groupes d'ophthalmies, en rapprochant celles qui atteignent les parties les plus voisines les unes des autres, et qui, par conséquent, se trouvent ordinairement combinées. Jusque-là donc, l'auteur anglais suit les principes de la classification anatomique. Mais, lorsqu'il s'agit de créer des divisions secondaires dans chacun de ces groupes, il faut bien arriver à tenir compte de la cause, puisque c'est elle qui a la principale influence sur la nature de la phlegmasie, et surtout sur sa marche et sur son pronostic, et qu'il est rationnel d'y prendre garde dans le traitement. M. Warthon-Jones a été conduit ainsi à reconnaître un grand nombre de variétés d'ophthalmies, dont quelques-unes ne se distinguent peut-être que par des nuances trop légères pour mériter de faire une variété particulière : telles sont, par exemple, certaines ophthalmies arthritiques, rhumatismales, etc. Mais, tout en faisant quelques réserves pour l'application, nous pensons que les principes de classification qui ont guidé l'auteur anglais sont justes, c'est-à-dire qu'il faut tenir compte en première ligne du siège de la phlegmasie ; d'où la division des ophthalmies en conjonctivite, iritis, kératite, choroïdite, etc.; et qu'en second lieu, on pourra se baser sur la cause pour établir des variétés dans chaque classe : cette manière de comprendre les ophthalmies nous paraît avantageuse en ce qu'elle concorde parfaitement avec les indications thérapeutiques ; puisque le traitement local reste le même, quelle que soit la cause, car il est dicté par la nature et le siège de la lésion locale, et que le traitement général doit être fondé sur l'existence de la cause constitutionnelle ou diathésique.

Du reste, ces discussions scolastiques ont perdu beaucoup de leur importance dans la pratique, et il n'est pas un chirurgien qui ne s'occupe à la fois, dans le traitement des ophthalmies, de combattre les lésions locales, et de modifier, s'il y a lieu, l'état général ou diathésique.

§ I. — De l'inflammation îles différents tissus «le l'œil.

Dans l'exposition de ce sujet, je passerai d'abord en revue les phénomènes objectifs, puis j'indiquerai les phénomènes subjectifs de l'inflammation des différents tissus de l'œil.

1° Conjonctivite, ou inflammation de la conjonctive.

Les principales formes de l'inflammation dont la conjonctive peut être le siège sont : les inflammations pustuleuse, catarrhale, purulente et érysipélateuse.

Inflammation pustuleuse. — Elle est caractérisée par une plaque petite, souvent isolée, formée par l'injection vasculaire, accompagnée d'une tuméfaction légère et circonscrite de la conjonctive scléroticale à une petite distance du bord de la cornée, et ayant au centre un petit amas de matière. Ce sont là les manifestations de la congestion, et de l'exsudation qui en est la suite dans la forme la plus simple de l'inflammation de la conjonctive.

Vu son peu de cohésion, l'épithélium de la conjonctive scléroticale ne retient pas au-dessous de lui, comme l'épidémie de la peau, les matières exsudées ; mais il cède en laissant une ulcération qui est recouverte par la matière exsudée changée en pus ou devenue puriforme.

Outre les taches rouges de la congestion vasculaire, on remarque parfois aussi quelques plaques ecchymotiques. A mesure que l'inflammation s'étend, les vaisseaux du point injecté se relient d'une façon manifeste à ceux du reste de la conjonctive, qu'il était d'abord impossible d'apercevoir à l'œil nu. Si l'inflammation finit par envahir toute la conjonctive, le point d'origine où se trouve la pustule ou la surface ulcérée n'en restera pas moins le plus fortement injecté. Une sécrétion puro-muqueuse, résultat d'une plus forte exsudation, accompagne cette extension de l'inflammation. Dans ce cas, on peut dire qu'à l'inflammation pustuleuse s'est ajoutée une inflammation catarrhale.

Terminaison de l 'inflammation pustuleuse,. — Lorsque la maladie est abandonnée à elle-même, la dénudation et l'ulcération superficielle de la conjonctive augmentent avec la congestion. Mais, sous l'influence de remèdes stimulants appliqués sur l'œil, la vascularité disparaît rapidement, et en même temps les surfaces dénudées ou ulcérées guérissent en se recouvrant d'un nouvel épithélium.

Lorsque la pustule se présente au bord même de la cornée, le cas n'est pas aussi simple, et il forme le passage à Yophthalmie phlycténulaire ou scrofuleuse. Les vaisseaux injectés gagnent les pustules sous forme de petits faisceaux qui partent du point cor-

respondant de la conjonctive bulbaire. A cet endroit, l'épithélium épais de la cornée est obscurci et soulevé légèrement par l'exsudation, qui, avec l'épithélium ramolli de la conjonctive de la sclérotique, contribue à former la petite tache jaune. Ce genre de pustule est donc l'intermédiaire entre la phlyctène, ou pustule de la cornée, et la tache ulcérée de la conjonctive de la sclérotique précédemment décrite.

Inflammation catarrhale de la conjonctive (pi. I, fig. 1). — La conjonctive des paupières et des sinus palpébraux est d'un rouge foncé. La conjonctive oculaire est aussi d'un rouge foncé à sa circonférence; mais, au début de la maladie, la rougeur va en diminuant vers le pourtour de la cornée, et c'est seulement lorsque l'inflammation est intense, qu'elle s'étend d'une manière uniforme vers la circonférence de la cornée.

L'injection très développée du réseau capillaire dans la conjonctive palpébrale détermine une rougeur intense et uniforme qui cache les vaisseaux plus volumineux qui lui sont subjacents; ceux-ci ne restent apparents que lorsque l'inflammation est peu intense. Enfin, ce qui frappe le plus l'observateur, c'est, dans la conjonctive oculaire, le réseau à larges mailles formé par l'accroissement et l'injection de vaisseaux comparativement gros et tortueux dont les ramifications se rendent au bord de la cornée. Ces vaisseaux qui portent le sang aux capillaires superficiels, sont des artères et surtout des veines ; car les artères étant plus étroites, sont moins apparentes.

L'accumulation du sang dans ces vaisseaux produit la tuméfaction de la conjonctive. Pour la même raison, les papilles de la conjonctive palpébrale sont gonflées et proéminentes, et donnent un aspect velouté à la surface de cette membrane.

La conjonctive qui recouvre la caroncule lacrymale, et forme le repli semi-lunaire, est d'un rouge foncé comme la conjonctive palpébrale, et ces parties semblent beaucoup plus développées en raison de l'épaississement produit par l'accumulation du sang dans leurs vaisseaux.

Au début de l'inflammation, une exsudation séreuse se produit à la surface de la conjonctive, puis il s'établit un écoulement de matière puro-muqueuse dont la présence constitue un des caractères importants de l'inflammation. En retournant la paupière inférieure, on trouve ordinairement dans le sinus palpébral inférieur une plaque d'épithélium exfolié de la conjonctive avec du muco-pus.

Les paupières, en outre, sont rouges et plus ou moins tuméfiées, ce qui tient à une exsudation séreuse clans le tissu cellulaire. Il peut aussi y avoir dans le tissu cellulaire, sous la conjonctive de la sclérotique, de l'exsudation qui la soulève en forme de bourrelet autour de la cornée, et constitue le chémosis. La tuméfaction des paupières et le chémosis sont analogues, quant à leur nature et à leur mode de production, au gonflement qui a lieu dans toute inflammation violente.

Des taches ecchymotiques se présentent aussi dans divers points de la sclérotique, à la suite d'une extravasation de sangdans la conjonctive scléroticale et dans le tissu cellulaire sousjacent.

Mode de terminaison. — A mesure que la congestion vasculaire, ou, en d'autres termes, que la rougeur diminue, l'écoulement séro-muqueux ou puro-muqueux diminue également, et le chémosis et le gonflement des paupières disparaissent. Il faut se rappeler que la congestion vasculaire de la conjonctive palpébrale cesse plus lentement que celle de la conjonctive oculaire.

Inflammation purulente de la conjonctive. — Nous retrouvons ici tous les phénomènes de l'inflammation catarrhale aggravés ; l'injection vasculaire est plus intense, l'écoulement plus abondant et purulent , la tuméfaction des paupières et le chémosis plus développés ; enfin , il peut même y avoir un suintement de sang à la surface de la conjonctive.

D'après cette description, on voit que la matière qui est exsudée a la surface enflammée se convertit en pus, quoique cette surface ne soit pas ulcérée. D'un autre côté, la lymphe qui a été exsudée dans la substance même de la membrane s'organise en tissu, et c'est là ce qui cause l'épaississement de la conjonctive palpébrale et l'hypertrophie de ses papilles, qui persiste plus ou moins longtemps, sinon toujours, après la guérison de l'inflammation.

Conjonctivite granuleuse (pi. I.fig. 2). — Cet état morbide affecte les paupières, les sinus palpébraux et le repli semi-lunaire. C'est le caractère distinctif de ces ophthalmies que l'on rencontre si souvent dans les ateliers et les casernes, etc. , et qui sont généralement chroniques, quoique, dans certaines conditions, elles puissent affecter la marche d'une ophthalmie purulente très intense.

Les soi-disant granulations de la conjonctive se présentent sous la forme de points jaunâtres non saillants dans la conjonctive rouge et épaissie qui recouvre les cartilages tarses ; mais,

dans les sinus palpébraux, ils ont la forme de petites phlyctènes plus ou moins saillantes. En dedans même des bords libres des paupières, on les rencontre sous forme de phlycténules disposées en lignes. La matière exsudée qui se produit dans ces phlycténules se ramollit à une certaine époque, et se transforme en une matière grisâtre qui contient des cellules à diiïérents degrés de développement. Aune période encore plus avancée, les phlycténules se rompent d'elles-mêmes et laissent écouler la matière qu'elles contiennent. C'est alors que Ton aperçoit, au fond ou sur les bords de la phyctène ouverte, quelque chose qui ressemble à de vraies granulations.

Un autre type de granulations consiste simplement dans l'hypertrophie des papilles de la conjonctive palpébrale qui recouvre les cartilages tarses.

[M. Warthon Jones admet deux sortes de granulations : les unes qui se présentent sous forme de phlyctènes, et occupent surtout la conjonctive rétro-tarsienne; les autres, constituées par l'hypertrophie des papilles de la conjonctive tarsienne. Ces deux formes existent , en effet , et quoique nous ayons à revenir plus tard sur la conjonctivite granuleuse envisagée dans ses causes, son mode de développement, son traitement, nous devons dès à présent ajouter quelques détails sur les caractères anatomiques des granulations. Il faut, avant tout, bien distinguer l'état granuleux véritable de la conjonctive d'autres états morbides qui offrent avec lui une certaine analogie et qui ont été confondus sous le même nom, puisque certains auteurs ont appelé granulations toutes les saillies ou aspérités que l'on rencontre à la face interne des paupières.

Toutes les fois que la conjonctive palpébrale est le siège d'une phlegmasie un peu intense, elle est rouge, tuméfiée, et sa surface offre une foule de très petites inégalités tassées les unes contre les autres et qui lui donnent un aspect velouté. Toutes ces petites inégalités sont parcourues à leur surface par des vaisseaux très fins et sont dues à la simple hypérémie des papilles. Cette hyperémie papillaire peut bien être le point de départ de granulations, mais elle n'y aboutit pas'nécessairement, et l'on doit l'en distinguer très nettement, si l'on ne veut pas, comme nous l'avons vu souvent, être entraîné à porter un pronostic erroné et à instituer un traitement inutile. L'hypérémie papillaire ne se présente que dans les conjonctivites aiguës : mais assez souvent dans les

ophthalmies chroniques, celles en particulier qui atteignent les scrofuleux, les ophthalmies phlycténulaires, les kératites ulcéreuses, les blépharites tarsiennes, etc., on rencontre à la surface de la conjonctive palpébrale, près du bord libre, une foule de petites saillies rougeàtres coniques, ne s'étendant jamais jusqu'à la conjonctive rétro- tarsienne; et qui peuvent, au lieu d'offrir une série continue, se montrer par plaques isolées. Cette forme de granulations que l'on a nommée granulations miliaires, me semble correspondre à celles que M. Warthon Jones indique comme existant près du bord libre et qu'il désigne sous le nom de phlycténules, bien que tout prouve que ces petites saillies n'offrent pas de cavité.

Les polypes de la conjonctive forment de petites tumeurs irrégulières, mollasses, pédiculées, peu nombreuses, qui occupent ordinairement le repli oculo-palpébral, et qui ont pu, mais à tort, être désignées sous le nom de granulations végétantes. Enfin, on rencontre les granulations vésiculeuses et les granulations charnues.

Les granulations vésiculeuses se présentent sous forme de petites saillies arrondies ou coniques, du volume d'un grain de millet et plus, séparées les unes des autres par de petits intervalles ou bien confluentes, surtout vers l'angle externe. Les intervalles qui les séparent sont parcourus par de petits vaisseaux ; leur surface est assez régulière, rougeâtre ou d'un blanc jaunâtre. Elles sont ordinairement dépressibles et n'existent que dans le repli rétro-tarsien, où elles forment, quand elles sont nombreuses, une sorte de chapelet transversal. En piquant l'une de ces granulations avec la pointe d'une lancette, on en voit sourdre un liquide peu épais , légèrement opalin ou jaunâtre. Nous avons rencontré cette forme de granulations surtout chez les scrofuleux, et elles ne s'accompagnaient ordinairement d'aucun symptôme aigu. Nous verrons plus tard que certains ophthalmologistes leur ont accordé une très grande importance. Nous dirons tout de suite que ces granulations vésiculeuses ne sont que de très petits kystes développés aux dépens des follicules conjonctivaux.

Les granulations charnues (pi. I, fig. 2) offrent un aspect différent, selon qu'elles sont à l'état aigu ou à l'état chronique. Dans le premier cas, toute la surface palpébrale est d'un rouge foncé ou écarlate, tuméfiée, et en l'examinant avec soin, on la trouve parsemée d'une foule de petites inégalités quadrilatères ou pentagonales, serrées les unes contre les autres, qui s'élèvent peu à peu au-dessus de la surface muqueuse, et forment des saillies coniques, toujours contiguës l'une à l'autre, rougeàtres et mollasses. Jusque-

là, ces saillies, très vasculaires, sont formées par une hypérémie papillaire telle qu'on la rencontre au début des conjonctivites catarrhales ou purulentes un peu intenses, et qui peut disparaître promptement à mesure que l'état inflammatoire diminue.

Mais il arrive qu'un peu plus tard, ou même près du début, dans la conjonctivite granulaire proprement dite, les irrégularités de la conjonctive sont constituées par des saillies encore petites, mûriformes, d'un blanc jaunâtre, et à sommet arrondi ou conique. Ces saillies n'ont pas une grande consistance, elles sont plus ou moins serrées les unes contre les autres, et abondent surtout au niveau des bords adhérents des cartilages tarses, principalement à la paupière supérieure. Dans les intervalles qui les séparent, la muqueuse est rouge, injectée et plusoumoins tuméfiée. Ce sont là les véritables granulations que nous considérons comme étant constituées par le dépôt d'une exsudation plastique sous l'épithélium papillaire et dans la substance même des papilles.

Lorsque l'état aigu a disparu, la conjonctive reprend sa coloration à peu près normale entre les granulations, et celles-ci, formant un relief plus apparent, constituent de nombreuses saillies arrondies, disposées souvent sur des lignes transversales, d'un blanc jaunâtre, et dont la consistance augmente de plus en plus par l'organisation et l'accroissement de l'exsudation plastique. A cette période, l'état granulé de la conjonctive a été désigné sous le nom de trachome par les auteurs allemands, qui ont vu là, à tort, une maladie spéciale de la conjonctive. Lorsque la maladie dure depuis longtemps et qu'elle a passé un plus ou moins grand nombre de fois par l'état aigu, l'exsudation plastique peut avoir envahi le tissu sous-conjonctival et même le cartilage tarse, de sorte que les diverses couches de la'paupière semblent confondues, et que ce voile membraneux est considérablement épaissi, induré et calleux. Tel est l'aspect que présentent les granulations vraies dans les diverses phases de leur développement ; mais il faut bien savoir que cet aspect varie à certaines époques chez le même sujet, parce qu'il se produit des recrudescences aiguës qui, en donnant à la conjonctive une plus grande vascularité, en changent la couleur, circonstance qui. doit être prise en considération dans l'application des agents médicamenteux qui ont pour but d'amener la guérison des granulations.

C'est pour n'avoir pas remarqué que ces aspects différents des granulations sont le plus souvent dus à des périodes différentes, que les auteurs ont décrit des granulations de tant d'espèces, telles

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que les granulations papillaires, veloutées, fongueuses, végétantes, molles, dures, calleuses, pédiculées, etc. Quant aux granulations modulaires ou cicatricielles décrites par M. Hairion, nous les considérons comme un état rugueux des paupières qui persiste après la résorption des granulations vraies' ou qui peut être le résultat d'un traitement mal dirigé. C'est encore cette différence d'aspect aux diverses périodes qui explique les divergences d'opinions qui régnent quant à la nature du travail morbide qui produit les granulations. En effet, les uns ne voient dans les granulations que les villosités ou papilles de la conjonctive, ainsi que les éléments glandulaires, hypertrophiés et altérés par l'inflammation chronique (Mackensie). Les autres, avec Eble, considèrent que la granulation est constituée par le corps papillaire altéré dans sa composition d'une manière qualitative et quantitative ; tandis que pour M. van Rosbroek, les granulations ne sont pas une hypertrophie, une altération d'un des éléments de la conjonctive, mais un produit de nouvelle formation, consistant dans une exsudation du plasma du sang, entre la conjonctive et son épithélium (Hairion), et que, d'après M. Thiry7 les granulations s'organisent au moyen d'un exsudât plastique qui se transforme en cellules et en fibres au sein du lacis vasculaire très riche, d'où la division en granulations cellulo-vasculaires ou récentes, et granulations fibro-vasculaires ou anciennes. Pour nous, qui ne reconnaissons qu'une seule espèce de granulations, les charnues ou vraies, nous considérons que ces petites tumeurs sont constituées essentiellement par un épanchement plastique circonscrit, se faisant sous l'influence d'un travail inflammatoire au-dessous de l'épithélium de la conjonctive, principalement dans sa couche papillaire, et nous attribuons toutes les différences d'aspect qu'offrent les granulations et la conjonctive qui les contient au degré d'organisation et de vascularité du blastème. Nous remarquerons, en terminant, qu'aucun auteur n'a songé à assimiler les granulations de la conjonctive à celles qui recouvrent la surface d'une plaie en voie de cicatrisation, confusion qu'il ne faudraitpas faire en raison de la similitude de la dénomination. ]

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